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Ni d’Ève ni des dents – Episode 9

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Jour 32
Fin de Matinée

On a décidé de faire une sortie. Plus par résignation qu’autre chose, la perspective ne nous réjouit pas des masses, il faut bien l’avouer. Mais tant qu’on a de quoi manger et boire pendant encore quelques dizaines de jours, autant en apprendre un maximum dès maintenant pour ne pas être pris au dépourvu en pleine situation d’urgence. Si on peut récupérer encore quelques stocks supplémentaires et éventuellement de l’essence pour la voiture, on pourra même songer à rejoindre les évacués.
Ceci étant dit, cette hypothèse reste en suspens, on se demande si foncer vers l’est ne serait pas juste la meilleure façon de se faire abattre à vue. Je suis personnellement favorable à l’idée de trouver d’abord un moyen de rentrer en communication avec les autorités.
Bref, on mange, on se prépare des combinaisons pour éviter de prendre trop durement les chocs et on sort en début d’après-midi, direction le sud-est de la ville, qu’on n’a pas encore trop exploré, et dans lequel on espère ne pas trop croiser d’infectés, mais un peu quand même. Risque minimum, mais avec une chance d’en apprendre un peu plus.

Fin de soirée

Bon.
Je pense que j’ai encore un peu de temps devant moi, mais la priorité, c’est de noter des choses utiles dans ce carnet, pas pour moi, mais pour les autres. Eux, et peut être vous, dans une hypothèse plus pessimiste. D’abord, un petit lexique, pour vous situer où on en est, avant de vous raconter ce qui nous est arrivé aujourd’hui. Pour le moment, cinq types d’infectés, qu’on a décidé de nommer de la façon suivante, pour faciliter la communication :
-Affamés : zombies  »classiques », les plus nombreux, bouffeurs de tout ce qui leur passe sous la main. Encore beaucoup de réflexes liés à ce qu’ils mangeaient avant leur infection. Aucune peur, très agressifs. Essaient peu de parler, se contentent de bouffer. On peut les distraire avec de la bouffe, mais elle doit être appétissante selon leurs critères, il faut donc un peu de chance, même si la qualité même de ce qu’on leur donne ne semble pas très importante. On n’a pas encore croisé d’Affamé vegan, mais c’est cohérent, peu des vegans que j’ai connus étaient obsédés par la bouffe.
-Obsédés : On ne va pas tirer de conclusions hâtives, étant donné la pauvreté de notre échantillon test, mais les seuls qu’on a croisé étaient des hommes blancs. Je crois pas avoir à donner de précisions sur leur comportement. Encore une fois, leurs pulsions d’avant comptent plus qu’autre chose, et autant dire qu’on est obligés de protéger Fanny en priorité quand on en croise. Ils ne sont pas très nombreux, ils ne semblent pas avoir gardé le réflexe de se nourrir et de s’hydrater, la plupart de ceux qu’on a croisé étaient secs comme des triques (pas fait exprès celle là), assez amaigris et pas forcément très en forme. Ils demeurent dangereux et très… motivés à atteindre leur but.
-Violents : En vrai, rien à en dire. Tout rouges, ils veulent tout péter. Aucun instinct de préservation. Pas vraiment dangereux. Suffit de les diriger vers un truc où il se feront trop de dégâts pour rester des menaces. Facilement distraits, surtout par le bruit. Presque drôles.
-Effacés : on pense que les proportions de ceux là sont à peu près égales à celles des Obsédés. Ils sont inoffensifs, du moins il nous semble. Ils se contentent de déambuler, le regard perdu, l’allure lente, marmonnant pour eux mêmes. Ils sont très faibles, ne se nourrissent que très peu, comme mécaniquement, s’ils trouvent quelque chose sur leur chemin, mais ne feront pas de détour à moins de buter directement sur un obstacle ou un objet qui les amènerait à changer de direction ou de comportement. On croit en avoir vu un s’exciter sur un magazine porno dans un kiosque. Peut être que c’est une étape de l’incubation. Mais comme on n’a pas vu Francis en passer par là, on reste dubitatif, et prudent, donc on continue à les éviter, comme tous les autres, à moins qu’ils ne nous repèrent.

Pour le cinquième type, autant que je vous raconte comment on en est arrivés à tomber dessus
Donc. On est sorti comme prévu au début de l’après-midi. Carl et Fred devant, Fanny derrière eux et moi en arrière garde, chacun aussi bien couverts que possible, avec des armes allant du pied-de-biche pour moi à la batte de base-ball pour Fred en passant par une raquette de tennis pour Fanny (on avait pas mieux). Carl n’avait rien mais il fait du krav-maga, ça compense. Direction le sud-est, comme décidé ce matin. Pendant quoi… 20 minutes, on est tranquille, on avance bien, on passe les zones déjà explorées par Fanny et moi.

