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Le Tour du Disque #11 – Le Faucheur

« Alors c’était ça, être vivant ? Une impression de ténèbres qui vous tiraient en avant ?
[…]
Comment supportaient-ils d’être vivants ?
À l’évidence il fallait être nés comme ça. »

Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais Le Faucheur a toujours fait partie des tomes du Disque-Monde pour lesquels j’avais – et j’ai encore – une infinie tendresse. Autant dire que je l’ai rouvert en toute confiance, autant pour la qualité que je lui prêtais d’office, voyant dans le personnage de La Mort l’un de mes préférés du Disque, à l’instar des volumes lui étant consacrés. Ma seule peur était de manquer de choses à dire en dehors d’un constat assez évident sur sa qualité, puisqu’il est, sans doute à juste titre, un des tomes cités parmi les tous meilleurs des Annales du Disque-Monde.
Et pour autant je demeurai curieux, car mes souvenirs étaient devenus assez flous avec le temps, en dehors du fil directeur et de quelques concepts et scènes clés. Il restait tout le reste de l’ouvrage à reconstituer autour de ces jalons fixes dont je me souvenais très bien, notamment quelques répliques et concepts qui m’avaient marqué, à la première lecture, comme lors des relectures suivantes. Je savais que ce volume était remarquable, et il fallait que je me rappelle bien pourquoi. La réponse tient assez simplement dans le personnage exceptionnel de La Mort, qui porte tout le volume à bout de bras, malgré son relatif effacement. Le constat le plus surprenant se trouvait là lors de ma relecture ; la proportion de présence entre les différents personnages et les intrigues qui les concernent n’est absolument pas favorable au personnage que je croyais être principal et majeur. En résulte un volume bien plus déséquilibré que ce que je pensais, dont les qualités sont en conséquences assez différentes des souvenirs que j’en conservais, mais pas moins importantes pour autant.
Décortiquons tout cela.

La Mort est mis à la retraite anticipée, d’office, par les Contrôleurs de la Réalité, entités neutres commandant au bon fonctionnement de l’Univers. Il paraît qu’il aurait développé une personnalité, faute cardinale dans les instances supérieures. Sauf que son départ précipité met un peu le bazar sur le Disque-Monde. Plus de moissonneur, donc plus de moisson ; les morts-vivants de tous poils se multiplient, pendant que La Mort prend quelques vacances à la campagne pour profiter de sa nouvelle mortalité à court terme. Vindelle Pounze, ancien mage très récemment devenu zombi, doit composer avec sa nouvelle condition dans un monde qui ne semble plus vraiment savoir dans quelle direction aller. Il sera aidé par le Club du Nouveau Départ et ses anciens collègues mages, même si leur aide est pour le moins discutable en terme d’efficacité. À se demander si le Disque-Monde survivra à la mort de La Mort.

« […]Les vivants ne perçoivent jamais la moitié de ce qui se passe réellement autour d’eux parce qu’ils sont trop occupés à vivre. »

Premier constat de taille, on peut presque considérer que par ses thématiques et ses personnages, au delà de sa simple proximité chronologique, Le Faucheur constitue une suite quasi-directe des Zinzins d’Olive-Oued. On retrouve en effet des échos et continuités, à la fois dans l’intrigue et dans les réflexions qu’y mène Terry Pratchett, notamment sur les questions de l’auto-détermination et de la projection de sa propre image. On pourra citer en particulier VIndelle Pounze et le Club du nouveau départ, présidé par Raymond Soulier (que nous recroiserons plus tard dans le cycle du Guet), abordant par le biais des mort-vivants la question de l’exclusion sociale, en partie liée à cette question de l’image, à la fois projetée et subie. Vindelle, en tant que nouveau zombi, constitue une parfaite passerelle entre les monde des vivants, des morts et des non-morts/mort-vivants/monstres, représentations variées des mondes de la normalité et de la marge, à la sauce Disque-Monde. Alors qu’il vient d’acquérir l’immortalité, tout son arc de progression dans le roman tourne autour de ses prises de conscience et de ses réflexions à propos d’une seule véritable question : qu’est ce que c’est, finalement, être vivant ? En cela, La Mort se trouve donc à l’autre extrémité du spectre, puisque de créature anthropomorphisée de nature cosmique immortelle, il devient mortel malgré ses capacités et caractéristiques primaires inchangées, et doit donc se poser les mêmes questions du point de vue complètement opposé, alors qu’il a été spectateur de la vie pendant si longtemps sans avoir jamais été amené à réellement se poser de questions à ce sujet.
Dans une optique similaire, Terry Pratchett continue de creuser le cosmopolitisme du Disque en intégrant les morts-vivants et créatures surnaturelles à la vie globale, et particulièrement d’Ankh-Morpork, à sa façon si singulière, aussi parodique que satirique, poussant les concepts dans leurs derniers retranchements logiques comme lui seul sait le faire. Tout comme les Nains pourront pendant un temps incarner la figure de l’étranger, les « autre-vivants » incarnent à merveille une autre frange marginale de la vie Morporkienne, avec ce que cela peut suggérer de militantisme, de solidarité, de nécessité d’acceptation de soi et d’exclusion malheureuse de la « vie » courante. On verra donc passer un croque-mitaine agoraphobe, un banshee timide obligé d’écrire ses cris sur des bouts de papier ou un comte vampirique qui suit le mouvement surtout pour faire plaisir à sa femme, quand bien même cette dernière n’est pas vraiment une vampire elle-même, faute de morsure. Terry Pratchet inclut des marges dans les marges habituelles ; il ajoute de l’absurde au surnaturel, et ce faisant, intensifie le rire sans pourtant perdre en sens, et c’est quand même assez délicieux à lire comme à analyser.

