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Le Tour du Disque #13 – Les Petits Dieux

« Autoure du dieu, il se forme une carapace de prières, de cérémonies, de bastiments, de prestres et d’autorité, jusqu’à ce que le dieu finisse par mourir. Et il se peust que nul ne s’en apersoive. »

J’avoue, j’ai mis le temps pour m’y remettre. Mon problème avec un roman comme Les Petits Dieux, c’est qu’il m’a profondément marqué, et qu’il met beaucoup – voire une majorité – de fans de Terry Pratchett d’accord sur sa qualité. J’ai déjà exprimé ma crainte de ne pas pouvoir rendre complètement justice à un volume des Annales après sa relecture ; j’avais déjà ce sentiment avant de relire celui-ci. Je savais déjà qu’il tenait du chef d’oeuvre dans mon coeur. J’était donc partagé entre l’excitation de la relecture, de la redécouverte de toutes ces petites choses qui avaient su me séduire et m’émerveiller lors de mes premières lectures ; et l’angoisse complète de tourner en rond sur les mêmes compliments, incapable de pouvoir exprimer plus de choses qu’une admiration béate.
Le souvenir était presque trop clair ; une satire d’une clarté et d’un mordant légendaire sur les mécanismes du dogme religieux, émaillée d’instants de délire tout Pratchettiens, avec des personnages aussi marquants qu’à l’habitude ; rendus encore plus puissants par le contexte unique d’Omnia. Un one-shot, sans lien direct avec les grands arcs et cycles habituels, avec les avantages et inconvénients que cela suggère au sein d’une saga aussi dense que les Annales du Disque-Monde. La question n’allait pas être de savoir si mon sentiment d’adoration allait disparaître ou être tempéré, il allait s’agir de bien analyser pourquoi ce roman fonctionne aussi bien, au moins pour moi. Et bon dieux, quel plaisir ç’a été de tout redécouvrir et d’y réfléchir en même temps. Mon jugement n’a changé que pour le meilleur. je comprends encore mieux pourquoi j’aimais tant ce roman, pourquoi il est si fort, et donc pourquoi je l’aime encore plus qu’auparavant. Et je m’en vais tâcher d’expliquer tout ça. Si vous voulez bien me suivre.

« La foi change. Les gens commencent par croire au dieu et finissent par croire à la structure. »

En Omnia, la théocratie se sclérose. Et Om, le dieu qui devrait en être directement responsable, en est plus conscient que quiconque. Faute d’un réel nombre de fidèles ayant vraiment foi en lui, et donc privé de puissance, il est réduit à l’état d’une petite tortue borgne. Par chance, il rencontre Frangin, novice, semble-t-il le dernier humain à croire encore en lui avec ferveur et sincérité. Avec lui, il va tenter, doucement, de faire renaître la foi au sein de son Eglise, plan contrarié par Vorbis, diacre exquisiteur, de facto à la tête de la Quisition, branche de l’Eglise omnienne directement responsable de la disparition de la foi véritable au sein de la population, la remplaçant insidieusement par la peur. Il va sans dire que ce ne sera pas simple, loin de là.

« La peur est un terreau singulier. L’obéissance y pousse comme du blé, lequel croît en rangs où le désherbage est aisé. Mais il y pousse parfois les pommes de terre de la méfiance, lesquelles se développent sous terre. »

