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Les Abysses, Rivers Solomon

Song of Sorrow & Ain’t Gonna Drown – Elle King (extrait de l’album Love Stuff)

Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi j’ai mis autant de temps à lire Les Abysses. Depuis ma lecture de L’Incivilité des Fantômes, j’étais vraiment curieux de voir ce que le travail de Rivers Solomon allait me réserver. Mais je sais pas, peut-être la disparité dans les retours que j’avais pu croiser ou la peur de la déception, j’ai un peu trainé, et me voilà enfin, bien après la bataille initiale, pour vous donner mon avis.
Un avis que j’avais anticipé assez complexe au fil de ma découverte, pour finalement me rendre compte qu’il ne l’est pas tant que ça. Il va tout de même falloir dénouer quelques petites choses, mais dans l’ensemble, je pense avoir saisi l’essentiel de mon sentiment : ce roman est très bon, mais il n’est pas vraiment pour moi.

Ce n’est pas une formule que j’apprécie particulièrement, mais, pour le dire vite, Les Abysses, pour un lecteur comme moi, a les défauts de ses qualités. Comprenez par là qu’avec sa volonté affichée d’allégorie, avec ma lecture plus analytique qu’émotive, j’ai trouvé que ce roman s’étouffait dans ses ambitions. D’excellentes ambitions, au demeurant, il faut le dire aussi clairement que possible ; j’ai été bluffé par le niveau d’intrication formidable entre le récit et ce qu’il évoque, créant un lien aussi fort qu’indéniable entre le parcours de Yetu et celui des communautés opprimées à travers le monde, et plus particulièrement des descendant·e·s d’esclaves. Là dessus, vraiment, rien d’autre qu’un immense respect toujours magnifié par le nombre de couches symboliques qui s’incrémentent au fil de la narration, ajoutant sans jamais soustraire à la complexité des enjeux, ni même s’en cacher. On aurait pu craindre l’aigreur, la rancœur, un prisme simpliste et individualisé, on se retrouve avec une mosaïque d’émotions contradictoires et pourtant complémentaires, une sorte de tourbillon puissant qui nous fait passer par tous les points et les prismes de la question, sans fausse pudeur et souvent de façon assez abrupte pour sembler aussi sincère que possible.

Alors du coup, ça crée un sentiment mitigé chez moi, parce que pendant 80% de ma lecture, j’étais salement confus, je le confesse. Pendant 140 pages, je me demandais sincèrement si j’étais en train de salement m’ennuyer, ou si j’étais simplement trop mal-à-l’aise pour prendre plaisir à ma lecture, à cause d’un discours argumenté et puissant qui me mettait régulièrement des claques. Je comprenais, je pense, tout ce que Rivers Solomon essayait de me faire passer au travers de sa gigantesque métaphore, mais pour autant, je m’interrogeais sur la pertinence de son cadrage et sur la nécessité de tant étendre son cadrage et le filtre des perceptions. Je m’interroge toujours un peu à ce sujet, pour être honnête ; je ne pense pas que le lyrisme et la poésie, dans un contexte tel et avec de telles ambitions, étaient le meilleur choix narratif. En tout cas pour moi, mais c’est toujours mon même problème avec le style, évidemment. Je préfère quand on séquence l’esthétisme avec un certain dépouillement, ça confère à l’un comme à l’autre plus de force ponctuelle. alors que faire continuellement dans un seul registre l’affaiblit et lasse. Peut-être que ça joue, tout comme a joué le fait que j’ai compris l’astuce un peu trop vite ; c’est aussi un défaut de caractère. C’est triste à dire, mais l’analogie développée par Rivers Solomon fonctionne tellement bien à tous les niveaux que je l’ai captée trop vite à mon goût et que j’ai manqué d’autre chose à découvrir. Sans doute la raison pour laquelle j’ai beaucoup plus aimé la dernière partie du récit qui a su me toucher et me surprendre complètement, elle.

Et qui explique aussi, sans doute, pourquoi c’est mon sentiment final qui est le plus prégnant maintenant que le récit est terminé ; cette fin m’a séduite plus que tout le reste pour ce qu’elle implique, tant au niveau du récit que de l’allégorie qui l’habite, rebouclant l’ensemble sur lui-même avec une réelle poésie, qui, pour le coup, me paraissait absolument parfaite. Et comme toujours, c’est le positif que je veux retenir avant tout le reste ; et du positif, ce court roman en est rempli. Des concepts à leurs réalisations, il y a beaucoup de très très bonnes choses. Je ne peux toujours pas dire que j’ai passé un excellent moment, à cause de la frustration qui m’a habitée pendant la majeure partie du roman, mais pour autant, je ne peux pas dire que je sois déçu.
Au contraire, quelque part ; parce que j’aime que mes lectures me fassent m’interroger sur mes goûts et mes envies. Un roman n’était évidemment pas assez pour juger de mon appréciation globale du travail de Rivers Solomon, et un deuxième ne règle toujours pas définitivement la question. Si j’ai apprécié l’ambition et la majorité des moyens mis à sa disposition, je dois sans doute porter une partie de la responsabilité de mon manque de plaisir : je n’aime pas lire des choses trop réelles, et ce roman l’était clairement, malgré ses aspects fantastiques ; là où L’incivilité des Fantômes parvenait à prendre une certaine distance malgré son côté direct. C’est difficile à dénouer comme paradoxe, je n’y parviendrais sans doute pas maintenant, alors je ne vais pas essayer. Peut-être que ça tient juste au personnage principal de ces Abysses et à ses anxiétés, à cette focalisation interne très poussée, qui m’a parlé un peu trop intimement. C’est possible.
Je crois que Rivers Solomon n’aime pas trop faire semblant et ne se cache pas derrière ses personnages, c’est à mettre à son crédit. Reste à savoir si cela, sur le long terme, me donnera à lire des romans que j’aimerais lire seulement au degré analytique mais aussi au niveau émotionnel. C’est une jolie énigme à résoudre.
J’ai hâte.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Les Abysses, Rivers Solomon

  1. Yuyine dit :

    Il est atypique ce texte et je comprends parfaitement ton opinion bien que je l’ai beaucoup aimé. Je pense que la focalisation très intérieure du personnage principal est vraiment ce qui a posé problème ici. Et peut-être aussi le fait que ce soit un univers emprunté ailleurs.

    Aimé par 1 personne

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