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Ni d’Eve ni des dents – Episode 26

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C’est allé très vite. Nous on s’est plaqué au sol, par pur réflexe. Enfin je dis ça mais il a fallu qu’Eric attrape mon t-shirt pour me tirer vers le bas, sinon je crois que je serais restée plantée là quelques secondes de plus avant de vraiment réagir. Les autres soldats ont même pas pris le temps de vérifier si leur chef était mort, la quantité de morceaux laissait pas vraiment de doutes. Ils se sont répartis tout au tour de lui, accroupis au ras des feuilles, ils regardaient partout pour essayer de déterminer ou était le tireur. La traînée laissée par la trajectoire de la balle était assez claire, mais je pense qu’il leur a quand même fallu un peu de temps pour remettre les pièces dans le bon ordre. Après tout, c’est pas comme si ils avaient pu faire le calcul instantanément, et puis bon, leur chef était mort, fallait aussi le temps d’en tenir compte j’imagine.
Le temps que l’écho du coup de feu se dissipe, on avait pas entendu le fusil être rechargé, donc un autre soldat en a pris une. Coup de chance, il a bougé au dernier moment pour se repositionner, donc il a pas pris la balle dans la tête lui, elle lui a seulement emporté un morceau d’épaule, qui est allé s’éclater contre un arbre. C’était dégueulasse. Mais pas pire que certains trucs qu’on a pu voir avec les infectés. Il est tombé sur le dos et s’est mis à hurler de douleur, en se tordant dans tous les sens. On aurait dit un poisson hors de l’eau, qui pissait le sang. Un autre soldat l’a brièvement regardé, il a hésité genre… 3 secondes en examinant sa blessure de loin, et il a sorti son flingue pour lui coller une balle dans la tête. Comme ça. Puis il a fait ses signes à ses collègues en leur montrant la direction des tirs et ils ont arrosé par là, sans vraiment viser, juste pour pouvoir se lever et avancer. On a vu le tireur essayer de sortir de sa cachette pour fuir, mais il y avait juste trop de balles à éviter. Il s’est fait trouer de partout, dans le dos. C’était dégueulasse aussi, mais encore dans un autre registre.
Et puis le temps s’est de nouveau suspendu, pendant que les trois survivants allaient examiner le cadavre du sniper. De loin, on a pu voir qu’il n’était pas d’une des deux armées, en tout cas pas en uniforme. On a conclu que c’était un civil, probablement un chasseur ; c’est la seule explication de pourquoi il a été assez con pour croire qu’il pouvait prendre des soldats à 1 contre 5 comme ça. Mais on en saura jamais plus, parce que les soldats ont récupéré son fusil, l’ont déchargé et l’ont filé à porter à Francis. Et puis ils nous on fait signe de les suivre. Ils avaient l’air énervé, du coup on a pas moufté, et on les a suivi. Je crois qu’on a marché quelque chose comme deux bonnes heures, sans pauses ni ralentissements, en silence, vers le nord-ouest. Vers une des zones qu’on avait décidé d’éviter du coup, et surtout, on commençait à vraiment s’éloigner de la ville alors qu’on avait réussi à pas mal s’en rapprocher avant ça. Pas d’bol.
On a traversé plusieurs petits bois, quelques routes, un tout petit patelin, et puis on s’est encore enfoncé dans une forêt, plus épaisse, malgré les dégâts de bombardements.
Et puis bon, au bout d’un moment, on est arrivé dans le camp. Si on pouvait appeler ça un camp.
+ 1h30
Fallait que j’aille aider à la bouffe. Et on a mangé, du coup
Enfin bon. Donc on est arrivé là, et sans que personne ne nous dise rien, même pas à Francis, ils nous ont planté à l’entrée du camp, en mode « fermez-là et bougez pas ». Du coup on l’a fermée, et on a pas bougé. Pendant 20 minutes, facile. On était assis par terre, tous les quatre, moi à jouer avec des feuilles mortes, les yeux rivés par terre, Eric allongé de tout son long à admirer les nuages, et Fanny et Francis se cherchaient à moitié du regard, entre honte, colère et incompréhension, même si j’en captais pas tout à ce moment-là. J’étais surtout énervée de rien comprendre, et qu’on me dise rien.
Et puis un soldat, dont on voyait enfin le visage est venu nous chercher. Enfin, plutôt chercher Francis, qui a demandé par gestes si nous devions venir avec lui. Le soldat a haussé les épaules, avec l’air de dire qu’il s’en foutait, que c’était pas son problème. Personne n’a ouvert la bouche. C’était trop bizarre. Et impossible de deviner l’origine du soldat juste à son visage. Rien qui pouvait nous aider à déterminer d’où il pouvait venir. Moi, je dis, vu les moyens qu’on leur connaît maintenant, qu’ils ont même pris du temps pour inventer leur langue bizarre, même si ça n’explique pas comment Francis la parle. Si ça se trouve il était avec eux pendant un temps, et puis il est parti, ou alors c’est un espion, tout simplement. C’est les seules explications que je trouverais logiques. Les autres rigolent quand je dis ça. Mais Francis, ça l’empêche pas de continuer à rien nous en dire et à faire des espèces de grimaces quand il m’entend raconter ça. Alors bon, hein ?
