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Impossible Planète – Episode 44

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La première heure fut fiévreuse, et étonnamment productive de tous les côtés, à entendre les multiples cris de surprise ou de satisfaction qui émanèrent d’un peu partout dans le noyau, provoquant d’étranges échos, aussi mélodieux que ponctuellement macabres. Malgré l’enthousiasme des découvertes, l’endroit restait imprégné de mystères peu ragoutants et d’un glauque consommé ; la mort planait partout. Agcen et Hector découvrirent très vite ce qui était une interface de contrôle et d’informations sur le côté du silo contenant le tatou, usant des accès mentaux qu’Hector s’étaient ménagés dans l’esprit de son hôte pour modifier ses perceptions.
Donc même s’il lui était pour le moment partiellement impossible de déchiffrer le langage des xénos, un mélange étrange de signaux écrits, sonores et tactiles, les illustrations complètes et les schémas visuels de la créature contenue dans le tube géant devant eux était assez parlant en soi. C’était assez amusant, à vrai dire, de constater que malgré la distance culturelle et communicationnelle avec leurs distants hôtes, il y avait des structures communes sur lesquelles retomber faute de mieux. Mais il fallait aussi admettre que de ne pas pouvoir comprendre ce qui était dit dans ces documents était foutrement rageant, faute d’une base de traduction basique. Sans une pierre de Rosette ou quelque chose d’approchant, il ne serait pas possible de faire le moindre pas convaincant dans cette direction.
Commander aux machines à tâtons avec le soutien d’IA militaires dernier cri était une chose, établir une toute nouvelle discipline de xéno-archéologie en était une autre.
Au bout de cette première heure, d’ailleurs, malgré les récriminations d’Hector qui jurait pouvoir craquer le code d’une minute à l’autre, Agcen abandonna sa contemplation du tatou pour aller s’intéresser à autre chose ; il n’avait pas envie de perdre son temps, préférant découvrir un maximum de choses. Il tiqua et ordonna un peu sèchement à Hector de se taire deux minutes, le temps de trouver une autre cible digne d’intérêt, regrettant aussitôt son emportement. L’atmosphère de l’endroit lui foutait vraiment les glandes, sans qu’il n’arrive à comprendre pourquoi cet endroit plus qu’un autre le mettait dans un tel état. Après tout, il avait croisé et vécu pire.
Ce fut d’ailleurs son souvenir douloureux de sa rencontre avec un flong particulièrement retors remontant à l’époque de sa formation à la survie qui lui donna une idée. Après tout, si les xénos avaient quelques bases de réflexion communes avec l’humanité ou une partie de la Fédération et qu’une de leurs bases de loisir pouvait être cachée pas si loin de cette dernière, cela voulait dire qu’ils pouvaient aussi avoir vécu des expériences ou des rencontres spatiales similaires.
Il communiqua donc à Hector une image mentale du flong qu’il avait dû abattre durant son épreuve de validation des acquis quelques années auparavant. Si les flongs, en leur nature de limaces parasitaires géantes, n’avaient a priori aucune capacité aux voyages extra-stellaires par elles-mêmes, il était tout à fait possible que les xénos les aient simplement ramené dans le coin pour les examiner ; ou qu’un équipage malheureux en ait ramené une dans leur soute. Ces immondices se glissaient partout et dans tout ce qui était vivant et trop bête pour les éviter, et s’étaient disséminées à travers toute la Fédération dans un exemple criant de panspermie accidentelle. Peu importait, finalement, comment un cadavre de ces saloperies cosmiques avait pu arriver ici, il était simplement question de voir si on pouvait en trouver un ici, ou simplement un fichier à leur sujet.
Ce ne serait pas une pierre de Rosette, mais un point de départ comme un autre pour opérer des recoupements.
Il ne fallut pas 3 secondes à Hector pour crier « Dat’s a bingo » avec un accent bizarre et l’air beaucoup trop fier de lui dans le crâne d’Agcen qui ne grimaça même pas et se précipita dans la vague direction indiquée par l’IA. À l’aide des informations visuelles fournies pendant l’heure précédente par l’équipage et leur rapprochement avec sa visualisation des circuits informatiques du noyau, il était parvenu à dresser un plan approximatif de l’endroit, et donc à déterminer une localisation pour l’ordinateur central qui commandait à l’ensemble.

Ouais, désolé, j’ai outrepassé l’ordre de Cap’, mais j’ai tellement de puissance de calcul, je m’ennuie un peu, j’ai pas pu m’empêcher de commencer à tout regrouper. Tu m’en veux pas dis ?