« JE NE SUIS PAS SÛR QU’UNE NOTION COMME LE BIEN EXISTE. OU LE MAL. ON FAIT FACE À DES SITUATIONS. C’EST TOUT. »

Cependant, il est assez intéressant de noter qu’à mon goût, si ce cosmopolitisme a un sens analytique et une portée politique indéniables, il est utilisé assez subtilement, puisqu’il n’est pas ici un enjeu premier de l’intrigue. Vindelle Pounze, une fois mort-vivant, n’est aidé par ses anciens collègues mages que lorsqu’il s’agit de le faire revenir à un état qui leur paraisse naturel ; à savoir vivant ou mort, mais pas les deux en même temps. De la même manière, ce n’est que lorsqu’il est accueilli par Raymond Soulier et le club du Nouveau Départ que Vindelle est accepté tel qu’il est sans qu’on ne remette en question son état, il n’est qu’un zombi de plus pour eux, ne nécessitant pas d’effort de « conversion » à produire, mais seulement un effort de solidarité et d’adaptation, puisqu’il est, de fait, l’un des leurs. Le fait qu’il arrive au Club du Nouveau Départ est certes un élément comique inséré par Terry Pratchett mais participe tout de même de son fonctionnement habituel, poussant la logique à fond au sein de quelque chose d’absurde selon nos standards. Et pour autant, beaucoup des spécificités des personnages ne sont pas là comme des outils nécessaires à l’intrigue, ou des éléments de caractérisation gratuits. Car bien que bien que bon nombre de ces éléments soient utilisés pour ajouter de l’humour au récit, ce n’est jamais ou rarement au dépens de ces personnages, mais bien comme des vraies forces motrices de leurs personnages. Les personnages existent dans la narration grâce à ces spécificités, et non pas parce que cette narration avait besoin de ces spécificités, mais bien parce leurs spécificités font qu’ils existent au sein de cette narration. J’insiste sur cet aspect car il me paraît essentiel à la compréhension que je fais de l’oeuvre de Pratchett dans les Annales ; en intégrant autant de marginaux et de personnages différents des canons habituels de la fantasy ou de l’Imaginaire en général (et donc de la littérature), en s’écartant autant des clichés à dessein, Pratchett ouvre énormément de perspectives, à la fois dans son propre univers et dans ceux qui restent à créer pour les auteurices à venir après lui. Mais en ne faisant pas de ses marginaux des éléments détonants d’un décor délirant, il leur confère paradoxalement une sorte de normalité ; et toujours avec une réelle bienveillance, puisque ces personnages eux-mêmes sont conscients de leurs spécificités et en jouent pour mieux en faire des forces qui leur appartiennent en propre. Si tout le monde prend conscience de ses propres différences, alors, d’une certaine façon, tout le monde est normal, puisque finalement, personne ne l’est vraiment ; c’est absurde sans l’être, et j’aurais tendance à dire que rien ne définit mieux le génie de Pratchett que cette formule. Ironiquement, quelqu’un de parfaitement normal, dans le cadre du Disque, ou même le nôtre, sera bien plus inquiétant que quelqu’un d’un peu « différent ».

