*Retroussage de manches*
C’est arrivé plus tôt que ce que je croyais, et j’en suis presque triste. Dernière fournée pour la Rentrée Littéraire, rendez vous compte. Terrible, va falloir que je relise des bouquins pour le plaisir, dites.
SP RL – Halte au feu, Stéphane Giusti
Stop page 54/284
Et dire que c’était un des bouquins auxquels je croyais le plus initialement, avant de l’ouvrir. Dont la démarche me donnait sincèrement le plus envie. On m’avait promis un bouquin intense et sérieux sur le massacre de la rue d’Isly, un événement tragique et trop oublié de la guerre d’Algérie ; avec un traitement romanesque honnête, il y avait effectivement de quoi offrir une expérience de lecture singulière et édifiante.
Admettons que c’est in fine ce que j’aurais pu avoir si j’avais dépassé les 50 premières pages. Mais ces premiers chapitres, bordel, c’est quoi le problème de nos écrivains avec le cul !? Pourquoi la première scène notable de ce texte, c’est un militaire gay placardé qui jouit dans la mer et ne nous est narré qu’au travers de son rapport fantasmé au corps masculin, ne pensant qu’au sexe, encore et encore. Personne ne se dit que c’est pas normal d’avoir un personnage qui découvre un cadavre et se croit obligé de préciser dans son rapport que le cadavre est « bien membré » et qu’il a de jolies fesses ? Mais on est où là, on fait quoi ? C’est quoi le projet, une psychanalyse des origines d’une guerre coloniale ramenant tous à des pulsions sexuelles non satisfaites ? Sans rire hein, peut-être que le chapitre consacré à un membre actif de l’OAS qui n’a jamais osé admettre son attirance pour la fille des boulangers mais qui a tout le courage du monde pour caillasser des arabes en sa compagnie, ou tenter un putsch, ce n’était pas le signe qu’il allait être uniquement résumé à son impuissance dans la suite du roman, mais je peux vous jurer que ça donnait cruellement cette impression.
Je ne serais sans doute pas si dur si je n’étais pas avant tout profondément déçu. On me promet de l’intensité, du réalisme, et on me donne encore une fois un bouquin qui fait des phrases, qui dose mal son lyrisme et sonne bien trop faux ; encore un roman qui tombe dans l’écueil fatal de la promesse d’un récit-vérité qui ne se rend pas compte qu’il fout de la fiction et des considérations parasites partout. Mon problème avec Halte au feu, c’est qu’il sur-romantise son sujet, alors que ce dernier est bien trop important pour qu’on joue avec, précisément. J’ai l’impression d’une fascination morbide et malsaine se déployant autour de l’événement central, plus qu’une ambition de vérité et de justice.
J’aimerais avoir tort, mais ces premiers chapitres m’envoient tous les mauvais signaux. Ça dégoûte.
SP RL – Lázár, Nelio Biederman
Stop page 58/307 (Numérique)
Voilà un symptôme typique de la promotion à coup d’hyperboles et de factoïdes statistiques sans précision. C’est pas que ce deuxième roman de l’auteur suisse est mauvais, il est même assez clairement compétent, de ce que j’en ai lu ; mais clairement, quand on me le vend comme un prodige absolu, multi-traduit, multi-promu, un talent générationnel à ne pas rater, et qu’à l’arrivée, ce que je lis ce qui ressemble à n’importe quelle chronique aristocratico-crépusculaire classique, je me dis qu’on se fout de moi. Si on rajoute à mon sentiment de déjà-lu une introduction qui se traîne dramatiquement, ignorant son seul concept intéressant après sa succincte apparition, et cette foutue obsession pour les histoires de cul comme – apparemment – seules vecteurs symboliques possibles pour verbaliser le mal-être des personnages, je ne suis plus seulement déçu, je suis agacé. Sérieux, Maman Malheureuse qui se compromet avec le palefrenier, Papa Méchant qui renait avec une prostituée, Fille Frustrée dont on nous raconte qu’elle se fait plaisir avec un oreiller dès ses treize ans… Je fatigue. Peut-être que j’y suis devenu hyper sensible, hein, c’est possible, peut-être que ça se voit plus dans des contextes défavorables à mes yeux, et que certain·e·s auteurices paient le prix injuste de mon hypervigilance sur un sujet que je considère de plus en plus grave tant il est représentatif de certaines déviances de notre pays et de notre monde éditorial. Peut-être.
