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Ni d’Ève ni des dents – Episode 7

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Fin de Soirée

On l’a entendu avant de le voir. On était sur le toit après avoir fait un rapide tour du quartier voisin pour récupérer quelques trucs, juste de quoi tenir encore trois ou quatre jours de plus. On se reposait, on essayait de ne pas trop anticiper l’angoisse, de profiter du calme avant la potentielle tempête. Un écho déformé nous est parvenu d’une rue derrière nous. On s’est levé pour aller voir, pour mieux entendre, essayer de comprendre quelque chose. A ce moment là, ça ne ressemblait à rien d’autre qu’un semblant de cri guttural, à peine articulé. Il se répétait, régulièrement, de plus en plus proche, de plus en plus clair.
Il hurlait le nom de Fanny, à chaque fois agrémenté d’épithètes, d’insultes et de menaces dont je vous ferais l’économie. Mais c’était moche, très moche. On a très vite compris que c’était lui, et on n’a pas vraiment su comment réagir. On a essayé de se faire aussi discret que possible et on a attendu de voir par où il arrivait exactement, et dans quel état il pouvait bien être. Sa voix était éraillée à un point difficilement croyable, comme si il avait littéralement passé les derniers jours à hurler. Il émaillait chacun de ses cris d’affreuses quintes de toux.
Il a finalement passé le coin de la rue et mon premier réflexe a été de noter la dernière entrée de mon journal ; j’ai cru qu’un ange de la mort venait pour nous. Je me suis toutefois vite rendu compte qu’il ne représentait sans doute pas une menace si immédiate que la peur voulait me le faire croire.
Son costard n’était pas en très bon état, surtout sale, taché de partout. Il avait du sang séché sur toute la gauche du visage, là où Fanny l’avait frappé, sa chemise était entièrement ouverte, sur une gorge et un torse gras, maculés de miettes et de fluides divers. Ce qui nous a permis de remarquer le plus aberrant. Si sa ceinture était en place, bien que desserrée, elle laissait la place à une braguette ouverte, visiblement arrachée, tout comme ses sous-vêtements.
Il se baladait, le pied-de-biche à la main, le sexe à l’air, en érection. Fanny la pointa du doigt, silencieusement, au moment même où je la remarquais. Nous avons alors échangé un regard interloqué, je lisais dans le sien une incompréhension encore plus forte que la mienne, et une question muette.
Je m’emparai alors des jumelles pour essayer de mieux le voir. Il était rouge, très rouge, comme si la chaleur l’accablait, alors qu’il faisait un bon temps de printemps, sans pour autant suer remarquablement ; impossible de savoir si c’était une question de physiologie, mais c’était choquant. Tout comme il était absolument impossible de rater son sexe d’ailleurs, protubérance écœurante au milieu de sa physionomie, un espèce de champignon violacé, visqueux, collé sur son costume gris perle, ballottant fiévreusement à chacun de ses mouvements.
Malgré les jumelles, du haut de l’immeuble, j’avais du mal à suivre ses mouvements, erratiques, d’un mur à l’autre, de chaque côté de la rue, à chaque vitre, sans cesser de hurler, de la bave coulait sur son menton, et il m’a même semblé voir du sang s’y mêler à force d’agresser sa gorge en plus de nos oreilles.
Il était comme possédé. Un spectre de sang, à la recherche de Fanny, avec des intentions explicites, obsessionnelles, qui nous glacèrent l’échine. Elle a cessé de le suivre du regard dès qu’elle a compris pourquoi il était là, et s’est planquée derrière le parapet, sans bouger, ni faire le moindre bruit, tant qu’elle pouvait l’entendre. Il est resté dans la rue quelque chose comme 3 minutes, et a continué d’avancer comme… Je sais pas. Comme un zombie bordel.
Quand je pense que j’ai évoqué l’idée il y a trois semaines, je croyais pas devoir y songer vraiment. Mais son comportement échappe à toutes les versions que j’ai pu voir. Si il a bel et bien été contaminé par une espèce de virus ou une quelconque maladie qui l’aurait rendu comme ça, il va falloir qu’on soit très prudent. Contamination, propagation… Ça collerait avec l’agression de l’autre jour… Sauf que lui n’avait pas sa queue à l’air. Et je n’ai pas vu sur Francis des stigmates similaires à celles que pouvait avoir ce SDF… Nous allons devoir surveiller encore plus attentivement ceux qui arrivent de l’ouest.
Surtout, essayer de rester calme, rationaliser au maximum. Fanny a été notre cerveau à tous les deux pendant les premiers jours, il faut que je sois fort pour nous deux maintenant.

