
Fame is a Gun – Addison Rae (extrait l’album Addison)
Je n’avais pas prévu de lire ce roman, au départ.
Pour tout un tas de raisons plus ou moins mesquines. Grasset, d’abord. Mauvais timing dans le contexte actuel ; même si cette dernière fournée était signée de l’éditeur historique de la maison, l’ombre de Bolloré planait trop lourdement et rendait le boycott passif trop évident dans la marée de publications. À côté de ça, j’avais décidé de donner la priorité aux ME et distributeurs qui avaient pris la peine de venir nous voir en province pour promouvoir leur Rentrée. Le groupe Hachette n’était pas du nombre. Et par dessus ça, j’avoue, le bouquin ne me donnait juste pas envie. C’était pas un rejet ou du dégoût, juste une absence d’appétit. Les récits à forte valeur testimoniale, qu’ils soient fictifs ou non, c’est juste pas ma came. Et quand on parle exil, migration, tout ça… Je suis un peu lâche, j’avoue. On passe nos vies contemporaines à être bombardé d’horreurs variables, je manque d’estomac pour m’en infliger encore plus par le biais de la littérature, qui reste mon loisir principal, pour ne pas dire essentiel. Dans ces domaines humains, j’ai tendance à privilégier l’échange humain en priorité, sans passer par le biais d’écrits, ça constitue un filtre qui me permet de supporter la charge au long cours.
Et puis cette foutue accusation d’utilisation de l’IA par Thélyson Orélien pour la rédaction du présent texte, qui a évidemment tout changé.
Ma première, toute première réaction, quand mon collègue libraire m’a relayé « l’information » a été la déception. Un truc à base de « bordel, on a vraiment droit à rien, ça y est, même les grosses ME se font avoir, insupportable » ; parce que j’ai été formaté à penser le pire, ces derniers temps. Mais assez vite, quand même, méfiance. Les stats invoquées, le fait que ce seul texte et ce seul auteur, racisé, semblent avoir été sujets de ce test, ça semblait un peu gros. Et encore une fois, dans le contexte actuel, un peu trop parfait comme prétexte, que ce soit pour les terroristes stochastiques racelards ou les grocervos qui ont plus à cœur de démontrer leur intelligence qu’à faire émerger la vérité ou un sens utile à ce qu’ils prétendent analyser, en oubliant systématiquement, au passage, qu’ils font un spectacle de ce qui pour d’autres est une lutte. Tout ça avant que Le Figaro tombe le masque et avoue qu’un de leurs chroniqueurs les plus fumistes était à l’origine de tout ça, et qu’il était investisseur dans le programme qui prétendait avoir démasqué l’auteur.
En bref, on se fout de nos gueules, et ça fatigue d’une force, mais d’une force.
Mon avis s’est très vite retrouvé définitif : les probabilités pour que Thélyson Orélien ait effectivement utilisé l’IA pour rédiger son roman sont extrêmement faibles, ou en tout cas bien plus faibles que les probabilités qu’il ait été choisi comme cible facile d’un harcèlement raciste servant de marchepied à une entreprise de promotion d’un énième avatar de cette foutue IA générative qui nous pourrit collectivement la vie depuis trop d’années maintenant. (Éclate, foutue bulle de merde, éclate.)
Et au milieu de tout ça, moi, je me suis demandé, comme je le fais souvent, et rarement avec une réponse satisfaisante : « est-ce que je peux faire quelque chose ? ». La plupart du temps, j’estime que non et je choisis de me taire, parce que je ne connais rien à rien en dehors de quelques sujets de niche dont tout le monde se fout et sur lesquels je ne fais de toute manière certainement pas autorité. Mais présentement, quand même, je suis libraire et bloggeur littéraire. Il s’avère que lire des livres et en tirer des choses intéressantes à dire pour que les gens, client·e·s ou lecteurices, puissent profiter de mon avis relativement éclairé et faire des choix à l’avenant, c’est comme qui dirait ma vocation et mon principal talent, à ce stade de ma vie. Pour une fois, j’avais peut-être la place et la voix pour respecter mes principes, et les respecter à la lettre.
