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Ni d’Eve ni des dents – Episode 27

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On n’avait même pas idée que des tanks se baladaient dans la région, surtout aussi près de nous, et de ce côté du conflit. Autant dire que ça nous a quand même bien surpris. Il était là, en plein milieu de la cour, entre les bâtiments, avec des branchages et des feuilles dessus, pour essayer de le cacher au mieux. Il avait dû faire une sacrée quantité de kilomètres, avec je-sais-pas-combien de séances de camouflage pour arriver jusqu’ici sans se faire remarquer par les drones, qui arrêtaient pas de se promener dans le coin. Après coup, on a conclu qu’il avait dû faire tout un tas de détours par des sous-bois ou des clairières un peu partout, sans doute des étapes de nuit aussi pour en arriver là ; parce que le seul accès était par l’arrière de l’exploitation, à travers la forêt justement. Quelques arbres n’y avaient pas survécu.
Enfin bon. On s’est posé devant l’exploitation agricole, à genoux dans le fossé, on n’osait plus rien dire, comme si le tank avait des oreilles super puissantes ou des yeux pour nous repérer. Et puis on a attendu. Genre une petite heure je crois, sans bouger, sans rien dire. Je saurais pas dire pour les autres mais moi, au moindre bruit, j’avais les jambes qui tournaient dans le sens de la fuite. J’étais déjà crevée avant, mais la tension de cette attente là m’a tuée plus que tout le reste. Et puis il a bien fallu se rendre compte qu’il y avait personne. C’était trop bizarre.
Un tank, à peine camouflé, semblait-il en bon état, paumé au milieu d’une exploitation agricole, elle même paumée au milieu de la campagne, entre une petite route, des champs et un morceau de forêt. Trop loin des batailles pour être utile, trop loin de son camp pour être en sécurité, et personne pour le garder. Ça n’avait aucun sens. Alors on a décidé d’attendre encore, mais en se détendant un peu plus, quand même, on avait trop besoin de se reposer. Et on avait trop peur de rentrer sur l’exploitation et de tomber dans un piège, aussi. Parce que bon. On avait rien entendu, rien vu, mais ça voulait pas dire qu’on pouvait pas se faire avoir quand même. On commençait quand même à devenir un poil méfiant, à force.
Je crois bien que j’en avais marre alors je me suis allongée, et je me suis endormie, comme ça. J’étais vraiment trop crevée. Je sais pas ce que les autres ont fait pendant ce temps-là, mais ce que je sais c’est qu’à un moment ils se sont agités dans tous les sens et que ça m’a réveillée. Eric était juste à côté de moi, avec un doigt sur les lèvres, même si j’aurais probablement rien dit de toute façon, on a trop l’habitude de devoir se faire discrets maintenant. Il souriait assez bizarrement. Son autre doigt m’indiquait les abords de l’exploitation, on voyait arriver un groupe de soldats qu’on a pas réussi à identifier, on était trop loin. Ils étaient juste trois, à l’air très détendu. Comme si le monde n’existait pas autour d’eux. Ils riaient assez forts et si on avait pas été en plein milieu d’après-midi, j’aurais cru qu’ils étaient bourrés. Mais à force de rire et de faire du bruit ils ont fait sortir ce qui devait être leur supérieur du bâtiment, il s’est mis à leur gueuler dessus aussi, mais dans l’attitude seulement, en chuchotant. Quand même dingue, même en temps de guerre on arrête pas de croiser ce genre de situations à la con, en même temps drôles et qui font un peu peur.
Enfin bon, on les voit rentrer, le chef super énervé, et les trois soldats penauds comme des collégiens qui viennent de se faire coller, on comprend rien à ce qu’ils disent parce qu’on est trop loin, et on comprend pas plus ce qu’il se passe, qu’est ce que ce tank et ces soldats foutent ici, et comment ils nous ont pas vu venir. Parce que bon, à ce moment là, on s’est quand même interrogé. Que de la plaine ou presque autour de nous, et il faut bien admettre qu’on avait pas été super discrets en arrivant aux abords de l’exploitation. Soit il étaient pas attentifs, ou nuls, soit ils attendaient pour faire quelque chose à notre propos.
Je commence à fatiguer, je vais faire une pause.
+2H
En vrai j’en ai marre de raconter et j’ai encore mal à la main, j’ai pas l’habitude d’écrire autant. Je vais demander à Eric ou Fanny de reprendre. De toute façon ils auront sûrement plus de choses à raconter que moi. Et ils écrivent mieux.