Le meilleur point de départ est sans doute le statut de complet stand-alone de ce volume, qui le détache de facto du reste des Annales du Disque-Monde, puisque le dernier tome qui peut se vanter d’un statut similaire est Pyramides, quelques 6 publications en arrière, et que le suivant se trouvera 13 publications plus tard, avec La Vérité. Qu’un roman du Disque se classe hors des cycles traditionnels en dit déjà long sur lui, puisque son sujet ne peut se rattacher à aucun des personnages déjà existants. Il s’agit toujours de construire de zéro une problématique nouvelle avec en seule toile de fond le Disque-Monde et ce que ses lecteurices en savent déjà, sans éventuellement perdre de nouveaux yeux. Un double enjeu, entre world-building demandant d’exposer beaucoup de détails et économie de moyens pour éviter des redites qui pourraient s’avérer pénibles. À cet égard, il est assez impressionnant de remarquer que Les Petits Dieux peut tout à fait se lire sans avoir rien lu ou presque du reste des Annales, mais qu’avoir lu les tomes précédents confère un poids supplémentaire à une partie des thématiques qu’il développe. On peut en effet constater des échos puissants de Pyramides et d’Eric, notamment, qui me laisseraient volontiers penser que ces derniers constituaient des échauffements de la pensée de Terry Pratchett, sans rien enlever de leurs qualités intrinsèques. On peut notamment retrouver le développement de l’idée d’une hiérarchie divine spécifique au Disque. Mais s’il développe de nouveau certaines idées abordées dans des tomes précédents, il est parvenu à leur donner une nouvelle qualité synthétique qui frappe plus fort et les impose comme des évidences, pour mieux développer à partir de ces dernières de nouvelles idées bien plus intéressantes, ou en tout cas, novatrices au sein des Annales. Si on n’a rien lu d’autre du Disque, c’est un élément de réflexion supplémentaire à toutes les problématiques soulevées par le roman, et si on en a déjà lu, ce n’est qu’un autre point de départ.

« Le peuple omnien vivait dans la crainte divine.
Il avait de quoi craindre. »

Dans Les Petits Dieux, Terry Pratchett nous parle donc – entre autres – religion et autorité, en prenant bien garde de différencier religion, foi et dogme ; cette nuance constituant sans doute le cœur de sa réflexion, et celle de ses personnages, sur lesquels je reviendrai, puisque leurs différences symbolisent bien ces nuances. À cet égard, il faut saluer la profondeur de l’idée, pourtant simple en elle-même, de faire dépendre l’existence des dieux de la foi de leurs fidèles, créant de fait une relation d’interdépendance, qui sera elle aussi au cœur de la réflexion générale du roman. Ce roman entier est une longue réflexion sur la nature de la foi, pour les croyant·e·s, les dieux et déesses, mais aussi et surtout pour cielles qui sont censé·e·s faire l’intermédiaire entre les deux. L’idée est que dès que la religion s’organise, instituant des rapports d’autorité au sein de la foi, celle-ci disparaît peu à peu au profit de la crainte, des contraintes, et même de la violence. L’organisation de la religion serait donc synonyme de la dépossession de l’intention originelle. Car tant que la foi est partagée entre un nombre réduit de fidèles, par la force des choses, le dialogue est simple et vierge de rapports de pouvoir. Ce qui est symbolisé et explicité par la relation entre Frangin et Om, qui ne se souvient presque jamais d’avoir dit aux anciens prophètes ce qu’ils ont par la suite fait écrire dans leurs Livres. L’organisation d’une religion signifie nécessairement l’établissement de rapports de pouvoir, et donc la corruption qui va avec, tant dans les rapports humains que dans les messages transmis. Et de là, manipulations, mensonges, et des institutions comme la Quisition. On ne protège pas la foi, mais une idée de la foi, il n’y a plus d’amour d’un dieu, simplement sa crainte, un « intérêt » à croire, dépossédant de leur foi jusqu’aux croyant·e·s iels-mêmes, qui ne finissent plus que croire à la punition pour n’avoir « pas bien cru ». Exit l’idée même de la carotte, seul n’existe plus que le bâton. Croire en quelque chose n’est pas croire en ce que ce quelque chose peut nous apporter, en bien ou en mal. Peut-on encore parler d’une réelle foi lorsqu’on en vient à pronostiquer l’arrivée d’un prophète et à ritualiser son intronisation ? Et si au sein du Disque-Monde, ce message revêt un sens particulier, puisque la relation d’interdépendance entre les fidèles et leurs dieux et déesses y a un sens précis ; le parallèle avec notre monde, via ce bon vieux miroir déformant, demeure assez simple à faire, au moins dans le sens de l’autorité et de la politique, puisque nous partons d’une théocratie.

