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Mes vrais enfants, Jo Walton

Different Songs – Set It Off (extrait de l’album Midnight)

Quand je referme un ouvrage, le sentiment que je déteste, par dessus tous les autres, ressentir, c’est l’indécision. Cet espèce de temps de flottement bizarre, pendant lequel les interrogations se mêlent aux certitudes ; pendant lequel je combats mon angoisse d’avoir raté quelque chose ou de n’avoir pas compris l’intention. Et durant toute la période pendant laquelle je m’interroge sur la réalité de mon ressenti, j’hésite entre la tristesse et la résignation. Puisqu’il ne faut pas trop se leurrer, si on doit se demander si on a aimé un ouvrage, la réponse est rarement positive.
Mes Vrais Enfants traînait sur ma PàL depuis l’année dernière, sans que je n’arrive vraiment à me rappeler comment il était arrivé là. Je n’avais entendu que de belles choses à propos de Jo Walton, sans pour autant passer plus tôt le cap de la lecture ; il aura fallu un cri enthousiaste de Chut… Maman lit ! au hasard d’une discussion croisée sur Twitter pour que je remonte l’ouvrage dans l’ordre de mes priorités.
Evidemment, avec une introduction comme celle là, vous vous doutez probablement de ce qui va suivre. Et bien entendu, c’est compliqué. L’idée ne sera pas tant de vous livrer mon avis que de le découvrir ensemble, puisque là, maintenant, je ne sais toujours pas quoi penser de ce roman, fini il y a dix minutes. Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre…

2015, au crépuscule de sa vie, Patricia a des gros soucis de mémoire. Elle vit en établissement spécialisé,, placée par ses enfants, où elle gère tant bien que mal sa démence sénile, dont elle souffre d’autant plus qu’elle en est pleinement consciente. Et alors qu’elle repense à sa vie, elle se rend compte qu’elles sont deux à cohabiter dans son esprit. Deux vies, deux parcours, qui partent tous deux de la même décision, d’un choix à faire, tout deux remplis de leurs joies et de leurs peines, dont elle ne sait pas lequel elle doit considérer comme le vrai.

Première chose, qui doit demeurer malgré toutes les réserves à venir : c’est beau. Jo Walton a une plume extrêmement élégante et délicate, capable d’aborder tous les sujets avec la même distance noble, mais pour autant sans naïveté. Alors que nous suivons les deux trajectoires de Pat et Tricia – habile démarcation parfaitement justifiée – elles vivent toutes les deux leurs lots d’épreuves et de bonheurs, touchant juste à chaque fois. Le discours est sobre, et gagne d’autant plus en sincérité, se contentant de raconter avec précision, mais pas sans chaleur. Les personnages, bien que nombreux, ont droit à une caractérisation relativement riche, ne serait-ce que par une belle construction des environnements et des histoires qui brossent de grands tableaux assez évocateurs.

Des grands tableaux dépendant justement d’un choix assez malin de l’autrice, puisque pour bien semer le doute sur la réalité de chacun des parcours de Patricia, ses deux vies se déroulent chacune dans deux uchronies spécifiques qui fourchent depuis notre réalité, à partir de ce choix qui un jour, s’est cruellement imposé à elle. Leurs spécificités sont autant de détails d’arrière-plan que d’événements ayant une influence directe sur les vies de Patricia, contribuant donc à la cohérence interne des deux ensembles, très distincts. Mais, puisqu’il faut bien commencer à parler de ce qui ne va pas, en tout cas à mes yeux, le format complètement chronologique, retraçant la, puis les vies de Patricia et de ses deux incarnations rend le tout un peu trop mécanique. On enchaîne de façon systématique entre les péripéties de Pat et Tricia, seules les plages temporelles et les personnages impliqués changent d’une histoire à l’autre. Et si je comprend la démarche, je dois bien dire qu’elle m’a un peu laissé indifférent. Quand bien même j’ai absolument dévoré le roman, sans le moindre ennui, à aucun moment je ne me suis senti passionné comme j’ai pu l’être tant d’autres fois. Et je ne me l’explique pas.

Pat comme Tricia ont ce souffle que je réclame à corps et à cri, leurs vies, leurs histoires racontent des choses auxquelles je m’intéresse, qui devraient me parler ; plutôt dans le sous-texte que directement, j’en conviens, mais cela ne m’a jamais gêné ailleurs. Alors quoi ? Aucune foutue idée, et ça m’agace. Il y a, ou il n’y a pas, dans ce texte, quelque chose qui fait que je ne peux pas l’apprécier comme je le voudrais. Peut-être un manque d’approfondissement dans les uchronies, peut-être une trop grande distance entre les deux parcours qui les invaliderait mutuellement tant j’ai du mal à croire que Pat et Tricia puissent être si différentes, leurs vies si diamétralement opposées, peut-être un manque de mordant dans la narration de certaines problématiques, peut-être une conclusion un peu trop binaire, manquant de nuances… Je pense que je ne saurais jamais vraiment. Parce qu’à chaque remontrance que je pourrais formuler, un contre-argument me vient systématiquement en tête. Non, je ne saurais expliquer rationnellement pourquoi je n’ai pas été conquis par ce roman, alors que d’autres ont su le faire d’une façon similaire.

Ne reste donc qu’à en saluer le meilleur, dont je ne doute pas, malgré mon ressenti très mitigé. Je crois qu’en fait, j’ai lu ce roman comme je regarderais une oeuvre d’art ; comparaison qui nécessite une explication. L’art et moi, depuis quelques années, on s’éloigne. Sans animosité aucune, mais je ne ressens plus grand chose face à un tableau ou une sculpture, ou que sais-je. Mais souvent, si je me sens capable d’apprécier l’effort esthétique ou la qualité du travail, je ne ressens rien d’autre. Plus d’émerveillement, mais du respect. Et je crois que c’est exactement mon sentiment ici, si cela fait sens. Je comprends, je crois l’intention globale, je ne peux que la respecter, mais elle ne m’émeut pas. Sans doute une question de timing ou d’état d’esprit, peut-être juste de la malchance, une occasion ratée, rien d’autre.

Mes Vrais Enfants est indubitablement un bon roman, seulement pas pour moi, pas maintenant. Il est beau, il est doux, intelligent, mais il n’a, aujourd’hui, à l’homme que je suis, rien à apporter que je n’ai déjà lu ailleurs, sous une forme qui aurait su me séduire. J’en suis le premier attristé, mais il faut savoir énoncer ce genre d’évidences. Tant pis.
Mais laissez lui sa chance tout de même, je crois qu’il le mérite.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles.

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