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Ni d’Ève ni des dents – Episode 35

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Il n’a pas voulu nous en dire plus, il était toujours méfiant, à ce moment-là. Et nerveux, beaucoup plus nerveux. Malgré la relative douceur du temps, il suait comme si on se tapait une canicule. Je vous épargne la construction temporelle alambiquée, autant reprendre depuis le début, avec les infos qu’on a obtenues a posteriori. En lisant notre journal, Karim a déduit quelques infos importantes sur les positions des différents camps retranchés. Demandez-pas comment, il est balèze, Karim. Et puis de toute façon il a pas voulu nous dire. En tout cas il s’est dit qu’avec le bordel ambiant, il y avait sans doute moyen d’en profiter à l’avantage des Proprios, surtout qu’il avait choppé d’autres infos disant que l’Etat-Major Delvik était en pleine déroute. Donc, en quelques jours, il a monté une expédition pour aller chercher le commandant des armées du Delvikélif, directement là où il pensait qu’il se trouvait, en compagnie de ses hommes, pour s’en faire une monnaie d’échange.
Le coup était super risqué, autant à cause du manque d’infos solides que de la dangerosité de l’opération pour des post-infecté.e.s pas du tout formé.e.s à des opérations militaires de ce genre là. Sans compter qu’il l’a fait sans l’aval du reste de la communauté, seulement avec des volontaires un peu plus fondu.e.s du bocal que les autres. Mais c’est passé. Selon toutes les rumeurs récoltées ça et là, il semblerait bien que la déroute soit effectivement complète. Une partie des troupes s’est mis à refuser le combat, surtout du côté Delvik, sur le compte des nouvelles que nous avons nous-mêmes pu récupérer par l’entremise de Francis. Entre l’affrontement de la dernière fois, celui qui nous a mis à la cave pendant toute une nuit, et les escarmouches un peu partout dans le coin ; il semblerait bien que l’invasion du pays par le Delvikélif ne rentre plus tôt que prévu dans les livres d’Histoire, et pas d’une façon flatteuse.
Mais je m’égare. L’essentiel, c’est que la petite troupe montée par Karim est effectivement tombée sur une partie de l’état-major Delvik, dont le commandant de la base de qui Francis avait obtenu les infos si vitales qui nous valent aujourd’hui d’être encore en vie. Et ils les ont chopés. Comme ça. Ce même commandant, qui nous avait sauvé la vie en échange d’un honneur qu’il ignorait avoir déjà perdu, se trouvait donc à nos pieds il y a quelques heures, le visage salement amoché, en compagnie d’autres hommes de son âge, aux uniformes beaucoup moins propres et impressionnants qu’ils ne l’auraient voulu. C’était, comme trop souvent depuis des mois, aussi drôle que pathétique. Malgré la douleur, malgré l’humiliation et la fatigue, ils essayaient quand même de gonfler la poitrine, de redresser les épaules, de regarder droit devant eux ; sans faire illusion plus de deux secondes à la fois, trop souvent obligés de s’essuyer la bave saturée de sang qui coulaient aux coins de leurs bouches. Hallucinant et irréel.
Et donc, histoire d’authentifier sa prise, afin de se faire mousser auprès de ses petits copains, mais aussi et surtout pour faire monter sa côte d’influence, nous l’avons compris à ce moment-là, Karim a demandé à Francis de bien vouloir confirmer que ces gens étaient bien ce que les chevrons sur leurs uniformes disaient d’eux. Ce qu’il a fait, avec un rictus de dégoût, ce que je ne comprends que trop bien. Sourires sur les visages des membres de l’expédition, la mission est remplie. Karim a même laissé échapper un petit rire incrédule, du genre qui ne croit pas à sa chance insolente. Je n’ai pas les détails logistiques de son opération, mais clairement, il n’y croyait pas plus que ça, en tout cas pas avec un tel succès. Mais en même temps, je pense que les vieux généraux ne s’attendaient pas à se faire cueillir par une bande d’infecté.e.s sous-armés, l’effet de surprise a dû jouer plus qu’autre chose. Après tout, ce n’est pas pas la première fois qu’une surprise naît du chaos ambiant.
Et puis ils les ont emmenés vers un coin de la ville où Karim nous a dit qu’on aurait pas le droit d’aller jusqu’à nouvel ordre, même si nous étions officiellement des membres de la communauté si nous le voulions, pour des raisons de sécurité. Il nous a donné les clés de notre cellule comme preuve « officielle » de notre intronisation.
Et donc là ça doit faire trois heures qu’on se demande ce qu’on va faire, si rester ici n’est pas aussi dangereux que nous balader à l’extérieur de la ville. De mon côté, j’aurais tendance à croire que cette liberté relative n’est qu’un piège de plus. Sans compter que nous n’avons pas plus de nouvelles du reste du monde, même à proximité de la ville. Si ça se trouve, rester ici est peut-être la pire option disponible ; on ne sait pas comment l’armée compte traiter la ville et ses habitants, maintenant que la vraie menace semble écarter. On verra demain. Ou plus tard. On verra quand on pourra quoi. Si tant est qu’on ait encore des choses à voir, ou même un lendemain vers lequel regarder. Je deviens lyrique et déprimé, c’est sans doute un signe qu’il vaut mieux arrêter pour le moment.

