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Fiction 252 – Décembre 1974

C’est quoi votre problème les gars ? C’était très bien sans les boobs, Sergio Macedo, j’te jure.

Besoin d’une pause des lectures de littérature générales récentes ; alors on repart sur des vieilleries en imaginaire. Radical et logique. Et quitte à repartir en arrière, autant faire ça bien : je me suis emparé d’un exemplaire que je m’étais noté comme prioritaire à trouver en occasion. C’était le n°253, avec la deuxième partie d’un roman du GOAT Theodore Sturgeon entamé dans le présent N°252. Faire ça bien, c’est donc faire ça à fond, et dans les conditions d’époque : on enchaine les deux numéros et tous les textes dedans, en tenant compte de la césure entre les deux parties du roman.
J’aime bien le contexte, même quand il n’intéresse que moi. À noter un numéro ne contenant que des textes en dehors de l’édito, pas de section critique pour le moment, en préparation des premiers mois de l’année 1975 à venir, et le retour d’un certain A.D. – Alain Dorémieux, en tout logique – à la rédaction en chef. Ça me va bien. Mais on sent quand même que la revue commence à un peu tirer la langue.
C’est parti.

Synapse seize sur Bêta (1/2), Theodore Sturgeon
On commence par une mention spéciale pour le titre VO qui n’a malheureusement – mais somme toute logiquement – pas été conservé en VF par P.J. Izabelle à la traduction, mais qu’on salue pour son très bon et exigeant travail ici. Il faut bien dire que The [widget], wadget and boff, c’était pas le plus aisé non plus à retranscrire, sans compter l’ironie du texte lui-même qui nous livre en introduction son propre regard sur son propre travail intra-diégétique. Très honnêtement, je comprends le choix d’un titre plus « sobre », aussi énigmatique soit-il sans le texte en appui ; c’était déjà suffisamment chargé en mystère comme ça sans en rajouter d’entrée de jeu.
Mais bref, qu’est ce qu’on peut dire sur cette première moitié de texte ? Bah on est à la maison, hein. Le continuum Sturgeon-Chambers est toujours aussi puissant et indiscutable à mes yeux. Sous le prétexte un peu nébuleux d’une race alien en quête de compréhension de la fluctuation d’un marqueur important de la conscience chez l’Humanité, on explore le quotidien d’une petite pension de famille et de ses habitant·e·s. C’est tout doux, c’est malicieux et malin à la fois, rempli de cette sagesse bienveillante et ponctuellement espiègle constituant pour moi la marque de fabrique absolue de l’auteur. On sourit face à l’incroyable tendresse qu’il déploie à l’égard de ses personnages, avec toujours cette exceptionnelle modernité dans l’expression et les concepts intellectuels développés au fil de l’intrigue. Et si les réflexions mobilisées peuvent sans doute sonner comme des idées de développement personnel contemporain aux éventuelles vibes New Age pour les esprits les plus chagrins, Sturgeon a l’immense avantage d’être venu des décennies avant la bataille, et surtout le talent inouï pour que la maïeutique déployée par les deux gérant·e·s de sa pension frappe bien trop juste pour souffrir de la moindre contradiction.
Bon sang que j’aime cet auteur, je ne me lasserai jamais de le dire. La césure choisie par la rédaction pour la conclusion de cette première partie est parfaite, j’ai très hâte de lire la conclusion. Trop chouette.
Ah ça fait du bien !

De profundis, Gordon Eklund
On enchaîne proprement ! C’est pas la même ambiance, pour sûr, mais c’est quand même cool.
On part de façon un chouïa didactique et expositionnelle dans un récit du type choc des cultures et appréhensions politiques différenciées, avec cette rencontre improbable entre une habitante des profondeurs et un visiteur terrestre exilé vers les grands fonds, mais plus ça avance, et plus les mises en place initiales apparaissent comme nécessaires et bien plus complexes que ce qui pouvait paraître. Et très vite, on est dans un super récit, avec une intrigue extrêmement riche, au propos bien complexe et nuancé allant bien au delà des premières apparences ; l’altérité y est très bien pensée et encore mieux mise en scène, nous baladant très habilement de surprise en surprise, jouant même ponctuellement avec la metalepse. Sous des couverts assez classiques dans le ton et le registre, on est finalement sur un récit très moderne, je trouve, et surtout diablement intelligent.
Beaucoup aimé.