Alors je me suis dit que la seule chose valable à faire, c’était de le lire, ce roman. Et de le traiter avec toute l’équanimité et l’honnêteté intellectuelle dont je suis capable, comme je lirais n’importe quel autre roman pour cette Rentrée Littéraire, pour voir où ça m’amènerait. (En considérant, tout de même, qu’il a été écrit par son auteur, parce que c’était et ça reste mon opinion inébranlable sur le sujet, sans prendre en compte l’injustice flagrante et cruelle du harcèlement dont il est l’objet. Comme le dirait très justement Mass Hysteria, « je préfère avoir tort avec l’amour que raison avec la haine ».)
Et donc, nous y voilà. Pour vous dire que C’était ça ou mourir, sincèrement, me semble être un excellent premier roman. Pas parfait, évidemment, mais porté par une âme et une volonté singulières, qui résonnent avec pertinence et force ironie dramatique avec l’actualité, qu’elle soit générale ou particulière.
Pour une fois, je ne vous présenterais pas d’excuses pour une intro trop longue, je pense que son volume est adéquat, et qu’elle s’imposait en l’état.
Et maintenant, au boulot.
Jonas Dorléon est prof d’histoire-géo en Haïti, jusqu’à ce que la guerre des gangs qui dévore le pays vienne frapper à sa porte. Son appartement brûlé, ses espoirs réduits en cendre avec lui, Jonas estime ne pas avoir d’autre choix que de s’exiler. Commence alors pour lui le long parcours de douleurs et d’errance de la migration.
Bien. Bottons d’entrée de jeu le derrière de l’éléphant dans la pièce. De ce que je sais de l’IA générative, elle n’est pas créative. Elle ne sait que régurgiter ce sur quoi elle a été entraînée. Elle ne comprend pas ce qu’elle raconte, elle n’a aucun intention morale ou intellectuelle comme moteur de ce qu’elle associe aux prompts qu’on lui demande. Elle ne crée pas de liens logiques, thématiques ou narratifs entre ses différentes productions, elle n’a pas la mémoire nécessaire pour opérer le moindre rappel ou la capacité d’user pertinemment d’une ellipse, sans parler d’éclater sa linéarité quand c’est opportun : elle n’écrit pas, précisément, elle génère. Dès lors, quand dès les premières phrases de son roman, Thélysion Orélien nous sort des métaphores qui claquent, utilisant des ruptures syntaxiques ou rythmiques extrêmement inspirées pour convoquer des images à partir d’expressions et de phrases qui sans la moindre compréhension poétique ne feraient pas sens, peut-être que je suis trop naïf ou pas assez à jour sur les capacités de ces saloperies de LLM, mais je me dis : oh bah ok, c’est un humain qui a écrit ça. C’est un humain, avec des sentiments et des choses à dire à propos de ces sentiments, nés de son rapport au monde, qui est allé fouiller dans ses tripes, son vécu et celui d’autres personnes qui ont vécu ce qu’il voulait raconter, pour en retirer des expressions vivantes et les mettre en mots pour les partager et les faire vivre. C’est un humain qui a fait une chose humaine, et qui a écrit des choses qui n’ont de sens que pour cielle qui saura les lire de la bonne manière. La machine ne sait pas faire de poésie, elle ne sait que l’imiter : produire ce qu’on lui a appris à identifier comme de la poésie. Elle pense – enfin non, on se comprend – comme tout cuistre, qu’on ne peut produire de la poésie qu’avec des comparaisons alambiquées et des formules ampoulées, parce que le volume fait foi ; alors qu’une phrase courte au bon moment, une ironie bien sentie, une cassure inspirée dans le rythme, n’importe quoi, en fait, peut produire de la poésie, pour peu qu’on le fasse au bon endroit et de la bonne manière. Une machine ne sait pas ça.
Un humain comme Thélyson Orélien, oui.
Si on devait me demander pourquoi je hais viscéralement les IA génératives et leur usage, au delà de leur tendance ecocidaire, de leur inefficacité criminelle, du vol de propriété intellectuelle en série et du gouffre financier auquel elles sont en train de condamner le monde par la faute de quelques connards obsédés par la taille de leur compte en banque – ce qui est déjà pas mal, hein – je dirais que c’est surtout parce qu’elles sont en train de nous voler notre humanité.
