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Town 4 – Clairvoyants, Rozenn Illiano

Je vous la mets en grand, parce qu’Oxyde par Coliandre, c’est quand même quelque chose.

The Alan Parsons Project – Eye In The Sky (extrait de l’album éponyme)
Judas Priest – Some Heads Are Gonna Roll (extrait de l’album Defenders of the Faith)

Sacré enjeu, de boucler une série littéraire. Et un constat facile pour enfoncer tranquillement une porte ouverte en guise d’ouverture de chronique. Mais quand, au bout de trois tomes de plaisir sans ombres ou presque (je suis un garçon tatillon, parfois), il vous faut vous préparer à lire toutes les réponses aux questions posées jusque là et dire au revoir à des personnages auxquels vous vous êtes attachés, il s’agit de le faire bien, au risque d’une déception pouvant gâcher l’ensemble. C’est pour ça que malgré ma confiance en Rozenn Illiano, je m’efforçais d’être circonspect, à l’entame de Clairvoyants ; simple précaution.
Mais de qui je me moque, franchement. Evidemment, que c’était excellent. Mais pas forcément pour les raisons que j’aurais pu croire et anticiper, et ce sera le cœur de cette chronique. Sans plus de détours, disons du bien de l’Onirographe et de son travail, une fois de plus, et répétons nous au passage, sans le moindre scrupule.

Nous reprenons Clairvoyants là où Passeurs s’était terminé, alors que le plan des néphilistes approche de sa résolution et que le destin d’Oxyde se précise enfin. Tous les événements passés, les ayant mené·e·s lui et ses allié·e·s à Town vont enfin trouver les réponses aux questions que leurs diverses existences ont posées.

Voyez-vous, je pensais ne pas être prêt pour ce dernier volume. En partie parce que je m’en étais convaincu tout seul, mais aussi parce que l’autrice me l’avait promis. Le fait est que, finalement, j’étais prêt ; ce à quoi, ironiquement, je n’étais pas prêt.
Je m’explique. Comme je l’ai déjà dit, trois volumes de préparation du terrain, c’était le prétexte idéal pour un dernier volume absolument explosif, tant au niveau de l’action que des révélations ou de l’émotion. C’était à ça que je m’étais préparé. J’avais échafaudé mes hypothèses, j’avais imaginé quelques scénarios précis auxquels me confronter, je pensais être aussi paré que je pouvais l’être. Mon erreur, ç’a été d’oublier que Rozenn Illiano est une sacrée maline, en plus d’être une excellente écrivaine.
L’occasion pour moi de saluer en bonne et due forme une de ses grandes qualités, à savoir sa capacité à faire simple, malgré des prémisses pouvant trop facilement l’inciter à en faire trop, sans jamais être simpliste ni sacrifier à la complexité de son univers et de ses personnages. C’est ça qui m’a surpris, alors même que tous les compliments que j’avais déjà pu formuler à son égard – et que je maintiens – auraient dû m’y préparer encore mieux que le reste. Tout était là sous mes yeux, il suffisait de tout mélanger un bon coup pour en retirer les conclusions qui s’imposaient, dans le fil du récit, sans aucun besoin d’effets de manche superflus. Je n’étais pas prêt, finalement, à ce que tout se fasse de façon si déliée. J’attendais des explications tortueuses, des éléments nouveaux un peu capillotractés, des surprises abusées juste ce qu’il faut ; je n’ai rien eu de tout ça, et c’est paradoxalement ce qui m’a surpris. Comme d’habitude, absolument tout fait sens sans effort apparent ; rappelant tous ces indices lus, enregistrés et mis de côté pour plus tard que j’avais fini par un peu oublier, me revenant parfaitement au meilleur moment pour que ce que je lise ne me procure qu’une béate satisfaction coulant de source.

