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Impossible Planète – Episode 46

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Cap’ ne sembla pas enregistrer l’information. Elle sursauta sous le coup d’une question qui l’assaillit subitement.

« Mais hey, attends ! Qui nous a dit de courir, au fait ? Et pourquoi ?! »

Oh, c’était l’autre moi qui avait tellement tout mélangé entre lui et le programme initial, il en avait oublié d’avoir une personnalité ; il savait juste confusément qu’il devait essayer de vous protéger. Vous auriez dû être vitifié·e·s sur place et récupéré·e·s par la machinerie du noyau pour stockage en attendant que vos données soient transmises dans le prochain bulletin d’informations. Mais euh…

« Ouais, tu veux pas qu’on réagisse à l’histoire des vestiges de vaisseaux créés artificiellement et utilisés pour nous attirer dans ce qui est de toute évidence un piège géant pour espèces évoluées, plutôt ? Je comprends la confusion, et je la partage, même, mais il s’agirait quand même d’évaluer nos priorités à un moment, qu’est ce que t’en penses ? »

Le ton était empressé, inhabituellement tendu, et même très loin du naturel timide et diplomate de Burrito. Il s’arrêta lui-même de parler, ses yeux trahissant sa double inquiétude ; partageant l’angoisse du groupe, mais surtout celle d’être allé trop loin trop vite dans sa remise en cause de Cap’. Mais elle ne sembla pas lui en tenir rigueur, et prit une grande inspiration avant de faire signe à tout le monde de faire la même chose, levant ses paumes avant de doucement les abaisser.

«  Bon écoutez les gars. On s’est complètement laissé emporter, on a perdu tous nos repères, c’est la merde. Complication par dessus complication, ça ressemble plus à rien, faut qu’on se recentre. Vous êtes d’accord ? »

Tout le monde était effectivement d’accord, en témoigna un hochement de tête collectif sec rappelant des briefings passés et des souvenirs d’actions planifiées. Le ton de la Capitaine avait suffis à convoquer des vieux réflexes oubliés dans le feu des inquiétudes de ces dernières semaines. Si tout le monde piétinait et lançait des regards angoissés aux environs sans vraiment parvenir à chasser les spectres d’une imagination trop fertile, un premier pas avait été pris en direction de l’essentiel. Le cercle de l’équipage s’était d’instinct resserré.
Larsen fut le premier à reprendre la parole, tendu et effrayé, encore marqué par la tension des instants récents, mais déterminé à garder le dessus.

« Je pense qu’on a pris trop de temps ici, faut qu’on remonte à la surface et qu’on s’active pour se casser une bonne fois pour toutes. C’est évident qu’on est complètement dépassé ; il sera toujours temps de monnayer nos connaissances une fois vraiment à l’abri. Elles sont sans doute maigres par rapport à tout ce qu’on aurait pu apprendre mais c’est déjà énorme, sans parler du pognon à se faire avec la vente ou les pièces détachées. Mais je pense qu’on peut pas rester ici éternellement, Hector s’est fait avoir une fois, a failli se faire avoir une autre, on peut pas se permettre de prendre le risque indéfiniment. Toutes les adaptations bénéfiques de l’endroit n’ont pour seul but que de nous inciter à rester jusqu’au moment où on a plus le choix. C’est l’équivalent technologique d’une plante carnivore à l’échelle de l’espace. »

Tout le monde a écouté avec respect et attention ; le moment est important, ça se sent. Agcen sourit ironiquement malgré son adhésion complète au propos de Larsen. Mais combien de moments importants le groupe devrait-il donc encore vivre avant de pouvoir prétendre à un quelconque réel repos ? Depuis des semaines, ce n’était plus que ça, de l’action, des discussions, des prises de décisions complexes, rendues encore plus difficiles par le manque de données claires et l’inconnue perpétuellement renouvelée des implications futures.
À vrai dire, il avait envie de tout faire péter depuis quelques temps déjà. Juste se barrer, exploser quelques vaisseaux du Consortium en passant histoire de se détendre, et retrouver la vie au sein de l’équipage, dans ce semblant de vie normale qu’iels partageaient avant tout ça. La vie de Pirate n’était pas parfaite, mais c’était celle qui était faite pour lui et ses imperfections. Alors il allait se taire, pour une fois. Juste écouter ce que les autres allaient avoir à dire, et se ranger à la majorité ; faire son travail, et c’était tout. Et non seulement ça allait arranger ses affaires, mais ça le reposerait sans doute, en plus. Tout bénef’.
Sa belle résolution fut cependant gâchée par une paire de doigts qui se mirent à lui claquer devant les yeux, le ramenant à la réalité, et aux regards amusés, quoique un peu lassés, du reste de ses collègues.

