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Ni d’Ève ni des dents – Episode 13

4h15

Ils ont tourné pendant quelques minutes avant de choisir où se poser, maintenant ils sont littéralement à quatre blocs de distance du notre, je pourrais presque les voir sans jumelles si la pénombre de la nuit ne faussait pas tant les perspectives. C’est un peu ridicule ; j’ai peur qu’ils me repèrent à travers la fenêtre alors je me cache dans un coin de la pièce sous une couverture pour écrire avec ma lampe-torche. J’espère que je ne vais pas rater quelque chose d’important. D’autant que je crois que les autres dorment toujours. Il faudra bien les tenir au courant. La nuit va être longue.
Les avions sont rentrés une dernière fois, au bout de trois passages, comme la dernière fois, plus resserrés dans le temps cette fois-ci. Il aurait fallu que je regarde mieux pour être absolument sûre de ce que j’avance, mais j’ai du partir du toit pour éviter de me faire remarquer. Quant aux hélicoptères, au nombre de trois également, ils font du surplace et déposent des hommes et du matériel à tour de rôle au sommet d’un immeuble que je crois reconnaître ; nous l’avons pillé la semaine dernière. Il est au milieu d’une zone peu infestée, je me demande si le bruit des hélicos en attirera un bon nombre ou non.
J’en profite pour préciser que malgré les victimes somme toute régulières de nos raids extérieurs, le nombre des infectés ne semble pas diminuer, leur afflux de l’est ne se tarit absolument pas, sans compter tous les oublié.e.s de l’évacuation qui ont sûrement succombé à des morsures ou autres blessures infligées par les infectés déjà présents.
Les hélicoptères repartent, ils ont fini de tout déposer je crois. J’ai discerné une douzaine de militaires, tout du moins de personnels équipés avec du matériel militaire, tous équipés de masques à gaz. Mon manque de connaissances dans le domaine m’empêche de pouvoir déterminer avec précision leur niveau d’équipement et de menace en dehors de ça. Mais ils n’ont pas l’air d’être lourdement armés ou équipés, l’accent semble bien porter sur leur niveau de protection environnementale.

5h20

Je lutte pour ne pas m’endormir mais ce qui se passe est assez fascinant pour que j’essaie d’éviter que mes yeux ne se ferment trop tôt. Les militaires se sont séparés en deux groupes. L’un est resté en haut de l’immeuble, il me semble qu’ils font des analyses de l’air, en tout cas ils ont installé tout un tas d’appareils, des lumières et ce qui ressemble à des grandes tentes. Depuis maintenant 10 minutes, une partie d’entre eux brandit des petites tablettes en l’air tandis que l’autre moitié semble prendre des notes.
L’autre moitié du groupe, quant à elle, explore l’immeuble, sans doute pour vérifier qu’il est vide. J’aperçois de temps en temps des flashs lumineux traverser les fenêtres des appartements qui sont dans l’alignement de la grande rue vide qui prolonge mon point de vue jusqu’à eux. Quel heureux hasard qu’ils aient choisi celui ci. Et aussi que nous n’ayons pas encore installé la tyrolienne de Daphné, qui nous aurait sans doute fait repérer depuis les hélicos. Je me demande d’ailleurs si quoi que ce soit signalerait notre immeuble par rapport aux autres comme occupé. En dehors de l’odeur, évidemment.
Puisque nos nouveaux voisins ont l’air de vouloir rester, je crois qu’il va falloir que je prévienne les autres avant qu’ils se lèvent, nous allons peut être nous obliger à rester confinés quelques jours pour ne pas être repérés, ou du moins le temps de pouvoir déterminer si nous aurons une chance de leur parler avant d’être abattus. Ils ont tous des armes et l’air tendu, après tout. Je pense que je vais aller les prévenir et ensuite j’irai dormir, ce sera une façon comme une autre de faire ma part pour nous éviter de nous faire remarquer.

