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Super-Héros de Troisième Division, Charles Yu

still feel. – half·alive (extrait de l’album Now, Not Yet)

Comme souvent, l’histoire de cette chronique commence sur Twitter. J’y croise quelqu’un qui explique qu’il a l’impression de ne plus trouver son compte dans la Fantasy et la SF, de toujours lire la même chose ; et qui demande de nouvelles choses, « obscures mais cools ». Ni une ni deux, je lui sors une petite liste personnelle de ce qui me paraît correspondre, non sans éprouver tout de suite après une petite pointe de culpabilité envers les auteurs et autrices que j’aime mais que j’ai oublié.e.s dans l’immédiateté de la rédaction. Mais je me rends aussi compte qu’un nom a surgi sans que je n’ai trop à y réfléchir, et je me suis dit qu’il fallait que j’en parle, parce que je le lui devais, autant qu’à moi même.
Charles Yu.
Je l’ai rencontré l’année dernières, aux Imaginales (meilleur festival), alors que mon ami Xavier Dollo me présentait à l’éditeur David Meulemans, responsable de la maison « Aux forges de Vulcain », que je ne connaissais absolument pas. On discute un peu, et mon statut de libraire fait surface. Et le voilà qui me confie une pile entière de leurs ouvrages, histoire que je fasse connaissance avec leur travail. Autant dire que j’étais aux anges. Dont, vous l’aurez aisément deviné, Super-Héros de Troisième Division, de Charles Yu.
La question est donc maintenant : pourquoi, lorsqu’il s’est agit de penser à un auteur obscur mais cool, ce nom a-t-il surgi ainsi sans atermoiement des profondeurs de mon cerveau , quand bien même je n’en aurais lu qu’un seul ouvrage ? À l’assaut.

Nous attaquant à un recueil de nouvelles, il n’est pas nécessaire de nous atteler à un quelconque résumé, mais plutôt à une sorte de revue d’atmosphères. Les thèmes comme les genres sont variés, et toujours étudiés autant que racontés, passant habilement par la SF, plus ou moins hard ou des récits plus réalistes. La première force de Charles Yu, c’est l’effort constant de varier les formes autant que les fonds. Toutes les nouvelles ou presque allient à leur intrigue un style distinct, liant la forme et le fond d’une façon qui à mes yeux en tout cas, est inédite. L’histoire d’amour d’un mathématicien obsédé par son travail devient une démonstration mathématique, bardée d’hypothèses, de corrélations et d’une volonté de faire méthode. La conversation entre deux personnes situées à plusieurs planètes d’écarts devient presque une retranscription radiophonique. J’en passe, même si je dois confesser un léger déficit du côté mémoriel pour ce qui de vraiment être précis. L’idée à retenir, c’est bel et bien que pour chaque thématique abordé, le style varie, toujours avec un standard de qualité très élevé, mais surtout un souci de faire que l’ensemble fasse sens, dans une synchronicité très élégante.

Mais le cœur de mon appréciation de ce recueil est ailleurs. C’est d’abord et avant tout ce qui donne toute sa force à ces histoires, et qui est un peu compliqué à expliquer. Il me semble que toutes ces histoires racontent notre médiocrité ; mais en y injectant, paradoxalement de la beauté et de la brillance. Le tour de force est là. Tous ces récits tournent autour de ce que l’on peut trouver de plus mesquin, de plus faible dans nos histoires et nos motivations à tous et toutes. À l’image de la nouvelle éponyme qui ouvre le recueil, où nous suivons un super-héros donc, mais au pouvoir tellement faible qu’il n’est d’aucune utilité ou presque lorsqu’une mission se présente pour ses collègues mutants ; ce qui l’amène à ronger son frein et à frustrer de son statut, finalement d’homme ordinaire. Son presque talent devient un fardeau plutôt qu’une chance, le ramenant sans cesse à reconsidérer ce qu’il pourrait et devrait faire de sa vie, l’amenant finalement au pire.
Tout ce recueil tourne autour de l’idée qu’il y a pourtant du beau partout, même dans ce que l’on considère d’ordinaire avec dédain, y compris lorsqu’on regarde dans le miroir. Et c’est très fort. Si j’ai pu lever un sourcil parfois dubitatif à la lecture de quelques réflexions, la plume de Charles Yu, souvent, m’a fait reconsidérer mon opinion au fil des pages, par une image poignante, la justesse d’une formule ou d’un concept. Et si nous sommes parfois un peu trop tentés de ne céder à la catharsis que grâce à des héros ou héroïnes plus fort que nous, il est fabuleusement rafraîchissant de mûrir au contact de personnages aussi faibles,  »normaux » que nous, qui sont nettement plus évocateurs de nos turpitudes, y compris dans un monde ou un contexte qui ne serait pas tant réaliste que seulement cohérent à l’aune de règles différentes des nôtres. J’en prendrais pour exemple la merveille absolue qu’est L’homme qui devint lui-même, une nouvelle terriblement réaliste dépeignant la trajectoire d’un homme qui se rend compte qu’il habite son corps sans pouvoir le contrôler, du jour au lendemain. La métaphore devient vite évidente, mais elle n’en frappe que plus fort, et m’a parlé comme peu d’autres nouvelles de ce genre ont pu le faire par le passé, et j’en garde une cicatrice au cœur, avec gratitude.

Je me suis depuis promis que je lirais autant de ses ouvrages que possible, et qu’il me faudrait lui rendre hommage, à l’occasion. Voilà qui est fait. Je reviendrai sans doute dans les temps à venir sur Fable, une nouvelle également sortie Aux forges de Vulcain, qui a également laissé une trace indélébile dans mon inconscient, tout comme il ne fait nul doute que je reviendrais sur le reste de son travail, quand j’aurais eu le plaisir de le lire. Le plaisir que j’ai eu à lire Charles Yu et celui que j’ai à en parler me font me dire que ma confiance en son travail est déjà acquise, et je suis très heureux qu’une maison d’édition française fasse un aussi bon travail de traduction et d’édition pour me l’avoir fait découvrir, et que je puisse, à l’avenir, encore prendre plaisir à l’explorer. Je vous souhaite la même chose.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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