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Au Carrefour des Étoiles, Clifford D. Simak

Dead Horse – Hayley Williams (extrait de l’album Petals for Armor)
Bitter Taste – Billy Idol (extrait de l’EP The Roadside)

La lecture de Demain les Chiens avait été pour moi une des plus belles découvertes de ces dernières années, sans l’ombre d’un doute. Fort logiquement, j’avais inscrit le nom de son auteur dans un coin de mon esprit pour plus tard, et une occasion d’en découvrir plus à son sujet ou celui de son travail. Et, comme il s’avère que je suis un petit chanceux (encore), M Pierre-Paul Durastanti, encore lui, m’a généreusement fait parvenir un exemplaire de son travail sur la réédition d’Au Carrefour des Étoiles chez Nouveaux Millénaires. Alors certes, j’ai mis un peu de temps avant de me mettre à lire le roman ; j’ai un peu de souci à prioriser mes lectures, j’en conviens. Mais voilà qui est fait, et j’oserais affirmer que mieux vaut tard que jamais, et que l’essentiel est préservé.
Et maintenant, la question qui fâche : est-ce que ce roman est à la hauteur de celui qui m’a tant donné envie de le lire ? À question de grande magnitude, réponse complexe. Disons que oui et non. Ce qui serait une réponse frustrante si je n’avais pas une chronique entière à lui consacrer afin d’y apporter toutes les précisions et nuances possibles ; ça tombe bien.
Faisons donc.

Dans les années 60, les services spéciaux des États-Unis, en la personne de Claude Lewis, ont fait une étrange découverte. Quelque part au fin fond de la campagne du pays, dans la vieille maison de ses parents, semble vivre un certain Enoch Wallace. En dehors de ses promenades quotidiennes, cet homme pourrai sembler banal. Sauf qu’il est apparu aux termes d’une longue enquête qu’il vit dans cette maison depuis la fin de la Guerre de Sécession, et qu’il profite de larges moyens de subsistance dont on ignore la provenance. Clairement, cet Enoch Wallace cache quelque chose. Mais quoi ?

Il faut peut-être pondérer mon jugement à venir par le contraste établi entre ma lecture d’Au Carrefour des Étoiles et celle encore trop fraîche dans mon esprit des Maîtres de la Galaxie par l’inénarrable Jimmy YOLO Guieu ; mais l’une des choses qui m’a le plus frappée dans ce roman, c’est la modernité de sa pensée. Pour un ouvrage publié en 1963, il faut saluer l’avance que pouvait avoir Clifford Simak sur quelques sujets qui ne feraient pas tâche aujourd’hui, avec en plus l’élégance d’intégrer toutes ses réflexions au fil de l’intrigue sans jamais trop les expliciter. D’autant plus agréables, d’ailleurs, qu’elles résonnent toujours avec notre actualité, malgré la distance, ce qui confère à ce roman une rare qualité d’intemporalité que je ne peux que saluer, comme à chaque fois que je la rencontre avec une telle acuité. La grande intelligence de l’auteur, dans ce roman, comme pour Demain les Chiens, c’est d’explorer les possibilité de nombreuses altérités sans jamais s’appesantir sur leurs aspects les plus techniques, tout en parvenant à les rendre concrètes et crédibles. C’est assez paradoxal, mais en réduisant beaucoup de ses idées à leur plus simple expression au travers d’un filtre narrativement habile, Simak leur confère encore plus de qualités évocatrices, qui, alliées à son sens singulier de l’expression (bien aidé sans doute par Pierre-Paul Durastanti à la traduction), donne lieu à une succession de petits miracles littéraires.

C’est la deuxième chose à signaler à mes yeux. C’est si beau. Alors forcément, je verse dans l’hyperbole, certains passages obligés manquent nécessairement de poésie ; mais ceux qui en sont pourvus font preuve d’une générosité remarquable. Moi qui m’attriste depuis des années maintenant d’avoir perdu ma capacité d’émerveillement, notamment vis-à-vis de la littérature, malgré mes efforts pour découvrir un roman qui enfin saurait profondément m’émouvoir, on n’est pas passé loin. Alors bon, on ne parle que d’une légère humidification des rétines, parce que j’ai des sentiments à expression limitée, mais ça veut dire ce que ça veut dire ; dans le cas de la scène précise que j’ai à l’esprit, mon (petit) cœur d’auteur m’a fait me dire que si je devais un jour écrire une scène d’une telle intensité émotionnelle, avec autant de pudeur et d’élégance, j’aurais réussi ma carrière.
Le truc de ce roman, son supplément d’âme, c’est bien qu’il ne se détourne jamais de son humanité, dans tous les sens du terme, parvenant à ne jamais se disperser alors qu’il subit toutes les tentations endogènes de le faire. Comme souvent, c’est une question de l’excellence du cadrage ; là où d’autres récits auraient sans doute été tentés d’explorer leur monde en long, large et en travers pour tout montrer, tout expliquer et faire rêver, Clifford Simak a le sens aigu de l’à propos et reste dans un cadre restreint qui donne plus à imaginer qu’à voir, et de fait, à réfléchir qu’à constater. Comme d’habitude pour les romans que j’aime, il s’agit avant tout de poser les questions que donner leurs réponses.

Alors, oui, le roman a un peu souffert de la comparaison avec son prédécesseur dans mon historique de lecture, sans doute à cause des attentes qu’il avait pu susciter ; et parce que peut-être, Au Carrefour des Étoiles souffre d’un léger déficit d’ambition dans son dernier tiers, précipitant un peu trop sa conclusion à mes yeux, surtout dans son exécution. Disons que j’ai trouvé la mise en place des enjeux plus captivante que leur résolution, sans doute parce que la sensibilité de Clifford Simak sied mieux à un certain niveau de contemplation et d’exposition qu’à l’action, en tout cas à mes yeux. De fait, j’en aurais bien volontiers lu quelques dizaines de pages de plus, ne serait-ce que pour la chance de pouvoir saisir encore d’autres moments de grâce littéraire comme la scène évoquée plus haut, ou d’autres, sachant saisir avec la même délicatesse de petites vérités fugaces, construisant de petits nuages sur lesquels voguer l’espace d’un instant merveilleux. J’admets, il y avait un goût de trop peu arrivé au bout, malgré la perfection de la conclusion ; j’aurais simplement aimé plus de matière et de substance pour l’ensemble afin d’être absolument conquis.

Demeure qu’Au Carrefour des Étoiles est un roman formidable. Doué d’une grande sensibilité, d’une humanité foudroyante, d’une grande habileté conceptuelle, et surtout d’une classe incroyable, Clifford D. Simak a là aussi signé une œuvre marquante, qui pour moi n’a vraiment pêché que d’être arrivée en deuxième dans ma bibliothèque. Je comprends mieux pourquoi M Durastanti a tant tenu à la traduire à nouveau pour cette réédition ; j’en suis extrêmement reconnaissant.
Ce roman est à ranger aux côtés d’autres grandes œuvres humanistes de l’Imaginaire ; une leçon à beaucoup d’égards.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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