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Ni d’Ève ni des Dents – Episode 23

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Donc, là, je me suis réveillée il y a quoi… vingt minutes, je crois. Ma tête me fait encore mal, évidemment, puisque le Cérébral m’a frappée il y a… 4 heures environ. Il faut que j’essaie de me concentrer sur les détails pour éviter de digresser comme j’ai déjà pu le faire. Je ne saurais en jurer, mais j’ai le sentiment que m’investir dans l’écriture a éloigné la douleur.
Au rayon des bonnes nouvelles, il semblerait donc que nous ayons retrouvé Eric, en tout cas c’est ce que m’a dit Daphné, qui m’a accompagné pendant mon voyage au pays des rêves et se tenait à mes côtés quand je me suis réveillée tout à l’heure. Mais elle me l’a dit d’une façon un peu curieuse, je m’attends à quelques surprises. Hâte de savoir ce qu’il aura à nous raconter. Je vais aller voir de quoi il retourne.

Jour 100 – 10 Juillet
10h30

L’inconscience semble ne pas reposer. J’ai à peine eu le temps de  »parler » avec Eric hier et de commencer un rapide  »bilan & perspectives » que j’ai été terrassée par la fatigue. J’ai dû aller me coucher sans vraiment avoir pu faire tout le tour de la question. Des questions. Je me suis réveillée et aussitôt levée très tôt ce matin avec la ferme intention de finir ce que j’avais commencé, mais un mal de crâne aussi violent que prévisible m’en a empêché pendant les deux premières heures. J’ai pu solliciter l’aide de Daphné qui m’a expliqué qu’Eric s’était levé avant moi, aux toutes premières lueurs du jour, lui faisant signe qu’il sortait sans tenter de préciser quoi que ce soit sur son but, mais en lui assurant par gestes qu’il reviendrait.
Avant toute chose, il faudra que je reconstitue ce que j’ai compris du parcours d’Eric après nous avoir quittées. Il m’a donné hier soir les quelques feuilles qu’il avait prises avec lui pour pouvoir raconter son épopée de son côté, les morceaux que j’ai agrafés dans ce carnet, là où je crois que la chronologie correspond le mieux aux événements des derniers jours. Le sang qui les a éclaboussées semble ne pas être uniquement le sien, mais nous n’avons pas encore pu réellement en  »parler ».
Les guillemets parce qu’il a une spectaculaire blessure au niveau de la bouche qui l’empêche de parler, et des blessures aux mains qui l’empêchent d’écrire aussi, pour le moment. Rien de vraiment grave, surtout à l’aune de ce qu’il a pu déjà traverser, ou de ce qu’il aurait pu vivre de plus débilitant, mais suffisamment handicapant pour l’empêcher de tenir un stylo ou de parler de façon intelligible. C’est extrêmement frustrant, même si notre courte séance de mimes d’hier soir nous a arraché une bonne dizaine de fou-rires ; trop content.e.s ne nous retrouver, nous avons eu du mal à vraiment rester sérieux, surtout dans mes tentatives d’interprétation. À ma décharge, vous devriez voir son imitation du chameau asthmatique avant de juger. Je vais attendre qu’il revienne pour avoir toute l’histoire et la raconter de la façon la plus cohérente et compréhensible possible, et je tâcherai de compléter ce qu’il manque dans les feuillets qu’il nous a rapportés. Ou que je n’ai pas réussi à relire sous les tâches de sang ; je réécrirai par dessus. En attendant, on va tâcher de trouver Eric dans la ville, puis un autre endroit où dormir, ça nous évitera de devoir côtoyer encore les deux cadavres du soldat et de l’infecté. Nous étions trop atteintes hier pour y songer.

