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Ni d’Ève ni des dents – Episode 16

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22h15

Seulement deux cette fois, nous n’avons pas eu besoin de les observer très longtemps pour nous rendre compte que leurs intentions ne sont plus du tout les mêmes que la première fois. Moins de matériel, moins de personnel, équipé différemment.
Ils se sont posés directement sur l’immeuble de la dernière fois, et la première chose qu’ils ont faite en se posant a été de regarder avec des jumelles dans notre direction. Il me semble avoir reconnu la silhouette de celui qui m’avait  »salué ». Je n’ai pas l’impression qu’il nous ai vues cette fois, la luminosité déclinante de la soirée jouant sans doute en notre faveur, même s’ils doivent bien se douter que nous n’avons pas bougé. Mais ils ont très vite sécurisé leur périmètre, n’ont cette fois ci pas hésité à abattre quelques infectés à vue, y compris certains assez éloignés de leur position.
À l’heure où je vous parle, ils ont rembarqué en direction de l’est, mais en laissant toute une partie de leurs équipements sur le toit, dont nous ne pouvons voir d’ici ce à quoi il peut servir. Nous hésitons sur la marche à suivre avec Daphné. Elle plaide pour leur faire payer le sort réservé à ses parents ainsi que leur arrogance à tout laisser sur place sans craindre de conséquences ; je serais plutôt partisane d’une certaine circonspection, autant que de méfiance à leur égard. Il me paraît tout de même peu probable qu’ils puissent être aussi bêtes. Traverser le quartier et monter sur leur toit nous prendrait tout au plus 20 ou 30 minutes, peut être plus si nous prenions le maximum de précautions. Et nous aurions toujours le temps d’entendre et de voir arriver les hélicoptères et de nous en aller en vitesse le cas échéant.
Nous n’avons pas beaucoup de temps, mais nous allons en discuter encore un peu avant de prendre une décision.

03h30

Daphné a pris la décision à ma place. Elle s’est contenté de sortir en faisant du bruit pour que je sois bien consciente de ce qui se passait ; elle m’a mise devant le fait accompli. Elle savait pertinemment que de toute façon je n’aurais strictement aucun moyen de l’empêcher d’aller au bout. Autant l’accompagner. Une fois dans la rue, quand je l’ai regardée, dans le halo de ma lampe-torche, avec cet air féroce et son pied-de-biche en main… Je me suis dit qu’on en avait vraiment besoin finalement. C’était stupide, probablement très dangereux, mais on a appris quelques trucs et on s’est fait beaucoup de bien. J’aurais donc tendance à dire que le bilan, bien que discutable, est globalement positif.
La première chose que nous avons apprise, c’est que les infectés dorment. Il est vrai que depuis tout ce temps nous ne sommes jamais vraiment sortis en pleine nuit, trop occupé.e.s à dormir nous-même. Nous avons donc été surpris de tomber sur un infecté, roulé en boule, à même le sol, au coin d’une des rues de notre quartier. Il était étrangement paisible, et m’a fait me rendre compte que je n’avais jamais pris le temps de vérifier l’attitude d’Eric durant la nuit, trop dégoûtée de le savoir dans son état actuel, et voulant donc limiter mon temps à ses côtés, mais surtout trop concentrée sur le peu de repos que je peux m’octroyer chaque nuit.
Bref, nous avons trotté vers leur immeuble, avec la peur comme moteur, prêtes à rebrousser chemin à tout instant, mais aussi je crois une certaine joie mauvaise à l’idée d’éventuellement pouvoir leur rendre la monnaie de leur pièce. Comme je l’ai dit, je ne croyais pas un seul instant qu’ils seraient assez bêtes ou arrogants pour nous laisser la voie libre. Mais voilà, les puissants ont ce défaut de croire que les circonstances autant que leur statut les protègent de la vindicte. Où bien nous sommes tombées dans un piège d’une complexité qui nous échappe. Allez savoir.
Bien que nous ayons pris un maximum de précautions en rentrant dans leur domaine, nous n’y avons pas vu la moindre trace de pièges ou quoi que ce soit d’approchant. Ils avaient, en effet, pêché par orgueil et tout laissé sur place, y compris certains plans et équipements d’importance. Tout ne faisait pas sens à nos yeux, il faut bien l’avouer. Ce qui ne nous a pas empêché de les prendre pour pouvoir les étudier plus tard, à la lumière du jour. J’avais pris un sac au cas où. Il est rempli de papiers en tous genres dont la bonne moitié vont sûrement ne rien signifier pour nous.
Et puis nous avons tout saccagé. À grands coups de pied-de-biche pour elle, de batte de base-ball pour moi. Des grands coups dans les machines d’abord, puis partout, sans véritable distinction. D’une manœuvre qui se voulait aussi cathartique que stratégique, nous sommes arrivées à un simple déchaînement de rage et de destruction. Je reconnais que puisqu’ils sont sans doute là pour étudier l’infection, ce n’était pas le choix le plus sage, quand je songe notamment aux données qu’ils ont perdues avec notre petite séance de défoulement. Après tout, leur méthode est dégueulasse et probablement condamnable selon beaucoup de standards, mais si elle aboutit à la guérison des infectés, l’histoire sera sans doute de leur côté. En étant terriblement pragmatiques, nous pouvons aussi nous dire qu’ils ont toujours Charles-Henri et Rebecca pour leurs études. De toute façon, avec le recul, nous avions au moins besoin de ça pour nous remonter un peu le moral et ça ne leur manquera sans doute pas tant que ça ; s’ils ont encore de quoi mobiliser des hélicoptères, des hommes et du matériel aussi légèrement.
Le temps de la raison est mort, est venu pour nous celui de la survie. Celle qui ne s’embarrasse pas de prisonniers ou de survivants.
Puisque nous devons partir, c’est inévitable ; un constat amer, mais sans le moindre appel.
Ils comptaient sans doute sur nous pour ne pas bouger, comme nous l’avons fait ces dernières semaines, et venir nous cueillir à un moment ou un autre. Charles-Henri et Rebecca leur ont mâché une partie du travail, quand on y réfléchit. Partant de là, avec ce que nous venons de faire, la fuite est notre seule option, à laquelle nous aurions sans doute dû nous résigner plus tôt. Nul doute qu’Eric, en ce qui me concerne, et plus généralement un certain sentiment de sidération ou de résignation, que sais-je, nous a poussé chacun et chacune à demeurer ici, drapé.e.s dans un faux sentiment de sécurité. Carl et Fred en ont pris leur parti et ont eux-même fui. Encore une fois, je ne saurais les blâmer.
Et donc, maintenant que j’ai tout écrit, à la fois pour prendre le temps de bien respirer et réfléchir à tout ça, je vais pouvoir aller aider Daphné à préparer les sacs pour notre départ, au petit matin, pour économiser un maximum sur le stock de piles que nous allons emporter pour nos lampes, et profiter encore de la torpeur résiduelle des infectés. Nous avons aussi un itinéraire à préparer, et beaucoup d’autres décisions à trancher, nous ne pouvons rien laisser au hasard.

