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Impossible Planète – Episode 45

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L’équipage échanga quelques regards angoissés et teintés d’incompréhension ; les yeux papillonnèrent, les muscles se tendirent, mais personne n’osa vraiment bouger, parce que personne ne captait complètement ce qui se passait. C’était une tétanie nerveuse qui s’était emparé du groupe tout entier, vibrant soudain à l’unisson d’une même angoisse sourde.

COU-REZ.

Toujours pas de réelle émotion dans cette voix, juste une insistance, l’urgence d’un ordre ne souffrant d’aucune contradiction, de la moindre résistance. L’équipage sentit presque leurs corps respectifs leur échapper pour se disperser dans toutes les directions, mus par une pure, viscérale panique. Rien à voir avec une quelconque manipulation mentale cette fois-ci, ou alors elle était insidieuse et indétectable, ce qui n’était pas à écarter.
Mais Agcen ne prit pas vraiment le temps de réfléchir, il fallait courir, sans savoir vers où ni pourquoi, et son esprit comme ses sens se concentrèrent dès lors sur l’essentiel, à savoir les destinations potentielles et les obstacles à éviter avant d’y parvenir. Son premier instinct l’aurait poussé à revenir sur ses pas, essayer de retrouver l’entrée par laquelle iels étaient passé·e·s ensemble une première fois, mais il s’était instantanément rappelé qu’elle était très probablement condamnée par la rotation du noyau.
Alors qu’il s’arrêtait, incertain, sentant Larsen dans son dos à peine ralentir avant de lui rentrer dedans, se disant qu’iels étaient sans doute piégé·e·s là dedans et que courir ne leur servirait sans doute à rien ; il put sentir, puis voir, en même temps que le reste de l’équipage, la menace se préciser.
D’abord une vibration, qui s’empara progressivement des passerelles et des étagères, s’intensifia graduellement pour saisir les silos et les plus grosses structures encore non identifiées partout dans le noyau. Ce dernier, par l’ampleur des effets provoqués par l’agitation, prenait enfin toutes ses dimensions dans les esprits de l’équipage, sans doute aidé en cela par les lumières qui s’étaient intensifiées, elles aussi, au fil de la montée du phénomène. De verdâtres et faibles, elles devenaient blanches et pures, quasi aveuglantes, tout autour d’iels, du bas des passerelles aux surfaces, partout.
Pure terreur. L’impression implacable d’une soudaine apocalypse localisée.
Agcen plissa les yeux et baissa la tête par crainte d’une brûlure lumineuse sur ses rétines. Il entendait malgré le bourdonnement clinquant des passerelles les claquements des semelles du reste de l’équipage se disperser un peu partout autour de lui à la recherche d’une sortie. Entre l’étouffement sensoriel et l’écho sournois, il ne pouvait pas localiser ses camarades ou les directions prises, à l’exception de Larsen qu’il sentait trembler dans ses reins, la poigne paniquée resserrée sur le premier bout de tissu disponible. Coincé·e·s pour coincer, à moins d’une intervention miraculeuse qui leur indiquerait une sortie praticable, Agcen préféra faire contre mauvaise fortune bon cœur et se retourna pour fermement saisir Larsen par les épaules. Il le ramena contre lui pour le serrer dans ses bras.
Par dépit, plus que par conviction que c’était la fin. Après tout, pas grand chose n’avait de sens dans cette histoire, autant se rabattre sur ce dont il pouvait être sûr, le temps que ça allait durer.
Et Larsen, avec sa dégaine d’oisillon tombé du nid et l’illusion de faiblesse perpétuelle qui allait avec, il l’aimait beaucoup ; pour tout ce qu’il représentait d’une certaine vision d’un succès acquis à force de volonté et de persévérance face à l’adversité. Agcen et lui mirent beaucoup d’une tendresse timide dans cette étreinte, partageant sans doute la même lassitude et le même tourbillon non identifiable de sentiments.
Puis ils attendirent. Fermèrent les yeux aussi fort que possible pour ne pas subir l’assaut de la lumière blanche qui continuait à s’intensifier tout autour d’eux, la sentant presque devenir palpable sur leurs bras et dans leurs nuques. Ils se tinrent l’un à l’autre lorsque les vibrations devinrent intenables, menaçant violemment de les faire tomber, au bord de la rupture pendant de longues secondes. Ils ne dirent rien. Parce que c’était impossible de s’entendre dans la cacophonie de métaux chutant, s’entrechoquant, et de liquides divers se répandant, déjà ; mais surtout parce que c’était inutile. Tout était déjà exprimé dans ce simple instant de suspension qu’ils s’étaient ménagé en commun.
Et qu’il allaient peut-être pouvoir de nouveau partager, puisque tout cessa subitement.
Comme ça.
Un retour si subit à un semblant de normalité que ce dernier semblait constituer encore une nouvelle étrangeté. En dehors des respirations saccadées et angoissées qui trouvaient à résonner discrètement entre les débris résultants des secousses des dernières secondes, il n’y avait plus un mouvement, plus un bruit. Rien à ressentir d’autre que la confusion.
Agcen ouvrit les yeux sans lâcher Larsen, qui continuait à blottir sa tête sur sa poitrine, ses cheveux lui chatouillant le menton, avec l’air d’attendre de savoir si ça allait valoir le coup de repartir à l’aventure. Un regard périphérique n’avait rien d’autre à lui apprendre que l’évidence. D’un bordel relativement organisé, on était passé à une zone de guerre où tout était dispersé et impossible à identifier sans les bonnes références.
L’infrastructure avait l’air d’avoir globalement supporté l’épreuve, mais c’était sans doute logique, puisque quoiqu’il se soit passé à l’instant, ç’avait l’air d’être une fonctionnalité intégrée aux fonctions du noyau. Et alors qu’Agcen se détachait doucement de son compagnon d’infortune en tentant de le ménager avec autant de douceur que possible, il aperçut le reste de l’équipage commencer à revenir vers le centre, par dépit autant que par manque d’une meilleure idée. Si Cap’ avait l’air aussi déterminée qu’avant, et même sacrément remontée, Burrito et Andro revenaient plus lentement ; le premier avait une belle plaie à la tête et quelques hématomes sur son crâne chauve, quand Andro boitait joyeusement au travers de sa confusion. À croire que la douleur était vraiment un carburant pour lui.
La patronne n’eut que le temps d’ouvrir la bouche avant que la voix d’Hector ne retentisse à nouveau.

