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Les Quatre Vents du désir, Ursula K. Le Guin

Face It – Nothing More (extrait de l’album Spirits)

Vient un moment dans son parcours de lecteurice, je pense, où tout le monde accepte enfin que tout ne peut pas être lu, qu’il faut consentir à des sacrifices. Pas assez de temps pour trop de volume et trop de choses qui ne sont pas pour nous. Mais autant on consent fatalement à ces sacrifices, autant, surtout, on fait des choix. Si je suis prêt à renoncer à beaucoup d’aspects de la littérature pour me forger un bagage qui me correspond et m’épanouit, je ne veux pas pour autant fermer la porte aux découvertes. Parce que malgré mes goûts désormais assez bien définis à mes yeux pour savoir ce que j’aime vraiment et ce qui me fait plus douter, il s’avère quand même que la prise de risque fait partie de ces goûts. Et que ces découvertes parfois amères agissent aussi comme force de contraste pour d’autant plus apprécier ce que j’aime vraiment.
Et donc, Ursula K. Le Guin. En dépit de la relative déception de La Main Gauche de la Nuit, la dame demeure un nom trop important de l’Imaginaire mondial, il me semble, pour que je fasse l’impasse sur son travail. Alors je continue d’explorer, au fil de mes opportunités. En attendant de pouvoir un jour lire Les Dépossedés dont j’ai cru comprendre qu’il était son ouvrage le plus important aux yeux de pas mal de ses fans, j’ai décidé de profiter d’un nouveau généreux SP des éditions du Bélial’ avec ces Quatre Vents du Désir.
Après tout, un recueil de nouvelles peut donner autant de choses à explorer qu’un roman ; je savais que j’aurais des choses nouvelles à apprendre sur Ursula Le Guin avec une plus grande variété que ce que j’avais lu jusque là.
Ah pour sûr, j’ai appris. Et je fais pas le malin.

Pour être tout à fait clair, je n’ai – dans l’ensemble – pas passé un bon moment. Je suis, de fait, terriblement frustré, et pour plusieurs raisons distinctes qui s’alimentent mutuellement et me font grincer des dents plus fort encore. Le fait est que j’ai refermé cet ouvrage en me disant que mon prochain essai avec cette autrice serait sans doute le dernier si je devais de nouveau y expérimenter ce sentiment profond de gâchis et d’incompréhension incrédule. Pour être même encore un peu plus honnête et transparent, je dois même admettre que trop régulièrement dans ce recueil, je n’ai pas compris. Alors attention, pas le contenu en lui même ; je ne peux que reconnaître à l’autrice un talent de conteuse indubitable, jouant souvent et assez habilement de la forme pour aller avec son fond, dans un effort constant d’expression et de cohérence absolument respectable. Non, ce que je n’ai pas assez souvent compris, c’est l’intention, le pourquoi de certains textes. J’arrivais au bout d’un morceau de fiction avec le sentiment qu’il en manquait des morceaux, et très souvent la fin. Une chute, des éléments pour contextualiser, un semblant de morale, un message, quelque chose, n’importe quoi. Non, rien. Juste moi face au livre, secouant la tête, haussant les épaules et laissant échapper un « …oui, et ? » agacé. Je n’ai pas compris pourquoi Ursula Le Guin avait, dans ce recueil au découpage abscons, lié tous ces textes ensemble. Si j’ai d’habitude tendance à saluer la variation générique et la richesse thématique dans les recueils que je lis, c’est plutôt par goût de l’éclectisme et grâce à un certain sentiment d’universalité qui traverserait l’ensemble, résumant en filigrane la personnalité de l’auteurice, y trouvant des gimmicks ou des distinctions me donnant l’impression d’un enrobage global ; une signature.

Dans ce recueil, à vrai dire, j’ai eu le sentiment de plutôt lire une collection de textes inaboutis, avortés, manquant de chair, d’envie d’approfondissement ou simplement d’idées pour être vraiment menés à bien. De personnalités, oserais-je même, pour certains. À l’exception de certains, quand même, il faut le dire. Et ceux que j’ai aimés, je les ai pour la plupart adorés, accentuant encore ma frustration à chaque fois. Parce que dans ces occurrence de réelle brillance conceptuelle accompagnée de personnages attachants ou d’un talent de vulgarisation assez impressionnant, je voyais, enfin, le talent qu’on me vante tant depuis des années. Pour basculer la nouvelle d’après dans un sentiment de basse médiocrité ou de flemme créatrice terrible, avec des histoires qui me semblaient soit vides de sens ou simplement d’enjeux ou qui se terminaient en queue de poisson avant même d’avoir la chance de devenir intéressantes. Une alternance terrible dans un recueil qui se veut aussi riche, du coup. Parce que j’y ai avancé avec enthousiasme et curiosité au départ, puis au fil des déceptions, j’étais trop littérairement fatigué et confus pour réussir à vraiment profiter de ce que j’y trouvais bon, m’attendant à tout instant à lire ces textes basculer dans une regrettable austérité ou pire, se terminer de façon frustrante.

