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Les Dieux Sauvages T1 – La Messagère du Ciel, Lionel Davoust

In Flames – Voices (extrait de l’album I, The Mask)
The HU – Sad But True

Comme on dit, mieux vaut tard que jamais. J’avais évoqué dans ma chronique sur Port d’Âmes ma promesse à moi-même de chroniquer sur ce blog tout ce qui touche à l’univers d’Evanégyre, autant pour le plaisir d’en parler que pour exprimer ma profonde reconnaissance au travail de Lionel Davoust. Quelle meilleure occasion que la sortie du quatrième tome de cette saga que je tiens en si haute estime alors même qu’elle n’est pas conclue pour tout reprendre depuis le début ; à la fois pour tout me remettre en mémoire et exprimer le plus clairement possible tout le respect que j’éprouve pour ce travail littéraire unique ? On peut parler de lier l’utile à l’agréable.
Pour ces trois premiers volumes, il s’agira donc pour moi d’une relecture ; pas que les événements des différents volumes me soient flous, mais je voulais être certain de pouvoir rendre compte de leurs contenus avec l’acuité maximum et éviter les inévitables confusions qui seraient apparues si j’avais fait un peu trop aveuglément confiance à ma mémoire. Il était aussi question pour moi de me pencher de façon un tout petit peu plus analytique sur un travail dont j’étais à 95% sûr qu’il me divertirait avec la même puissance que lors de ma première lecture.
Verdict après relecture : évidemment que c’est toujours excellent, borderline exceptionnel, et je m’en vais vous expliquer pourquoi.

Mériane est une trappeuse, vivant en paria, ayant fait le choix de s’exclure elle-même de la société à cause de ses règles austères, profondément injustes et cruelles envers les femmes, la faute à la religion Weriste, ancrée dans la culture du pays depuis des siècles, suite à un cataclysme et la chute d’un ancien Empire dont on ne semble connaître que l’héritage mortifère. Le pays de Rhovelle est tout entier parcouru d’anomalies magiques, déchirures dans la réalité qui transforment et atteignent jusque dans leurs chairs toutes les victimes de leurs contacts, affaiblissant encore un royaume qui souffre déjà. Le destin de Mériane bascule lorsqu’elle est embauchée à son corps défendant par Leopol, un croisé de Wer qui la fait le guider dans la forêt, l’emmenant à une rencontre qui affectera son avenir et celui de toute la Rhovelle.

Commençons par un constat de surprise. J’avais complètement oublié à quel point ce roman prenait son temps, mais surtout le faisait intelligemment. Dans ce premier volume, il est autant question d’exposition que de progression, avec un rythme assez incroyable, faisant la part belle à la multiplication des points de vue, des enjeux et des détails participant à la construction de l’univers d’Evanégyre en général, et de la Rhovelle en particulier. À cet égard, si j’avais un peu laissé passer cet aspect à la première lecture, tout absorbé que j’étais par la découverte, j’ai été impressionné par la précision et l’efficacité dont Lionel Davoust fait preuve pour distiller toutes ces informations, qui sont, au delà d’être nombreuses, hautement complexes. Il s’agit tout à la fois de présenter les personnages, leurs fonctions, leurs motivations et les liens qu’ils entretiennent, tout en les faisant évoluer en même temps que les enjeux qu’ils représentent, au sein d’un canevas géopolitique vaste. Et pourtant, jamais ô grand jamais l’auteur ne nous perd. Tout est clair, tout est fluide, cohérent, et surtout, rien n’est vain. Car au delà du travail évident sur les aspects narratifs, atmosphériques ou psychologiques, sur lesquels je reviendrai, il y a un travail d’architecture, certes subtil mais incroyablement efficace, qui sous-tend la structure globale. Et c’est peut-être ça qui me rend la lecture du travail de Lionel Davoust aussi unique, avec mon regard parfois trop analytique : au delà du plaisir de l’histoire en première intention, j’ai le plaisir immense de voir et comprendre à quel point cet auteur travaille avec acharnement pour que son récit semble tant aller de lui-même. Une qualité d’architecte-démiurge qu’il partage avec Rozenn Illiano, rendant encore moins mystérieux mon attachement à leurs travaux, avec leurs différences, certes, mais surtout leurs qualités communes.