« C’est bien beau de prendre des bonnes résolutions, mec, mais si le fait de les prendre rentre directement en contradiction avec leurs termes, tu avoueras que c’est dommage. Pendant que tu t’auto-tapotais le dos en te félicitant d’avoir changé, nous on prenait notre décision. J’ai mis ton vote avec le nôtre, puisque tu t’es décidé à suivre la majorité. »

Sourire gêné, haussement d’épaules et ravalage d’amour propre en guise de gestes de contrition, Agcen n’en menait une fois de plus pas très large. Il ouvrit la bouche pour tout de même demander quelle était la nature de la décision en question, mais évidemment, il fut devancé par une Cap’ qui se projetait déjà dans le coup d’après, opérant un demi-tour vers le centre du noyau pendant qu’elle lui répondait.

« Hector n’a pas encore totalement pris le coup sur la maîtrise technique du noyau, faute de pratique. Il arrivera pas à aligner une porte de sortie avec une corniche d’accès extérieure sans prendre le risque de tout faire péter ; il peut juste prévoir la prochaine occurrence. Donc on est encore coincé pour deux bonnes heures et notre remontée à la surface. À la première occasion, on se casse en suivant le plan original. Dans l’intervalle, on regarde, on apprend, on enregistre, mais on ne touche à rien… Sauf si ç’a l’air précieux, auquel cas vous me demandez avant et on avise, faudrait pas rater une belle occasion, quand même. »

Elle commença à faire lentement le tour du tas central de bidules déjà vaguement étudié auparavant, dérangé par les tremblements de l’incident et offrant apparemment quelques options nouvelles dans son exploration. Elle fit un signe de la main à Agcen, façon de signifier qu’il n’y avait aucune rancune, et surtout des trucs à faire.

« Allez, au boulot tout le monde, rendez-vous devant l’accès dans 110 minutes ou plus tôt si Hector nous signale quoi que ce soit. D’ailleurs, toi, tu fais bien attention à rester en un seul morceau bien solide cette fois, compris ? »

Chef oui chef, je suis un gros bloc tout à vos ordres sans le moindre sens de l’initiative !

Le temps passa vite, et sans percée notable dans les connaissances du groupe. Moins de deux heures, c’était loin d’être suffisant, et de toute façon personne n’avait plus vraiment le cœur à l’exploration scientifique. On avait déambulé, tâtonné, regardé ça et là sans grande conviction, par acquit de conscience, prêt à partir se mettre à l’abri à la moindre vibration suspecte ou bruit défrayant la chronique. Tout le monde n’avait plus que le plan de sortie en tête, entre excitation et frayeur, parce que le plan pouvait très bien fonctionner comme complètement échouer ou trop bien marcher, et personne n’avais envie de revenir en arrière. Il fallait que ça marche exactement comme prévu pour ressortir de toute cette affaire avec un gain net en plus d’une perte sèche pour le Consortium et la Firme.
À l’heure prévue, sans empressement mais avec une discipline retrouvée, tout le monde pu se poster devant l’ouverture par laquelle le groupe était arrivé quelques heures plus tôt, las et ramolli. Il était plus que temps de laisser tout cet aspect du mystère de la planète impossible derrière iels. C’était tout simplement trop, iels l’avaient finalement réalisé. Trop d’informations, trop de risques, trop d’emmerdes… trop. Si l’équipe avait bien réalisé quelque chose, c’était que l’ambition n’est aussi bonne que dans la mesure où elle vous emmène pas plus loin que là où vous le désiriez. Un jour, peut-être, sans doute, iels seraient des Pirates renommés, craints et reconnus partout dans l’espace Fédéral. Mais pour le moment, ce n’était pas ce qu’iels désiraient.
Le noyau glissa sans peine à la place prévue par Hector, qui s’était calé sur l’attitude générale et se contentait de suivre le mouvement et les ordres sans trop faire le malin. S’il allait pouvoir sans doute conserver la majorité des données collectées pendant son séjour sous la surface, il craignait d’en perdre en en repartant, ou même de rester coincé ; sans parler de sa tristesse à l’idée de perdre autant de puissance de calcul. Il anticipait une grosse déprime numérique au moment de devoir réintégrer un espace virtuel beaucoup plus étriqué et manquant cruellement de souplesse dans le vaisseau qui allait devoir l’accueillir à nouveau. Si tant fut qu’il en soit encore capable à ce stade, craignant également un problème de compatibilité et de reconversion douloureuse.
Il fallut lui dire au revoir en espérant qu’il trouve seul un moyen de revenir vers iels sans dégâts pour lui ou leur environnement. L’équipage ruminait pas mal, en somme, en remontant péniblement les escaliers qui les ramenaient à la surface, sentant un poids sur leurs épaules qui alourdissait encore celui dans leurs mollets et dans leurs cœurs.
Le petit groupe reprit le contact avec Tombal qui ne sembla pas plus ému que ça en entendant les révélations que lui firent Larsen et Andro dans un numéro de duettiste mémorable pour le reste de l’équipage, qui avait bien besoin d’un tel moment de légèreté. Le pilote, qui n’avait rien à signaler de son côté, ne sembla réellement réagir que lorsque Cap’ lui signifia que la mission finale allait enfin pouvoir être lancée ; forcément, dès qu’on parlait de pilotage dans des conditions un peu excitantes, il était nettement plus intéressé.
Il sortit donc précipitamment de son vaisseau quasiment entièrement réparé et remis à niveau selon les plans convenus pour accueillir l’équipage en compagnie de Korey et Badj, sortis de leur cellule de fortune à l’occasion, le temps de filer un coup de main. Mais sous la menace d’une arme, quand même, parce que Tombal, la subtilité et la confiance, c’étaient vraiment pas ses trucs.
L’équipage combla le silence par comlinks interposés le temps du trajet de retour vers ce qui constituait leur avant-poste de fortune, échangeant informations et hypothèses aussi succinctement et professionnellement que possible pour s’éviter un inévitable malaise collectif. Qui arriva lorsque tout le monde se réunit finalement sur l’aire d’atterrissage avec des regards lourds et humides et des semelles qui patinaient dans le sable.
Cap’ toussa pour se redonner une contenance et ordonna une bonne nuit de sommeil, pour se remettre au travail dès le réveil et enfin amorcer leur fuite définitive de cette foutue planète. Personne ne discuta la consigne, et chacun prit la direction de son couchage sans un mot, même Korey et Badj, qui n’avaient rien compris à ce qui s’était passé en dehors du fait qu’ils étaient clairement de trop. Au moins, ils avaient apprécié de pouvoir sortir de leur isolement quelques minutes de plus que d’habitude, alors ils s’en étaient pas trop mal sortis.