Woh putain on a eu chaud ! Pardon pardon pardon pour ça, je suis absolument désolé, c’est ma faute. Vous avez découvert plein de trucs, ça m’a excité, j’ai relâché ma concentration et ma garde sur un de mes sous-programmes. En me sub-divisant, il semblerait que je puisse perdre des morceaux de code ou je sais pas trop quoi. Mais en bref, le mini-moi associé à Andro, qu’avait pas tous les bits dans le même octet, a trouvé un sous-protocole bizarre et l’a activé par curiosité parce qu’il était… euh… bah… complètement con, hein. Ptet’ qu’il y a eu interférence avec ses prothèses, tiens, faudrait que je regarde. Bref. En fait il s’est complètement laissé happer par le programme initial comme j’ai failli l’être en arrivant, et il avait ni l’intelligence ni la puissance de calcul pour s’en sortir seul. L’a fallu que je me rassemble en urgence pour essayer d’empêcher que tout ça se termine mal, désolé, ça m’a pris du temps pour les deux. D’où la distorsion dégueu dans vos oreilles et le silence après, désolé, y avait des dégâts à empêcher, repérer, réparer, en moi et dans le système informatique xéno, un zbeul de tous les flongs, vous vous doutez bien. Mais voilà, tout est à peu près rentré dans l’ordre, normalement je gère.
Et donc avec tout ça, j’ai de la bonne et de la mauvaise nouvelle, c’est un panaché un peu peu particulier, je vous préviens…

Cap’ s’était un peu calmée, mais clairement, elle restait blasée et faisait preuve d’autant de patience que possible avec le verbiage d’Hector ; uniquement parce qu’il était évident qu’il faisait des efforts de synthèse – dans son style personnel. Elle leva un doigt et le fit tournoyer en levant les yeux au ciel, langage universel pour lui signifier de se magner le train.

Oui bah pardon j’y viens, oh. Crois pas que ce soit simple non p… Alors j’ai réussi à un peu craquer le langage des xénos à partir des sources croisées dont toi et Agcen avez eu l’idée, juste assez pour comprendre que le noyau est autant un centre de contrôle de la planète et de ses fonctions qu’un relais info-postal, un laboratoire, et un musée. En gros. Mais surtout, j’ai compris que le noyau et ses équipements, sous toutes ses couches de protection, de dissimulation et de complexité d’utilisation était le vrai centre d’intérêt de toute l’installation.