Agcen ne prit même pas la peine de répondre, trop excité de sa potentielle trouvaille, louvoyant entre les câbles et la multitude de silos sans prendre la peine d’examiner un tant soit peu leur contenu. Il passa derrière un Larsen occupé à bidouiller dans une console, ne perturbant même pas sa concentration en lui flanquant un méchant coup de coude dans l’épaule en passant sans faire attention ; il faillit même tomber en se cognant dans Andro, qui lui semblait danser et siffloter pendant qu’il fouillait une gigantesque armoire contenant des appareillages aux fonctions inconnues. Il se retourna vaguement dans un geste d’excuse en continuant son chemin, ne récoltant qu’un grand sourire et un pouce métallique tendu vers le haut.
Puis deux passerelles sur la droite, encore une autre sur la gauche, et il finit par arriver à destination, en pouvant retenir un soupir de frustration. Tomber sur l’ordinateur tout de suite aurait tenu du miracle, il le savait, mais il n’avait pas anticipé un tel bordel duquel se dépatouiller avant de trouver la moindre trace de ce qu’il cherchait.
En toute logique, la console générale était située en plein centre du noyau, mais de fait, elle était perdue dans le plus grand fatras de technologies inconnues qu’Agcen avait jamais vu, ce dernier disséminé sur une gigantesque plate-forme centrale qui devait prendre 20% de l’espace horizontal à elle toute seule. Un gros tas de trucs, pour le dire clairement. Entassés les uns sur les autres dans une grosse pile pyramidale, un amas désorganisé et intimidant, sans la moindre espèce de classement ou de sens discernable. De la pointe supérieure émanait une sorte de bras mécanique relié à un titanesque châssis circulaire, difficile à discerner à cause de la faible lumière, mais dont on pouvait deviner que la fonction était d’amener là des objets rangés ailleurs dans le noyau. Ou quelque chose d’approchant, il avait soudain une terrible flemme de réfléchir. Pourquoi rien ne pouvait jamais être un peu simple et facile ? C’était nul, les situations complexes qui ne pouvaient se régler d’un bon bourre-pif ou d’une réplique cinglante.
Ses épaules s’affaissèrent devant la tâche, vidé de toute énergie.

Oh allez coco, on se décourage pas ! Si c’est une console centrale, elle doit être dans le même style que l’Amphi au dessus. Quelques minutes à déblayer l’inutile et tu vas tomber dessus, c’est sûr ! En plus vu que nos copains xénos ont l’air de partager notre goût des courbes et de la symétrie, ça devrait être plein centre. Tranquille !

Agcen se redressa un peu, convaincu par l’argument, mais pas moins démoralisé. Il s’était précipité en s’attendant à trouver une ouverture pouvant le faire briller par sa débrouillardise ; pas à devoir faire de la manutention. Mais Hector avait sans doute raison, et dans la vie, on a rien sans rien.
Alors il prit une grande inspiration pour se donner du courage et de la contenance, et s’apprêta à avancer vers le cœur de la plate-forme pour essayer d’y dégotter quelque chose ressemblant aux pylônes de l’Amphi.
Et sursauta si violemment qu’il en expédia son coude vers le nez de Cap’ qui lui avait simplement posé la main sur l’épaule pour le prévenir de sa présence. Chance pour lui, elle esquiva le coup avec sa grâce habituelle et ne broncha pas le temps qu’il se remette de ses émotions. La main sur le cœur et le souffle court, il se tourna vers elle avec un air mi-affolé mi-furieux.

« Ah mais préviens, bordel, t’as failli me tuer !
– Désolé, je croyais que tu m’avais entendu, ces putains de passerelles font un boucan d’enfer avec mes chaussures »

Elle pointa du doigt vers ses semelles renforcées en marchant sur place pour attester du bruit effectivement assourdissant qu’elles produisaient dans le silence de cathédrale du noyau. Agcen ravala sa salive et son amour-propre en hochant la tête.

« Effectivement, elles font du bruit, je sais pas pourquoi je t’ai pas entendue. Ptet’ que le fait de discuter avec Hector dans ma tête atténue notre perception de l’extérieur, un truc du genre. Ou alors j’étais juste trop concentré sur le boulot qui nous attend. »

Il fit un large geste circulaire du bras en direction de l’entassement de bidules et de machins entrelacés leur promettant la partie de mikado à la fois la plus passionnante et ennuyeuse de l’histoire de l’Humanité.
Cap’ ne lui répondit pas immédiatement, le jaugeant avec un air amusé et compatissant. Ses yeux partirent vers le haut, un signe qu’Agcen avait très vite appris à associer avec une discussion interne avec Hector. Elle revint très vite vers lui avec un demi-sourire.

