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Face au Dragon, Isabelle Bauthian

Dark New World – Beast In Black (extrait de l’album Dark Connection)

Les pannes de lecture, surtout quand elles durent, c’est pénible. Heureusement, ce blog et tout ce qu’il m’a apporté ont réussi à durablement me convaincre que ce serait dommage de laisser tomber maintenant, malgré la peur de m’abandonner à un hiatus fatal à ma vocation. Me voilà donc de retour. Mais pour reprendre le rythme et retrouver mes bonnes habitudes, il me fallait le travail de quelqu’un en qui j’ai confiance, avec un bon compromis entre la complexité et l’accessibilité. Après Grish-Mère et Montès, je me suis dit que Face au Dragon, en sa qualité d’ouvrage destiné à la jeunesse, pouvait faire l’affaire ; j’y attendais les qualités habituelles de l’autrice, avec peut-être une exécution ne me demandant pas trop d’efforts à la lecture, le parfait équilibre entre fond et forme.
J’ai eu raison, et je vais vous expliquer précisément pourquoi. Mais, histoire d’être, comme toujours, aussi transparent que possible, sachez que je n’ai que du bien à dire de ce roman, encore une fois. À croire que je suis fan d’Isabelle Bauthian.

Poly vient de craquer. Après une énième provocation proférée par Marion, sa némésis, elle l’a violemment giflée et s’est enfuie vers la forêt de ban d’Arney où elle passe ses vacances, afin de tenter d’y trouver un peu de calme et de répit. Sauf que très vite, elle s’y perd ; au point où l’endroit commence à lui semble même perdre en familiarité. Et très vite, l’évidence devient inévitable : Poly n’est plus à ban d’Arney, cette forêt appartient à un tout autre endroit, bien différent, répondant à de toutes autres règles, beaucoup plus hostile.

Je dis souvent (après avoir croisé l’idée quelque part) que la plus grande qualité comme le plus grand défaut de la littérature jeunesse, c’est son intensité. Ce sont pour la plupart des ouvrages qui vont vite, à la fois dans le développement de leurs idées et concepts, comme dans la résolution de leurs intrigues, l’évolution des rapports entre les personnages, ou simplement dans les changements internes de ces mêmes personnages. Et aller vite, c’est évidemment à double tranchant : trop vite et on se perd dans des méandres trop peu expliqués et de fait confusants, on simplifie à l’extrême ; pas assez vite dans les moments-clés, et on a tout de suite l’impression de traîner ou d’être pris pour un·e imbécile à qui on doit absolument tout expliquer. On pourrait même perdre l’attrait du mystère. Comme toujours à mes yeux, c’est donc une question d’équilibre à préserver avant tout, pour trouver juste le bon rythme correspondant aux événements dépeints, et à l’importance qu’on veut leur prêter.
Or, l’équilibre, c’est quelque chose qu’Isabelle Bauthian maîtrise foutrement bien dans ses romans. Or, si j’avais une pleine et totale confiance en elle pour ses romans estampillés « adulte », j’avais une petite crainte, je l’avoue, que cela ne se translate pas forcément parfaitement dans une œuvre destinée à la jeunesse, d’autant plus avec mon regard de semi-vieux. J’anticipais, à vrai dire, que son goût pour la complexité humaine ne vienne s’empêtrer dans un besoin d’aller vite, et qu’à trop prendre son temps, elle se perde parfois en chemin. Que nenni. L’autrice a su à mes yeux parfaitement gérer le changement de public, tout en gardant la bonne hauteur de vue dans les enjeux présentés dans le roman. On va assez vite pour être embarqué, mais on pose aussi un sacré paquet de bonnes questions, et surtout, on les pose bien, en les intriquant à la perfection avec l’intrigue ou les dialogues sans leur faire perdre le moindre naturel.

Par dessus tout, c’est ce qui m’a séduit, bien au delà du reste. Je pourrais sans mal évoquer la solidité de l’intrigue, l’excellence de la construction des personnages, comme la réussite totale de leurs relations et leurs évolutions respectives, de même que je pourrais creuser avec joie toutes les portées symboliques contenues dans l’ensemble. Je ne le ferai pas, parce qu’avec Isabelle Bauthian, cette excellence là est un acquis absolu pour qui aime son travail et le soin qu’elle y apporte. Non, ce qui m’a le plus séduit dans ce roman, et ce dont je voulais parler par dessus tout, c’est sa délicieuse transversalité. Car si je n’ai jamais été surpris par la qualité des dialogues ou l’acuité des conflits internes ou externes au groupe héroïque qui nous est présenté, j’ai été plus volontiers cueilli par l’originalité et la fraîcheur des concepts manipulés par l’autrice.
Pas que ce soit nouveau en soi venant d’elle, mais dans le contexte précis de cet histoire et de cet univers aux genres flous et/ou hybrides, j’ai trouvé ces idées trop cools, et extraordinairement bien exploitées. Rien d’autre que du bête sense of wonder, en y réfléchissant un peu, mais clairement celui que je préfère, entre une idée somme toute assez simple et ses implications autrement plus complexes. C’est ça qui m’a accroché plus que tout le reste, je dois l’avouer. Si j’ai adoré les personnages et toutes les nuances de leurs psychologies, avec la fabuleuse richesse coutumière que leur prête leur créatrice, ce sont aussi les infinies possibilités offertes par l’univers qu’elle a construit autour d’iels qui m’ont donné envie, encore et encore, de tourner les pages. Il y avait là deux destins à découvrir et aimer : celui des personnages, et celui de cet étrange endroit dans lesquels iels s’étaient retrouvé·e·s.

Du Isabelle Bauthian tel que je la connais, donc : beaucoup de qualités et pas vraiment de défauts. Je pourrais commencer à croire que je manque cruellement d’objectivité, mais je préfère me dire qu’elle est juste si talentueuse que ça, et donc qu’elle bosse assez dur pour atteindre aussi systématiquement des résultats d’une telle excellence. Parce que oui, franchement, je n’ai pas peur de parler d’excellence, quand on arrive à explorer avec une telle acuité la nature humaine dans un contexte imaginaire aussi nébuleux, sans jamais perdre en crédibilité ni sentiment de dépaysement. À cet égard, si je n’ai pas beaucoup développé de détails concernant le contenu du roman, c’est bien pour tenter d’en préserver un maximum la fraîcheur pour cielles d’entre vous qui ne se seraient pas encore laissé tenter : Face au Dragon est un roman à découvrir, aussi pleinement que possible. J’avais surtout envie de communiquer mon sentiment de complet et total enthousiasme, ma gratitude. Transmettre sous forme de mots ce moment où j’ai adressé à l’objet livre, en le refermant, un regard reconnaissant et un sourire entendu. Parce que tout simplement, j’ai passé un excellent moment ; et que je suis ressorti de ce moment en ayant un peu grandi. Et ça, c’est quand même une sacrée chance.
Bref, Face au Dragon, c’était encore une fois du très bon.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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