Encore plus que d’habitude, je trouve que ce recueil est extrêmement difficile à résumer, et mon sentiment avec lui. Quelques pépites pour beaucoup trop de sable, et surtout un terrible et profond sentiment d’incompréhension. J’ai lu des choses mauvaises dans ma vie, mais même elles me paraissaient poursuivre un but, des objectifs clairs. Ici, en dépit d’une réelle qualité d’expression et les preuves qu’Ursula Le Guin, conceptuellement parlant, pouvait aller très loin et très fort sans me perdre, est parvenue à me laisser sur le bord du chemin beaucoup trop souvent, et avec des textes pourtant basiques. Je n’arrive pas à m’expliquer un tel écart qualitatif et surtout d’ambitions, et surtout je n’arrive pas à m’expliquer ce que voulait vraiment Ursula Le Guin en écrivant la majorité de ces textes. Et alors autant pour une partie je peux facilement accepter que la dame volait bien trop haut pour moi, parce qu’il y a un moment où il faut regarder les choses en face ; autant, quand même, j’ai suffisamment d’orgueil pour croire qu’aussi, pour une partie de ces textes elle s’est plantée. Que ce soit par manque d’ambition, manque de travail ou simplement manque d’efforts pour rendre sa volonté plus claire aux yeux de son lectorat, certains de ces textes ne sont juste pas au niveau. En tout cas, le standard de ce recueil à l’aune de certains des textes qu’il contient n’est absolument pas assez élevé, ou alors pas assez lissé pour me permettre d’y trouver la clé de compréhension nécessaire à mon plaisir de lecture. Voilà, si je devais poser un diagnostic abrupt sur ce recueil, je dirais peut-être qu’il est trop égoïste. J’ai eu le sentiment que l’autrice l’avait fait pour elle et elle uniquement, oubliant qu’une relation littéraire se fait forcément à deux au moment de la lecture ; j’ai eu le sentiment d’être ce petit garçon invité chez une amie pour la voir jouer avec ses jouets devant moi sans avoir le droit de seulement les toucher.

Donc voilà. Encore une fois, frustré plus qu’autre chose. Il y a quelques perles merveilleuses à dénicher dans ce recueil, mais elles constituent des exceptions au sein d’un ensemble que je trouve malheureusement médiocre, ne pouvant en tout cas pas me faire exprimer le même regret chronologique qu’exprimé à l’égard de La Main Gauche de la Nuit. Il n’est pas seulement question ici d’avoir découvert une excellente autrice trop tard, il est simplement question de ne clairement pas avoir découvert le meilleur travail de ladite auteurice, toute périodes de mon parcours de lecteur confondues. J’ai pu, avec certains occurrences de ce livre, toucher du doigt la brillance d’une conteuse et d’une conceptualiste d’exception, mais ces occurrences – aussi puissantes pouvaient-elles être – étaient trop rares pour me rendre aussi admiratif·ve que d’autres peuvent l’être.
On verra bien ce que les Dépossédés me feront comme effet lorsque ce jour viendra. En attendant, je reste circonspect. Curieux, toujours, titillé par une pointe d’excitation, mais circonspect.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Les Quatre Vents du désir, Ursula K. Le Guin

  1. tampopo24 dit :

    Je vois que je ne suis pas la seule à avoir du mal avec cette grande dame. Comme toi, quand je tente la découverte, ça ne fonctionne pas. Il y a des idées, il y a quelques pages fabuleuses, mais le reste est terriblement abscons voire lourd à lire et je n’arrive pas à m’intéresser à ce qu’elle raconte, alors que j’aimerais tellement ressentir l’enthousiasme de ceux qui aiment.
    Je continuerai à lire tes avis pour qui sait en trouver un autre à tester 😅

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai lu l’intégrale de Terremer récemment avec un plaisir et un enthousiasme sans cesse renouvelés, donc j’ai hâte de découvrir un autre roman de cette autrice, mais je ne me lancerai peut-être pas dans celui-là tout de suite, tant en raison du format nouvelles que de ta chronique déçue. Je garde en tête que tout ne se vaut peut-être pas…

    Aimé par 1 personne

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