Jour 27
Fin de Matinée

Ils arpentent les rues. Nous tentons… je tente de les étudier depuis le toit. Fanny ne se remet toujours pas d’avoir revu Francis hier. Elle m’a confessé, du bout des lèvres, qu’elle n’en pouvait plus. Ce que je peux comprendre. Elle est roulée en boule dans son lit depuis hier. Je lui ai tenu compagnie aussi longtemps qu’il lui était acceptable, et bien qu’elle ne m’ait pas rejeté, lorsque j’ai entendu un… zombie – en attendant de trouver plus approprié – briser une vitre non loin de notre planque. Je suis monté pour voir. Je ne l’ai pas vu, ça devait être dans une rue voisine, mais le vide fait tout résonner et donne l’impression que tout se passe à côté de nous.
Et donc oui, ils arpentent les rues. J’en ai vu trois depuis ce matin. Ils avaient tous une attitude différente, ce qui rend la compréhension de la situation encore un peu plus compliquée, comme si on en avait besoin… Des petits détails, à chaque fois, qui m’ont interpellé. Le premier se traînait comme une limace, le regard vide, il a simplement traversé la rue, sans rien faire d’autre que laisser couler sur son menton une bave épaisse. La seconde, près d’une heure plus tard, m’a fait penser au SDF, elle était furieuse, du sang séché sur la moitié du corps. Ses vêtements étaient dans un état pitoyable, ne tenant parfois qu’à la faveur de quelques fils, derniers survivants du carnage dont leur propriétaire semblait coupable. Sa bouche distordue semblait vouloir crier mais ne laissait échapper qu’un immonde gargouillement sifflant, et le même mélange dégueulasse de bave et de sang que Francis la veille. Elle n’est pas restée longtemps dans la rue, de toute évidence elle avait très faim. Le dernier, quelques vingt minutes après qu’elle fut partie, a été celui dont je garde le souvenir le plus précis, et le plus glaçant. De là où j’étais, je lui aurais donné 16 ans, pas plus.
Francis miniature, mais sans le costard. La même attitude, et la même érection sauvage. Quelque chose me dit qu’un schéma commence à se dessiner.

Milieu d’après-midi

Premier constat après quelques heures d’observation : ils ne sont pas nombreux. Quelques dizaines seulement sont passés dans la rue en bas, toujours seul.e.s, avec à chaque fois un intervalle assez long entre eux. Juste de la chance pour nous – parce que ça veut dire qu’on pourra sûrement tenter quelques sorties – ou quelque chose de réfléchi ou de  »grégaire » chez eux ? Il me faudra sans doute plus de temps pour le savoir. Deuxième constat, qui tiendrait plus de la théorie : ils ne se comportent pas tous de la même façon. En tout cas je n’en ai vu que trois catégories pour le moment. Les premiers sont apathiques, lents, errent sans but visible, les deuxièmes semblent affamés, courent après le moindre bout de nourriture sans réfléchir et semblent extrêmement agressifs. Les derniers sont ceux comme Francis. Obsédés sexuels. Je ne me base que sur des impressions et des observations faites aux jumelles, il faudra que je pousse l’étude dans les heures et jours à venir.
Sans exceptions, la voix brisée par des cris incessants, à des stades de décrépitude dépendant chacun et chacune du moment où elles ont  »basculé », la peau rougie par la fièvre, baignant de sueur dans un temps clément. Je suis convaincu qu’un agent pathogène est à l’œuvre, dont j’ignore les origines et les mécanismes. Leurs apparences et leurs comportements sont trop similaires pour que je puisse songer à une autre hypothèse.
La vraie bonne nouvelle, pour le moment en tout cas, c’est que le nombre ne semble pas insurmontable. Je vais essayer d’aller parler à Fanny, elle n’a pas bougé depuis ce matin.

Jour 29
Fin de Matinée

Pas grand chose de bien remarquable ces deux derniers jours. Je passe la majeure partie de mes matinées à observer les rues aux alentours, histoire de voir si nos visiteurs sont toujours là et si leurs comportements sont toujours les mêmes. R.A.S. Même rythme, même cadence, mêmes stigmates. J’ai même pu en identifier quelques-uns qui semblent avoir élu domicile non loin ; le temps doux leur permet de passer le plus clair de leur temps dehors. Il ne me semble pas en avoir encore vu se croiser. C’est curieux. Aussi curieux que de ne pas avoir revu Francis.
Fanny commence à doucement se remettre. Elle se concentre sur un travail d’aménagement à l’intérieur de l’immeuble, de son propre aveu pour éviter de trop se confronter à l’extérieur. La situation m’emmerde, mais c’est son choix, et lorsqu’elle sera prête à revenir sur le toit, on pourra réfléchir à la suite ensemble.

Quoique. La suite vient peut être de se précipiter à notre rencontre plus tôt que prévu.
Une voiture vient de se garer en bas.

3 comments on “Ni d’Ève ni des dents – Episode 7

  1. Chloé Gaster dit :

    Oui ! C’est des zombies ! Le suspense est bien entretenu. Bravo !

    Aimé par 1 personne

    1. lairdfumble dit :

      Merci pour ton engouement. 😀

      Aimé par 1 personne

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