« Les flongs, hein ? Marrant que tu fasses une telle fixette sur ces saloperies. Moi j’ai pensé Taë’Flok. Mais t’as jamais été particulièrement versé dans la choupitude, c’est cohérent. Bon, t’es arrivé premier, je t’accorde officiellement la primauté de l’idée pour te la péter à l’occasion. Ce qui est bien c’est qu’on a deux bases de départ pour essayer de trouver des convergences, maintenant. J’ai le droit d’être fière de moi ? D’avoir pensé à diviser les recherches ? J’ai le droit oui. C’moi la Capitaine. Je fais c’que j’veux. »

Elle était de bonne humeur, de toute évidence ; cette aparté devait lui apparaître comme une bouffée d’oxygène bienvenue dans la perspective suffocante de la brisée suicidaire d’un embargo militaire aussi rare que spectaculaire dans l’histoire de la poliorcétique stellaire. Elle se permit même un petit pas de danse insolent, un grand sourire sur le visage, les yeux braqués dans ceux d’Agcen pour essayer de lui communiquer un peu de son contentement.
Un succès retentissant, puisque lorsque ses semelles claquèrent à nouveau sur le métal de la passerelle en même temps que sa main sur l’épaule de son subordonné, ce dernier avait complètement retrouvé sa motivation ainsi que l’usage de ses zygomatiques. Cap’ avait vraiment un don pour faire comprendre les choses sans les dire ni même les suggérer. C’était peut-être à mettre sur le compte de son indécrottable optimisme ou d’une trop grande noblesse d’âme. Mais ce qu’elle venait de faire, au delà d’un discours inspirant, c’était lui faire comprendre qu’elle l’avait déjà pleinement pardonné, et qu’il était de nouveau membre à part entière de son équipage.
Il lui emboîta le pas avec vigueur, déterminé comme jamais.

Cap’ déclara forfait une demie-heure plus tard tandis qu’elle se relevait en grimaçant, les deux mains posées sur les reins, se tordant en arrière dans une position dénotant d’une impressionnante souplesse. Il y avait trop de trucs imbriqués les uns dans les autres, ravagés par une rouille et un vieillissement aussi surprenant que pénible ; il était impossible de seulement soulever un morceau de ferraille ou de câble sans devoir en emporter trois ou quatre autres avec. Elle et Agcen, malgré tous leurs efforts, n’avaient pas réussi à déblayer plus d’une trentaine de morceaux de l’amas composé en majorité de petits trucs perdus dans le tas ne revêtant aucune utilité immédiate.
Il fallait se rendre à l’évidence : sans matériel adapté ou beaucoup de temps et de patience dont l’équipage n’avait pas le luxe, cet amas maudit ne livrerait jamais l’accès à ce qu’il dissimulait. Même Andro et son supplément de force n’y arriverait sans doute pas. Elle était prête à lui confier le boulot par acquit de conscience, mais préférait ne pas se faire d’illusions. Elle convoqua néanmoins l’équipage d’un cri puissant qui résonna violemment dans tout le noyau, malgré les protestations d’Hector qui jurait qu’il avait juste à prévenir tout le monde lui-même. Mais de toute évidence, elle avait de la frustration à évacuer autrement qu’en broyant entre ses mains des artefacts précieux par leur seule rareté, malgré leur inutilité.
Tout le monde fut réuni en quelques minutes, prêt à discuter de la marche à suivre après un rapide bilan des trouvailles collectives. Mais les expressions passèrent vite de la curiosité prudente à une profonde inquiétude, puis aux prémisses de la panique quand la voix d’Hector retentit à nouveau dans leurs esprits, avec un effet de distorsion inédit et terrifiant.

Lééés genhens, jjjjjje vou-ouh-drrrrrais p-p-p-p-as vouzzzzzink-k-k-k-iéter. Mais** ::* :::* il sssssshhhhe pass-ss-ss-. Un-un. TrUK ! P-p—aaas nonohormal.

Un silence. Puis un horrible bruit blanc.
Et une nouvelle voix. Grave, implacable. Dénuée d’émotions.

Courez.

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