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Évariste, Olivier Gechter

The Fratellis – Thief (extrait de l’album Eyes Wide, Tongue Tied)

Depuis la lecture de son Baron Noir, je sais que je suis vraiment client du travail d’Olivier Gechter. J’avais du coup doublement hâte d’entamer ce Evariste. À la fois pour pouvoir étoffer mes connaissances de l’univers littéraire de son auteur, mais aussi et surtout parce que ce que j’avais compris et anticipé du contenu de ce roman rentrait complètement dans mes préférences littéraires. Quelque chose que j’aime bien fait par quelqu’un que j’aime bien ; je partais gagnant.
Et je ne vais même pas essayer de construire un quelconque suspense : j’ai bel et bien fini gagnant. Ce roman était vraiment très bon en plus d’être foutrement prometteur, et je m’en vais développer les raisons de mon contentement. Prenez un siège, et allons-y, si vous le voulez bien.

Evariste Cosson est consultant en occultisme industriel. Sous ce titre ronflant se cache une petite entreprise qu’il gère seul ; par le biais de laquelle il offre ses services pour aider les gens moins doués que lui dans le domaine à se défaire des arcanes nébuleuses du paranormal. En gros. Et alors qu’il peine encore à faire décoller sa start-up, une mission providentielle va s’offrir à lui, lui promettant enfin quelques perspectives positives. Malheureusement, rien n’est jamais aussi simple, et de cette opportunité vont jaillir un bon paquets d’embêtements et de péripéties.

Avant de commencer, il faut savoir que comme tout le monde, j’ai mes pêchés mignons, en matière littéraire ; certains tropes m’accrochent plus que d’autres, assurant presque à eux tout seul mon intérêt autant que mon adhésion. Quelque part en tête de liste se trouve sans doute la figure du privé, sans que je ne me l’explique vraiment. Et bien qu’Evariste ne soit pas à proprement parler un privé, sa position de consultant et les ennuis dans lesquels elle le précipite lui confèrent de fait ce statut à mes yeux. Ajoutant à cela une autre de mes faiblesses littéraires, à savoir un world-building aussi consciencieux et dense que précis, je n’avais aucune chance de ne pas aimer ce roman. Pour être tout à fait clair, au bout d’une cinquantaine de pages, Evariste m’a donné envie de me replonger dans les Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner ; ce qui n’est rien d’autre qu’un compliment. Mais à l’instar, d’un Hante-Voltige, il n’est pas question de relever des inspirations coupables, d’autant plus que le style et les motivations de ce roman, pour le coup, sont assez radicalement différent·e·s ; mais bien de simplement constater une convergence générique aussi fortuite que bienvenue. Et une grosse obsession Wagnerienne chez moi, aussi, je ne m’en cacherai jamais. Cette précision mise de côté, et ma subjectivité complète mise au jour, attaquons nous au vif du sujet, et expliquons pourquoi c’est si bien, au delà de mes préférences.

La force principale d’Olivier Gechter, je crois c’est son exigence dans la maîtrise de la matière qu’il manipule. Il serait bien trop aisé, dans un roman comme celui-là, de se laisser aller trop loin dans le « délire », faute d’un meilleur mot. Son univers, faisant cohabiter un occultisme dense et complexe avec une réalité quotidienne morne, aurait facilement pu virer dans l’exagération et trop en faire, mais il gère l’ensemble à la perfection, oscillant entre l’exposition du fonctionnement de cet univers alternatif et la continuité de notre monde. De fait, chaque information nouvelle présentée par Evariste fait sens, et sa focalisation interne permet de rendre cohérentes toutes les phases d’explication et de découverte, aidées en cela par la pédagogie et l’humour du personnage. Plus on en apprend, plus on a envie d’en apprendre, et on suspend bien volontiers son incrédulité, d’autant plus qu’on sent une réelle et profonde cohérence globale ; le plaisir est double lorsqu’on aime autant analyser le contenu que se laisser porter par le pur divertissement.