Encore et toujours ce même compliment massif venant de moi, cette impression de facilité déconcertante suggérant forcément un travail terrible en amont, sachant indirectement justifier de toutes les « facilités » que pourrait y déceler un esprit trop chagrin ; parce qu’elles ont, avant tout, du sens. Ce que je veux dire par là, c’est que mon esprit analytique, dans cette conclusion, a pu, effectivement, trouver quelques tropes assez « classiques » pour un récit comme celui qui m’était fait. Des tropes qui, dans d’autres circonstances, auraient pu, sans doute, me tirer une moue ou un soupir déçu ; or, force est de constater que cela n’a pas été le cas. Et je me suis évidemment demandé pourquoi. La réponse se niche dans ce travail préparatoire, dans la continuité globale de la série, dans tous ces indices placés avec suffisamment de subtilité, dans le soin apporté à la cosmogonie de cet univers si singulier, et surtout dans l’application à créer des personnages organiques, dont le souffle puissant justifie les décisions et les capacités à influer sur le déroulé de l’intrigue.
SI je suis devenu un peu méfiant, avec le temps, de l’idée que le voyage vaut autant que la destination, je suis toujours ravi de croiser des récits qui savent encore donner raison à ce concept, parce que je lui trouve une certaine noblesse, une véritable élégance. Encore faut-il que ce voyage justifie cette destination, et inversement ; c’est précisément pourquoi j’ai adoré cette saga, puisque ce voyage et cette destination se nourrissent mutuellement, se mettant à niveau l’une et l’autre. Et comme je l’avais aussi déjà dit, on retrouve une part de cette intrication dans les personnages, dont les motivations créent un enjeu supplémentaire, mêlé à ceux de l’intrigue, faisant qu’on suit autant le récit que leurs évolutions individuelles. Ce qui, de fait, pardonne l’usage de ces « facilités », puisqu’elles sont finalement simplement les conséquences de ces évolutions, nourrissant l’intrigue de leurs complexités respectives. Je ne me suis jamais agacé de voir des choses assez « évidentes » se dérouler, puisque précisément, les choses ne pouvaient simplement pas se dérouler autrement au vu des circonstances crées par l’autrice ; j’aurais simplement dû être plus attentif pour pouvoir pleinement m’y attendre.

Parce que si j’ai pu repérer, au fil de toutes mes lectures du Grand Projet, des récurrences thématiques, des petites couches d’interprétations meta ou toutes sortes de détails croustillants ; je dois aussi saluer la consistance systématique de chaque récit en lui-même. Alors certes, Town est une série, mais dont, finalement, la construction et la consistance, avec un léger travail de réarrangement, aurait pu en faire un seul roman ; dans le cadre de ce que je veux dire, je partirai de ce constat. Je vante toujours l’ambition du Grand Projet, surtout à l’aune de ce que je ne peux considérer, pour l’instant du moins, que comme une brillante réussite ; je ne cesse de saluer son intertextualité et ses multiples rappels à lui-même. C’est encore le cas ici, évidemment, à coup de clins d’œil et de rappels aussi malins que vertigineux, pour ce qu’ils pourraient impliquer dans de futures lectures ou relectures.
Mais il faut aussi que je salue, une nouvelle fois, un autre tour de force de Rozenn Illiano, à savoir sa capacité à faire se contenir ses récits en eux-mêmes. Encore plus avec Town, alors que j’ai maintenant lu quand même pas mal de ses ouvrages et eu le droit à pas mal de lignes de vues différentes sur le contenu global du Grand Projet, je me rends compte à quel point chacun de ces ouvrages parvient à rester parfaitement indépendant. « Parfaitement » dans le sens où ils se suffisent à eux-mêmes en terme de compréhension des enjeux et des mécanismes qui président à leur fonctionnement, d’abord, mais surtout parce que les rapides incursions d’éléments « étrangers » ne sont jamais en trop et parviennent à donner envie d’en apprendre toujours plus sans parasiter la ligne narrative en cours.

Vous aurez compris, qu’une fois de plus, j’ai été séduit. Conquis, même. Parce que la conclusion est sans doute le passage le plus traître d’un travail narratif, encore plus lorsqu’il s’agit d’un travail au long cours comme celui-ci ; et qu’à mes yeux, Rozenn Illiano a sacrément bien rempli sa part du contrat. Pas tant pour le simple plaisir de la lecture et du divertissement, même si, bien évidemment, c’est une grande part de cette réussite, mais parce j’avais le réel sentiment d’une conclusion, à la fin de ce récit. Un sentiment de satisfaction complet, l’idée que rien n’avait été laissé en arrière, que tout avait été bouclé proprement, en laissant la juste place à tout ce qu’il était nécessaire de raconter, avec toujours la bonne dose d’émotions et de factuel. Et si, humainement parlant, j’étais forcément un peu insatisfait de certaines choses, le lecteur que je suis, lui, avait un grand sourire, et a lâché un grand soupir puis un « Bah ouais hein. », faute de mieux pouvoir formuler mon sentiment, sur le moment.
J’espère que cette chronique aura été une bonne verbalisation de ce soupir.
Dans le pire des cas, ne retenez que ceci, parce que je commence à fatiguer de me répéter encore et encore :
Par pitié, lisez du Rozenn Illiano. Elle le mérite.
Voilà.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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