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Ni d’Ève ni des dents – Episode 22

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On a eu une chance assez insolente, pour changer. On était en train de dormir dans une des maisons qui nous accueillent depuis quelques jours (on en change tous les jours, par pur principe de précaution), et on a été réveillées par des bruits venant de la cuisine. Par une espèce de miracle, on s’est levées, on a réussi à rester calmes et discrètes, et on lui est tombées dessus par derrière. L’effet de surprise allié à sa sidération nous ont permis de le maîtriser sans trop de mal, d’autant plus qu’il avait laissé son arme à l’entrée de la pièce pour mieux la fouiller, trop sûr d’être en sécurité. S’il a crié et grogné pendant notre brève échauffourée, nous permettant de nous rendre compte qu’il faisait partie de l’armée que nous sommes capables d’identifier, il n’a pas décroché un mot depuis. Nous l’avons attaché du mieux que nous le pouvions et traîné dans le garage de la maison, là où il n’y a pas de fenêtres et une seule issue pour sortir. Nous avons aussi pris le temps de vérifier qu’il était bien seul et qu’il n’avait rien sur lui qui lui permettrait de s’échapper, et normalement, nous sommes sauves pour le moment.
Ce qui n’explique pas pourquoi ce mec était seul ici, et pourquoi il était venu fouiller dans cette maison. Aucun papier sur lui, juste son arme, quelques affaires de première nécessité et une console de commande pour un appareil que nous ne pouvons pas identifier, faute de pouvoir l’allumer. J’imagine qu’il va falloir essayer de le faire parler un peu pour savoir ce qui va encore nous attendre.
Ou au moins comprendre ce qui se passe pour qu’un soldat sous-équipé se balade, seul, à plusieurs kilomètres de ses petits camarades dans un contexte pareil.

15h00

Rien réussi à lui faire dire. Du tout. Il se contente de regarder devant lui, fixement, sans réagir à nos paroles ou à nos gestes. Parfois il ferme les yeux et semble faire des exercices de respiration. Pas une plainte, pas un bruit, pas un mouvement. Soit c’est un dur-à-cuire, soit il est foutrement bien entraîné pour ce genre de situation. Mais s’il nous est aussi inutile, il va nous falloir réfléchir à ce qu’on doit/peut faire. On pourrait partir, et le laisser là, mais ce serait peut-être signer son arrêt de mort, et rien ne nous laisse présager qu’il mérite de mourir, que ce soit aux mains de l’ennemi, des quelques infectés de la zone, ou de faim ou de soif. Mais le garder ici, c’est aussi prendre le risque de se retrouver avec ses congénères sur le dos plus tôt que prévu. Et le laisser partir, c’est encore plus dangereux pour nous.
Non, il faut qu’on arrive à savoir ce qu’il faisait ici, sinon nous n’avons aucune solution viable à envisager. Nous manquons bien trop d’informations, je ne peux pas l’accepter.

???

Je crois suis pas très loin ville. Mais manque équipement pour être sûr, veux pas prendre risque me faire repérer, même si de moins en moins militaires. Crois que escarmouches limitées dans cette zone. Vais quand même avancer lentement. Prudence mère sûreté, crois ça la phrase. Plus beaucoup drones non plus tiens. Crois appartiennent armée  »ennemie » seulement. Arrive toujours pas comprendre leur fonction par contre. Vais tenter en abattre un peut-être. Trop curieux.

19h00

Toujours mutique, malgré de nombreux essais de déstabilisations de plus en plus désespérées de notre part, allant même, je le confesse, jusqu’à devenir assez stupides. Nous ne sommes pas encore assez à bout pour en venir à la violence physique, alors on se contente d’essayer de le faire tourner en bourrique. Mais hurler, gesticuler et faire des bruits insupportables semble nous fatiguer plus que lui, malgré les quelques soupirs et grimaces qu’il a bien voulu nous concéder. Même si je le soupçonne plutôt d’avoir eu pitié de nos vains efforts qu’autre chose.
Il a accepté qu’on le nourrisse avec une certaine reconnaissance, ceci étant dit. Il a même laissé échapper un  »merci », un réflexe de politesse qu’il a semblé regretter aussitôt, comme une faute professionnelle. Nous verrons demain, si les deux armées n’ont pas décidé de bouger, nous prolongerons peut-être notre tentative d’interrogatoire, aussi minable soit-elle. Et il faudra aussi que je songe à trouver un nouveau carnet. Il doit bien y en avoir un quelque part dans la ville.