14h20

Nous avons trouvé un nouveau foyer, sans doute très temporaire, puisque les mouvements de troupes aux alentours se multiplient, et que nous avons croisé quelques drones pendant nos recherches ce matin. Le sprint final approche, et je n’ai pas hâte d’assister à la course. Eric est avec nous, mais si ses yeux semblent plus vivants que jamais, notre incapacité à comprendre ce qu’il essaie de nous raconter est extrêmement pénible. Rien dans ce qu’il a écrit ne nous permet d’imaginer ce qui a pu exactement lui arriver pour que ces blessures lui soient infligées, et il semble nous signifier que ce n’est pas important. Pourtant, sa bouche et ses mains sont couvertes de longues coupures, écorchures et traces qui ne sauraient s’expliquer uniquement par ses tentatives annoncées d’attraper un drone. Je n’ai pas osé lui demander de se déshabiller pour voir si le reste de son corps est également blessé, et dans quelle mesure.
Et pas plus d’infos sur Francis. Un mystère de plus sur une longue liste de choses difficilement explicables. Comment s’est-il retrouvé si loin de la ville, du côté de ces soldats étrangers, est-il effectivement guéri, et si oui, comment ? Trop d’inconnues et d’incompréhensions qui s’ajoutent les unes aux autres, jour après jour. Et si la fatigue et la nécessité nous commandent de ne pas y prêter trop d’attention, nos esprits curieux ne peuvent s’empêcher de jouer avec les pièces de puzzle qui semblent s’accumuler dans la boîte. Nul besoin d’édulcorer, c’est extrêmement usant. Sans compter que j’ai un compte à régler avec Francis.
Mais l’urgence demeure, et elle se matérialise bien loin de ces considérations. Nous devons trouver un moyen d’échapper au conflit qui s’annonce, probablement dans les jours qui viennent. Faute d’un camp auquel nous rallier, nous prendrons probablement le parti de la fuite, sans doute à la faveur de la confusion générale et de notre manque d’importance ; si tant est qu’un semblant de plan puisse survivre à ses satanées circonstances. En attendant, il faut que je complète le récit du voyage d’Eric.

19h30

Bon, il n’y a pas tant de trous à combler que ça, finalement. Il a vraiment raconté l’essentiel avec ses feuillets, au delà de la fin, avant qu’il ne nous retrouve. Je n’arrive même pas à réaliser où nous en sommes arrivés, humainement. J’ai l’impression d’être droguée, ou de cauchemarder. Ou les deux.
Bref.
Ce qu’il faut retenir, c’est que nous ne sommes pas les seul.e.s perdu.e.s dans ce conflit. Il a croisé beaucoup de soldats, des deux bords, avant qu’ils ne se repositionnent de part et d’autre de la ville, pendant l’intense période de guérilla qui a précédé cette étrange pause. Il a senti la panique dans les attitudes, entendu la confusion des soldats les plus bavards, et la dureté des ordres. Il a aperçu et croisé des déserteurs aussi. Pas tous aussi agressifs et malheureux que celui qu’il évoque. Je le soupçonne tout de même d’avoir dû se défendre plus souvent qu’il ne veut bien le reconnaître. Ses mimes étaient tout de même bien plus lourds à ce moment de son récit.
Mais par ailleurs, les drones représentent un enjeu bien plus important que nous le soupçonnions au départ. Au delà de leur capacité à transmettre des messages sans risque d’interception numérique, il sont également utilisés à des fins de reconnaissance, avec certains modèles dotés de caméras.
Mais Eric en a repéré une troisième sorte, qu’il pense plus importante encore, notamment par sa rareté. Équipés de petits diffuseurs et d’un réservoir d’un produit qu’il a n’a pas réussi à identifier, faute de pouvoir vraiment les étudier sans prendre de risques inconsidérés. Ces drones là ne semblent être utilisés qu’à proximité des zones urbaines, et ne pas être pilotés par les soldats à proximités, contrairement aux autres modèles. Il n’en a même jamais vu à moins de 500 mètres les uns des autres – à vue de nez, évidemment. Il n’a pas pu identifier avec une totale certitude qui les contrôlait, mais leur localisation globale vers l’ouest semblerait indiquer quand même nos curieux envahisseurs. Ces deux éléments à notre disposition, il serait assez tentant d’imaginer que nous tenons là une source potentielle de l’infection ; expliquant d’un même élan sa discrétion, avec un pathogène aéroporté et dispersé dans l’air. Pour peu que son infectiosité soit puissante, il aurait suffit de le pulvériser assez haut, dans le courant du vent, loin de tout risque d’être repéré par les citoyens. Et même. Pour peu qu’on le fasse au dessus d’un champ ou dans une zone peu habitée, j’imagine qu’il aura été aisé de croire à un usage agricole ou juste à celui d’un gosse en quête de bêtises. Et au pire les gens sont tellement blasés qu’ils n’auraient sans doute même pas chercher à comprendre
Aussi malin que terrifiant, suggérant une logistique dantesque, si cette hypothèse se vérifie, fermant toutes les portes à des possibilités de réaction de la part du gouvernement et de l’armée suffisamment rapides pour éviter les premières infections et conséquences immédiates.
Donc, la guerre, et la politique de la terre brûlée. Et nous en plein milieu.
Et nous sommes d’accord, nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre qu’ils bougent. Nous partirons à l’aube pour tenter de rejoindre une zone-sanctuaire, en ville. Ce sera sans doute notre option la plus sûre pour nous cacher de toutes les menaces en attendant mieux.

00h20

Pas de repos, pour nous ni personne. L’offensive est lancée.

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