Un de ces points communs réside, bien évidemment, puisque je ne me refais pas, dans les personnages (que cielles qui avaient deviné lèvent la main), mais surtout dans leurs interactions. J’avais oublié à quel point les dialogues faisaient une part incroyable dans le développement des personnages et dans les avancées de l’intrigue, par les différentes évolutions psychologiques qu’ils induisent chez les différents protagonistes, entre punchlines, subtiles allusions et jeux oratoires. Ceci, au delà de la qualité de dialoguiste de Lionel Davoust, qui n’est pas à minorer, est sans doute dû, par dessus tout, au souffle incroyable de ces personnages, sans doute parmi les plus vivants et les plus organiques qu’il m’ait été donné de lire ; mais ce n’est qu’une précaution oratoire, mon instinct me commanderait plus volontiers à être bien plus superlatif. La galerie est immense, et pourtant, les nuances sont infinies, on se retrouve très vite à s’attacher, surtout aux personnages féminins auxquelles l’auteur fait la part belle ; Mériane et son indépendance, ou Chunsène et sa sauvagerie, en passant par Izara et son immense classe. Des portraits superbes de sensibilité et d’empathie, qui ne cessent de se tisser au fil des pages, laissant toute la place aux ombres qui nous habitent, intransigeants mais brillant de compassion, même pour Léopol et sa psychorigidité méprisante ou Ganner et Juhel et leurs aveuglements respectifs. Encore une fois, une myriade de détails, de petites choses qui pourraient sembler anodines mais qui ne le sont pas viennent enrichir les décisions prises, les actions entreprises pour mettre ces personnages au centre de l’intrigue, ne dépendant jamais d’une quelconque pression narrative, mais bien de ce qui semble être cohérent avec leur personnalité et les contingences dont ils sont victimes ou porteurs.
On se retrouve alors à suivre avec attention toutes ces prises de décisions, ces dialogues, pour y découvrir un indice, une idée de ce qui nous attend, ou simplement s’émerveiller de la maestria de l’auteur (même si à cet égard je confesse une certaine fascination toute personnelle). L’essentiel demeurant que ces personnages, riches de leurs conflits intérieurs et caractères, sont tous complexes, nuancés, et apportent à ce récit dense une dynamique unique. Lionel Davoust profite de la multiplicité des points de vue, y compris du côté des antagonistes, pour jouer sur ces complexités et nourrir l’ironie dramatique, voire tragique selon les moments, apportant des éclairages précis sur chaque situation dépeinte avec la même exigence ; adaptant le discours et le style à chaque personnage, nous faisant parfois douter de ce qui pouvait sembler être une certitude, ou l’inverse, sans jamais nous faire douter de leur profonde humanité.

Un entre-deux narratif qui répond merveilleusement bien à l’entre-deux atmosphérique singulier de l’univers d’Evanégyre au moment de la chronologie choisie par Lionel Davoust, participant encore une fois des forces de cette saga si particulière. Car si nous sommes dans un monde qu’on pourrait décrire comme médiéval-post-apocalyptique, avec un mélange percutant de technologies anciennes quasi-mystiques plus ou moins dévoyées par les usages des un·e·s et des autres ; selon la connaissance qu’on a du reste du travail de l’auteur au sein de cet univers littéraire, la perception que l’on a des différents éléments qui nous sont présentés peut changer, sans jamais altérer le plaisir de lecture autrement qu’en l’enrichissant. Chaque détail faisant écho à un autre ouvrage de l’auteur n’est jamais qu’un clin d’œil complice ou le début d’une piste explicative qui viendra plus tard, mais à point pour un·e autre lecteurice qui n’aurait pas encore eu le loisir d’en apprendre plus. Tous les ponts thématiques ou techniques ne sont jamais des pré-requis, mais des bonus qu’il fait bon de repérer ou non, souvent avec un sourire entendu.
Que ce soit au travers de ses personnages centraux et leurs trajectoires personnelles, leurs dynamiques croisées, cette approche généreuse du world-building ou sa narration prenant juste la bonne dose de recul ; il transpire de ce roman une bienveillance et une sagesse que je considère comme assez salvatrice. Je sais de source sûre que Lionel Davoust ne veut pas, au travers des questionnements qu’il crée au travers de ses romans, donner des réponses ; il souhaite formuler avec le maximum de justesse les bonnes questions, et donner des éléments de réflexion en lien avec ces dernières. Il s’avère que c’est mon approche favorite de l’Imaginaire, et il s’avère aussi que Lionel Davoust le fait excessivement bien.