Puis on arrive dans une zone de guerre. Littéralement, le temps de passer un bloc, on passe d’une ville fantôme à des rues où les infectés ont  »décidé » de se rassembler. Difficile de dire si c’est effectivement un choix concerté ou non de leur part, mais toujours est il qu’ils étaient nettement plus nombreux que tous ceux qu’on avait pu croiser jusque là. L’effet de dévastation était surtout criant à cause des dégâts qu’ils avaient causés un peu partout. Vitrines, portes, tout ce qui pouvait laisser la moindre chance de contenir quelque chose avait été ouvert. Une odeur horrible, mêlant stupre, pourriture, sang, excréments, déchets… On est monté tout de suite dans un des premiers bâtiments ouverts, en évitant de les croiser ou de faire du bruit, directement sur le toit, pour les observer de loin et prendre des notes. De là, on a eu toutes les infos que je vous ai donné, en gros. C’était affreux. On a vu un… couple – si on peut appeler ça comme ça – baiser en pleine rue, une femme et un homme infectés qui se sont croisés et… je sais pas, comme reconnus. Ils se sont sauté dessus et ont commencé à presque fusionner à coups de rein. C’était infect. Mais on n’a pas pu s’empêcher de regarder tout le long, comme un accident sur l’autoroute. La violence était incroyable, ils se cognaient partout, sans prêter attention à autre chose que leur faim de sexe. Ils ont du péter deux ou trois vitrines et se sont sans doute infligé quelques blessures. Et puis ils ont fini et sont repartis chacun de leur côté. Comme ça.
On a aussi vu le cadavre d’un chien, quelques rues plus loin, se faire dévorer par un Affamé qui venait sans doute de le tuer, vu l’allure efflanquée et miteuse du pauvre clébard. Ce même Affamé qui a du chasser un de ses congénères de sa prise pendant qu’il le bouffait, à coups de cris gutturaux, toujours ces mêmes grognements baveux et sanguins. Infâme.
Un peu partout, des infectés qui se croisaient sans sembler se voir tant qu’un de leurs intérêts ne leur faisait pas lever les yeux ou la… Mais voilà, au milieu du chaos, un magasin a attiré notre regard. Un magasin de hardware, le premier que nous avons croisé depuis le début de nos recherches pour un moyen de contacter l’extérieur. Nous n’en voyions que le grand panneau publicitaire, au dessus de la porte. Il fallait qu’on tente d’y aller, voir si on pouvait trouver une radio, ou un stock de piles ou quelque chose qui à terme aurait pu nous permettre d’arriver à nos fins. On n’a pas réfléchi très longtemps, et on a décidé d’y aller.
Pas sans piller l’immeuble dans lequel nous étions, d’abord, bien entendu. Quelques sacs bien remplis plus tard, vers le milieu d’après-midi, qu’on a planqués dans le premier appart’ à coté de l’entrée, histoire de ne pas attirer de mauvaises convoitises et de pouvoir les récupérer sur le chemin du retour, et on se mettait en route. Toujours dans la même configuration, mais cette fois ci avec la peur au ventre et la conviction qu’on allait devoir assumer définitivement notre statut de survivants.
Je passe les détails qui me font encore mal au bide rien que d’y penser, et bordel, j’ai pas besoin de ça maintenant ; mais ouais, on a assumé.
Carl a voulu le prendre à la rigolade et commencer à la jouer Legolas et Gimli avec Fred, mais on sentait bien que le cœur y était pas. Le plus terrible, c’est que je sais quand même que c’est moi qui mène. Je sais pas pourquoi mon cerveau a décidé d’enregistrer le score. Peut être pour que je n’oublie pas la réalité de ce qui se passe, que je m’endurcisse. Les vieilles leçons d’un père un peu trop porté sur la morale militaire et les idées old school que certains se font encore d’une bonne éducation à apporter à un garçon. C’est vrai que j’ai pas beaucoup pleuré, en un mois…
Moi : 4
Carl : 3
Fanny : 3
Fred: 1
J’ai même pas hésité putain. Pas un seul putain d’instant. C’est même moi qui aie ouvert les hostilités. Si ça se trouve, ils allaient pas s’intéresser à nous. Je leur ai pas laissé le choix. Le premier Effacé qu’on a croisé, je lui ai explosé l’arrière du crâne. D’un coup de pied-de-biche. Comme ça. Je me souviens, dans ma tête, en boucle : « On peut pas prendre le moindre risque ».
Et autant pour le premier j’ai fait ça relativement froidement, autant, par la suite, c’était moche. Très moche. Les cris du second en ont attiré d’autres. Tout le quartier a du y passer. Je n’ai repris mes esprits que trop tard, alors que le métal de mon pied-de-biche résonnait contre le bitume du trottoir, ne produisant plus le bruit de viande et d’os qu’il avait produit pendant quelques affreuses secondes que mon cerveau a, pour le coup, eu la décence d’en partie effacer de ma mémoire. Pendant que je perdais la tête, les autres ont avancé sans voir dans quel état je me trouvais et se sont rendu compte que le magasin de hardware était verrouillé par un rideau de fer. Sans équipement, c’était pas la peine. Ils m’ont récupéré juste à la sortie de mon pétage de plombs, sans s’en être aperçu je pense, m’ont donné l’info, et on est reparti vers notre immeuble. On a choppé les sacs en passant, et on a foncé. La moitié d’une après-midi. Pour quelques sacs de bouffe et un syndrome de stress post-traumatique. Rentable.
Et puis, à quoi… 200 mètres de l’immeuble, on croise un Effacé. Cette fois ci, pas d’hésitation, on lui passe devant sans lui accorder notre attention, trop concentrés sur l’idée de nous barricader dans notre planque.
Le cinquième type. Les Cérébraux. Il m’a fait un croche-pied alors que je passais à sa hauteur. Alors que les autres sont passés devant moi. Je me suis étalé par terre, et avant que Carl lui explose la gueule, il a eu le temps de m’attraper par le bras, de me relever, et de me mordre la base du cou. Je jure qu’il a gémi de plaisir. J’ai hurlé comme jamais.
Les autres m’ont relevé. Je suis actuellement en quarantaine.

2 comments on “Ni d’Ève ni des dents – Episode 9

  1. muriellerochebrunet dit :

    J’y étais… et j’ai envie d’y retourner… pour connaître la suite 🙂

    J'aime

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