search instagram arrow-down

Infos Utiles

Si vous ne me suivez pas sur Twitter, où je suis le plus actif, mais que vous voulez être prévenu.e par mail à chaque article. ;)

Rejoignez 55 autres abonnés

Mes réseaux

Explor’o’pod

Archives

Ni d’Ève ni des dents – Episode 34

Episode 1 / Episode précédent

La bonne nouvelle, c’est que la joyeuse bande qui a fait office de radio-réveil version apocalypse ne nous voulait pas vraiment de mal en réalité. La fanfare militaire, c’était, selon leurs dires, une pure précaution, puisqu’iels ne savent pas qui nous sommes, et que surtout, moi et Daphné sommes les seules personnes non-infectées hors personnel militaire qu’iels aient croisées depuis des semaines. Il faut bien reconnaître qu’à cause de cela, nous avons été assez logiquement soupconné.e.s d’être des espions à la solde d’une des deux puissances militaires en présence. J’ai argué que Daphné était bien trop jeune pour ça, mais on m’a retorqué que chacun des deux camps n’était plus à ça prêt, et surtout que Daphné avait l’air bien plus vieille que son âge. Je n’ai pas su répondre à ça autrement qu’avec un haussement d’épaules, il est vrai qu’elle a pris un sacré coup de vieux. Puis nous avons logiquement été emprisonné.e.s dans un petit appartement du centre-ville, où nous sommes encore pour le moment même si notre statut a quelque peu évolué ; mais depuis le début, nous sommes bien traité.e.s, nourri.e.s, hydraté.e.s et nos hôtes ont eu l’obligeance de répondre à toutes nos questions ou presque pendant qu’ils nous amenaient à notre logement de fortune. C’est sans doute la première fois que nous sommes appréhendé.e.s avec autant de civilité depuis si longtemps, j’aurais donc beaucoup de mal à ne pas considérer tout cela comme un signe encourageant, et de fait, une bonne nouvelle.
Et puisque leur première mesure a été de nous fouiller intégralement et de nous confisquer provisoirement nos affaires, iels ont bien entendu lu notre journal commun. Iels en ont déduit que nous étions cleans, et donc digne de confiance, ou en tout cas pas une menace, malgré un « délai de rétention incompressible, pour l’exemple » (sic, je crois que Karim, leur chef de section, qui s’occupe de nous, est un tantinet procédurier). Iels ont fini par nous rendre nos affaires à l’exception de nos armes, évidemment, tout en nous gardant en détention. Ce relatif aveu de confiance a dû découler d’une longue discussion, dans un échange d’informations ma foi fort civil et pas désagréable, autour de quelques bonnes bouteilles d’eau minérale, tiédies par le soleil et la pénurie de frigos, mais restées scellées jusqu’à l’ouverture. Nous en sommes là.
Fondé.e.s officiellement il y a environ trois semaines, iels se sont nommé.e.s les Proprios. Par pure ironie, de leur propre aveu. Iels sont constitué.e.s pour la majeure partie d’infectés ayant passé leur phase de basculement et sont revenu.e.s tant bien que mal dans le monde des « normaux » (sic, guillemets avec les doigts compris). Iels ont fondé une communauté indépendante au cœur de la ville, entre immeubles, caves, squares et boutiques abandonnées, avec pour seul but d’essayer de survivre à tout ce bordel, et de tirer réparation des dommages causés par les interventions militaires des deux bords, qui selon eux ont violé une bonne partie des accords internationaux sur la guerre. Je n’irais pas les disputer sur ce terrain-là. Sans compter que quand Karim a évoqué le Delvikélif et leurs agissements, il était salement remonté. Selon lui, journaliste dans le civil (sic), les implications d’une telle nouvelle, si elle venait à éclater sur la scène internationale, seraient historiques. Encore une fois, je n’irai pas le disputer, sans compter que je nous n’avions pas vraiment besoin de lui pour le deviner.
Mais pour en revenir aux Proprios en ielles-mêmes, iels ne sont pas nombreux.se.s en comparaison des groupement armés officiels que nous avons pu croiser de loin jusqu’à maintenant, mais leur nombre en lui-même est assez impressionnant, approchant les 200 selon Karim. L’occasion d’un recensement précis ne s’est pas encore vraiment présentée ; de son propre aveu, l’organisation a encore un peu de mal à se faire, puisque aucun leader global du mouvement ne s’est vraiment dégagé pour le moment, et une ambiance quelque peu anarchiste domine l’ensemble, à l’exception de quelques personnes comme lui qui ont du courage ou un certains sens de la solidarité, et qui dû se sacrifier et se porter volontaire pour mettre un peu d’ordre dans ce fouillis. Il m’a dit être le seul à vraiment s’occuper des questions de ravitaillement. Je pense qu’il exagère un peu, mais je lui laisserais le bénéfice du doute jusqu’à ce que nous soyons sorti.e.s et que nous puissions juger de l’état global de la ville (ou de ce qu’il en reste).
Par ailleurs, la ville, justement, a donc été, de fait, séparée en plusieurs sections, en fonction de cielles qui ont décidé de s’y installer, souvent selon le risque d’exposition aux raids ou incursions armées des forces militaires des deux bords (et aussi un peu de l’envie d’en découdre, de l’aveu de Karim), plutôt que selon de réelles communautés d’idées ou d’appartenance. De toute façon, comme le dit Karim, maintenant, tout le monde est gris, ça réduit certaines des plus évidentes possibilités de frictions. Même si il y en a quand même encore pas mal, autour des questions de ravitaillement ou d’armement, par exemple.
Mais surtout autour des Cérébraux. Certain.e.s n’ont pas encore fait la bascule dans l’autre sens, mais ont été suffisamment lucides pour se rendre compte qu’iels n’avaient aucune chance de survivre face à la masse humaine « saine ». Cette infection est décidément très étrange. Leur instinct de conservation a semble-t-il parlé plus fort que la bête à l’intérieur, et iels ont décidé de se rendre sans plus combattre et d’intégrer la communauté, une dizaine d’un coup, en s’étant concerté en aval, d’après leurs dires. Bien entendu, la méfiance est de mise, et pas qu’un peu, mais cette minuscule communauté à l’intérieur de la communauté, encore plus ironiquement baptisée « Les Locataires » (la fin du monde n’empêche pas d’avoir de l’humour, me disait Karim), se sont isolé.e.s dans le coin de la ville le plus éloignés des conflits et des incursions militaires, en attendant des jours meilleurs. Les Locataires commenceraient même, toujours d’après Karim, à se charger de l’ingrat et difficile travail d’épuration de la ville de ses dernier.e.s infecté.e.s n’ayant pas re-basculé. Mais les contacts avec cette partie de la communauté sont, par la force des choses, extrêmement limités, donc les rumeurs sont légions. Karim lui-même a mis beaucoup de conditionnel dans ses affirmations, ne sachant réellement de quoi il retourne en réalité.
De leur côté, les Proprios ont fait comme nous, mais à plus grande échelle, profitant de la confusion des militaires et de la force de leur nombre pour récupérer autant d’armes et d’équipement que possible sur des cadavres ou directement dans les stocks des campements disposés un peu partout autour de la ville, en profitant de moments de relâchement, ou simplement de la peur. Karim a été plutôt flou là dessus, mais je ne lui en veux pas, je comprends qu’il subsiste une certaine méfiance envers nous.
J’avais perdu l’habitude de tant m’étendre par écrit. Mais il me semblait important de coucher un maximum des éléments de ces derniers jours par écrit, quitte à rendre mon épaule quelque peu douloureuse à nouveau. Nous aurons sans doute plus de choses à dire une fois que nous aurons été autorisé.e.s à sortir de notre « cellule de luxe » ; selon l’appellation d’Eric. C’est vrai qu’avoir des lits, aussi gorgés de poussière soient-ils, c’est un confort assez incroyable de nos jours. Mais j’ai hâte, tout comme les autres, de découvrir le fonctionnement de cette communauté de l’intérieur, tout comme ce qu’elle pourra nous offrir, et ce que nous pourrons y faire en compagnie de ses membres. Je sais que c’est sans doute bien trop optimiste de ma part, mais l’accueil qui nous a été fait tendrait à me prouver des bonnes intentions de nos hôtes. C’est sans doute illusoire, mais l’espoir, dans ce genre de circonstances, au delà d’être important, devient doucement indispensable. On s’accroche à ce qui est disponible.
En attendant, c’est l’heure de notre repas du midi. Aujourd’hui, soupe froide.