« Si tu dénatures l’esprit des gens uniquement parce que tu veux qu’ils croient en toi, ce qu’ils font est entièrement de ta faute. »

À cet égard il faut bien creuser un enjeu central du roman, à savoir le De Chelonian Mobile, pamphlet informatif sur la cosmologie du Disque, écrit par le formidable Honorbrachios, philosophe éphébien, improbable alter ego de Diogène, une sorte de sage sauvage, qui prend également temporairement la place de Galilée pour les besoins du récit. Il y explique, preuves à l’appui, que le Monde dans lequel nos personnages évoluent est un Disque sur le dos de quatre éléphants, eux-mêmes sur le dos d’une Tortue, et non une sphère évoluant autour d’un soleil. Ce qui aurait pu n’être qu’un MacGuffin humoristique, au delà de renverser nos idées préconçues sur ce qu’il est logique de croire ou non en fonction du contexte dans lequel on évolue, est révélateur d’un problème de l’Eglise d’Omnia qu’elle partage avec d’autres instances politiques dictatoriales, à savoir le contrôle pathologique de l’information. Le problème de voir se développer une croyance au dogme, n’est pas tant le problème que la défiance qu’elle suggère de fait. Laisser contester ce modèle cosmologique, c’est laisser la porte ouvertes à d’autres réformes idéologiques, et donc à la contestation généralisée, et à la remise en question du modèle gouvernemental. Or, l’autorité ne peut souffrir la contestation, elle s’enferme donc dans le conservatisme, les contradictions et les raisonnements circulaires afin de continuer à asseoir son autorité sur la seule légitimité de la peur et des arguments d’autorité, justement. Il ne s’agit déjà plus de faire vivre la foi, il ne s’agit que de faire taire les voix dissonantes, sans même penser à la possibilité de l’harmonie.
Toute l’ironie étant que la dissonance surgit sans même avoir poursuivi ce but. Honorbrachios a écrit ce pamphlet presque pour s’amuser, sans aucune volonté d’atteindre Omnia, puisqu’il en est loin, et qu’il a mieux à faire que de déclencher des révolutions. Cependant, il représente à son corps défendant l’ennemi d’un pouvoir tel que celui de l’Eglise, libre penseur, ne s’arrêtant à aucune limite dogmatique ou idéologique autre que la réflexion pure et l’envie de toujours en apprendre philosophiquement plus, la philosophie éphébienne constituant un pendant de la science sur le Disque, avec les fantaisies que cela implique. Pratchett n’oppose cependant pas frontalement la religion et la philosophie/science, mais plutôt les attitudes dogmatiques contre celles plus aptes à l’adaptabilité et la remise en question, accordant une grande importance à la capacité de dialogue et de doute. Si le dogme religieux est ici la cible principale des critiques, la science en prend aussi pour son grade, quoique plus légèrement, au travers notamment du personnage de Tefervoir, neveu d’Honorbrachios, ou des philosophes éphébiens. Il y a fort à parier, pour ces derniers, que Terry Pratchett n’a pas pu résister à l’envie de les inclure à nouveau après leur séquence mémorable dans Pyramides, pour une autre séquence non moins mémorable, révélatrice d’autres travers.

« Il fallait un esprit comme celui de Vorbis pour concevoir les représailles avant d’ouvrir les hostilités. »

Et puisque on parle de mémorable, il est largement temps d’évoquer la grande force du roman, à savoir ses personnages (personne n’est surpris). L’enjeu de leur confrontation est autant de creuser les différents aspects de la foi que d’en généraliser les questionnements à d’autres problématiques, au travers notamment d’un jeu sur les perceptions et la nature profonde de la réalité. Le roman est ainsi traversé par l’idée que les récits, religieux mais pas seulement, ne sont finalement qu’une mise en mots possible parmi tant d’autres. La nature des récits, la réalité de ce qu’ils racontent ne nous parviennent jamais vraiment. Les miracles ne sont que de belles histoires qui transmettent un sens, et un labyrinthe de mensonges est parfois la seule voie vers une vérité plus profonde, ou l’inverse. Une mise en abyme audacieuse, où la fiction déconstruit d’autres fictions et en évoque d’autres, continuant donc en sourdine le travail de Terry Pratchett sur la puissance des histoires, au gré d’une histoire en partie basée sur d’autres histoires. Il suffit alors de décaler quelques curseurs, de faire un ou deux pas de côté pour se rendre compte qu’il ne raconte pas qu’une seule histoire, mais un bon nombre à la fois, par un habile jeu de correspondances et de symbolismes ; entre les personnages, mais aussi entre leurs actions.
Et au delà de leurs forces personnelles et spécifiques, de leurs souffles, justement, tous ces personnages représentent bien la capacité inouïe de Terry Pratchett à lier un discours direct et un discours allégorique, en liant les deux de façon quasi invisible. Vorbis et Frangin, puisque c’est d’eux qu’il s’agit surtout, sont autant eux-mêmes que ce qu’ils représentent, au sein du récit et dans la symbolique que ce dernier est censé exprimer ; c’est pour ça que j’aime autant ce roman. La démonstration se fait par l’affect autant que par les arguments exprimés, à demi-mot ou plus frontalement. Si Frangin est donc ce garçon un peu pataud mais fondamentalement honnête et de bonne volonté, un diamant d’innocence, il représente la foi sincère, sans autre raison d’être que son existence propre. De son côté, Vorbis est, des paroles d’Om lui-même, « une bille d’acier », imperméable au changement, malfaisant par intérêt et par curiosité, ne voyant qu’un profit à toutes ses actions, sans la moindre capacité de remise en question, sans autres affects que ceux lui permettant d’arriver à ses fins ; son but étant l’accroissement du pouvoir, sans autre raison d’être que l’idée en elle-même, née d’années de dévoiement de la foi qu’il croit défendre mais qu’il s’échine à détruire. Il est le produit de décennies d’oubli, d’une coquille vide, d’une sculpture de vernis. À eux deux, ils forment les deux faces d’une même pièce, virevoltant sans cesse en l’air sous l’impulsion de la pichenette primordiale d’Om, attendant de voir sur quel côté retomber, à l’instar de toutes les religions ou presque, dépendant du bon vouloir des gens à choisir un camp plutôt qu’un autre.