Cap’ leva de nouveau son doigt avec un air pénétré pour réduire Hector au silence, qui comprit le message et l’intégra dans un petit son évoquant un doigt mouillé qu’on aurait éjecté d’une bouche en accrochant sa joue. Un signe rassurant qu’il était en pleine possession de ses moyens et fidèle à lui-même.

« Attends attends, laisse moi deviner, histoire de voir si je comprends où tout ça nous mène, avant qu’on se casse d’ici une bonne fois pour toutes. Cette planète entière est un piège, pas vrai ? Tout le bordel ? L’étoile artificielle, les débris de vaisseaux qu’on découvre dans un coin pourtant déjà exploré un certain nombre de fois, la planète à l’intérieur capable de nous accueillir avec tout le confort nécessaire, voire même qui s’adapte à nous à terme, et dont on arrive apparemment à découvrir les secrets au fur et à mesure, c’est juste trop beau pour être vrai. »

Elle laissa planer un silence inquiétant, le regard braqué vers le haut pour s’adresser à Hector dans un étrange mais compréhensible réflexe. Il n’osa pas lui répondre, sans doute intimidé, ou dubitatif quand à la nature rhétorique des interrogations de Cap’.

« Hector. Je sais que t’as pas encore tout compris, parce que c’est impossible de vraiment traduire ou comprendre un langage en si peu de temps et sans aucune référence, même pour une puissance comme la tienne. Mais je suis prête à parier que dans toutes tes découvertes, il y a des communications externes, des paquets de données périodiquement envoyées vers l’extérieur. J’ai bon ? »

Le silence s’allongea encore un peu, mais le malaise avait changé de nature. Agcen et les autres regardaient Cap’, puis le vide au dessus d’elle, attendant de simplement avoir une réponse à sa question avant de vouloir comprendre de quoi il était exactement question. S’il avait dû être honnête, Agcen aurait admis qu’il était profondément frustré de ne pas avoir su réfléchir à la situation de façon aussi transversale que sa Capitaine. Il n’était pas encore convaincu par son raisonnement (sans doute par jalousie), mais il fallait admettre qu’il avait quelque chose de profondément séduisant.
Un soupir exagéré interrompit le cours de ses pensées.

Mais vas-y là, pourquoi que tu mes gâches tous mes effeeeeets. T’es pas drôle, franchement, j’allais y venir ! Et bah oui, du coup, oui, t’as raison, voilà. Pffuh. Oui, effectivement, j’ai toujours pas compris la majorité des subtilités du langage xéno, mais au travers de leur fonctionnement informatique, j’ai pu comprendre quelques choses importantes ; et effectivement l’essentiel du trafic de données n’est absolument pas consacré aux activités extérieures mais à celles dans le noyau. Encore une fois, je vous emmerde pas avec les détails, y a une question de protocole, de chronologie et de catégorisations des datas. Et euh bah oui, du coup, y a effectivement des paquets de données qui partent régulièrement du noyau vers je ne sais où encore plus profondément dans la bordure extérieure. Jamais rien qui revient, par contre. Et j’ai pas pu regarder aussi longuement et précisément que j’aurais voulu, faute de temps, et parce qu’il y a quand même beaucoup, vraiment beaucoup de données, mais il me semble que le système entier de la planète a commencé à se réorganiser à peu près au moment de la découverte des vestiges de vaisseau par la Firme.

Un nouveau silence, plus apaisé cette fois, quoique assez clairement confus. Même Cap’, à l’origine de la théorie, ne semblait pas se remettre d’avoir eu raison. Elle se mordait l’index, les yeux écarquillés, un très rare signe de nervosité, mais pas scandaleux à l’aune des implications de ce que venait de balancer Hector. Qui reprit d’ailleurs les rênes de leur conversation avec un ton un peu gêné, presque désolé, ce qui là aussi était fort inhabituel.

Et… euh… avant que tu demandes, parce que je viens d’aller regarder pendant qu’on discutait… Vite fait, hein, il se peut que je me trompe ou que j’ai mal compris, même si j’avoue que je vois pas comment j’aurais fait… Oui, les vestiges en question sortent d’ici.

Un bruit de raclement de gorge pour rendre l’info et le discours plus humain·e·s, adoucir le choc.

C’est la planète qui les a produits. Et tout ce qu’il y avait dedans.

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