Jour 76 – 17 Juin
7h30

Je n’ai pas pris le risque de dormir, je ne voulais pas rater le départ ou me réveiller avec une mauvaise surprise. J’ai laissé Daphné se reposer avant de la réveiller. Aucun signe des hélicoptères pour le moment, nous aurons sans doute quelques heures au moins de tranquillité sur notre chemin.
Notre plan est simple. Nous partons en emportant un maximum de nourriture et d’eau tout en préservant nos dos et notre mobilité, ainsi que les documents volés que nous examinerons à l’occasion, en nous débarrassant de l’inutile au fur et à mesure. Nous trouverons sans doute de quoi changer de vêtements et des ressources le long du chemin, en toute logique.
Je ne sais pas trop ce qui a été le plus compliqué à faire accepter à Daphné. De tenter de prendre Eric avec nous, ou ma décision de partir vers l’ouest. Le premier choix n’est pas une bonne idée, je l’avouerais bien volontiers, mais j’aime trop croire qu’il est sur la voie de la guérison, et de toute façon il ne nous gênera que le temps de me rendre compte qu’il est un boulet trop lourd. Imaginez simplement qu’il aille effectivement mieux. Je ne pourrais jamais me pardonner de l’avoir abandonné. J’ai bricolé un espèce de harnais/laisse pour le guider et éventuellement le maîtriser, avec juste deux boucles de fil à linge glissées dans un long tube en pvc solide. Je ne suis pas peu fière de moi, j’admets. Je l’ai testé pour faire descendre Eric tout à l’heure. Je jurerais qu’il gagne en vitalité et en réactivité chaque jour, même si présentement il est juste assis là où je l’ai posé. J’espère ne pas m’aveugler. Nos mouvements à venir seront un test bien assez parlant.
Je crois bien plus à la seconde idée, ceci étant dit. Étant donné l’afflux constant des infectés depuis cette zone, il me paraît moins risqué d’aller par là, à la fois pour éviter l’armée, mais aussi pour croiser moins d’infectés, paradoxalement. D’autant qu’il est probable que pas mal de stocks soient intacts, dans des petits villages ou des zones exemptes de bombardements. Dans tous les cas, c’est l’armée que nous devons éviter avant tout.
Il est bientôt l’heure. Je vais la réveiller.

8h15

Nous allions partir. Eric était devant moi. Il me fallait vous l’écrire, car j’ai tout de même peur que la mort nous attende à n’importe quel moment. Ce qui vient de se passer mérite les trente secondes que je prends pour le raconter. Le soleil a traversé les nuages et la vitre de la porte principale de l’immeuble pour lui toucher le visage. Il a fermé les yeux, un instant.

Et il a souri.
Nous pouvons partir maintenant.

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