« Tu ne peux pas te servir de ta faiblesse comme d’une arme.
– C’est la seule que j’ai. »

Mais si Frangin est un diamant brut, il est capable d’évoluer, de se laisser tailler par les circonstances, et c’est là sa force. Son innocence lui confère une réelle capacité à la pensée transversale, non corrompue par une quelconque ambition, il voit les choses différemment, toujours vierge d’influences autre que son envie de bien. En se confrontant à Om, il se confronte à la réalité fondamentale de ses croyances, mais il confronte aussi Om aux conséquences de ses actes. Leurs échanges représentent l’essence de la religion dans ce qu’elle a de plus noble, un dialogue permanent entre ce que les dieux peuvent apporter à leurs fidèles, ce que les fidèles peuvent apporter à leurs dieux; les deux étant à égalité dans le don et dans l’exigence. Om et Frangin se nourrissent mutuellement, s’apportant des ressources humaines et intellectuelles, qui les font grandir tous les deux, figurativement et littéralement, en profitant d’autant plus quand ils cessent d’y chercher un profit, mais plutôt une forme de stabilité et d’équilibre qui profiteraient à tous. Vorbis, au contraire, n’est qu’un parasite, se greffant à une idée dont il peut tirer profit, pompant sans relâche à la source de la foi pour tenter d’en forger une contrefaçon qui lui profiterait, par la force. Si le premier a la faiblesse de sa naïveté, qui l’empêche de réagir aussi vite et intelligemment qu’il le voudrait, cette dernière devient une force lorsqu’il s’agit d’évoluer et d’apprendre ; l’inverse est donc vrai pour Vorbis. Ce dernier jouit de son cynisme comme d’une arme intellectuelle, mais son incapacité à vivre et laisser vivre, en quelque sorte, est précisément ce qui l’empêche de s’adapter, d’évoluer. L’un est une page blanche infinie, l’autre est un tableau noir saturé de craie.
Om en quelque sorte tiraillé entre les deux approches, ne fera d’ailleurs un choix que lorsqu’il sera directement confronté, sous sa forme de tortue, à la vision des choses de Vorbis, cette approche clinique et matérialiste de la réalité. Entre à ce moment en jeu la si particulière hiérarchie du divin du Disque-Monde, où les dieux dépendent du bon bon vouloir de leurs fidèles, mais aussi des aléas de la vie. Ils demeurent mortels, et c’est la crainte de la mort qui le fera dans un premier temps s’accrocher à Frangin. Goûter les difficultés de la vie mortelle, c’est gagner en empathie, et donc en conscience, encore un écho à un volume passé, cette fois ci au Faucheur. Et Frangin pourrait justement constituer le pinacle de l’humanité, en tout cas de ses meilleurs côtés, il est un héros au sens premier du terme. Associer la religion ou toute forme d’autorité, de gouvernement, peu importe, à des héros comme lui, c’est s’assurer les meilleurs aspects de l’humanité ; en tout cas c’est une partie du sens du message que je retire des Petits Dieux. Il ne s’agit pas seulement de bien faire diriger, il s’agit avant tout d’être vigilant et bienveillant, le reste aura tendance à suivre, avec comme prime exemple Om, qui ne demeure jamais parfait, bien au contraire, mais qui est forcé de suivre le chemin tracé par Frangin pour subsister, quand bien même cela va à l’encontre de ses habitudes et de son cheminement mental habituel.