20h

Pour être tout à fait honnête, je n’avais pas vraiment envie de raconter moi-même cette partie de l’histoire, mais je crois qu’elle est trop importante pour que nous fassions l’impasse dessus. Et si je suis contente que Daphné se soit décidée à lire le journal et à y participer, il faut reconnaître qu’elle a déjà fait beaucoup d’une traite, ça ne me gêne pas trop de reprendre le relais ; d’autant plus qu’elle a raison, son rôle dans la suite des événements a été minime et qu’elle n’a pas tous les éléments.
Donc voilà. Nous étions caché.e.s au mieux dans le fossé, à attendre d’en savoir un peu plus sur les soldats à l’intérieur de la ferme et sur notre situation vis-à-vis d’eux pour pouvoir prendre une décision, et il était je crois aux alentours de 17h quand nous avons enfin vu ces trois soldats et leur supérieur. Eric, Francis et moi avions beaucoup discuté pendant que Daphné dormait, pour décider de ce que nous allions faire : attendre indéfiniment dans le fossé n’était pas une option viable. Il nous fallait investir la ferme, d’une façon ou d’une autre, et leur détente manifeste nous a semblé le meilleur signal en faveur d’une prise d’initiative de notre part. Las de notre situation de victimes perpétuelles et de notre état permanent de fuite, nous avons décidé de profiter de leur flagrant manque de discipline pour tenter un coup de bluff. Nous ne savions pas tirer, mais nous savions avoir l’air méchant. Surtout Eric. Francis n’était pas vraiment favorable à l’idée, mais il a eu la décence de reconnaître que lui avait eu plutôt la belle vie depuis qu’il avait été  »récupéré par ses copains étrangers » et qu’il nous laissait le pouvoir de décision ; ses mots, pas les miens. À propos de son étrange parcours, cela fait trois jours qu’on essaie de lui tirer les vers du nez à la moindre occasion, rien à faire. Il nous aide, il est plus humain et humble qu’il n’a jamais été et se la joue vraiment profil bas, mais sans complaisance, c’est aussi étrange qu’agréable à vivre. Je lui laisse le bénéfice du doute, je crois à l’explication d’Eric selon laquelle son basculement a eu un effet positif sur lui, puisqu’elle en a aussi eu un de son côté. Mais je demeure méfiante, puisqu’il ne partage pas toutes les informations en sa possession, c’est évident. Nous avons taché de ne pas lui laisser prendre connaissance du journal, par exemple. Notre confiance ne va pas si loin.
Mais je m’égare. Donc voilà, nous avons pris une décision. Nous avons laissé Daphné derrière nous, et nous nous sommes avancé.e.s en vitesse en direction de la ferme, chacun.e avec nos armes à la main, pour directement aller ouvrir la porte par laquelle nous les avions vu entrer pour les menacer et prendre le contrôle des lieux, en profitant de l’effet de surprise. Il nous fallait un endroit ou dormir et des réponses. Je crois même pouvoir dire qu’à ce stade, même si Francis n’était pas vraiment du même avis que nous, il était convaincu que le moment était le meilleur pour nous saisir de cette opportunité de reprendre un peu de contrôle sur notre trajectoire.
Je n’entrerais pas plus dans les détails, puisque nous avons absolument fait le bon choix. Trop convaincus d’être seuls dans le coin et à l’abri de la moindre réelle menace, trop loin du théâtre des opérations, seulement en attente d’ordres qui mobiliseraient leur tank, les quatre soldats – en réalité les opérateurs du blindé – étaient littéralement en pleine partie de cartes quand nous leur sommes tombés dessus. Ils ont simplement levé les bras et se sont laissé faire. Nous les avons chacun attaché séparément, dans des pièces différentes pour pouvoir les interroger plus tard et ne pas leur permettre de se concerter ou s’entraider en attendant. Ils ont été étrangement coopératifs, bien que visiblement humiliés et extrêmement frustrés de s’être fait avoir aussi bêtement, qui plus est à 3 contre 4. Surtout leur chef, ce qui n’a pas manqué de nous faire rire, rajoutant encore à son énervement. C’était extrêmement cathartique, il faut bien l’admettre, d’avoir enfin du contrôle sur une situation comme celle-ci. Daphné n’a pas trop tardé à nous rejoindre et nous avons pu commencer à fouiller un peu dans les affaires de nos compagnons d’infortune avec elle, et songer à nos possibilités d’installation, sans nous faire d’illusions sur son caractère très temporaire. Nous savions déjà devoir rester en mouvement en attendant de vraiment trouver une planque solide et discrète, sans compter que certains équipements trouvés sur place suggéraient que nos petits amis étaient en communication directe avec d’autres membres des forces armées. On savait qu’on ne pourrait pas être tranquilles éternellement. Donc notre première décision était plutôt simple, au vu de tout ce que nous avions à disposition. Manger, prendre un peu de temps pour se reposer, les interroger et en apprendre un maximum, puis nous en aller après une bonne nuit de repos et la préparation de la suite de notre périple.
Mais bien entendu, rien ou presque ne s’est passé comme prévu. Notamment parce qu’on a très vite perdu le contrôle de nos prisonniers.

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