Transition étrange et très malaisante, avec un petit coupon d’achat pour trois dessins de Siudmak. Trois ambiances étranges, trois atmosphères variées… À l’exception du fait que dans les trois images, y a une meuf à poil dans une pause plus ou moins lascive. Hey vraiment, les gars, je sais que je vous dis ça avec 50 de délai, mais quand même, faut vous faire soigner hein ; ce niveau d’obsession sexuel, c’est maladif, vraiment. Comment ça m’énerve, sans déconner.
Rah.

Terreur des hommes, Keith Roberts
Là aussi, on souffle. J’aurais pu accepter le délire dystopique tordu à base de société artistique délirante poussant les potards de l’altérité à fonds au point d’en devenir aussi confusant que malaisant. J’aurais presque pu passer sur la perspective éclatée et le rythme étrange allié à une traduction douloureuse sans doute due aux contorsions initiales du texte original. Le texte a failli me perdre une fois lors de ses premières saillies sexualisantes malsaines, il n’a juste pas poussé assez loin pour provoquer un dégoût suffisant chez moi, tout proche de la fin ; tout juste une méfiance exacerbée. J’ai même cru, grâce à une petite envolée bien fichue dans les dernières pages, qui expliquait en partie le délire de l’auteur et la construction bizarre de son texte, que ça allait ultimement le faire. Et puis déclaration d’intention finale avec une grosse dose de malaise sexuel pour faire ça à fonds, et plonger l’ensemble dans une perspective doloristo-transcendentale de l’Art : eurk, eurk et re-eurk derrière. C’est non.

Qu’est-il donc arrivé aux Olmèques ?, Kate Wilhelm
En un mot : meh. C’est pas tant que c’est mauvais que c’est juste terriblement vieux. Turboclassique, vu et revu à tous les niveaux, sans aucun argument d’originalité ou de personnalité pour aller plus loin que l’histoire de complot du gouvernement au sujet des aliens. Malus personnel supplémentaire avec l’insertion d’une intrigue amoureuse au chausse-pied pou faire du volume et apporter une tension pas nécessaire au texte, ce qui n’arrange rien au vu du fait que l’autrice est une autrice.

Tom-Le-Chat, Gary Jennings
Je suis partagé. D’un côté on a une satire pertinente sur l’oisiveté des riches et plus particulièrement des héritiers, avec ce jeune con qui profite de la généreuse pension versée par sa tante milliardaire mais qui voudrait plus, et envisage tout et son contraire pour « mériter » des gains plus substantiels sauf travailler. De l’autre, en terme d’intrigue et d’humour, on retombe sur des ressorts de vaudeville un peu médiocres et des sauts logiques pas toujours opportuns. Disons que c’est vite fait rigolo, mais c’est pas très subtil ni vraiment efficace sur le temps long, on tourne très vite en rond, pour finir sur une chute… discutable. Le plus intéressant pour moi aura été la mention de « la Rose-Croix » durant une séquence moquant les penchants occulto-ésotériques de la riche tante, me faisant appréhender différemment certains aspects de La Conspiration des Cyclistes, comprenant mieux que cette idée était clairement dans l’air du temps dans les années 70/80. Les coïncidences existent, il s’agit juste de faire sens du fait qu’elles sont plus ou moins remarquables.
Bref. Pas ouf, pas mauvais non plus, juste… là.

Marrant, dès lors que ce numéro nous montre totalement gratuitement des meufs à poil, sa qualité baisse subitement. C’est uniquement un hasard, mais quand même. Heureusement que le GOAT et Gordon Eklund sont là cette fois pour nous proposer des textes cools, parce que sinon, c’était bien la dèche.
Sans plus de cérémonie, direction le N°253 !

Au plaisir de vous recroiser.
D’ici là, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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