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Le Bâtard de Kosigan, T1 – L’Ombre du Pouvoir, Fabien Cerutti

The Pot – TOOL (extrait de l’album 10000 Days)
Losers and Winners – Accept (extrait de l’album Balls To The Wall)

Il est donc temps de conclure cet involontaire mini-marathon de lectures estampillées Mnémos avec un roman dont la série complète de couvertures en grand format m’a incessamment fait de l’œil depuis des années, dont la réputation semblait très solide, et qu’il était donc grand temps pour moi d’éprouver en direct, mais en poche. Toujours le même souci de mon passage aux Imaginales, trop d’envies, et pas beaucoup de place.
Nous ne serons pas ici dans une introduction au long cours mais dans un constat assez direct que je vais m’essayer de développer dans la chronique à suivre : c’était un excellent roman, mais auquel tout de même j’aurais quelques reproches à faire.

1339, région de Champagne. Pierre Cordwain de Kosigan, dit Le Bâtard de Kosigan, est le chef d’une compagnie d’élite de mercenaires réputée, vendant ses services au plus offrant, se rend sur les lieux d’un grand tournoi, où il aura fort à faire, entre les missions en cours, celles qu’on va lui confier, et celles qu’il devra se confier à lui-même pour gérer au mieux les complications dues à la présence des représentants de pouvoirs adversaires ou ennemis sur place.
En parallèle, nous suivons la correspondance fiévreuse de ce qui semble être son descendant, quelques 500 ans plus tard, explorateur et aventurier officiant en Europe, sur les traces de son nébuleux ancêtre.

Très léger spoil avec la fin de ce résumé, pour commencer, vraiment très léger puisque intervenant très tôt dans le roman, mais qui me paraît essentiel. Car dans cette composante épistolaire du roman se niche à la fois une de ses forces et une de ses faiblesses à mes yeux. Force, parce que je trouve ça très original, tout bêtement, d’associer deux lignes temporelles aussi éloignées, dont on devine très vite qu’elles cachent quelque chose d’encore plus important que leurs contenus propres, ce qui aide à nous tenir en haleine, à la fois rythmiquement et narrativement. Je n’ai jamais cessé d’en vouloir plus, de comprendre où Fabien Cerutti voulait me mener : une indéniable réussite conceptuelle.
Mais une faiblesse, tout de même, parce que cette construction narrative, au delà de souffrir de griefs très personnels, tout de même, laissait peu de place à un quelconque suspense. Déjà, si vous ne le saviez pas déjà, j’ai beaucoup de mal avec le format épistolaire ou journalier dans mes romans (ce que j’avais déjà pu évoquer dans mes chroniques sur Le Goût de l’Immortalité ou Un Long Voyage) parce que j’y trouve trop souvent une certaine artificialité dans l’exposition des éléments relatés. Et évidemment, malgré le talent de l’auteur céans, ses personnages ne font pas exception et racontent un peu trop souvent de façon exhaustive des choses qu’ils n’avaient pas le loisir de raconter ni de préciser autrement que dans le cadre d’une fiction. On y perd un peu en naturel et en immersion, et c’est dommage. Et, de la même manière, on perd beaucoup en suspense, parce qu’on sait que tout ce qui nous sera raconté le sera après les faits, donc on a peu à craindre pour nos protagonistes, et encore moins le Bâtard du titre, puisque nous lisons son journal.