Cette saloperie d’IA et son cortège de pratiques puantes est en train de nous amener à nous méfier de tout, tout le temps, et particulièrement de notre prochain. La moindre interaction est corrompue par la possibilité d’une contamination numérique suintant la flemme et l’ersatz d’un bénéfice court-termiste. Et on se retrouve en hyper vigilance permanente, à se demander si cette jolie photo d’un gentil chien est pas fausse, parce que quoi, un connard, quelque part, s’est dit qu’il irait toucher de l’herbe un autre jour ?
À quel niveau de déliquescence morale on est tombé, civilisationnellement parlant, pour que, de deux choses l’une : un auteur décide de raconter toute l’horreur et la résilience d’un migrant haïtien en se servant d’une machine de mort OU qu’un petit groupe de sacs à merde racelards investissant dans l’IA se servent de leur position de journalistes au Figaro pour jeter sous le bus un auteur racisé afin de faire la promotion de l’outil de mort dans lequel ils ont investi ? (C’est l’option 2, au fait, et elle bien pire que la première, quoi qu’il arrive.)
Et c’est quel niveau d’injustice, exactement, pour Thélyson Orélien, de se voir ainsi dépossédé de son texte, de son histoire, de ses mots, de sa vie, par une telle cabale essentiellement fondée sur du vent et des doigts mouillés ? Depuis des jours, combien de personnes pour donner leurs avis sur une situation qui ne les concerne certainement pas au premier chef, et ce sans avoir lu attentivement une seule ligne de son travail ? Sérieusement, ça me fout en rage de constater la vitesse à laquelle certains ont pu se prétendre juges sans jamais rien interroger du roman et de ce qu’il avait à dire avant d’en faire des gorges chaudes, se préoccupant plus de tenir le procès que de questionner sa légitimé. Est-ce qu’on est devenu si intoxiqué à la réaction et au FoMo qu’on a perdu la capacité de simplement se taire en présence de la moindre situation complexe exigeant du temps et du travail pour être analysée correctement? Est-ce qu’une seule personne parmi les grocervos qui s’empressent de se faire mousser à coup de takes douteuses se rendent compte de la violence symbolique qu’ils font subir à cet auteur – à cet être humain, putain ! – en le réduisant aussi promptement à un objet au service de leur image plus que des principes à géométrie variable qu’ils prétendent défendre ? Est-ce qu’ils saisissent l’ironie terrible de lui faire subir ce sort alors même que l’objet de son roman est précisément de raconter la déshumanisation dont sont victimes les migrants à travers le monde ? Est-ce qu’ils se rendent compte comment, en transformant tout en spectacle interactif, ils invisibilisent les luttes qui les alimentent ? Probablement pas. Et même si c’était le cas, je crois qu’ils s’en foutent, tant qu’ils peuvent se payer un quart d’heure de lumière sur son dos. Et c’est à gerber.
Je suis d’autant plus énervé que je suis condamné à moi-même préfacer le moindre aspect de mon opinion à propos de ce roman à cause de tout ce bullshit. Parce que la vérité, c’est que si j’avais du lire ce roman sans toutes ces contraintes exogènes à la con, j’aurais quasiment rien eu d’autre à en dire que du bien ! C’est un bon roman que ce C’était ça ou mourir, merde.
C’est l’histoire simple d’un homme simple qui est prêt à tout pour trouver une vie meilleure, sauf à perdre sa dignité. L’histoire d’un type ordinaire qui pour traverser toutes les épreuves que lui infligent le destin et les hommes les plus cruels de ce monde, se réfugie dans le rire et la poésie, sans jamais s’en servir comme d’un voile lui cachant la réalité de ce qu’il vit aux côtés de ses camarades de souffrance, ses adelphes en solidarité. C’est une histoire qui, racontée comme elle l’est, avec beaucoup de style et un humour qui assume son statut de politesse du désespoir, aurait trop facilement pu tomber dans le tire larmes et le misérabilisme voyeuriste.