« CE N’EST PAS PARCE QU’UNE CHOSE EST UNE MÉTAPHORE QU’ELLE N’EST PAS RÉELLE. »

Mais pour insister quelque peu sur la continuité thématique entre Le Faucheur et son prédécesseur, malgré sa claire indépendance, il me faut impérativement revenir sur certains éléments qui font indubitablement le pont entre les deux, à savoir, entre autres, les mages et les dimensions de la Basse-Fosse. Si les mages ne prennent pas encore dans ce volume ce que j’appellerais avec légèreté leur « forme finale », ils font montre tout de même d’un certain nombre d’évolutions qui deviendront définitives par la suite et n’attendront plus que quelques ajouts et modifications pour atteindre leur perfection d’absurde comique dans les volumes à venir. Le premier aspect définitif est l’apparition des « noms », ou plutôt fonctions officielles, des mages accompagnant l’archichancelier, avec leurs caractères propres et le début de la folie de l’économe. Le second aspect, et sans doute le plus important, qui sera même directement formulé par Pratchett lui-même par la suite, est leur nature commune « d’éponge à réalité ». Le chaos causé par le trop plein d’énergie vitale se répandant à travers le disque imprègne les mages plus que tous les autres êtres vivants sur le Disque et les affecte profondément, les amenant par ce simple constat à l’obligation d’agir, malgré leur incapacité totale à gérer efficacement la situation autrement qu’en balançant des boules de feu partout. En considérant le rôle symbolique que Pratchett leur prêtait déjà auparavant, dans Sourcellerie par exemple, malgré leur évolution forcée par l’apparition dans la hiérarchie d’un Mustrum Ridculle – seul mage doté d’un nom propre pour le moment d’ailleurs – bouleversant toutes leurs habitudes, force est de constater leur inertie et donc l’inutilité de leur institution comme de leur pouvoir. La signification est forte ; ces hommes ne réagissent que lorsque les turpitudes d’une vie extérieure à leur Université menace leur mode de vie en les atteignant directement. Ils ne se battent que pour le statu quo. Et malgré leurs échanges humoristiques, force est de constater à quel point ils sont humainement antipathiques. Ils commencent à devenir la cible de la satire de Terry Pratchett plus que ses munitions, une évolution déjà amorcée dans Les Zinzins d’Olive-Oued. Ils sont très drôles, mais très souvent malgré eux.
Dans cette optique, on retrouve encore le choix curieux d’une menace invisible et assez indescriptible dans les globes à neige apparaissant spontanément dans les stocks de Planteur J.M.T.L.G, qui s’empresse de les vendre tant qu’un profit est possible. Une menace encore une fois peu explicitée, évoquant les mythes de Chtulhu, mais ne bénéficiant pas d’un traitement exhaustif, au contraire, n’étant finalement qu’une émanation de plus des Dimensions de la Basse-Fosse. J’aurais même tendance à croire que Pratchett lui-même ne trouvait pas un goût démesuré dans ces antagonistes puisqu’il me semble que nous ne les recroiserons pas beaucoup voire pas du tout par la suite. J’appuierais cette idée par le manque de conviction dans la plume de l’auteur lorsqu’il s’attelle aux séquences les concernant ; à mon goût les scènes se déroulant dans ce à quoi ces globes donneront « naissance » manquent cruellement de clarté et de véritables enjeux par moment et ne sont franchement pas captivantes, d’autant plus qu’elles n’ont aucun véritable lien avec les Contrôleurs de la Réalité, qui sont les véritables antagonistes du roman malgré leur absence remarquable de la majorité du roman. Je n’ai pu me consoler de leur absence que par le fait de savoir qu’ils reviendraient plus tard en bien meilleure forme, j’en profiterai sans doute pour en parler en détail à ce moment-là. Leur traitement ici ne constitue que la pointe d’un iceberg passionnant dans la continuité des cibles favorites de Terry Pratchett sur lequel je reviendrai, là aussi, lors de leur retour, pour ne pas surcharger cette chronique (#teasing). On peut cependant constater une dichotomie intéressante entre ces deux antagonistes, représentant l’Ordre pour les Contrôleurs, et le Chaos pour les Dimensions de la Basse-Fosse, les premiers étant discrets, sournois et extrêmement efficaces quand les seconds sont brouillons, pas très subtils et très vite dépassés. On comprend assez facilement pourquoi Pratchett choisira de faire la transition vers les premiers à partir de là pour la suite des romans du Disque, ils offrent de toute évidence bien plus d’options pour pouvoir s’exprimer à travers eux, sans compter qu’ils lui offrent une nouvelle occasion d’exploiter un trop classique de la fantasy à sa manière pour en faire quelque chose de neuf qui lui appartient.

« Si on aide quelqu’un en chemin […] , alors on ne vit pas sa vie […] en vain. »

Et c’est là que je dois écrire sur La Mort. Et Pierre Porte, son alter ego le temps de ce roman, incarnant la vision de l’humain que La Mort entretient, et dont j’aime à croire qu’elle cohabitera avec lui bien longtemps après, même si les mentions en seront rares voire inexistantes. Mes souvenirs étant parfois si flous, je préfère ne pas prendre de paris. Mais si d’un côté nous avons les péripéties concernant Vindelle Pounze s’interrogeant sur qui il était avant de mourir et renaître, La Mort s’interroge donc sur qui il va être dans le laps de temps qu’il a pour vivre, avant de devoir mourir à son tour. Vivent donc en lui ses deux personnalités : La Mort lui-même, dans toute sa puissance et habité de souvenirs , et Pierre Porte, qui n’existe que parce que La Mort ne peut pas exister vraiment comme un être vivant – et donc mortel – à part entière, dans un monde qui de toute évidence n’est pas fait pour lui. Juste ce postulat de départ dans un contexte comme celui du Disque est brillantissime, et son traitement ne l’est pas moins, d’une humanité confondante. La Mort comme Pierre Porte sont deux entités différentes et pour autant rigoureusement identiques, ne représentant finalement que les atermoiements et désirs contradictoires du Moissonneur qui ne sait plus vraiment qui il est, à défaut de ce qu’il était avant de se faire virer de la fonction dont il tirait toute son humaine fierté, comme un malpropre. À force de côtoyer les humains, bien malgré lui, La Mort est déjà un peu devenu humain.
À cet égard, plutôt que de traiter les interrogations de Pierre Porte directement, Pratchett préfère les faire transiter par son rapport à Mademoiselle Trottemenu, sa logeuse et patronne, ainsi qu’avec le reste du village dans lequel il a choisi de s’installer pour ses « vieux jours ». Il apprend à être humain non pas de l’extérieur comme il pouvait tenter de le faire lorsqu’il était La Mort, mais bien de l’intérieur, et n’en apprenant que mieux, précisément parce qu’il est devenu mortel. La perspective de la mort elle-même lui donne les clés de la compréhension de la vie qu’il pensait ne jamais pouvoir comprendre tant qu’il y était totalement extérieur. Terry Pratchett, à travers La Mort et son combat contre les Contrôleurs de la Réalité, dessine ici les quelques lignes d’un combat qui sera le sien des années plus tard. Choisir comment vivre, c’est aussi choisir comment mourir, mais mourir n’est pas qu’un instant, c’est un processus, comme la vie elle-même ; il est juste difficile de discerner le moment où l’on bascule de l’un à l’autre. Au travers des personnages que Pierre Porte croise et à qui il décide d’accorder du temps – littéralement – il décide de sa vie, et donc de l’héritage que sa mort laissera, comme une onde sur l’eau après avoir plongé.
Toute la partie du récit consacré à La Mort est remplie à ras bords d’objets et d’instants profondément symboliques qui, au delà d’être souvent drôles, sont surtout d’une poésie rare et simple, aux multiples interprétations, qui touchent sans cesse juste. Et c’est pour cela que cette partie du roman, bien que beaucoup plus tassée que le reste, en est d’autant plus puissante ; parce qu’elle détonne. Je pourrais évoquer un déséquilibre, un contraste dommageable entre les parties consacrées à Vindelle ou aux mages par rapport à celle consacrée à La Mort. Mais ce contraste est au contraire extrêmement profitable, il met en évidence la profondeur de cet aspect du récit par rapport aux autres qui, bien que ne manquant pas de pertinence, ne tapent pas autant au cœur, parce que ne bénéficiant pas de sa sobriété.