Demeure qu’on m’a promis un bouquin exceptionnel, et je n’ai pas eu le début du commencement de ça. S’il s’avère que le reste du bouquin était effectivement incroyable, alors cette intro est d’autant plus honteuse qu’elle n’est pas à la hauteur. Du tout. Disons le tout net : je me suis fait chier.
SP RL – La maison d’été, Masahi Matsuie
Stop page 68/447
Je sais pas trop quoi vous dire. Un bouquin qui dit énormément de choses mais qui me semble bien peu raconter. J’imagine que si vous aimez l’architecture et son histoire moderne, il y a de quoi vous rassasier, tant les digressions et les info-dumps à ce sujet sont légion. Mais personnellement, je me suis ennuyé pendant toute ma lecture, en me demandant quand une intrigue allait se mettre en place au delà du compte-rendu de stage de notre narrateur. Avec plus de patience, sans doute que j’aurais fini par comprendre l’ambition de ce texte. En l’état, je ne vois pas, et ça ne me manque pas. Dont acte.
SP RL – Quand vient la tempête, Karen Russell
Fini !
Chronique prévue pour la sortie le 19 août. =)
SP RL – Ce qui se joue, Caroline Hinault
Fini !
Chronique prévue pour la sortie le 19 août. =)
SP – Celle qui sait, Riley Sager
Stop page 101/524
C’était censé être un petit plaisir léger hors Rentrée Littéraire en attendant de recevoir mes tout derniers SP à venir pour une éventuelle ultime fournée courant août, un p’tit polar à succès sans pression, histoire de faire masse pour cette dernière fournée. Eh bah mes excuses à ma repré qui m’a aimablement fourni le texte : j’ai quand même commandé quelques exemplaires pour la librairie, mais je risque d’avoir du mal à conseiller l’ouvrage en toute bonne foi.
Pfouah que c’est lourd. Je retrouve partiellement les défauts que j’ai relevé dans ma tentative de lecture de Freida McFadden ; si l’intrigue en elle-même est tout à fait ok, et sa structure à l’avenant, bordel, le style et les choix qui vont avec m’ont gonflé. L’impression de lire un bouquin construit par des marketeux, qui prend bien soin de remplir toutes les cases d’un best-seller de son genre : une protagoniste au passé lourd, à la confiance chancelante, au destin singulier mais pas trop, qui nous rappelle à tous les chapitres – courts – qu’elle a beaucoup souffert et que les gens sont pas gentils avec elle, plongée dans une situation qui fait écho à sa propre situation, un mystère établi très tôt, sur lequel on insiste, pareil, à tous les chapitres. Je déteste cette construction diluée, où j’ai le sentiment d’être un gosse devant lequel on agite des clés pour me motiver à avancer sans vraiment me donner la moindre information autrement qu’à la petite cuillère, sans subtilité, où je suis constamment remis à ma place de lecteur/spectateur passif ; où on ne me fait pas assez confiance pour laisser la moindre zone de respiration aux informations que le récit pourrait fournir. Tout est verbalisé, expliqué, explicité, sans ambivalence ou symbolisme ; pas un seul espace pour nous impliquer un minimum dans le récit et comprendre des éléments par nous-mêmes.
En fait je crois qu’on est dans un cas de pourrissage par le twist. Cette intro pue la multitude de retournements de situations à installer pour la suite et la fin, qu’il faut préparer, justifier un minimum a priori pour que l’ensemble tienne suffisamment debout et ne risque pas d’être accusé d’incohérence, quitte à être un peu malhonnête dans la mise en scène et l’exposition de certains éléments. Ce qui compte, c’est pas de faire sens, de raconter quelque chose, c’est de surprendre. J’aime pas cette manière d’écrire. Du sensationnel au kilo.
Une touche finale bien amère, mais rassurez vous : y a quand même deux gros coups de cœur dont les chroniques seront des plaisirs à sortir le moment venu !
Je sais déjà que d’autres SP de la Rentrée débarqueront à terme, tout comme je me doute que j’aurais raté beaucoup d’ouvrages pendant mon exploration ; ils se retrouveront entre mes mains au moment opportun, quitte à ce que ce soit après leurs sorties respectives.
En attendant ça et la lecture exhaustive du projet Retour au goudron d’Antoine Volodine/Infernus Iohanes, on va revenir à un programme plus classique pour ce blog, fut-ce pendant deux trois semaines seulement.
Avec vous ?
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