Tout comme elle aurait pu tomber dans l’exercice stylisant un peu artificiel, multipliant les figures et les pirouettes, jouant sur beaucoup de registres de langue ou de langages, et la multiplication des métaphores ou autres aphorismes poétiques. De fait, pendant un temps j’ai craint l’overdose potentielle, moi qui me fais une idée très économique du style et de son usage. Le fait est que Jonas, notre narrateur, en fait parfois des caisses, prêtant même régulièrement à d’autres que lui des répliques qui sonnent bien trop belles pour être vraies, ou accumulant parfois un peu trop les efforts poétiques. Tout comme j’ai pu craindre un côté un peu répétitif dans la structure, avec ces fins de chapitres en affirmation cyclique de la détermination de notre héros face à chaque nouvelle épreuve imposée par le destin et ses avatars. Mais j’ai cessé de craindre quand j’ai compris que – sans doute par les vertus d’une certaine projection autofictionnelle de la part de Théryson Orélien – cette pratique forcenée de la poésie et du rire n’était pas autre chose qu’un symptôme des angoisses et traumatismes de Jonas, tout comme cet aspect un brin circulaire n’est pas un symptôme d’une écriture répétitive mais bien celui d’un monde abject qui impose sans cesse à ses habitant·e·s les moins fortuné·e·s de passer encore et encore à travers les mêmes incessants cerceaux. Et du coup, si Thélyson Orélien ou Jonas mettent de la poésie et du rire partout c’est bien parce que bah… C’était ça ou mourir, tiens.
Comment pourrais-je alors ne pas saluer les efforts littéraires d’un texte qui incarne exactement ce que je tiens depuis longtemps maintenant comme la définition d’un bon roman ? Un texte qui aligne autant que possible ses ambitions avec les moyens mis à sa disposition : un texte qui essaie au mieux de faire coïncider son fonds et sa forme. L’histoire d’un homme forcé à l’exil qui ne tient debout qu’à la force de son espoir, incarné par ce qu’il imagine et rêve de possible pour lui et les gens autour de lui, par le biais de la pratique artistique qui lui parle le plus. Un roman pour aujourd’hui, distillat d’aujourd’hui. Un portrait lucide et émouvant d’une injustice chronique et criminelle, de laquelle pourtant certains savent ressortir sans rancune ni biais du survivant, mais avec l’envie de partager leur lumière.
Et vous voudriez me faire croire que c’est l’auteur d’un texte pareil qu’il faudrait ignorer ou faire taire, éjecter de la sélection du plus prestigieux *tousse* prix littéraire du pays ? Alors que dans le même temps un autre auteur – pas racisé – lui aussi ciblé par des accusations autrement plus étayées est laissé tranquille, et je parle pas des casseroles passées qui émaillent l’histoire de ce foutu prix, genre l’année dernière et Kamel Daoud, bordel c’est sans fin. J’ai pas envie de vivre dans un monde où ce serait la finalité de toute cette histoire. (En partant du principe que j’ai raison d’accorder ma confiance à Thélyson Orélien, mais là aussi je suis soulé de devoir faire des ronds de jambe en guise de précaution dès que j’exprime une opinion : monde de merde anyway.)
Bref, voilà. Je pense personnellement qu’en dépit du côté ponctuellement un peu trop littéraire du texte, ce dernier mérite amplement les éloges qu’il a pu récolter avant qu’on essaie de le torpiller pour des raisons mesquines et délictueuses. Il y a là dedans, à mon humble opinion, bien trop de noblesse d’âme, de fulgurances et de punchlines inspirées pour que la thèse de l’IA soit viable. Peut-être que j’ai tort, auquel cas j’aurais l’air d’un con dans le futur : je m’en moque. Ce sera pas la première ni la dernière fois et de toute manière mon sort n’a aucune importance dans cette sordide histoire ; sans compter que je préfère quoi qu’il arrive avoir décidé de prendre le parti qui me semblait être le plus moralement juste, celui de la confiance et de la solidarité, dans un monde qui nous encourage continuellement à la méfiance et à l’égoïsme. Que ce soit dit.
Comme le disait Terry Pratchett dans son fort opportun et intemporel Pieds d’Argile : « Il fallait se ranger du côté des opprimés parce qu’ils n’étaient pas les oppresseurs. » Si vous ne voyez pas ce que cette citation vient faire en conclusion de cette chronique, permettez moi de vous dire que vous faites sans doute partie du problème.
Sur ce, humblement ou pas…
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. (Sauf si vous êtes une grosse merde raciste. Auquel cas, vous pouvez vous faire cosmoschtroumpfer jusqu’aux confins.)

Je ne l’ai pas lu en entier, mais je dois dire que j’ai trouvé le peu que j’ai lu très mal écrit, car beaucoup trop lourd dans ses effets justement. Dès lors, difficile de ressentir de l’émotion, dans mon cas.