Car au travers de ce constant effort de nuance, cherchant à créer les conditions d’un écho permanent de situations que notre monde a connu, avec juste ce qu’il faut de transversalité, il dépouille ces questions des oripeaux d’une subjectivité qui nuirait à la qualité des arguments. En changeant seulement quelques détails, on change la perspective et on tape d’autant plus juste. Cette introduction à la saga, à cet égard, m’a fait effectuer certains parallèles assez fascinants avec Les Petits Dieux, partageant bon nombre de ses constats désabusés sur la nature et les fonctions de la religion organisée, mais les attaquant avec beaucoup moins de dérision et un réalisme bien plus abrasif, ne perdant en rien la qualité d’analyse, bien au contraire, jouant tout à la fois sur des dynamiques individuelles et collectives sans jamais se perdre dans la trivialité. Ce roman parvient à toujours rester sur une habile ligne de crête, interrogeant sa matière d’un maximum d’angles possibles, créant exactement les amorces des conditions de la réflexion dont Lionel Davoust a l’ambition, enrobées dans un récit épique.
Et bien entendu, c’est là que mon curseur personnel, jugeant une œuvre à l’aune des moyens fournis à son ambition, me semble particulièrement pertinent. Car il eut été assez aisé, je pense, pour un auteur de la trempe de Lionel Davoust, de « simplement » créer une saga de fantasy avec du sang, des larmes et de la sueur, aux proportions homériques, certes, mais autrement manichéenne, dans un univers tel qu’Evanégyre. Le supplément d’âme, la force motrice unique qui me fait tant aimer cette saga, c’est bien l’effort que son auteur fournit à aller bien au-delà, et à se mettre en danger, en abordant des sujets excessivement difficiles, tout à la fois avec subtilité, nuance et profondeur, au sein d’un récit qui aurait pu considérablement s’alourdir sous ce poids. Or, il n’en est rien. Et rarement aurais-je lu, à la fois un roman ou une introduction à une saga si riche, si dense, qui puisse se vanter d’un tel sens de l’équilibre, et, paradoxalement, d’une telle fluidité, me faisant me dire une fois conclu, que je n’y aurais rien enlevé ni rajouté pour pouvoir être plus séduit.

Mais l’expérience de relecture, sachant pertinemment où va une bonne partie de l’intrigue, triche sans doute un peu sur ce ressenti. J’ai redécouvert quelques aspects, quelques personnages, les recasant d’office dans l’image mentale que je m’étais faite de cette immense et magnifique tapisserie. Comme je l’ai dit, je sais que je manque d’objectivité avec le travail de Lionel Davoust ; il y là je crois une espèce de connexion, une sorte de singularité littéraro-humaine, tant il ne m’a jamais déçu et tant je retrouve dans ses écrits des valeurs et des principes que je partage, tout autant qu’un talent dont je ne cesse de m’émouvoir. Et si je peux totalement concevoir, de fait, que cette connexion ne s’établisse pas de la même manière avec tout le monde, je chercherai toujours, pour les émotions que j’ai ressenti à la lecture comme à la relecture de ce roman, à prêcher pour sa paroisse (vous noterez l’habile clin d’oeil), tout simplement parce que je souhaite à tout le monde de ressentir un jour cette lumière intérieur, cette sensation d’évidence merveilleuse, celle qui vous pousse à tourner les pages en glapissant, à rire à gorge déployée quand vous comprenez que vous vous êtes fait avoir, ou quand vous avez la gorge serrée de vous être fait avoir, celle qui vous fait insulter l’auteurice à haute voix par pur respect parce que oui, vous vous êtes fait avoir. Il y a dans le travail de Lionel Davoust une sincérité et une humanité incroyables, de celles qui savent illuminer les ténèbres sans les ignorer, frappant juste tout à la fois dans la noirceur et dans la blancheur de nos histoires, sans jamais perdre de vue les nuances de gris.
Il y a là bien des parallèles à faire avec Les Lions d’Al-Rassan, en fait, maintenant que j’y pense, et exactement les mêmes compliments ; mais il faut que j’en garde certains en réserve pour les prochaines fois.
Dites vous bien que si je relis tout, c’est bien avant tout par plaisir, mais aussi, un peu, par devoir ; parce que j’estime que cet auteur en vaut la peine, tout autant que son œuvre. Je vais donc m’atteler à la lecture du Verrou Du Fleuve et vous donner rendez-vous pour sa chronique prochaine.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “Les Dieux Sauvages T1 – La Messagère du Ciel, Lionel Davoust

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