Jour 99 – 9 Juillet
12h00

Toujours aucun mouvement dans les camps extérieurs. Notre prisonnier est toujours aussi mutique, mais semble avoir passé une très mauvaise nuit, ainsi qu’une très mauvaise matinée. Daphné perd patience avec lui, et j’avoue que moi aussi. Je comprends sa volonté de ne rien nous dévoiler, mais j’ai du mal à comprendre qu’il ne veuille absolument pas ouvrir le dialogue pour autant. Après tout, nous aurions peut-être des informations à échanger avec lui. Mais cet argument ne semble pas plus porter que le reste. Tant pis pour lui. On va l’enfermer dans le garage après avoir resserré ses liens et nous allons explorer un peu plus avant la ville pour trouver quelques ressources. Ne serait-ce qu’un carnet. Parce que ces petits rendez-vous avec ces pages me sont devenus indispensables. Comme si écrire quelques mots tous les jours, ou simplement y penser, c’est évacuer de mes pensées certaines des angoisses qui autrement m’auraient étreinte jusqu’à un niveau de folie dont je n’aurais pas pu me remettre. Sans compter que cela me permet aussi d’être un peu plus sereine vis-à-vis de Daphné. Ces quelques instants de respiration et de calme m’accordent un peu de solitude et de confèrent une surplus de patience bienvenu pour gérer ses quelques moments de peur et de frayeur. Elle gère toute cette histoire exceptionnellement bien, je trouve, depuis le tout début, même si je ne me fais aucune illusion sur l’issue et les séquelles qui seront les siennes. Si nous nous en sortons entières, bien entendu, mais aucune raison de ne pas demeurer positives… Faut-il encore que j’insiste sur l’ironie ?
Non, il faut surtout que je me concentre sur l’important. Faire parler la bidasse. Après nous être changé les idées.

21h00

Je ne sais pas trop par où commencer. L’exploration de la ville a été fructueuse, sans surprise, j’ai pu refaire tous les stocks urgents, y compris pour retrouver des carnets, j’en ai pris plusieurs, au cas où, car je ne crois pas que nous aurons beaucoup d’occasions de fouiller de nouveau les restes de la civilisation une fois que les deux armées se seront réellement mises en mouvement.
Nous sommes tombés sur ce qui devait être le seul infecté de la zone entière, qui s’était glissée dans le magasin d’alimentation du centre-ville, une Violente, en train de s’exploser les dents sur une boîte de conserve pour essayer, en vain, de l’ouvrir. Elle nous a sauté dessus à l’instant où elle nous a vues, mais Daphné l’a étalée d’un coup de batte réflexe en travers de la gueule. Ce qui restait de ses dents s’est retrouvé dispersé sur le trottoir. Cette gamine m’impressionne et m’effraie en même temps. Et notre relative décontraction par rapport à tout cela également. Il est vrai que depuis bien des jours maintenant, voire des semaines, je n’écris plus rien à propos des infectés que nous nous voyons obligées d’éliminer. Alors que nous en tuons presque tous les jours lorsque nous sommes dans un environnement urbain, sans même plus y réfléchir ni y penser, parfois même en plein milieu des plaines ou des forêts que nous traversons, perdus au milieu de nulle part. Ils font presque partie du paysage, de notre travail de survie. Et c’est terrifiant, maintenant que j’y pense.
Et voyez que je commence encore à digresser, alors que j’ai repris l’écriture pour vous tenir au courant des événements importants qui se sont déroulé pendant notre absence de la maison. Puisque après avoir fini notre petit tour, nous sommes monté dans le clocher de l’église pour jeter notre œil quotidien à l’horizon. Rien à signaler de nouveau au niveau des mouvements des armées, toujours le même calme avant l’inévitable tempête, mais avec un surcroît de tension dans l’air, une sorte de retenue intense, comme s’ils prenaient leur dernière respiration avant le sprint final.
Et puis on est descendu, pour repartir vers la maison, sur les coups de 16h40 je crois. Mais en arrivant aux alentours de notre domicile provisoire, on a entendu des bruits de lutte, des grognements, des cris, sans pouvoir vraiment compter ni identifier les participants.
On a juste eu le temps de courir pour voir la porte du garage complètement défoncée et le soldat en train de se faire charcuter par un infecté qui s’est arrêté net pour se tourner vers nous et venir nous attaquer avec la hache de fortune qu’il avait dû se fabriquer lui-même. Saloperies de Cérébraux.
Il a esquivé le coup de batte de Daphné et l’a plaquée à terre, s’est aussitôt relevé pour m’asséner un coup de manche à la tempe. J’ai tout juste eu le temps de voir surgir une silhouette de derrière lui pour l’assommer avec la crosse du fusil qu’on avait laissé à l’intérieur. Et puis j’ai perdu connaissance.

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