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Impossible Planète – Episode 25

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Ce que j’ai fait pour tout un tas de raisons entremêlées, qui se rattachent finalement à une seule, à savoir mon statut d’agent spécial au service de la Firme ; ce qui explique beaucoup de choses d’un coup pour vous, mais devrait aussi vous faire vous poser tout un tas d’autres questions, si vous êtes pas trop bêtes.
Ce dont je ne doute pas une seule seconde, bien entendu, parce que malgré des apparences qui ne jouent certainement pas en ma faveur, je vous assure que je suis pas un méchant garçon, au fond. Disons que j’ai juste dû faire au mieux vis-à-vis de circonstances personnelles complexes pour me faire une place qui me convienne et que la société fédérale accepte – même malgré elle. Mais je ne suis pas là pour parler de moi. Enfin pas trop. Pas de ça à propos de moi, en tout cas.
Donc, oui, pardon.
Quand je vous disais que la Firme planifie beaucoup de choses, ça passe par des personnes comme moi. On nous forme à domicile, et puis on nous disperse un peu partout dans la Fédération ; on nous place là où on aura une chance d’être utile à l’avenir, sans vraiment de consigne particulière. On se contacte, de temps en temps, histoire d’éviter les conflits d’intérêts entre agents ou que les actions qu’on pourrait entreprendre de notre côté viennent contrevenir aux plans des patrons, mais globalement, on fait profil bas.
Typiquement, moi, j’ai été balancé sur un vieux hub minable il y a 6 ans après plusieurs années de formation, avec pour seule consigne de me faire une place dans un équipage quelconque ; histoire de pouvoir prendre le temps de monter les échelons de façon crédible, avec le luxe de pouvoir voyager à travers la Fédération au besoin. Suffisait que la Firme ait un jour besoin de moi dans un coin donné, je recevais une info anonyme ou je tombais sur une info juteuse  »au hasard », et hop, le tour était joué.
J’ai bossé deux ans en complet indépendant – ce qui m’a énormément appris, d’ailleurs, peut-être plus que ma formation initiale – avant de croiser Cap’, Larsen et Tombal qui montaient leur premier gros coup ; un très heureux et total hasard, pour le coup. Je les ai convaincu de me prendre avec eux, notamment grâce à un précieux apport pour l’achat commun de notre premier vaisseau. Un  »héritage de ma grand-tante », décédée justement quelques jours auparavant, dites donc, c’est fou. Pour les deux du fond qui suivent pas, oui, c’est la Firme qui m’a filé le pognon, faites un effort s’il vous plaît.
Andro nous a rejoint un peu plus tard, lui aussi un peu par hasard, et on a pas arrêté de bourlinguer ensemble depuis. Pendant ces 4 ans, j’ai pas eu beaucoup à faire avec la Firme, curieusement. Peut-être quoi… un coup ou deux par an, beaucoup moins que ce qui était prévu initialement dans mon cursus d’agent spécial. Vraiment beaucoup moins. Mais j’ai très vite compris que c’était pas contre moi ou par désintérêt, c’était qu’une question de circonstances, là aussi.
Faut savoir que la Firme aime pas beaucoup le Consortium, alors forcément, de par notre existence même, à l’équipage et à moi, on jouait très bien notre rôle dans le jeu sans qu’il y ait trop besoin de me guider ou de me demander des trucs précis à faire ou nous faire faire. Au contraire, c’était plus souvent moi qui leur filait des infos qui me paraissaient aller dans leur sens ou qui devançait leurs demandes : la loyauté, c’est important.
Ce qui nous amène très précisément quelques temps en arrière, quand Burrito et ses potes ont récupéré la télécommande qu’ils pensaient voler à la Firme ; alors que pas du tout. Comme je vous ai dit, tout ça avait été encouragé et permis dans l’ombre, en concédant quelques sacrifices financiers et mobiliers. Dans d’autres cas plus extrêmes, il y aurait pu avoir des sacrifices humains, mais Burrito et ses copains n’étaient pas des tueurs, eux ; ce qui est tout à leur honneur. Mes supérieurs m’ont même dit qu’il fallait les surveiller si le virus ne les butait pas tous, parce qu’il s’en est fallu de peu pour qu’eux mêmes se fasse vraiment avoir par le plan qu’ils avaient mis en place pour voler la télécommande.
Mon rôle à moi était juste de motiver l’équipage à bouger pile dans le bon secteur au moment où le virus aurait fini d’agir, pour qu’on puisse le récupérer tranquillement sans risque de perte pour nous. Pour une fois, j’avais été tout spécialement missionné, parce que le hasard avait fait que Cap’ soit une mutante Psi, précisément ce qu’il fallait pour activer la télécommande et donc savoir ce à quoi elle servait, puisque comme je vous l’ai dit, les gens dotés de pouvoirs psionniques et capables de les utiliser correctement, c’est très rare.
Alors certes, la Firme aurait pu la capturer, mener des expériences, ce genre de joyeusetés, c’est largement en son pouvoir ; elle l’a même fait, à ses tout débuts. Mais les grosses huiles ont très vite compris qu’on obtenait beaucoup plus des gens avec de la discrétion et des mesures d’accompagnement ou d’observation plutôt qu’avec de la coercition. Donc quand on découvre quelqu’un comme Cap’, on se contente de lui coller aux basques quelqu’un comme moi, capable de rendre compte avec concision et efficacité de ses faits et gestes pour anticiper de futures rencontres au mieux et agir quand l’occasion fait le meilleur larron.
Ou même mieux, on finit par accumuler suffisamment de données pour créer artificiellement les conditions nécessaires à l’apparition de la mutation – ou quoi que ce soit d’autre de profitable hein, on se comprend – et garder le secret pour soi.
Dans le cas présent, avoir accès au secret de cette étoile à côté de laquelle avait été détruit un vaisseau xéno non identifié qui semblait dater d’un bout de temps et qui n’avait jamais été découvert jusque là, c’était surtout une nouvelle occasion de découvrir des technologies inédites et donc avancer vers un monopole d’innovation technique ; mais on avait le bénéfice d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement d’un cerveau doué de capacités nébuleuses pour le commun des mortels.
Eh oui, vous vous doutez bien, maintenant, que beaucoup des bonds en avant qu’on a fait depuis des décennies n’ont été dus qu’à ce genre d’histoire. Ceci étant dit, je crois bien que la nôtre fait quand même office d’exception, c’est pas aussi dense ni bordélique, d’habitude. Mais à circonstances exceptionnelles hein…
Et donc oui, le virus mortel dans le vaisseau, c’était prévu, le code bordélique d’Hector, prévu aussi, tout comme le contrat mis sur nos têtes chez le Consortium, tout ça histoire de mettre Hector, Cap’ et notre équipage dans des circonstances précaires. Une sorte de super stress-test, v’voyez ? On mélange, on secoue un maximum, et on voit ce qui ressort du shaker. Et s’il y a des pertes, c’est pas trop grave, ce sera toujours une occasion d’apprendre, parce que les erreurs et les catastrophes sont aussi une riche source d’enseignements. C’est pas faux en soi, quand on y pense hein. L’a bien fallu qu’on mette du scrifeldum en contact avec du plasma de Jéüvor 7 pour savoir que ça provoquerait des explosions de plusieurs dizaines de kilotonnes : on avait aucun moyen de le savoir avant ça, forcément.
Et c’est précisément dans l’optique d’être préparé à tout que j’ai toujours un flingue à poudre à proximité, que ce soit dans un compartiment caché dans chacun de nos vaisseaux, bricolés dans des moments de solitude, ou dans mon scaphandre ; parce qu’un bon agent spécial doit pouvoir disparaître et effacer ses traces à tout moment. Idéalement hein, on est pas des machines, juste des professionnels d’exception. En toute humilité, bien entendu. Mais quand même, 6 ans sans besoin de se faire relocaliser à cause d’une couverture grillée, on approche d’un record. Il fallait que je le dise, pardon.
Mais bref, pardon, revenons à nos affaires. Je les ai buté·e·s, donc. De sang-froid. Quel méchant vilain, vraiment.

Parce qu’entendre Hector dans nos oreilles, ça ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose, au stade où on en était rendu. Que ce dernier téléporteur nous avait amené dans la Tour, au dessus de l’atmosphère de la planète. Et puisqu’il n’y avait plus de brouillage des communications avec Hector, mais qu’il y en avait toujours, du coup, avec la surface, ça voulait dire que je pouvais agir tranquillement, et préparer ma fuite sans risquer de coups fourrés venus de Larsen ou de Tombal, le temps qu’ils comprennent ce qui était arrivé aux autres.
Et comme prévu, pas de résurrection inopinée à subir de la part de mes anciens camarades, ce qui signifiait que j’avais le champ libre et un peu (beaucoup) de temps avant de seulement risquer de me faire rattraper. Et comme la liaison avec Hector avait été rétablie, ça voulait dire que les fichiers vidéos stockés dans nos scaphandres jusque là mis en mémoire tampon par sécurité avaient été transférés sur le vaisseau dans leur intégralité ; j’avais tout ce qu’il me fallait pour que mes patrons considèrent que ma première mission majeure était complètement remplie. De quoi préparer tranquillement leur arrivée sur place en toute connaissance de cause sans aucune prise de risque superflue. Quelques efforts de corruption ou de, hum, nettoyage, le cas échéant, et c’était une affaire rondement menée, et probablement très lucrative.
Je me voyais déjà prendre ma juste récompense, mes premiers réels congés en 10 ans. Des mois et des mois de crédits accumulés, que j’allais pouvoir passer à glander comme jamais dans ma vie.
Une pensée que j’ai très vite écartée, parce que ladite mission majeure était encore loin d’être remplie, précisément ; il fallait que je me magne mon p’tit cul si je voulais joindre les équipes de la Firme le plus tôt possible et éviter tout événement impromptu et potentiellement dommageable. Et avant de penser à ce que j’allais faire une fois sorti de la Tour, il fallait bien que j’en sorte, n’est-ce pas.
Bon, je me doutais un peu de ce qui m’attendait, à vrai dire. L’aperçu qu’on avait eu de la civilisation xéno et de sa culture pendant les quelques jours précédents nous avait clairement montré qu’il y avait un gouffre entre nous, aussi physique que mental, et notamment dans leur rapport à la mortalité. J’avais eu quelques infos succinctes sur l’architecture de leur vaisseau détruit, et clairement, là dessus, aussi curieux que ça puisse paraître, eh bah l’humanité n’a pas à rougir du tout. Ce qui est complètement logique, quand on y pense : pas vraiment besoin de vaisseaux de qualité quand on peut se téléporter et que la mort ne semble pas être un réel problème.
En m’avançant vers l’étape finale de mon voyage sur cette chère planète impossible, j’ai donc découvert ce à quoi je m’attendais, à savoir un nouveau parcours, pour la première fois d’une nature verticale, introduit par un petit escalier qui semblait ridicule en comparaison. Une suite vertigineuse d’agrès et de machines de morts rutilantes qui montaient et montaient encore, presque à perte de vue, vers l’extérieur de la superstructure, entrecoupé·e·s de plate-formes où faire des pauses. L’environnement était devenu très différent, d’ailleurs, pour bien souligner le changement d’ambiance. Tout était métallique, à cet endroit là, tranchant, brillant. Comme… agressif ; j’avais presque peur de m’approcher des murs tellement j’avais l’impression qu’ils allaient me mettre un coup de pression.
Et au premier pas sur l’escalier, nouvelle projection d’un tutoriel, heureusement que j’avais oub… pensé à garder les filtres vidéo et audio activés. Qui m’a fait comprendre assez clairement que cet endroit était effectivement la dernière étape du périple qui nous avait été proposé, mais aussi et surtout que je n’avais pas le droit à l’erreur. Si nos amis xénos n’avaient pas de pictogrammes ou d’émojis tête de mort ou d’équivalent remarquable d’emblée, ils avaient comme nous le goût du clignotement et des alarmes répétitives pour signifier le côté urgence et absence de rédemption possible.
J’ai ravalé ma salive et mon amour-propre, et je me suis lancé. Avec allégresse, parce que je pouvais enfin faire montre de tout mon talent d’acrobate sans que ça semble suspect, puisqu’il n’y avait plus personne pour me voir faire. Des fois, c’est qu’une question de fierté, rien d’autre. Et puis je suis pas du genre à me la péter, vous me connaissez.
Bon, ceci étant dit, malgré mon expérience accumulée pendant les jours précédents et mon incontestable souplesse, c’était quand même un parcours qui n’était absolument pas fait pour moi. Ou n’importe quel humain, d’ailleurs. À peine arrivé à la première plate-forme, je m’étais déjà fait entailler le flanc, arraché un morceau de chair sur l’épaule et failli me faire éclater une cheville. Autant dire que j’en menais pas large.
Alors j’ai complètement triché, et j’ai demandé à Hector de venir faire un trou au laser à focus sur le côté de la tour pour me récupérer et monter tout en haut, histoire de voir de quoi il était question…
Et là… là…
Là je sens que j’ai vraiment trop perdu de sang, et que si je continue je vais m’évanouir.
Donc je reviendrai vers vous plus tard pour vous donner le fin mot de l’histoire, vous m’en voudrez pas. De toute façon, quand vous aurez accès à l’histoire, ce sera tout d’un coup, ça changera rien, en fait. »

Il se pencha finalement en avant en se tenant le flanc avec une grimace de douleur. Alors qu’il appuyait péniblement du bout du doigt sur le bouton de la caméra pour l’éteindre, il laissa l’objectif capturer une dernière violente quinte de toux lui laissant une épaisse traînée de bave rosâtre sur le menton. Il s’y abandonna en se laissant brusquement retomber en arrière dans son lit, jusqu’à s’arrêter de bouger, la respiration rauque et sifflante à la fois, épuisé et terriblement pâle.

« Je t’avais dit que c’était une mauvaise idée de t’enregistrer maintenant mec, t’as vu quand quel état t’es, franchement ?
– Hector ?
– Oui chef ?
– Ferme ta putain de gueule et laisse moi me reposer. Tu ne parles ou me réveilles qu’en cas d’alerte de niveau trois. Clair ?
– Clair, patron. N’empêche que c’était une idée de merde. »

Il s’essuya rageusement le menton sur un bout de son drap et enfonça sa tête dans son oreiller avec un grognement réprobateur. Trois secondes plus tard, il s’évanouit.

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