Alors pour être tout à fait honnête, je n’ai pas vraiment de problème avec l’idée d’une histoire où on sait pertinemment que le héros va toujours s’en sortir, où on se demanderait plutôt comment, au contraire ; d’autant plus dans une histoire littéralement titrée d’après ce héros. Ou plutôt anti-héros, puisqu’il faut bien en parler, à un moment. Encore un anti-héros difficile, qui, à l’instar de ses camarades des Chevaliers du Tintamarre, brille plus volontiers par contraste avec la crasse ambiante que par ses qualités propres. Mes sentiments à son égard sont très compliqués à expliciter, sans doute parce que je réserve encore mon jugement. D’un côté, je salue sa profondeur et sa construction ciselée, comme sa relative honnêteté pragmatique et sa malice. De l’autre, je ne peux pas dire que j’ai été séduit par ses aspects libidineux – je crois que je suis devenu très exigeant quant aux usages du sexe à usage narratif – et son statut de mercenaire cynique, trop en porte-à-faux avec mes valeurs personnelles.
Le souci est qu’en abordant un récit tel que celui ci du point de vue d’un James Bond médiéval au service de la couronne qui le paie le mieux, forcément, je n’y trouve plus autant mon compte que si je l’avais lu à sa sortie. Je suis obligé de remarquer que le traitement des personnages féminins n’y est pas idéal à mes yeux, loin de là ; malgré le vague souvenir d’un avertissement retrospectif à ce sujet par l’auteur au moment de la dédicace, ce qui serait à mettre à son crédit. Dans un autre registre, je trouve que sieur Kosigan est quand même vachement balaise ; peut-être un peu trop beau pour être vrai. Si je suis obligé de reconnaître que le maître espion est très intelligent, prévoyant et bien entouré, et que tout ne se passe pas toujours comme prévu malgré les coups d’avance planifiés, qu’il souffre réellement de ces échecs et des contre-temps qu’ils impliquent, je suis aussi obligé de constater que l’intrigue finit toujours par se régler à son avantage avec un petit côté inexorable que personnellement je regrette.

Ce qui fait, je le reconnais, pas mal de reproches, pour un roman que je qualifiais d’excellent dans mon introduction, ce qui pourrait sembler un manque de cohérence de ma part, ce que je déteste. La cohérence, c’est essentiel. Excellent, donc, oui, je persiste. Parce que malgré tous ces griefs, j’ai pris mon pied, tout simplement. Peut-être est-ce le frisson de l’aventure, les souvenirs de jeu de rôle qui régulièrement me revenaient, la gouaille de Kosigan, sa véritable bienveillance à l’égard des membres de son équipe malgré son cynisme, la fluidité et l’efficacité du récit général ou la construction d’un univers solide et donnant envie d’en savoir plus, encore d’autres choses ou le mélange de l’ensemble, le fait est que j’ai pris mon pied, tout simplement.
Par dessus tout, j’ai été tenu en haleine, et c’était ce que je voulais en ouvrant le roman. C’est d’ailleurs ce que j’ai eu en le refermant, et force est de reconnaître que j’ai d’ors et déjà très envie de savoir ce que la suite me réserve, parce que j’ai été assez surpris de certains des éléments de sa conclusion, moi qui pensait en avoir vu venir l’essentiel. Seulement une partie, de fait. Alors oui, certains des défaut que j’ai cités pourraient, s’ils persistaient à la lecture de ladite suite, me décourager de continuer l’aventure. Mais j’ai envie de laisser à Fabien Cerutti la chance de me prouver que son récit a pris le pli d’une certaine modernité depuis la rédaction de ce premier roman, autant que j’ai envie – égoïstement, j’admets – de me laisser la chance de pouvoir encore une fois prendre mon pied dans un récit d’aventure politique aussi malin qu’efficace.

Une chronique un peu complexe, pour une lecture qui l’était nettement moins, malgré quelques écueils. Je suis très content d’avoir pu découvrir ce premier volume dont les qualités compensent largement les défauts, ces derniers étant d’autant plus visibles dans la conjecture politico-sociale actuelle, et à mes yeux qui s’efforcent d’y être attentifs. Je les pardonne aisément, autant par mansuétude naturelle, que par volonté de laisser à son auteur le bénéfice du doute ou simplement envie de voir les choses d’une façon avant tout positive.
Le fait est que ce roman dénote d’une sacrée maîtrise du world-building, de la caractérisation des personnages et des rouages politiques, des choses que j’aime beaucoup et qui forcément font pencher la balance du bon côté. Mais surtout, ce roman, vraiment, a su réellement me surprendre dans son intrigue, et ça c’est plus rare pour moi, et donc alléchant. Parce que malgré mes biais, je me ferais toujours avoir par une bonne histoire.
Je lirai donc le deuxième tome avec anticipation, mais un peu de prudence, et toujours la même exigence.
J’ai hâte, en vrai.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Le Bâtard de Kosigan, T1 – L’Ombre du Pouvoir, Fabien Cerutti

  1. Yuyine dit :

    Ta hâte en fin de chronique révèle beaucoup de la qualité du roman. C’est une série qu’on m’a souvent conseillé et que je n’ai jamais pris le temps de découvrir mais je ne l’oublie pas. Un jour, je lui consacrerai un peu de temps.

    Aimé par 1 personne

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