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RéciFs #6 – Re:Start, Katia Lanero Zamora

Golden – Barns Courtney

Bon, mes excuses, c’était pas prévu. Techniquement, je suis en pleine relecture – professionnelle – d’un roman, et je n’ai pas pour habitude de me démultiplier, parce que je déteste l’idée de risquer le parasitage mutuel de mes lectures. Sauf que bon, j’avais une sortie un peu longue à faire en ville, notamment un assez long trajet en tram. Qu’à cela ne tienne, me suis-je dit, autant en profiter pour commencer une novella de ma PàL. Et mon choix s’est porté sur Re:Start parce que depuis son retour aussi enthousiaste qu’enthousiasmant sur ma chronique pourtant relativement tiède du deuxième tome de son ditpyque La Machine, Katia Lanero Zamora a gagné chez votre serviteur un énorme capital sympathie. Ça sans compter le fait que quand même, ces deux bouquins étaient quand même pas mal du tout, malgré mes reproches. Prometteurs, a minima. Et moi, quand on me fait des belles promesses, je suis du genre à avoir de la suite dans les idées.
Et nous voilà donc pour voir ce que ça donne avec ce texte. Hey bah c’est super. Même si, il faut bien l’admettre, son autrice joue un peu trop de malchance pour que je sois absolument ravi.
Attendez, j’vous explique.

Et évacuons d’emblée l’éléphant dans la pièce ; il a beau être adorable, ç’a beau ne pas être de sa faute, il prend quand même beaucoup de place et il va nous empêcher de discuter correctement tant que je ne l’aurais pas poussé vers la sortie. Cet éléphant, il s’appelle Sweet Harmony, et de bien des manières, il nous raconte exactement les mêmes choses que le récit de Katia Lanero Zamora, sauf que Claire North s’y prenait d’une autre manière. Et ici, je précise encore une fois qu’il ne s’agit pas pour moi d’exprimer une préférence ou un jugement qualitatif différencié sur ces deux textes, de les mettre en concurrence, non ; il s’agit simplement de préciser que malheureusement, l’un étant arrivé avant l’autre, il prend fatalement plus de place dans mon esprit que je l’aurais aimé au moment d’exprimer un jugement sur celui qui vient de m’être présenté. Dès lors, aussi bonne que soit la novella écrite par Katia Lanero Zamora, malheureusement, elle me raconte pour partie des choses qui sont encore trop fraîches dans mon esprit pour que je sois réellement surpris ou positivement décontenancé au moment de les lire. Voilà, ça, c’est juste pas de chance, le contexte de lecture joue toujours, et je trouve plus honnête et plus intéressant de le préciser plutôt que de l’ignorer et de faire des circonvolutions pour essayer de le cacher.

Tout ceci étant dit : je disais que ce texte était super, et je pense que c’est bien l’essentiel. Le truc, c’est que comment vous voulez que je fasse autre chose qu’apprécier à sa juste valeur un récit qui attaque aussi frontalement et avec presque trop de crédibilité le mythe du féminin sacré ET le patriarcat qui l’a fait naître, tout en même temps ? Forcément, on prêche un converti, ici. Surtout quand on y adjoint un petit mystère au parfum de thriller qui va bien, après un prologue qui tape très fort d’entrée de jeu. Alors bon, dans ma désormais traditionnelle tendance à pinailler, après ce prologue, justement, je me préparais à écrire en accroche de cette chronique un truc du genre « Katia Lanero Zamora a choisi la violence, et elle a bien raison » ; et j’avoue avoir été un poil dépourvu quand la bise du reste du récit s’en est venue. Pas pour dire que ledit reste n’est pas qualitatif ou ne fait pas de bons choix, hein. C’est juste qu’avec une intro pareille, j’ai cru entrevoir la promesse d’un récit aux frontières de l’horreur, avec du fantasti-gore à la fois bien graphique et symbolique, et à la place, j’ai eu le droit à du techno-thriller bien ficelé, quoique bien trop proche de la réalité pour être autre chose que rageusement déprimant. Ou l’inverse, j’arrive pas à me décider.

Mais que les choses soient claires, encore une fois. Je sais quel air je peux me donner à toujours chercher la petite bête : le fonds de l’affaire tape en plein cœur de la cible. Les mécanismes d’emprise hérités d’un système en exigeant toujours plus des femmes, en permanence, changeant les objectifs dès lors que les précédents sont atteints, gardant les femmes dans une perpétuelle course perdue d’avance, il faut en parler, et Katia Lanero Zamora en parle super bien. Pour le public averti, rien de bien neuf sous le soleil, j’imagine, mais même en me considérant du lot, j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à lire ce texte, pour ce qu’il avait de profondément cathartique et d’organiquement évocateur. On revient toujours en boucle sur l’éternel non débat autour de l’essence futuriste ou extrapolatrice de la SF ; il est bon de régulièrement tomber sur des textes qui font les deux à la fois, où le pas de côté nous met juste à la bonne distance pour réaliser que la réalité du texte n’est qu’à un pas de la réalité dans lequel ce texte a été produit.

En somme, c’est une bonne novella, parce qu’elle établit très vite ce qu’elle veut nous raconter, et elle nous le raconte exactement comme il faut. C’est rythmé, c’est efficace, c’est rageur, c’est mordant. Et surtout ça ne se contente pas de mettre en scène l’oppression féminine, ça met aussi en scène les conditions et les mécanismes des libérations de ses victimes, et ça, je pense que c’est au moins aussi important. Je considère même, personnellement, que c’est aujourd’hui tout à fait essentiel.
Donc voilà, des textes comme ça, je suis très preneur. Dans tous les genres et de toutes les manières, les meufs énervées qui transcrivent leur colère justifiée sur le papier, symboliquement ou très matériellement, on en a besoin.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

4 comments on “RéciFs #6 – Re:Start, Katia Lanero Zamora

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