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Cochrane vs Cthulhu, Gilberto Villaroel

Black Sea – Natasha Blume

Cthulhu et moi, c’est une histoire un peu compliquée, un rapport intérêt/indifférence assez déséquilibré par rapport à la majorité de mes coreligionnaires fans d’Imaginaire. Mes rapports à l’oeuvre de Lovecraft se résument rapidement à des expériences de JdR avec mon frangin durant notre adolescence et quelques tentatives de lectures vite avortées, par faute à un style difficile d’accès, et avouons le simplement, un ennui assez terrible. Je blâme ma jeunesse et mes goûts peu portés vers la contemplation et l’angoisse.
Je n’ai donc de la mythologie et des ouvrages Lovecraftiens qu’une connaissance par procuration assez parcellaire. Tout un pan de notre culture que je tiens en haute estime, mais sans y avoir consacré beaucoup de mon temps, d’autant que le fantastique, sous tous ses aspects, n’est pas le genre que j’affectionne le plus, loin de là.
Mais voilà que les éditeurs  »Aux forges de Vulcain » proposent un SP de leur roman à paraître Cochrane vs Cthulhu. Le titre et la couverture sont prometteuses, et j’aime beaucoup ce qu’ils publient. Alors je demande, fidèle à la promesse que je me suis faite d’aller chercher en dehors de ma zone de confort des choses nouvelles à lire. Et je reçois.
Il est temps de rendre, désormais, et de dire tout le bien que j’en ai pensé.

Notre histoire commence à Fort Boyard, à l’époque napoléonienne. Nous y suivons en particulier le capitaine Eonet, fier commandant de la garnison française, et Lord Cochrane, mystérieux officier de la Royal Navy britannique, alors que ce dernier est fait prisonnier lorsqu’il tente de s’infiltrer dans la forteresse. Leurs intérêts divergents se voient obliger de converger alors que d’inquiétants événements, dont l’origine ne tarde pas à se deviner, commencent à se produire.

Commençons par un élément remarquable et qui m’ a passablement séduit, le choix de faire se dérouler ce roman dans un cadre extrêmement réaliste et documenté. Nul doute que la nostalgie latente de ma jeunesse et d’une certaine émission télé n’est pas étrangère à l’affaire, mais qu’importe. Le cadre du fort est très propice à un huis clos haletant, d’autant plus dans des circonstances telles que les guerres napoléoniennes, d’autant plus en y rajoutant notre bonne vieille rivalité avec la Perfide Albion et un dieu ancien. J’y reviendrai plus en détail, mais il est également notable que le personnage de Lord Cochrane a réellement existé, de même que certains autres personnages surprenants évoqués au fil des pages. Lord Cochrane, d’ailleurs, qui me rappela très vite le Jack Aubrey de Patrick O’Brian, coïncidence qui n’en est pas une, puisque l’auteur en question s’était inspiré de ce même Lord Cochrane pour écrire son propre personnage. Une amusante boucle, le genre de petits plaisirs qui ne se refusent pas.
Comme je l’avais déjà évoqué lors de ma chronique sur Point Zéro, j’avoue ressentir un malin plaisir à lire la fiction jouer avec nos connaissances de la réalité et de l’Histoire, et je ne cesse d’être impressionné par ceux qui arrivent à mêler faits réels et Imaginaire pour nous donner une nouvelle version de ce dont nous sommes sûrs. Il est assez jouissif de pouvoir garder, grâce à ce genre de récits, une petite voix espiègle qui au fond de notre esprit, ne saurait cesser de nous taquiner de  »et si ?.. ». Après tout, nous savons que l’Histoire appartient aux vainqueurs, et pouvoir lire une version alternative de nos certitudes, aussi solides soient-elles, constitue un bel exercice d’abstraction et de réflexion.

Mais passons sur le récit en lui même, qui se concentre tout à la fois sur les réactions des différents personnages impliqués dans l’affrontement entre les occupants du Fort Boyard et ses assaillants ; mais aussi et surtout sur les relations entre les différents camps de l’alliance forcée par les circonstances. Se mêlent des querelles de pouvoir et de hiérarchie entre les différents officiers français présents, les initiatives de chacun pour essayer de faire évoluer positivement la situation ou d’en apprendre plus sur la menace qui pèse sur tout ce petit monde. La première qualité du récit est sans doute sa clarté, malgré la facilité avec laquelle le récit aurait pu basculer dans une certaine confusion, entre les différents événements relatés qui alimentent les rancœurs et les rivalités qui nous sont contées. Mais tout coule de source et le récit avance avec une jolie fluidité, seulement gênée, par moments, par une volonté un peu trop appuyée de tout rappeler au lecteur, y compris certaines données vieilles de seulement quelques chapitres. C’est dommage mais très loin d’être rédhibitoire, l’essentiel est ailleurs.

Et l’essentiel, c’est le Cochrane du titre, celui qui par son audace, son inventivité et son charisme, éclabousse le récit de sa classe absolue. Tellement badass qu’il confinerait à la caricature s’il n’était pas si bien écrit, justifiant intelligemment tous ses éclats avant qu’on puisse s’en émouvoir ou s’en agacer. Lord Cochrane, c’est une sorte de fusion improbable entre le Jack Aubrey de Master and Commander, James Bond et MacGyver ; et qui ici, devrait composer avec des français bonapartistes, ses devoirs envers la couronne d’Angleterre et – spoiler – un ancien dieu qui se réveillerait pour tenter de conquérir le monde. Et si cela semble beaucoup, l’auteur compose habilement avec tous ces éléments sans jamais, paradoxalement, trop en faire, gardant un rythme bien équilibré entre révélations directes, indirectes, péripéties et discussions. Mention spéciale à la superbe relation de respect/méfiance qui s’établit entre le capitaine Eonet, un joli modèle de discipline et d’honneur militaires vieille-école et Cochrane, plus volontiers audacieux et impertinent. Leurs échanges sont les plus savoureux du roman, laissant place à des jeux de diplomatie, de bluff et de stratégie assez réjouissants.

Le mélange des genres est assez détonnant et très agréable à suivre, le récit jouant donc sur divers tableaux, jonglant assez habilement avec tous ces aspects, nous obligeant en permanence à un effort de vigilance pour ne pas trop se laisser surprendre, notamment lorsqu’il s’agit de quelques fulgurances de la part des personnages. De la même manière que Lord Cochrane, Gilberto Villaroel semble presque toujours avoir un coup d’avance, mais toujours avec la bonne mesure, qui nous fait apprécier l’effort d’inventivité sans hurler au deus ex machina.

En bref, une lecture que je recommande assez chaudement, autant pour le plaisir de son intrigue principale que celles de ces intrigues secondaires qui apportent des éléments nouveaux lorsqu’elles se développent, toutes appuyées par des personnages solides et cohérents, surtout pas manichéens. Le contexte choisi autant que le déroulé des événements constituait un ambitieux pari qui se révèle finalement fort bien tenu ; et même si je ne pourrais jurer du respect du canon lovecraftien, j’aurai sans doute plaisir à m’attaquer à d’autres romans du même tonneau, surtout par le même auteur et par les mêmes éditeurs.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit remplis d’étoiles. 😉

5 comments on “Cochrane vs Cthulhu, Gilberto Villaroel

  1. Célindanaé dit :

    Je suis entrain de le lire, il doit me rester une centaine de pages. Pour le moment j’adore, et Cochrane est excellent!

    Aimé par 1 personne

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