Début de Soirée

Encore une fois, les circonstances ont eu raison des bonnes résolutions affichées. Mais pour une fois à notre avantage, alors, on va éviter de se plaindre trop fort hein. Notre libération a été avancée par Karim, mais il n’a pas voulu nous expliquer pourquoi. Début ou milieu d’après-midi, je sais plus trop, il est venu nous ouvrir et nous a fait signe de sortir en disant qu’on avait besoin de nous. On est sorti en vitesse sans trop en demander de plus, trop pressé.e.s de revoir l’extérieur. Malgré nos bonnes relations, on était quand même sous escorte, même si l’ambiance était quand même détendue, c’était par pure précaution, ce qu’on peut comprendre : on s’est pas formalisé.
Je vous passe le détail de la ville à l’abandon, des trottoirs et routes dégueulasses, sans parler de l’odeur à certains coins de rues ; l’idée, c’est de retenir que c’est encore pire que quand nous on était là. Il a dû se passer un nombre incroyable de trucs pas beaux à voir dans le coin. Certains cadavres sont abandonnés ça et là, principalement des infecté.e.s n’ayant pas survécu, mais aussi quelques militaires pas assez précautionneux ou malchanceux. Quand j’ai demandé à Karim pourquoi ils ne s’en occupaient pas, il m’a répondu qu’ils avaient d’autre priorités à traiter, et pas assez d’effectifs ni d’organisation de toute manière. Je veux bien le croire, mais je me dis que rajouter maladies, infections et odeurs à tout le bordel ambiant, c’est quand même assez compliqué de passer outre. Mais bref.
Il voulait toujours pas nous dire de quoi il retournait, malgré notre insistance. On a fini par comprendre qu’au moment où on est arrivé dans un petit square, en périphérie du centre-ville ; un coin de la ville dans lequel j’étais jamais allé jusque-là.
Il avait besoin de nous, ou plutôt de Francis, pour identifier des membres du haut-commandement Delvikélif, capturés plus tôt dans la journée.

2 comments on “Ni d’Ève ni des dents – Episode 34

  1. muriellerochebrunet dit :

    Très agréable lecture et la bonne surprise promise était là 🙏   

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire
Your email address will not be published. Required fields are marked *

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :