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Rama T1 – Rendez-vous avec Rama, Arthur C. Clarke

Freeze My Mind – Emigrate
Astronaut In The Ocean – Masked Wolf

Commençons cette chronique par une anecdote croustillante, voulez-vous. Ça fait un bout de temps que je veux relire la saga Rama, probablement mon premier grand choc SF durant mon adolescence, la première fois que je me rendais compte avec une telle acuité de ce dont était capable un ouvrage avec une ambition démesurée et les moyens pour la rendre vivace. Jusque là, rien d’extraordinaire. Sauf que. Par un accident que je ne m’explique toujours pas une quinzaine d’années plus tard, j’ai pendant trop longtemps cru que cette tétralogie était en fait une trilogie. Oui. J’ai commencé la saga Rama par son deuxième tome. Et je ne m’en suis rendu compte que dix ans plus tard, au hasard d’une balade en librairie où j’ai croisé la réédition du premier tome.
À l’époque déjà, j’avais essayé de le lire, enthousiaste à l’idée de pouvoir redécouvrir un peu de cette saga que je révérais par un pan inédit qui allait sans doute pouvoir éclairer d’une précieuse lumière les éléments des autres tomes déjà lus que j’avais considérés à l’époque de ma primo-lecture comme volontairement nébuleux. Moins volontaire à l’époque que je peux l’être aujourd’hui quand il s’agit de lecture, j’avais très vite abandonné, le souvenir écrasant du reste de la saga me faisant terriblement peu profiter de l’exercice. C’était malheureux, mais à charge de revanche, me disais-je alors.
L’occasion s’est présentée d’enfin pouvoir entamer la relecture tant attendue de la saga entière au fil d’une lecture commune, notamment avec l’amie Vanille de La Bibliothèque derrière le fauteuil. Je me disais qu’avec le temps, je ne subirais pas ce même sentiment d’une œuvre trop prégnante dans mon esprit, pouvant enfin en apprécier des choses que j’avais ratées, ou oubliées.
Le sentiment final, à cet égard, est mitigé. J’ai certes pu profiter de ce premier volume avec des yeux nouveaux, nettement plus matures et accointés à la hard-SF d »Arthur C. Clarke, mais force est de reconnaître que savoir comment une bonne partie des enjeux présentés allaient s’articuler au fil du récit et à l’aune des tomes à venir m’a quand même compliqué la tâche, sans parler de mon goût limité pour une prose laissant une grande part à des considérations techniques plutôt qu’humaines.
Embarquons ensemble dans ce voyage singulier, que je vous explique tout ça.

2130. Alors que l’humanité a pour bonne part colonisé le système solaire, elle se voit soudainement confronté à une invasion singulière de son espace ; un objet stellaire extraordinaire, baptisé Rama par ses découvreureuses, fait voyage au travers des contrées stellaires, avec un but aussi mystérieux que lui. Il est décidé d’aller à sa rencontre, pour essayer d’en explorer les entrailles et d’en percer les secrets. La mission historique est confiée au commandant Norton et à une équipe de spécialistes trié·e·s sur le volet, qui découvrent un vaisseau spatial d’une facture pour le moins étrange ; mais surtout vertigineuse, dont les implications bouleversent bon nombre des certitudes des plus éminent·e·s scientifiques. Rama a semble-t-il beaucoup de secrets à livrer, mais pas sans difficultés.

C’est toujours compliqué pour moi de parler d’un roman comme celui-là, parce que je ne veux pas que mon expérience personnelle de lecture vienne empiéter sur les qualités propres de ce que je lis. D’où un premier constat assez implacable, en directe relation avec celui que j’avais fait lors de ma première lecture incomplète de la saga à l’époque : c’est brillant. Parce qu’il n’y a pas d’autre mots à mes yeux. Parvenir à lier l’altérité d’une humanité qui serait parvenue à coloniser le système solaire, à, de fait, dépasser bon nombre des conflits stériles et mortifères qui à l’époque de l’écriture du roman ou à celle de ma relecture minent les rapports humains, et l’altérité encore plus profonde d’un vaisseau inanimé mais doué d’une technologie si avancée qu’elle s’approche de la magie (wink wink) sans jamais réellement se perdre ou perdre son lectorat, c’est juste brillant. Ce roman est avant tout une démonstration foudroyante de l’idée que le talent et le travail de romancier peuvent parvenir à être intemporels ; parce que régulièrement, au fil de ma lecture, j’ai été stupéfait de lire un roman qui, malgré près de 50 ans d’âge, n’a pas pris une ride. Il faut à cet égard, sans doute, saluer le travail de recherche (logique) et de vulgarisation d’Arthur Clarke. Entre les considérations socio-politiques qui parsèment le roman, notamment au travers d’une certaine mixité dans le casting (certes limitée par des enjeux liés à l’époque de son écriture) et celles plus techniques dont Arthur Clarke est de toute évidence friand, il faut saluer le fait que tout cela se tient encore remarquablement. J’ai lu beaucoup d’ouvrages plus récents qui souffraient d’une patine old school qui les desservaient bien plus violemment.

Alors, certes, au delà de la brillance conceptuelle, il faut bien admettre que ça manque de substance pour mon goût. On a certes le droit à un casting varié, avec de réels efforts de caractérisation, mais tout de même insuffisants à mon goût pour être réellement emporté. En dehors du commandant Norton, héros logique quoique assez banal, bénéficiaire sympathique de la majorité de ces efforts, les personnages sont un peu interchangeables et sont surtout des témoins de l’évolution de la société humaine à l’échelle du système solaire. À cet égard, ma connaissance préalable des tomes suivants est sans doute à blâmer, le souvenir amouraché de la caractérisation autrement poussée du casting à venir m’a joué des tours et a sans doute créé un standard de comparaison un peu injuste.
Sans compter que vraiment, le personnage principal de ce roman, c’est bien Rama lui-même ; c’est la force comme la faiblesse du roman. Parce que, comme je l’ai dit, conceptuellement, forcément, c’est absolument incroyable, l’application littéraire de tout un tas de théories scientifiques, vulgarisées à la perfection par Athur C. Clarke, mises en pratique par des mots clairs, vécues au plus près par nos témoins de papier ; de la littérale Science-Fiction, de celle qui donne le vertige et des idées. Le revers de cette fort jolie médaille, c’est que quand même, on doit régulièrement se taper des tunnels de textes pas toujours digestes, le temps qu’on nous explique de quoi il est question de façon aussi précise que possible. Alors clairement, en terme de hard SF, j’ai connu bien pire à mon échelle (bisoux Diaspora), et la plupart de ces itérations didactiques sont assez légères pour ne pas être indigestes, ponctuellement comme à l’accumulation, mais bon, quand même, il faut un peu s’accrocher. Si le sense of wonder est omniprésent et diablement efficace, il est tout de même marginalement contrebalancé par un côté un peu mécanique, une progression logique plutôt qu’organique. Ce qui, à la réflexion, n’est pas si étonnant, étant donné le bagage scientifique et les ambitions de l’auteur comme de la mission qu’il dépend. Il me faut sans doute regretter mon côté analytique et mon manque de capacité à savoir me laisser simplement emporter par une exploration telle que celle-ci.

Mais, encore une fois, le fait de savoir où tout cela allait a sans doute joué en la défaveur du roman ; j’aurais sans doute aimé pouvoir en oublier beaucoup plus avant de m’y replonger, même dans ce tome partiellement inédit. Si j’essaie d’évacuer ce lancinant sentiment de déjà-vu, la réalité demeure que le rythme du roman est bon, notamment via son découpage et la multiplicité de ses points de vue, racontant beaucoup de choses à la fois sans jamais se disperser ; et que surtout, l’excellence de ses constructions thématique et conceptuelle restent à mes yeux inégalées. Malgré ce que je pensais déjà savoir, j’ai été surpris de nouveau, et je ne doute pas un seul instant que je le serai de nouveau à l’avenir, puisque cette lecture, malgré ces quelques écueils, m’a absolument convaincu de mon envie de redécouvrir cette saga culte à mes yeux avec un regard nouveau, quitte à devoir lutter un peu avec mes souvenirs.
Ce qui est amusant, tout de même, c’est de constater à quel point ce premier tome se contient tout à fait correctement en lui-même, expliquant d’autant mieux le délai de 10 ans entre Rendez-vous Avec Rama et Rama II, autant que mon absence apparente d’incompréhension de certains détails à l’époque de ma découverte. Autant dire que je suis chaud pour la suite.
Et que je vous conseille chaudement de prendre vous aussi un rendez-vous avec Rama si ce n’est pas déjà fait. Au moins pour vous faire une idée sur son statut culte.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Rama T1 – Rendez-vous avec Rama, Arthur C. Clarke

  1. Yuyine dit :

    J’avoue tout: je n’ai jamais lu Rama. Je ne sais pas pourquoi mais il fait parti de ces titres qui m’intimident. Je ne sais pas si j’aurai un jour le courage de le lire, mais des chroniques comme celle-ci peuvent y contribuer.

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Je serais ravi de parvenir à te motiver alors.
      On verra si mon enthousiasme reste intact au moment de Rama II. :p

      J'aime

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