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Des Sorciers et des Hommes, Thomas Geha

Gold Diggers – Be The Wolf (Extrait de l’album Rouge)

Encore une fois, derrière la motivation de sortir un bouquin des cartons pour ces chroniques, il y a une histoire personnelle. Même si celle là aurait tendance à briller par sa simplicité plutôt que de mériter une explication. Je serai donc bref. Tout commence aux Imaginales, alors que je me dis qu’il serait temps de découvrir le travail de Thomas Geha en tant qu’auteur, après l’avoir découvert en tant que libraire passionné et passionnant. Autant le faire avec son dernier né, qu’il me présente alors, sans prétention ni fausse modestie. Il s’avérera que cet ouvrage sera un de mes plus gros coups de cœur de 2018, si ce n’est le plus gros, mes souvenirs sont flous.
Mais ce qui rend ce bouquin si précieux dans ma bibliothèque, au delà de sa qualité propre, sur laquelle je vais revenir, c’est aussi la fierté de libraire que j’en tire. Durant ma période d’apprentissage, je me suis retrouvé à vendre ce livre plus qu’aucun autre dans le rayon Imaginaire. Le sentiment qui était le mien en me disant que je repayais une sorte de dette karmique envers un ami qui avait beaucoup fait pour moi, je souhaite à tout le monde de pouvoir l’éprouver au moins une fois.
Mais trêve d’anecdote, suivez moi, que je vous emmène faire une petite balade sur l’île de Colme.

Ce roman de fantasy se présente sous le format du fix-up, c’est-à-dire une succession de nouvelles et récits courts indépendants les uns des autres, mais se répondant néanmoins au sein d’un schéma plus large. Au fil des différents chapitres, nous suivrons plusieurs personnages différents dont les trajectoires se croisent et s’influencent sans pour autant être totalement interdépendantes.
Ces récits, cependant, gravitent tous autour des deux personnages que nous pourrions qualifier de principaux tant leur influence est motrice, Hent Guer et Pic Caram ; respectivement mercenaire et sorcier, dont les ambitions d’argent facile et de bon temps n’ont d’égales que les facilités auxquelles ils sont capables de sacrifier pour arriver à leurs fins. Ce sont leurs actions et leurs décisions, laissant une trace indélébile partout où ils passent, qui motiveront d’autres personnages et donc d’autres intrigues dans chacun des chapitres qui nous sont contés, parfois même alors que leurs noms ne sont qu’évoqués.

Premier point fort donc, cette structure particulière du fix-up, que je n’ai que très peu croisée dans ma trop courte expérience de lecteur, à l’exception notable de Célestopol, en tout cas dont je me souvienne. Ce format permet à la fois d’aller vite et de prendre son temps en fonction des informations qu’il est indispensable de présenter et celles que l’on peut aisément éclipser. Cela confère à l’ensemble la capacité gratifiante de savoir nous surprendre avec une ironie narrative d’une maîtrise jouissive, nous laissant découvrir les éléments d’intrigue en même temps que certains personnages, mais avec une longueur d’avance sur eux, sachant de qui ou de quoi il est question mieux qu’eux, donnant donc de nouvelles perspectives sur les chapitres passés ou à venir. Qui plus est, certains des chapitres mettent un certain temps à se raccrocher au wagon général, leur donnant un poids solitaire encore plus appréciable, car existant d’une certaine manière dans une dimension propre au sein même de l’ouvrage, avec de petites variations dans le sous-genre de fantasy utilisé, même si l’atmosphère générale demeure la même d’un épisode à l’autre.

Cette fantasy d’ailleurs, que sans donner l’air d’y toucher, Des Sorciers et des Hommes dépoussière assez habilement, non sans malice, mais avec intelligence. Je ne pense pas que l’ambition de Thomas Geha était de volontairement remettre en question tout l’héritage d’un genre relativement jeune, mais somme toute relativement figé dans des règles tacites et des automatismes d’écriture parfois un peu pénibles à lire encore et encore. Cependant, tout récit se fait forcément l’écho des réflexions de son auteur, et on sent bien que celui ci est conscient de nombreuses problématiques de notre époque, qui se voient donc abordées avec un joli pas de côté, très malin. En témoignent les personnages féminins qui ne font pas office d’outils narratifs, mais bien d’un souffle respectable et d’une force de caractère passionnante à lire. De la même manière, tout l’univers développé dans l’île de Colme et ses environs donne à Thomas Geha autant d’opportunités de questionner bon nombres des mécanismes classiques de la fantasy pour mieux les détourner et créer énormément de belles surprises pour le lecteur curieux et avide de nouveautés et de concepts uniques, notamment un système de magie très inventif.

Il évite ainsi de nombreux écueils et crée des choses formidables, qui donnent à toute la lecture ce sentiment d’unicité et de véritable originalité que nous recherchons tous. Ce sentiment, qui a été exacerbé pour moi avec le traitement des personnages. Car au delà du fameux souffle que je ne cesse de rabâcher sur ce blog (j’espère que vous trouverez la force de me pardonner), et de la plume malicieuse, espiègle et délicieuse de Thomas Geha, une idée m’a séduit plus que tout le reste. L’idée de faire fi du moindre jugement de valeurs. Aucun de tous les personnages présentés n’est parfait. Loin de là. Tous ont des failles, des réactions, des réflexions qui, à un moment ou à un autre, nous font frissonner ou secouer la tête de dédain. Surtout Hent Guer et Pic Caram, qui sont de parfaites fripouilles, absolument amorales, ne poursuivant que leurs propres objectifs sans le moindre scrupule.
Et pour autant, ces deux affreux comme les autres ont leurs bons côtés. En présentant toutes ces histoires qui s’entrecroisent de point de vues différents à chaque fois, en détaillant chaque trajectoire avec une franchise équitable, nous comprenons tous les enjeux et les motivations de chacun et chacune. Ce qui crée un mélange passionnant, où personne n’a réellement raison ou tort, mais où le karma devient le seul juge des événements, et où le lecteur n’a plus qu’à prendre plaisir à suivre chacune des aventures que Thomas Geha lui conte avec malice. On alterne entre des dialogues savoureux, des scènes d’actions enlevées, des intrigues bien ficelées ou même quelques jolies scènes plus lyriques, avec toujours en fil rouge un univers dont on ne se lasse pas de découvrir les détails et les spécificités.

Donc oui, une très belle lecture, à la fois pour les fans déjà acquis de la fantasy qui rechercheraient de nouvelles émotions, ou bien plus simplement, pour les amoureux des belles plumes qui ont de belles choses à raconter dans un contexte Imaginaire. J’ai adoré ce roman et je suis d’autant plus content de pouvoir le dire que c’est celui d’un ami ; sans compter que je sais désormais que d’autres de ses histoires se déroulent dans le même univers, et que l’intégrale revisitée du Sabre de Sang m’attend. Si c’est de la même qualité – et je n’ai aucune raison d’en douter – j’ai de très bonnes raisons d’être impatient, ce qui reste un de mes plus gros plaisirs de lecteur. Sans compter le plaisir de la relecture, un jour.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “Des Sorciers et des Hommes, Thomas Geha

  1. Sabine C. dit :

    Merci pour le partage d’anecdote et de connaissance ! C’est toujours un plaisir de te lire :D. J’aime beaucoup le format fix-up et l’univers pourrait bien me plaire ^^.

    J'aime

    1. lairdfumble dit :

      Mais c’est trop gentil ça, merci ! =)
      Je te souhaite très fort de pouvoir le lire, et de l’aimer autant que moi 😉

      Aimé par 1 personne

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