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Le Principe du Loup-Garou, Clifford D. Simak

Keep Your Head – KONGOS (extrait de l’album 1929, Pt. I)

À quoi ça tient, parfois, une envie, hein. Pour la chronique du jour, il aura suffit d’un nom et d’une petite coïncidence. Le nom, c’est Simak ; un auteur dont j’ai envie depuis Demain les chiens de découvrir plus, encore et encore, sans avoir connu de réelle déception pour le moment. La coïncidence, c’est juste la présence du terme « loup-garou » dans le titre, si peu de temps après ma fiévreuse et enthousiaste découverte de Meute. J’ai voulu voir dans cette conjecture un petit clin d’œil du Destin, un encouragement à juste m’écouter et à me laisser aller à une petite pulsion sans conséquence.
Je me suis trouvé une petite excuse, tout simplement. Et comme toujours avec Clifford D. Simak, j’ai bien fait.
Hop.

2486. On vient de retrouver un homme, venant de l’espace, congelé dans une capsule. Une fois réveillé et réacclimaté, on réalise qu’il ne connait rien à ce monde moderne, ne se souvient même pas de qui il est. Il se nomme Andrew Blake, par défaut, et accepte d’être installé en marge de la société, le temps de se faire à sa nouvelle existence. Mais celle-ci est bientôt perturbée par des phénomènes étranges et ce qui ressemble à des hallucinations. Peut-être qu’une fois ces mystères tirés au clair, on comprendra enfin qui est réellement cet homme.

Et je commencerais en disant ce que je me suis dit à peine arrivé au quart de ce roman : Clifford D. Simak, c’était vraiment quelqu’un. Ce que je veux dire par là, c’est qu’à l’instar des plus grand·e·s auteurices que j’ai pu lire depuis que je fais vraiment attention à ce qui me passe sous les yeux, il n’y a guère que Simak pour faire du Simak. Malgré les éventuelles mais inévitables petites scories ou inconsistances qu’on peut trouver çà et là dans ses œuvres, on le reconnaitra toujours. Il y a une patte, une vraie, quelque chose dans la façon de présenter les faits de l’intrigue, dans l’ambiance, une indubitable qualité d’unicité.
Et ce que j’ai particulièrement chez lui, je crois, c’est cette étrange nostalgie du futur, cette amertume douce ne laissant pourtant jamais la place à la moindre acrimonie, chez lui ou ses personnages. Partant toujours de concepts, de situations potentiellement difficiles ou dures, il ne se laisse jamais aller à empiler les drames pour le compte du spectaculaire, mais se concentre plutôt sur ses personnages et leurs difficultés à faire vivre leurs meilleures intentions dans des contextes complexes.

Et c’est bien ce qui fonctionne si bien ici. Avec le concept de départ développé ici par Simak – que j’ai volontiers laissé flou dans mon résumé – il aurait été aisé de partir un peu dans tous les sens quitte à faire n’importe quoi ; se disperser, en somme, et rater l’essentiel. Or, au contraire, l’auteur reste toujours à une hauteur basse et fait dans une merveilleuse sobriété, et tout ou presque tape assez extraordinairement juste. L’occasion sans doute de saluer, pour une fois, la traduction de l’époque, signée Simone Hilling, absolument impeccable, rendant compte au mieux des intentions initiales. Parce que le texte file superbement droit, entre la narration fluide et les dialogues organiques, notamment dans les scènes de comédie qui fonctionnent au poil et apportent les bonnes respirations dans le récit aux moments opportuns.
On se retrouve donc avec un très joli texte, sachant jongler entre questionnements métaphysiques, purs concepts de science-fiction et drame humain, avec toujours cette magnifique empathie Simakienne qui n’oublie jamais qu’il écrit à propos de l’humanité, sous tous ses aspects. C’est là qu’on reconnaît cette patte dont je parlais auparavant : cette capacité assez rare encore aujourd’hui chez les auteurices de SF à ne pas laisser tomber le quotidien, les plus petites choses, dans leurs ouvrages. Si j’aime vraiment le sense of wonder de concepts profondément complexes, j’aime aussi qu’on aille chercher à l’universel autrement qu’en convoquant des grandes machineries dramatiques. Parfois, less is more, et Simak en est une magnifique preuve.

Alors oui, forcément, comme toujours pour des textes qui datent, tout ne vieillit pas bien, comme cette conclusion un peu trop précipitée qui aujourd’hui je le crains ne verrait aucun éditeur l’accepter telle quelle ou certains raccourcis narratifs ou conceptuels. Mais pour autant, encore une fois, il faut saluer je crois la clairvoyance et l’audace de Clifford D. Simak, et ce à plus d’un égard. Il y a des idées, dans ce roman, et ce bien au delà de la pure SF. Littérairement parlant, malgré ce que je considèrerais comme quelques occasions ratées au fil de l’ouvrage, je crois n’avoir jamais croisé un tel concept, en tout cas exploité de cette manière ; et c’est toujours un plaisir de faire ce genre de découverte, évidemment.
Cette marque des grand·e·s auteurices dont je parlais, elle se reconnait aussi là dedans, toujours parvenir à injecter quelque chose dans leur travail. Même dans Les enfants de nos enfants qui ne m’avait pas plus convaincu que ça, j’avais trouvé du grain à moudre, des éléments de réflexion. Et dans ce Principe du Loup-Garou, non seulement j’ai trouvé des choses à partir desquelles construire quelques raisonnements nouveaux à mes yeux, mais en plus j’ai pu prendre du plaisir de lecture en chemin et consolider mon appréciation grandissante pour cet auteur décidemment merveilleusement unique. Quel luxe.

Alors voilà. Un texte imparfait, certes, je le concéderais bien volontiers. Mais dont la balance penche clairement du côté le plus positif de la découverte. De vraies bonnes idées bien emballées dans une histoire prenante et relativement originale malgré la distance des années, je crois qu’il n’y a pas de véritable ou durable raison de se plaindre. Mon envie était une bonne envie, et j’ai bien fait de succomber à cette innocente pulsion. Je ne saurais garantir que ce texte sera pour vous comme pour moi le carburant ponctuellement nécessaire afin de réalimenter la fournaise de la lecture, mais en tout cas moi je me sens bien remonté.
Merci M Simak. Encore.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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