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Tsubame, Aki Shimazaki

unsaid – Flor (extrait de l’album come out. you’re hiding)

Il y a un moment où il faut sans doute savoir se faire une raison. J’ai beau vouloir faire des efforts pour sortir de ma zone de confort, vient nécessairement un moment où je dois réaliser que certains types d’ouvrages ne sont simplement pas faits pour moi. En l’occurrence, il me faut constater de façon empirique une certaine incompatibilité d’humeurs avec la littérature asiatique ; après Kafka sur le Rivage dont je conserve un sentiment poliment mitigé et La Joueuse de Go dont j’aimerais ne pas tant me souvenir, il est temps d’expliquer pourquoi Tsubame semble confirmer mon inimité pour une culture littéraire aux antipodes de mes goûts. Rien que ça.

J’ai un défaut que je concède volontiers, bien que ce soit avec un certain regret, c’est mon manque d’empathie. Dans le sens où j’ai beau essayer de mon mieux pour me mettre à la place de mes interlocuteurices, j’ai toujours du mal à vraiment ressentir ce qu’iels ressentent ; à moins d’une expérience commune qui aiderait au processus, je ne peux souvent pas espérer mieux qu’une certaine compréhension que je veux bienveillante. Or, lorsque je lis, nécessairement, ce manque d’empathie – faute d’une meilleure formulation – tape d’autant plus fort avec la distance qu’implique l’absence de repères réels auxquels m’accrocher physiquement. Contraint d’imaginer, je perds beaucoup de chances de ressentir. C’est sans doute pourquoi les romans de témoignage tels que Tsubame me laissent si froid, ajoutant le regret au poids de l’ennui.

Parce que vraiment, j’aimerais être touché par ce genre de romans ; à vrai dire, en les lisant, je me dis presque que je devrais être touché. Une histoire comme celle ci a tous les ingrédients nécessaires à un moment d’émotion, d’autant plus qu’elle relate des choses dures, mais surtout importantes. Et pour autant, non, je ne peux pas me compter au nombre des enthousiastes, bien plus nombreux·ses que moi, sans pour autant pouvoir mettre le phénomène seulement sur le compte de mon caractère. L’avantage de ce dernier, c’est bien évidemment mon goût pour l’analyse. À défaut de passer un bon moment de lecture, je peux au moins essayer de comprendre pourquoi il a été si difficile malgré sa petite centaine de pages.

Et bien justement. Le fait que ce roman soit si court est peut-être bien le cœur du sujet. Dans mon cas précis, l’empathie, ça se construit ; malgré la profonde difficulté des situations vécues par la narratrice, dont je n’ai aucune raison de douter, je ne peux pas me contenter de lire ce qui lui est arrivé pour m’en sortir proche ou ému. Que ce soit le style très (trop) direct, la narration au présent hachée par des descriptions et des dialogues bien trop didactiques et démonstratifs en prenant souvent sa place, le découpage général ou le ton très naïf d’un personnage qui semble subir son histoire de bout en bout sans jamais vraiment en être une actrice, tout dans ce roman n’est qu’une question de lisses et attendus constats généraux. Lucides, pour une bonne part, certes, mais manquant d’approfondissements, d’aspérités ou de situations pour leur donner plus de souffle et de carnation. Mon problème n’est pas tant que je n’arrive pas à croire ou à comprendre ce qu’on me raconte, mais qu’on ne me donne pas assez d’éléments pour parvenir à leur donner vie dans mon esprit ; il ne suffit pas que le personnage pleure pour que mes larmes coulent, il faut que j’ai l’impression de vivre au moins un peu ce qu’il vit.

Tout le souci, finalement, c’est simplement le manque de volume et de perspectives ; le témoignage ne peut pas me suffire pas sans une certaine volonté d’aller plus loin que le fait qu’il y a eu des horreurs commises tout le long de l’Histoire du monde et que des gens en ont souffert et en souffrent encore. Faute d’établir un rapport un minimum personnel au personnage qui sert de vecteur à ce témoignage, je ne pourrais pas m’y attacher, et j’aurais donc du mal à faire preuve d’empathie. De fait, je n’ai pas le sentiment de retirer grand chose d’inédit du récit à mes yeux, bien que ça me chagrine, puisque son intention n’est rien d’autre que louable, et qu’il raconte des choses qui méritent amplement d’être racontées. Seulement, je me vois trop souvent devoir rationnaliser le récit ou réfléchir à ce qu’il aurait pu me dire au delà de ses constats ; il s’arrête toujours de raconter là où il aurait pu trouver quelque chose de singulier à m’offrir, une vraie expérience.

Frustration, encore une fois, que de passer à côté d’un titre qui semblait par ailleurs faire l’unanimité. Au moins cela ne m’aura pas pris trop de temps, et m’aura également donné l’occasion de réfléchir un peu plus profondément à mes fonctionnements de lecteur ; notamment en dressant un parallèle intérieur avec L’Homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu, confirmant au passage, à mes yeux, le statut de chef d’œuvre de ce dernier, puisque fonctionnant pratiquement à l’opposé de Tsubame. Si je me trouve moi-même parfois un peu pénible dans ma façon d’appréhender mes lectures, je me console en me disant j’ai au moins le mérite d’être cohérent. Je ne crois pas que l’idée d’une hiérarchie de goûts soit problématique tant qu’elle demeure purement, exclusivement, personnelle. Je continuerai à chercher en dehors de ma zone de confort, mais je me méfierais un tout petit peu plus de la littérature asiatique, dorénavant, sans que ça m’empêche de tenter, toutefois, à l’occasion. Mais probablement pas avec Aki Shimazaki.
C’est ainsi.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Tsubame, Aki Shimazaki

  1. Yuyine dit :

    Je comprends parfaitement ta frustration. Certains types de littérature, surtout aussi marqués que la littérature japonaise, ça passe ou ça casse alors même qu’o y décèle des points positifs indéniables. Au moins, tu as essayé et maintenant tu sais 🙂

    Aimé par 1 personne

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