La nuit, ou ce qui en faisait office dans cet étrange endroit, aurait pu bien se passer. Selon tous les auspices, elle aurait d’ailleurs logiquement dû. Mais par un étrange processus décisionnel qui échappa complètement à l’équipage, leur nuit fût cruellement écourtée.
Par un gigantesque fracas métallique qui répandit un écho lugubre dans la structure qui entourait leur chère planète artificielle, et l’appel d’urgence fort cohérent lancé par Achille dans la minute qui suivit. Entre les résurgences de leur trop fraîche escapade dans les Enfers et leurs sens leur hurlant que tout cela était simplement terrifiant, il ne fallut quelques secondes à tout le monde pour se mettre sur le pied de guerre. Le semblant de discipline et de clarté dans les objectifs réinstaurés la veille furent profitables, tout le monde retrouvant son poste dans le vaisseau sans avoir à chercher consigne auprès de Cap’, qui prit le commandement sans un mot. Chacun·e monitorait ses instruments et ses variables comme d’habitude sans y réfléchir plus loin, avec l’assistance sobre et efficace d’Achille, comme d’habitude, qui avait étendu ses circuits de surveillance à l’ensemble des instruments de la planète.
Mais quelque chose coinçait, une sorte de brouillage dû à une étrange interférence qui courrait dans tous les circuits, par à-coups aussi pénibles qu’imprévisibles. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que le responsable n’était autre qu’Hector, qui faisait de son mieux pour les rejoindre, quitte à contraindre le système jusqu’à ses derniers retranchements. Il n’avait pas vraiment les moyens de vérifier, mais il semblait que l’activité de son jumeau était exacerbée par l’impact qui avait réveillé l’équipage. Il y avait de toute évidence une réelle et inquiétante urgence.
C’était l’occasion idéale de tester les nouvelles fonctionnalités de vol intégrées par Tombal et de se dérouiller après une vie terrestre un peu trop prolongée : le seul moyen d’en avoir le cœur net était d’approcher prudemment de la surface extérieure et d’essayer de discerner quelque chose au travers de la lecture des instruments de bord. Dans le pire des cas, Cap’ se sentait capable d’établir un contact psionnique avec certaines installations d’observations externes, mais elle craignait que les perturbations induites par Hector ne lui causent des dommages.
Elle n’eut pas besoin de faire la moindre tentative, comme il n’y eut aucun besoin de se fier aux instruments pour déterminer ce qui se passait. À peine arrivé au delà de l’atmosphère, le vaisseau fut violemment déporté sur le côté par une onde de choc. Cette dernière ne pouvait être induite que par une puissante explosion, et comme la planète avait l’air en pleine forme, c’était forcément de la surface extérieure qu’elle venait.
Quelqu’un, là, dehors, était en train de bombarder la surface de l’étoile. Ça n’avait aucun sens.

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