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Impossible Planète – Episode 2

Episode 1

J’admets, j’aime bien nous faire mousser à l’occasion parce qu’on a réussi quelques vrais beaux coups, mais là où on voit que notre côté pro est quand même tout relatif, c’est qu’on a tous sursauté. Alors qu’on aurait dû s’y attendre, en vrai ; une IA à Conscience Simulée, sur un vaisseau automatisé, c’est comme qui dirait la base. Bon, à notre décharge, on était quand même distraits par un cadavre déguisé en burrito et une odeur de faisandé ; dans un vaisseau censé être complètement vide, avouez que ça aide pas à la concentration.
Donc, l’IA, qui s’est présentée sous le nom d’Hector, nous a d’abord souhaité la bienvenue, en s’excusant du « désordre ambiant », tout en nous précisant qu’il n’était pas autorisé à nous donner la raison exacte de ce dernier, faute d’instructions en ce sens émanant du personnel autorisé. Et si je suis le premier à me moquer de notre amateurisme, il fallait pas être très futé pour se rendre compte que le personnel autorisé en question – ou du moins ce qui en restait – était à nos pieds depuis qu’on l’avait extrait de sa cachette de fortune. On a pas pris le temps de s’interroger sur la nécessité de nous saluer sans chercher à nous aider, on avait d’autres préoccupations. Cap’ nous a fait signe à moi et Andro de fouiller le reste du vaisseau pendant qu’elle et Larsen examinaient le cadavre et la soute ; elle voulait essayer de comprendre ce qui avait pu se passer avant toute autre initiative. On s’est exécuté sans un mot, et on est reparti dans l’autre sens ; Andro devant, puisqu’il y voyait mieux que moi et qu’il ne risquait pas d’être incommodé par une aggravation de l’odeur ou un visuel trop gore au détour d’une coursive.
Notre expérience nous commandait de ne pas répondre à l’IA, puisqu’il était bien trop facile de piéger un vaisseau pour un assassinat programmé. On ne pouvait pas être certains qu’en prononçant seulement un seul mot avec une voix non reconnue par son programme, Hector n’allait pas dépressuriser l’ensemble du vaisseau, ou une joyeuseté de ce genre. Et si ses propriétaires avaient les moyens de se payer un vaisseau automatisé avec une IA, ils avaient sans doute les moyens de se payer une option « auto-destruction » pour empêcher quiconque de mettre la main sur sa mémoire et les datas qui allaient avec en cas d’abordage. C’était des trucs trop connus pour qu’on ne se méfie pas.
Alors certes, c’était très curieux qu’Hector nous laisse monter à bord, mais on est jamais trop prudent ; les propriétaires en question pouvaient aussi vouloir que d’éventuels pirates meurent en même temps que leur investissement. Certaines personnes préfèrent avoir la rancune du genre violente et instantanée plutôt que tenace, et c’est de bonne guerre. Un pirate en moins, statistiquement, c’est quelques chances en moins d’être piraté à l’avenir.
Et ce qu’on voyait dans le vaisseau nous laissait penser qu’on avait toutes les raisons d’être prudents. Si, en effet, son apparence globale laissait franchement à désirer, entre mauvais entretien, pièces détachées d’origines douteuses et organisation civile typique – c’est à dire nulle – il était impossible de ne pas remarquer, ça et là, des équipements neufs, rutilants et de toute évidence très coûteux qui juraient avec l’environnement. J’ai pu voir les crédits s’afficher dans les yeux d’Andro au fur et à mesure qu’on avançait de la soute au poste de pilotage, qui était notre destination première.
De toute évidence, ce vaisseau avait été aménagé en urgence, en dépit du bon sens, simplement pour faire de la place à toutes ces machines, dont certaines n’étaient pas branchées, ou même entièrement déballées. Certaines portes intérieures avaient même été démontées pour faire de la place, nous offrant le luxe d’examiner certaines pièces sans avoir à y entrer. Et notre cher officier logistique n’avait pas besoin de me dire quoi que ce soit pour que je comprenne : il y en avait potentiellement pour une fortune dans ce vaisseau, pour peu qu’on arrive à le ramener entier à bon port et qu’on trouve un receleur compétent. Mais on a bien senti qu’on se laissait distraire ; il y avait quelque chose qui ne tournait vraiment pas rond dans ce vaisseau.
Entre l’odeur qui ne semblait pas pouvoir s’atténuer et l’étrange atmosphère d’abandon, majoritairement due à un silence étouffant conjugué à l’arrêt des moteurs, on s’attendait à devoir trouver une pile de cadavres à chaque croisement. Et avec un doigt pointé et un signe de tête vers l’avant du vaisseau, Andro m’a fait part de sa suggestion muette, à savoir ne plus traîner, voire accélérer à aller examiner le poste de pilotage. Logiquement, c’était là que nous avions sans doute le plus de chances de trouver les logs, et donc une partie des réponses dont on pensait avoir besoin. Tout en restant prudent, bien sûr.
