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Mongo le Magnifique T3 – Une affaire de sorciers, George Chesbro

Silhouette – Jonathan Snipes & Sharon Udoh (extrait de l’ost du film Never After Dark)

Il était plus que temps de me faire plaisir. De juste suivre mon cœur au lieu des contraintes professionnelles qui rythment aléatoirement mes lectures depuis quelques mois maintenant. Alors quand un de mes clients favoris m’a appris l’existence d’un bouquin à base de détective privé pas ordinaire dont je n’avais jamais entendu parler, avec en plus une bonne touche d’occultisme, j’ai pas hésité plus d’une seconde.
Et voilà pour le contexte initiale. Résultat sans trop de surprise : j’ai bien kiffé. Bonne surprise.
Décortiquons un peu. C’est pas comme si c’était particulièrement compliqué.

À vrai dire, le seul obstacle qu’avait à franchir ce roman pour me séduire et/ou me convaincre, c’était de ne pas se planter dans la représentation de son héros. Quand le résumé d’un roman vous vend un nain(sic) détective privé, ex acrobate de cirque, ceinture noire de karaté et diplômé de criminologie, enquêtant sur une « affaire de sorciers », il est aisé et normal de craindre un truc caricatural et irrespectueux, surtout datant de 1979, avec le recul. De fait, si je n’avais été le fan de bizarreries que je suis, et si ça n’avait été pour mon absolue faiblesse envers la figure littéraire du détective privé – je vous ai déjà dit que j’étais terriblement fan des détectives privés ? Parce que j’adore les détectives privés – peut-être même que j’aurais fait l’impasse. Peu probable, mais possible. Mais peu importe : le fait est que j’ai lu, et que les 17 ans de l’auteur employés en tant qu’éducateur spécialisé lui ont clairement été très utiles pour ne pas commettre d’impair majeur, ou en tout cas aucun qui m’ait choqué durant ma fort plaisante lecture.

Que dire, en vrai, quand c’est aussi évidemment bien fichu. J’avoue que je suis un peu désemparé. Notre héros, Robert Frederickson, alias Mongo le Magnifique, est un exemple type d’archétype de détective bourru en dehors mais tendre en dedans, avec un background qui justifie ses exploits plus ou moins crédibles ; avec le petit twist personnel qui le rend unique et attachant au sein d’une histoire aux mécaniques relativement classiques mais bien huilées. Ledit twist ici étant évidemment en premier lieu le nanisme dont notre héros est porteur, mais qui a le bon goût de participer à sa définition générale sans pour autant le définir exclusivement. Il en parle, ça fait partie de lui, mais ça n’est certainement pas sa caractéristique unique par laquelle transiterait l’entièreté de son rapport au monde. Ce qui, pour l’époque, est foutrement chouette, et confère au récit une certaine valeur moderne et intemporelle. Alors certes, par ailleurs, on évite pas certains clichés au fil de l’intrigue, mais on les pardonne de n’être pas grand chose d’autre que des tropes un peu innocents, entre le côté séducteur de notre héros, sa résilience à toute épreuve ou encore le côté un peu bavard de certains méchants qui glosent au moment de leur triomphe présomptueux : d’une certaine façon ça fait partie du jeu et du charme d’un récit comme celui là.

Et c’est arrivé à ce point de la chronique que je réalise que ce roman est le troisième d’un saga de plus d’une dizaine de titres consacrés à Mongo. Et je suis bien embêté, pour ne pas dire carrément emmerdé. Déjà je dois indiquer dans le titre une information que je n’ai intégrée qu’après ma lecture, et qui en change partiellement la perception. Beaucoup d’infos que j’avais prises pour des bouts de lire gratuit et un peu random fourni par l’auteur sont en fait des traces de continuité ; et certains autres éléments que je considérais comme des ouvertures vraiment cools en conclusion du récit sont en fait des promesses pour ce qui suivra dans cette longue saga. Et d’un côté je suis un peu frustré parce que j’aimais beaucoup l’idée que ce roman soit un one-shot bien vitaminé s’inscrivant dans une continuité dont on avait pas l’essentiel sous les yeux, ça rendait le tout plus vivant et un peu mystérieux ; et de l’autre je suis tellement chaud à l’idée que je puisse encore avoir une douzaine d’autres aventures de ce héros extrêmement attachant, tant pour ses qualités humaines que pour la qualité de son écriture, jouant habilement des ellipses et du rythme pour narrer son parcours et ce qui se passe en lui. D’autant plus chaud qu’avec cette seule aventure je devine finalement une saga flirtant ostensiblement avec mon aspect favori du groupe du détective privé : l’exploration des marges, qu’elles soient ici occultes ou, par ailleurs, scientifiques, voire d’autres natures encore. Bon en fait je suis super content.

On attaque un bouquin qu’on pense être divertissant et indépendant et on tombe dans un énième terrier de lapin : qu’est ce que j’aime la littérature, bon sang de bois. Que vous dire. C’est généreux à crever, plein de personnalité, créatif et rythmé, avec un héros héroïque qui héroïse des trucs en compagnie de persos secondaires chouettes, avec un arrière-plan nourri et des perspectives alléchantes. Et tout ça dans le cadre de mon sous-genre favori du polar. C’est bien d’avoir ses faiblesses et de les connaître.
Dans mes veines et puis c’est tout. Maintenant on va tâcher de repartir du début et on verra où ça nous mène.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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