« Le Disque-Monde… Monde et miroir des mondes. »

Et dire que j’avais peur de n’avoir pas grand’chose à dire sur ce volume en le refermant, par peur de tourner en rond sur les sempiternels mêmes compliments, de devoir simplement en lister les quelques défauts, pour me rendre compte, finalement, qu’ils n’en étaient pas vraiment. Peut-être me suis-je piégé tout seul dans une certaine forme de flagornerie stérile, car allé très (trop ?) loin dans l’analyse du roman, j’y trouverais alors des choses que Terry Pratchett lui-même ne voulait pas qu’on y voie. Difficile de trancher autrement qu’en disant que notre rapport à un ouvrage seul est sacré, une relation privilégiée et unique que personne ne peut nous disputer. Le fait est qu’en tentant de décortiquer mon sentiment sur Le Faucheur, dominé par une certaine mélancolie heureuse en le refermant, j’ai compris plus précisément pourquoi j’éprouvais à son encontre une telle tendresse sans pouvoir l’expliquer. Jusqu’à aujourd’hui, donc.
Dans ce roman, Terry Pratchett dévoile à demi-mot ce qui m’a attaché à lui par la suite, lorsque j’ai commencé à trouver dans ses écrits ce que je voulais trouver dans ma vie. Un attachement à la sobriété, au pragmatisme et aux rapports humains dans ce qu’ils ont de plus noble. Par son sens de l’observation et du détail, Pratchett est capable de donner vie à la moindre scène en y apportant ce qu’elle a de plus humain. Une réflexion d’un personnage suffit parfois à donner corps à toute une réalité autour de lui, autant dans l’espace que dans le temps. Encore aujourd’hui, bien des années après l’avoir lue pour la première fois, la réflexion de Vindelle Pounze zombi qui se demande pourquoi son ego lui faisait prétendre avoir connu des choses qu’il ignorait de son vivant me reste encore comme un mantra d’une puissance inouïe. Et je me dis qu’en une seule phrase, Terry Pratchett m’a appris l’humilité comme personne d’autre ou presque n’a su le faire. Tout simplement. Et ce n’est qu’un seul exemple de sa capacité inouïe à distiller une sagesse, une humanité d’une profondeur unique qui aura su si souvent me toucher.
Et je comprends enfin aujourd’hui pourquoi Le Faucheur m’a tant conquis, comme il en a conquis tant d’autres. Parce qu’au delà d’être drôle et intelligent comme l’immense majorité des Annales, ce roman est beau, divin d’humanité. Ce roman a su m’émouvoir, encore aujourd’hui, après déjà tant de relectures, moins attentives que celle-ci, j’en conviens. Terry Pratchett y saisit du bout de la plume des valeurs qu’il saura ériger par la suite comme cardinales, comme la valeur de la transmission, de la solidarité et de la camaraderie face à l’arbitraire et à la stupide banalité du mal. Et tout ça sans les nommer directement, simplement en les faisant vivre, notamment dans sa conclusion, que j’avais criminellement oubliée, mais que je n’oublierai plus jamais. Du moins je m’en fais la promesse, jusqu’à ma prochaine relecture.
Au prochain épisode, donc.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

12 comments on “Le Tour du Disque #11 – Le Faucheur

  1. Symphonie dit :

    Très bonne analyse comme toujours ^^
    Je m’aperçois par contre que ça fait vraiment longtemps que j’ai lu le cycle de la Mort, parce que je ne me rappelais absolument pas de tout ça 😅

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup ! 🙂
      Encore une fois ça prouve à quel point ses romans étaient riches sans parfois payer de mine. =)

      Aimé par 1 personne

      1. Symphonie dit :

        Je crois que c’est pour ça que je les aime autant. Tu peux les relire des dizaines de fois et découvrir de nouvelles strates

        Aimé par 1 personne

  2. Noob dit :

    Je n’ai pas grand chose d’intelligent à dire, j’aime beaucoup Le Faucheur mais plus pour son aspect mélancolique. Merci pour cette chronique qui vient du cœur ! =)

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      C’est vrai que j’aurais pu insister sur cet aspect, mais j’étais sans doute un peu trop concentré sur tous les autres aspects que j’ai redécouvert en plus de celui-là.
      Merci. =)

      J'aime

      1. Noob dit :

        Au contraire, cet aspect mélancolique est celui qui saute aux yeux. Tu es allé plus loin, et c’est super intéressant ! =)

        Petit aparté : je me demande si tu connais Mark Oshiro ? Il a chroniqué sa lecture/découverte du Disque-Monde (et de *beaucoup* d’autres livres), c’est intéressant d’une autre façon vu qu’il ne connaissait vraiment pas le Disque : http://markreads.net/reviews/category/past-books/discworld/

        Aimé par 1 personne

      2. Laird Fumble dit :

        Je ne connais pas non. Mais j’avoue qu’en anglais et partie par partie, la démarche est bien trop laborieuse pour ma faible patience. Mais je suis content de voir qu’une telle initiative existe. 🙂

        J'aime

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