Enfin bon. On nous a amené dans la tente de ce qui devait être leur grand chef, sur place en tout cas. Pareil, pas possible de savoir d’où il venait vraiment. Il s’est mis à parler avec Francis, l’air super énervé, presque triste. Comme si c’était quelqu’un qu’il aimait bien qu’était mort avec nous dans la forêt plus tôt. Ils ont discuté genre 30 secondes avant que le ton monte, et puis ça a pas arrêté de gueuler pendant les 5 minutes qui ont suivies. C’était aussi marrant que flippant. Ils se hurlaient dessus, tous rouges, en sueur, à faire des grands gestes, et nous trois on était derrière, à rien dire, rien faire, de peur de se prendre une balle ou un coup de crosse à cause d’un mauvais mouvement d’humeur. On osait à peine se regarder. Je crois même qu’Eric s’est mis à siffloter pour lui-même à un moment.
Et puis d’un coup, c’est retombé, après que Francis ait dit un truc. Vu comment il l’a dit, ça avait l’air d’être important, sa prononciation était pas la même que pendant le reste de leur dispute. Ça sonnait à moitié comme un aveu, avec une partie qui lui est restée en travers de la gorge, comme un sanglot. Je sais pas ce que c’était, mais en face, ça l’a calmé direct. Et puis Francis s’est retourné vers nous, il avait encore les yeux explosés. Franchement, j’ai du mal à me représenter le Francis du début de ce journal avec celui que je connais aujourd’hui. Je veux dire, il est pas hyper-sympa, c’est pas un Eric ou une Fanny, mais il est cool. En tout cas il m’a pas mis mal à l’aise ou quoi. Pour l’instant hein, je reste lucide. Mais faut croire que son basculement lui a fait quelque chose. Eric m’a dit que lui aussi ça lui avait fait quelque chose, même si je peux que le croire sur parole.
Enfin bon. Donc on est sorti, et Francis nous a dit qu’on avait le choix. D’ailleurs, j’ai remarqué que sa voix est pas la même selon la langue qu’il parle, c’est rigolo. Avec nous, il a cette voix qui ressemble à des cailloux dans une boîte de conserve, avec eux c’est comme si il emballait les cailloux avec du coton. Bref, on pouvait soit rester avec les soldats, en échange de menus services le temps que le conflit se résolve, soit on se cassait. Mais si on se cassait, c’était définitif, et à nos risques et périls. Pas des ennemis en soi, mais pas des alliés non plus. Là ils nous avaient sauvé la mise grâce à Francis, mais ils le referaient pas, ça leur avait coûté trop cher.
+2H
Ils avaient besoin de moi pour monter un truc.
Enfin bon. On s’est cassé. On s’est dit qu’on aurait plus de chance de nous en sortir tous les quatre, en trouvant un coin moins exposé aux tirs et avancées des deux camps, au delà de la simple idée de ne rien vouloir avoir à faire avec ces gens-là. Et on a pas d’uniformes, donc on est ptet’ plus discrets. Même si le fait de ne rien avoir appris de plus ou presque sur ce qui se passe nous fout la rage de ouf. Francis assure ne pas avoir quoi que ce soit à nous apprendre. Et nous on est sûr qu’il ment, mais on sait pas pourquoi. N’empêche qu’il nous a sauvé la peau, alors on l’emmerde pas trop.
On est sorti du camp direct, direction l’est, vaguement ce qu’on pensait être la ville, avec les armes qu’on avait piquées dans la voiture (grands seigneurs quand même ces  »méchants ») et le fusil du chasseur qu’ils nous ont rechargé. En fait, on s’est en mieux sorti qu’on croyait.
J’aimerais pouvoir raconter que le reste du voyage jusqu’à notre destination finale s’est passé sans problèmes, mais forcément, c’est jamais aussi simple.
On a avancé comme des imbéciles, sans un mot, à moitié accroupi, pendant… allez, deux heures encore. Ça nous mettait en milieu/fin d’après-midi je crois. On était crevé, mais il fallait qu’on trouve un endroit où nous installer, papoter un peu et dormir. On le savait sans avoir besoin de le dire, c’était plus fort que nous. Une partie du trajet a vachement ressemblé au premier trajet depuis la voiture. Sous-bois, petites routes, champs, dans le désordre mais à répétition. Quelques coups de feu ça et là, quelques infectés encore plus paumés que nous. On a même pas eu le cœur à en buter la moitié, on était juste trop crevé, et on voulait juste avancer.
Puis on a fini par dégotter une exploitation agricole. J’aurais pu appeler ça une ferme, mais Francis a vachement insisté quand Eric nous l’a montré du doigt à travers les arbres du petit bois où on était en disant : « Regardez, une ferme ! ».
Voilà. Donc on était tout content, on avait sans doute trouvé où dormir, même s’il avait fallu dégommer quelques infectés pour s’y mettre.
Sauf que c’est pas aussi facile de dégommer un tank.

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