Pour le reste, si l’auteur dit ne pas avoir utilisé l’IA, je le crois volontiers, aujourd’hui comme au premier jour de la polémique.
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Bon, je corrige : disons très « laborieux », et toujours AMHA.
Très mal écrit, c’est tout de même violent.
Et très bon article au passage !
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J’approuve la correction. 😉
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Étonnante chronique, le recours à l’ia est flagrant dans ce roman pourtant. Chaque page, chaque phrase presque est stéréotypée, lourdingue… J’aime lire vos chroniques mais là, je suis surprise par votre perception d’un tel texte !
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C’est marrant de prétendre aimer lire mes chroniques dans un commentaire tendant à prouver que vous êtes passée complètement à côté de la thèse que je développe.
Là on peut dire que l’ironie est « flagrante », pour le coup.
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Non, pourtant, c’est bien le cas. Là où je ne vous suis pas, c’est sur le caractère « humain » de cette prose : elle relève typiquement de ce que « produisent » actuellement les LLM. Peut-être par méconnaissance de votre part de ce qu’elles peuvent faire (indépendamment de tout jugement de valeur) avez-vous eu le sentiment d’un texte très humain ? C’est pourtant très mécanique, avec ces fausses oppositions, ces rythmes ternaire, ces métaphores sans queue ni tête…
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Bull. Shit.
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Je suis désolée que vous le preniez comme ça. Pourtant ça saute vraiment aux yeux.
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Merde.
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Mais pourquoi « Merde » ? C’est dommage…
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Je vous dis que vous avez raté le point essentiel de ma chronique et vous vous échinez à essayer de me prouver une impression à coup d’arguments vaporeux sur un sujet dont j’affirme qu’il n’est pas le coeur de cette histoire. Vous m’emmerdez.
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Il me semblait que le cœur de cette histoire justement était la nature de ce texte : IA ou pas ? Et je mentionnais le fait que, de toute évidence, il s’agissait d’ia. Franchement, c’est une prose artificielle, ne le voyez-vous pas ? On est loin d’une Becky Chambers par exemple. En tant que vieille lectrice, je suis frappée par le caractère factice de cette prose. C’est cela qui m’inquiète pour le futur de nos productions littéraires « humaines »…
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Et moi je m’inquiète sérieusement pour vos capacités de compréhension de vieille lectrice si à ce stade vous n’avez toujours pas compris à quel point vous m’êtes pénible.
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C’est triste de répondre ça, à une dame de mon âge, d’autant qu’étant Noire moi-même je n’ai jamais voulu en faire un prisme de mes goûts en tant que lectrice : ce qui compte, c’est la qualité de l’œuvre. Là, elle n’est pas au rendez-vous
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Ah mais vous me trollez en fait. Ok bye.
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« trollez », c’est-à-dire ? Je vous assure que non !
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Merci pour cette chronique, nécessaire et qui met le doigt sur la vraie problématique, au milieu d’un débat public puant.
Ce livre ne fait pas partie d’un registre que je lis habituellement, mais ça m’a donné envie de le lire.
Pour Anna qui visiblement est passée à côté du vrai sujet:
on attaque spécifiquement un auteur noir (aucun « test IA » sur les autres textes nommés au G*******?) sur un récit rare et un sujet politique (la migration)
on promeut au passage de façon éhontément intéressée quelque chose qui contribue au crime supposément dénoncé
on réduit la visibilité de la parole noire
on dénigre le travail d’un auteur noir (incapable d’écrire un livre tout seul, contraint de faire appel à de l’IA?)
on détruit la carrière de cet auteur sur la base d’une accusation non étayée (je m’explique plus bas)
Et il s’agit ici d’un crime bien plus grave que d’utiliser l’IA pour écrire un livre (si c’était avéré).
C’est ça, le sujet.
Le livre de Thélyson Orélien n’a pas été « testé » par hasard. L’auteur a été choisi délibérément, en raison de qui il est, de ce qu’il représente, de ce qu’il raconte, pour être jeté en pâture dans un contexte politique tendu et biaisé médiatiquement.
Nier cette réalité pour se raccrocher à « la vérité » (IA ou pas IA?) une fois que les détails sur la source (et les raisons) des accusations ont été révélés, est d’une grande malhonnêteté intellectuelle.