Jour 59 – 31 Mai
17h25

Apparemment, il a été très difficile de contenir Daphné lorsqu’on lui a dit que des militaires patrouillaient la zone, ses parents m’ont même dit qu’ils avaient été obligés de l’enfermer dans une pièce à l’étage pour qu’elle ne fonce pas dehors tête baissée. J’étais tellement fatiguée que je ne l’ai même pas entendue hurler dans les escaliers devant l’appartement dans lequel je dors. Nos voisins n’ont pas mis les pieds dehors pour le moment en dehors du toit ; et comme je l’avais pressenti, le bruit qu’ils ont fait avec leurs pâles ont bel et bien rameuté une grosse masse d’infectés qui désormais errent autour de leur planque. Chance pour les militaires, les hélicos ne sont pas restés assez longtemps pour réellement les alerter sur leur présence dans cet immeuble précis, ce qui ne les a pas encore poussé à les attaquer. Mais le moindre faux pas ne tardera pas à les avertir de l’importance de la discrétion. Nous ne le savons que trop bien, en témoignent la vingtaine de cadavres qui s’amoncellent aux abords de notre cachette, témoins gênants de notre installation qu’il a fallu écarter par la manière forte. Si pour le moment les infectés se contentent d’exister sans réel but dans la zone où ils ont entendu du bruit, dès qu’ils auront une idée plus précise, ils tenteront de passer les portes.
Nous ne devons la survie de notre planque qu’à deux facteurs précis, leur fatigue et notre prudence. Nous pouvons nous nourrir et nous hydrater nettement plus facilement qu’eux, ce qui les amène, forcément, à une certaine faiblesse, même si il nous semble, sans pouvoir l’affirmer, que l’infection provoque des changements métaboliques leur permettant de rester plus longtemps sans avoir à se ravitailler. Ou peut être que l’absence de douleur les empêche tout simplement de ressentir la faim ou la soif avec la même intensité que nous. Impossible de savoir. Espérons que nos voisins trouveront des informations utiles plus vite que nous. Espérons qu’ils aient été suffisamment intelligents pour ramener avec eux des spécialistes utiles dans ce genre de situations.

21h00

Étant donné que Daphné a été enfermée et qu’elle n’est toujours pas revenue à la raison concernant le risque que nous font encourir nos voisins, j’ai du prendre son tour pour aller tenter de nourrir Eric, à contre-cœur. Parce que je savais à quoi m’attendre, et même en sachant pertinemment ce que j’allais voir, je demeure choquée et absolument dégoûtée de ce qu’il est devenu. Et, en toute logique, étant Effacé, il ne cherche pas à se nourrir, ce qui nous amène déjà à nous interroger sur la nécessité de gâcher une partie de nos stocks en lui donnant des choses à manger qui finiront par pourrir dans sa cellule. Même l’eau finira par croupir.
Quand j’y suis allé tout à l’heure, je l’ai retrouvé, face au petit soupirail que Fred et Carl lui avaient aménagé, quand cela lui importait encore ; un seul rayon de chiche lumière de la fin d’après-midi l’illuminait. Tel que je l’ai connu… tel que je le connais, vraiment, il serait du genre à se poser devant ce genre de rayon et à soupirer d’aise sous la caresse du soleil, si faible soit-elle. Maintenant, cet étranger, cet infecté qui a pris sa place ne fait que bouger sous de rares impulsions aléatoires, qui n’ont de sens que pour son cerveau malade. Ou peut être même pas.
Je ne sais pas combien de temps il va pouvoir rester comme ça, je crois qu’il a déjà perdu une dizaine de kilos, ses lèvres ne sont que deux boursouflures craquelées, ses yeux deux puits sans fonds. Il n’est plus humain, et j’aurais du mal à dire de lui qu’il est encore réellement en vie.
Je me suis contenté de le regarder à travers cette vitre, pendant quelques minutes, avant de me résigner à l’abandonner à son sort, ne pouvant espérant autre chose qu’un miracle, un jour, peut être.
Quant à nos voisins, rien à signaler. D’après Rebecca, qui s’est portée volontaire pour les surveiller depuis la chambre voisine de la mienne, idéale pour voir sans y être vu.e depuis l’extérieur, ils sont restés dans les plus hauts étages ou sur le toit, ne regardant dans la rue, ou ne sortant de leurs tentes que de temps à autre, toujours en brandissant les mêmes appareils de mesure, portant les mêmes masques à gaz. Pour le moment, nous n’avons donc rien à craindre d’eux. Mais nous demeurons prudents, forcément. Elle estime qu’ils ont tout de même l’air encore plus tendu que quand ils sont arrivés. Je me demande bien comment elle le saurait, d’abord parce qu’elle ne les a pas vu arriver, et ensuite parce qu’il nous est impossible des les juger à travers ces foutus masques. Mais soit. Nulle raison pour moi de me moquer d’elle, elle transfère sans doute une partie de son angoisse sur eux, et ça, je ne saurais l’en blâmer.

2h15

J’ai entendu du bruit venant de la chambre en dessous. Celle de Rebecca et Charles-Henri.

Ces cons sont sortis. Ils vont vers l’immeuble des militaires.

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