Jour 128 – 7 Septembre

Je sais pas ce que les autres voudront faire, la discussion d’hier nous a clairement mené à rien de définitif. On sait pas assez de choses, et dès qu’on apprend un truc ça nous fait nous poser encore plus de questions. Oui, on se répète, je sais. C’est bien pour ça qu’on en a aussi marre. Donc les Delvik sont partis ou pas en état de se battre, ok. Mais qu’est ce que ça suggère pour nous ? Ou pour les infectés ? Et maintenant que les Proprios ont piqué des armes et du matériel, qu’ils ont à peu près le contrôle d’une partie de la ville, qu’est ce qu’ils vont en faire ? Qu’est ce qui nous garantit que l’armée va pas se décider à tout cramer, finalement ? J’ai l’impression de devenir folle, à jamais être sûre de rien, à me demander toutes les minutes si je vais pas avoir une mauvaise surprise la minute qui vient. C’est épuisant. En vrai, je crois que je vais juste me barrer, à un moment, avec juste de quoi tenir quelques jours, et encore. On a toujours fini par tomber sur des gens avec plus de stock que nous. De toute façon si c’est pas des infectés, c’est l’armée, si c’est pas l’armée, c’est un autre groupe de survivants. Et si c’est pas un de tout ça, ça finira bien par être des extra-terrestres, on est plus à ça près, après tout.
Enfin bon. En vrai je partirais jamais seule, c’est juste que je suis en colère de pas savoir à quoi m’attendre en permanence. J’avais trop l’habitude de savoir de quoi demain serait fait, avant tout ça. Mes parents faisaient tout le boulot pour moi, malgré tout. Entre les cours, le travail à la boutique, les sorties entre potes, ma vie était réglée à l’avance, parfois pour des semaines. Et il a fallu une invasion de zombies orchestrée par une puissance étrangère par l’entremise d’un pays tiers pour que je me rende compte de mes privilèges de gamine bourgeoise. Et voilà que je mets à parler comme la télé maintenant. Fanny a raison, Eric a vraiment une mauvaise influence sur moi.
Bon allez c’est pas le tout, mais il paraîtrait qu’on a besoin de nous pour du « travail communautaire ». L’idée serait que dans le coin, on a rien sans rien. Je demande à voir.

19h20 TMT

Finalement, toute cette histoire n’aura été qu’un long voyage de Charybde en Scylla, en y ajoutant un cousin éloigné pour parachever notre supplice grandissant. J’ai la nette impression, dont je ne peux me détacher malgré tous mes efforts d’optimisme, que tout ceci ne pourra aucunement bien se finir pour nous. Dans un sens, Karim ne nous a pas menti, et n’a pas non plus joué sur une quelconque omission. Les Proprios manquent bel et bien d’organisation et d’un leader pour les mener dans une direction précise. Ils n’ont investi qu’une petite partie de la ville, de façon extrêmement disparate et désorganisée ; ils dispersent leur énergie dans une dizaine de projets différents aux intérêts discutables, avec une débauche de moyens ridicules. Pour la seule journée d’aujourd’hui, j’ai été mobilisé pour pas moins de 4 tâches différentes, n’ayant le temps de travailler à une corvée que pour en être détourné dans l’heure qui suivait, parfois moins, sans avoir pu en mener la moindre étape à bien. Je crois avoir passé plus de temps à marcher et écouter des explications de ceux et celles qui me guidaient entre les différents travaux qu’à effectivement y participer. Même en temps de guerre, certains réflexes continuent de subsister. Ce serait amusant si ce n’était pas aussi rageant de stupidité. Que d’énergie gaspillée. Ces proprios ont clairement des intentions, certaines même plutôt bonnes je crois, mais absolument aucun bon sens, et encore moins de pragmatisme pour les mettre en œuvre. D’autant que j’ai passé une autre grosse partie de mon temps à expliquer exactement certaines des infos que Karim a lues dans notre journal avant de les balancer aux quatre vents.
Avant que nous arrivions, ils avaient juste de la rage à revendre, et aucune infos. Maintenant que nos infos commencent à circuler, leur rage est décuplée, et je crois qu’ils ont envie de sang comme jamais. Ce que je peux comprendre. Mais la rage, comme toute énergie, ça se contrôle pour pouvoir devenir productive. Discuter et s’indigner, c’est cathartique, mais il faut, à un moment, considérer les actions pour mettre fin à la situation qui cause ces discussions et cette indignation.

Fin de Soirée

Je commence à vaguement m’inquiéter. Francis n’est pas resté avec nous pour manger ce soir, il est sorti, en disant qu’il avait un truc à faire. Et bon, c’est un grand garçon hein, il fait ce qu’il veut, mais bon, on sait pas où il est ; dans un contexte un peu compliqué comme le notre, les angoisses surgissent vite. Et puis il avait un regard assez sombre, très d
Coups de feu. Beaucoup. Bordure de la ville ?
Échos de bruits de véhicule. Hélicos ?
Explosion.
Encore une.
Fracas terrible. On aurait dit un immeuble qui s’effondre. On va tâcher de se trouver un abri.

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