Mais, Anna, intéressons-nous à « la vérité ».
Il se trouve que utiliser l’IA pour détecter de l’IA, ça fait partie de mon métier. Je ne prétendrai pas être une experte, mais j’ose penser avoir une meilleure compréhension de comment ça fonctionne que le péquin moyen. Et ne serait-ce que par curiosité intellectuelle, je me devais de faire l’exercice, même si je suis d’accord avec l’auteur du blog que ce n’est plus le sujet.
Voici les faits:
L’outil de détection d’IA utilisé pour fonder les accusations indique que 100% du texte a été généré par IA (pas « je suis sûr à 100% que de l’IA a été utilisé pour tout ou partie du texte », non non)
De mon expérience avec la détection d’IA, il s’agit d’un verdict anormalement catégorique, surtout sur texte intégral
En imaginant que le texte originel soit effectivement produit par de l’IA, cela suppose que sur l’intégralité du processus de publication, ni l’auteur, ni l’éditeur, ni un autre intervenant humain n’a édité ou reformulé un paragraphe généré par IA
Je ne connais pas le fonctionnement d’une grande maison d’édition, mais ça me semble assez peu vraisemblable
Si le score avait été dans les 80%, j’aurais dit crédible et profondément honteux. Mais 100% indique un biais manifeste de l’outil utilisé
D’autres outils ont été testés par des journalistes sur texte intégral. Moi-même j’ai soumis des extraits à l’outil utilisé et à d’autres
L’outil utilisé pour l’accusation indique 100% IA sur un extrait d’une centaine de mots (pourtant insuffisant pour émettre un jugement, mais passons). Les autres outils indiquent 0% IA.
Si je modifie une partie de l’extrait et que je le soumets au même outil, je passe très vite à 0% (alors que je devrais passer à 40-60%)
Ces constats ne permettent pas d’établie « la vérité », mais me permettent de me forger mon opinion sur quelle est la « vérité » la plus vraisemblable: un livre 100% IA, ou un biais d’apprentissage de l’algorithme utilisé associé à une intention humaine détestable?
Les extraits lus ne me semblent pas posséder des marqueurs indiscutables de l’IA (des auteurs avec un style stéréotypé et « ces fausses oppositions, ces rythmes ternaire, ces métaphores sans queue ni tête » que vous citez, il y en avait déjà bien avant l’avènement de l’IA, établis, publiés, reconnus et loués pour leurs ouvrages depuis des décennies)
Pour conclure, je ne peux que citer le grand Terry Pratchett dans « La Vérité » (je paraphrase, désolée): « Un mensonge fait le tour de la Terre pendant que la vérité enfile ses pantoufles« .
Quelle que soit la vérité, le mal est malheureusement fait.
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Merci. Coeur avec les doigts.
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Merci pour ton billet, c’est un peu ce que je me disais, que la meilleure chose à faire c’était de le lire ce livre.
Honnêtement je suis probablement incapable de déterminer si un texte a été généré par IA (et puis de toute façon à un moment ça va devenir compliquer de déterminer IA ou not IA quand y’a de l’IA partout jusque dans les correcteurs orthographiques) mais les relents racistes derrière cette histoire ne me plaisent pas du tout.
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Ils sont étouffants. Le différentiel de vitesse dans son jugement et son exécution publique par rapport à d’autres plus favorisés que lui, elle rend malade.
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N’ayant pas lu ce livre, et n’étant que peu attirée par ce genre de texte il y a peu de chances que je le lise, je voudrais quand même te remercier pour cet article super intéressant. Et effectivement, je suis un peu dubitative sur la vitesse et la « certitude » à laquelle CE livre en particulier a été jugé (et force à toi pour les coms).
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Merci. ❤
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Laird Fumble, un grand MERCI pour ce billet ❤
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Excellente chronique. Je ne suis pas spécialement intéressée par ce roman à la base mais, moi aussi, pour ne pas le laisser se faire démonter gratuitement au nom de vieux biais racistes, j’ai envie de le lire. Quand on voit que même un texte de Victor Hugo apparaît généré par IA dans ce soit disant test ça laisse songeur sur son efficacité… Je n’en peux plus de ces IA qui nous isolent et nous séparent en servant des idéologies de fachos.
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❤
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