Et niveau divertissement, encore une fois par le biais d’un style aussi direct que décomplexé et une utilisation malicieuse des tropes qu’invoque Olivier Gechter, on est servi. Si le rythme est peut-être un peu trop haché par moments, l’ensemble file tout droit et crée au passage une certaine complicité avec les lecteurices, jouant beaucoup sur l’ironie dramatique et l’auto-dérision d’Evariste, personnage croustillant qui n’hésite pas à jouer de la distance temporelle et des informations qu’il dispose à nos dépens pour enrichir son récit, notamment par le biais de notes de bas de page (Le fan de Pratchett que je suis ne pouvais, encore une fois, qu’apprécier). Le mot qui à mes yeux décrirait le mieux Evariste serait sans doute « malin ». Car si le récit crée un univers fouillé et fourni, tout en assurant un divertissement quasi constant, entre les péripéties et les moments de creux compensés par la verve de son héros, il sait aussi glisser régulièrement entre ses lignes des réflexions pas dénuées d’intérêt et quelques punchlines savoureuses. Un cocktail extrêmement efficace, qui ne souffre finalement que de ces quelques moments de flottements précédemment évoqués, et d’un certain manque de suspense inhérent à son format de narration. Si Olivier Gechter en prend habilement son parti et que je sais me réjouir de devoir me concentrer sur l’articulation du « comment » plutôt que sur la finalité du « et si… », j’aurais aimé, par moments, peut-être, pouvoir douter de l’issue des événements. Mais c’est un détail, puisque pour l’essentiel, j’ai pris un grand plaisir à suivre cette histoire, et notamment l’évolution des personnages.

Car c’est une autre grande qualité d’Olivier Gechter que je tenais à saluer en dernier lieu ; à savoir sa capacité à griser ses personnages. Tout comme dans Baron Noir, j’ai été ravi de constater qu’aucun de ses personnages n’est un absolu, un effort rare et difficile à réussir, quand on sait à quel point certains défauts peuvent être rédhibitoires pour le plaisir de la lecture, surtout chez un protagoniste omniprésent. Or, Evariste Cosson, par moments, il faut l’avouer, a des réactions et réflexions un peu compliquées à lire. Cependant, ces moments de (petits) malaises sont contrebalancés par deux choses, à mes yeux. D’abord, son évidente bonne volonté, et ensuite sa capacité à se remettre en question et, de fait, apprendre. Il a conscience d’être trop souvent médiocre, tant dans ses réflexes que dans ses prises de décisions, et n’en fait aucun mystère. Et c’est précisément le fait de le lire y réfléchir et en tenir compte pour s’améliorer qui me l’a rendu si sympathique au fil des pages : il fait de son mieux, malgré tout. De la même manière, les personnages antagonistes sont construits d’une manière cohérente qui, à défaut de les rendre agréables, rend leur statut d’autant plus compréhensible, et donc ajoute une petite couche de complexité au récit. C’est compliqué de rendre palpable la complexité du réel, et au sein d’un récit si fantasque, lire un tel effort déployé est un véritable valeur ajoutée à mes yeux, d’autant plus qu’il laisse ainsi la place à bon nombre de réflexions et évolutions très intéressantes pour la suite.

Il me faut me rendre à l’évidence, j’aime beaucoup le travail d’Olivier Gechter. Entre sa méticulosité, son exigence et son style direct se crée une alchimie singulière qui me parle. J’ai tout à la fois le plaisir de constater l’ampleur du travail qui sous-tend l’ensemble que la relative simplicité d’exécution du tout, offrant un divertissement de qualité qui n’hésite jamais pour autant à balancer quelques petites vérités bien senties. C’est foutrement malin, rudement efficace, et le genre de roman que je pourrais aisément conseiller à énormément de gens tellement il coche de cases avec un tel équilibre.
Et maintenant que je sais qu’un tome 2 est dans les tubes, étant données les promesses formulées à demi-mot dans ce premier volume, je peux dire que je suis très enthousiaste à l’idée de pouvoir remettre les mains et les yeux sur le travail d’un auteur dont j’apprécie tant les ambitions, autant que les moyens qu’il met à les réaliser. Pouvoir anticiper avec confiance, c’est un luxe que je goûte avec bonheur à chaque fois que j’en ai le privilège. Je vous souhaite le même.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “Évariste, Olivier Gechter

  1. Yuyine dit :

    Je n’ai encore jamais lu cet auteur (#ShameShameShame) mais tu vas finir par me convaincre de m’y mettre sérieusement. Si je dois commencer par un titre, lequel ce serait?

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Difficile à dire. Malgré nos goûts relativement communs, je ne saurais dire lequel de Baron Noir ou Evariste te plairait le plus.
      Là comme ça je te dirais plutôt de plonger le doigt de pied dans Baron Noir, qui se lit un peu plus facilement, et dont la montée en ambition le rend plus attachant.
      Dans l’ensemble, les qualités sont les mêmes, donc tu seras vite fixée. 🙂

      J'aime

      1. Yuyine dit :

        C’est noté! Merci pour le conseil 🥰

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