Ce qui, malgré notre motivation à rejoindre la proue au plus vite, nous obligeait à nous arrêter devant chaque porte pour l’ouvrir manuellement – si elle n’avait déjà pas été démontée – pour passer la tête à l’intérieur et vérifier qu’il n’y avait rien à signaler. Et quel bordel. Infâme. Honteux. Partout, des caisses de transport, pas sécurisées pour un atterrissage ou le moindre choc, à peine blindées, mal scellées, mal rangées, même pas triées. Il n’y avait guère que le quartier de vie, juste à côté du cockpit, qui avait échappé à ce sens si particulier de l’organisation. Mais à la vue des 5 hamacs, de la petite cuisine dégueulasse et du peu d’équipements de loisirs disponibles, il était évident que l’équipage était fauché, et dans de mauvaises dispositions avant même qu’il leur arrive ce qui leur était arrivé. Quoi que ça ait pu être. On a même discerné quelques traces de moisissures à certains angles, impensable dans un vaisseau bien tenu. Soit leur discipline était déplorable avant qu’il leur arrive ce mystérieux malheur, soit le malheur en question datait déjà de quelques jours, voire semaines.
L’inquiétude nous pressant un peu, on ne s’est pas attardé, puisque le poste de pilotage était juste à côté, et que de toute évidence, le reste du vaisseau n’avait rien de plus à nous apprendre. Pas de bol, il était verrouillé, et bien sécurisé, lui, pour le coup ; la porte devait coûter 15% de coût total du vaisseau à elle toute seule. Andro a tenté de balancer un coup de scan à travers, par acquit de conscience, mais bien entendu, même si c’était un vaisseau de merde, il était quand même aux normes sur un point aussi vital : le signal était bloqué. Pas moyen de savoir ce qu’il y avait derrière sans l’ouvrir d’abord, et pas moyen de l’ouvrir sans prendre de risques inconsidérés. Les logs sont une ressource précieuse qu’il est souvent de bon ton de perdre plutôt que se les faire voler. Et bien sûr, hors de question de tenter le moindre truc qui aurait risqué de déclencher la colère d’Hector. Il était bien trop silencieux depuis sa petite présentation pour être honnête, d’ailleurs. Cette histoire sentait doublement mauvais. On a pas eu à réfléchir longtemps. On est reparti dans l’autre sens, en prenant encore un peu plus de temps pour examiner ce qu’on pouvait croiser qu’on aurait pas bien regardé à l’aller, mais encore une fois, rien de plus probant que de la crasse et de l’angoisse.
En dehors de cette seule manifestation d’Hector, nous étions de toute évidence tombé sur un vaisseau fantôme. Cette perspective rendait les couloirs encore plus déprimants qu’ils ne l’étaient déjà, sans compter que j’étais assez agacé de ne pas comprendre ce qui avait bien pu se passer. Et inquiet, un peu, aussi ; pas mal d’histoires de vaisseaux hantés ou infestés par des parasites mortels indétectables par les scanners classiques circulaient. C’était bien assez pour que je me laisse un peu influencer et qu’une sueur froide commence à me dévaler le dos. Mais j’ai pas trop eu le temps de m’inquiéter, on était déjà revenu au niveau de la soute : c’était vraiment pas un gros vaisseau. Il était grossièrement organisé autour d’une seule longue et large coursive, avec seulement quelques renfoncements bricolés entre les organes de la bête et ses différents modules. Comparé au nôtre, deux fois plus gros et surtout organisé autour de pièces aux fonctions bien spécifiques dépendant souvent d’un membre d’équipage qui lui imprimait sa patte et sa personnalité, forcément, il y avait un certain dépaysement. Et bordel, ce désordre…
Mais je n’ai pas eu le temps de plus m’interroger sur mon malaise, on était assez vite de retour dans la soute, où on est tombé sur Cap’ et Larsen, côte à côte et à genoux, dos à nous, en train de s’agiter au dessus du cadavre, la couverture de survie balancée en boule dans un coin. Si j’avais eu l’esprit tordu, il y aurait eu moyen d’être un peu confus par l’image. Autant dire que j’ai été salement confus pendant une seconde ou deux. J’ai failli leur demander ce qui se passait avec un air goguenard, mais Andro a senti la boulette venir, et il m’a mis une main sur le bras pour me faire taire et m’a intimé de faire le tour pour mieux voir ce qu’il se passait. Ce que j’ai fait, bien entendu, avec un petit signe de tête pour le remercier. Des fois, Andro pense pour nous – surtout pour moi, j’avoue – et ça nous évite pas mal d’embrouilles.
Donc j’ai fait le tour, histoire d’avoir un meilleur angle de vue, et j’ai donc pu constater que notre ami le cadavre n’était pas un cadavre, mais un rescapé d’une cryo-stase artisanale en très sale état, que ma chère Capitaine et son second étaient en train d’essayer de ramener à la vie depuis notre départ, soit environ 10 minutes. Je n’ai jamais été spécialiste en cryo-stase, surtout faite maison, mais je savais pertinemment que du côté de l’exécution comme de la réanimation, c’était une manœuvre très osée, qui finissait rarement bien. Pour preuve, notre ami le burrito était tout bleu, c’est jamais bon signe.

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