« Les dieux n’ont pas besoin d’être très futés quand ils disposent d’humains qui le sont à leur place. »

Reste à saluer la constance de Terry Pratchett, tant thématiquement que stylistiquement, ayant atteint le sommet de son art dans ce volume, ou du moins j’aime à le croire, n’attendant que les volumes suivant pour m’en dédire. À l’instar des tomes précédents, il continue à tracer un sillon profondément humaniste, généreux et bienveillant, n’utilisant la satire que pour attaquer les puissants et leurs déviances. Il continue à asticoter ses némésis habituelles, faisant écho à son travail passé (et futur), titillant la bureaucratie, la banalité du mal et des exécutants sans conscience au travers de la Quisition. Il continue par ailleurs à affiner son ironie dramatique, au travers de détails à peine cachés dans la narration, de sous-entendus pas toujours subtils à vue humoristique, et aussi de « pré-révélations », des prolepses assez étonnantes, mais qui à mon goût servent à déporter l’intérêt du suspens à l’analyse : il ne s’agit pas tant d’être surpris·e·s par les événements, mais de réfléchir à leurs implications, c’est une approche que j’aime aussi à voir car surprenante en fantasy.
Dans un autre registre, il commence à s’amuser avec Lou-Tsé et les moines de l’Histoire ou avec la dynastie des « Planteur » au travers du personnage de Phlatah, dont nous retrouverons des cousins dans d’autres épisodes.Si on peut regretter l’absence de figures féminines dans ce volume, on peut cependant l’expliquer, je crois, par une volonté satirique de la part de Terry Pratchett, au travers de l’évocation du personnage de la grand-mère de Frangin, notamment, dont les valeurs et la psycho-rigidité auraient pu faire une grande religieuse,, de l’aveu même de Vorbis, mais pêchant du simple fait d’être une femme. De la même manière, une note de bas de page évoque la grande démocratie éphébienne et ses conditions d’accession au droit de vote avec une certaine ironie. Les femmes ne sont pas présentes dans ce volume car elles n’en ont pas le droit au sein des pays représentés. Heureusement, c’est un tome des Sorcières qui arrive derrière.

« VOUS CONNAISSEZ PEUT-ÊTRE L’EXPRESSION : L’ENFER C’EST LES AUTRES ?
[…]
AVEC LE TEMPS VOUS VOUS APERCEVREZ QUE C’EST FAUX. »

Encore une fois, et plus que jamais sans doute – jusqu’à la prochaine fois – mon principal regret sera surtout de ne pas réussir à m’empêcher de croire que je n’ai certainement pas réussi à rendre parfaitement justice au talent de Terry Pratchett ou à la profondeur des implications de ce récit, malgré mes meilleurs efforts. Les Petits Dieux est un chef d’oeuvre. Une merveille d’équilibre entre le rire, l’humanité, la réflexion et l’émotion, entre tout ce qui fait que la littérature peut nous aider à grandir, à trouver de la lumière dans les ténèbres, de l’eau au milieu du désert. Dans ce volume se trouve presque tout ce qui a fait de moi un meilleur être humain et que j’ai pu trouver au fil des pages des Annales du Disque-Monde, cette distillation de sagesse bienveillante, ces punchlines aussi drôles que puissantes. Un concentré du génie de Terry Pratchett. Dans mes souvenirs, il semble bien que jamais je ne retrouverais à l’identique ce sentiment si particulier au moment de refermer un de ses ouvrages, ni cette singulière humidité dans les yeux.
J’imagine qu’il va bien falloir que je vérifie.
Mais en attendant le prochain épisode, je vous laisse avec ma citation favorite du volume, que l’on doit à inénarrable Honorbrachios, dans sa meilleure imitation de Platon :

« Té, la vie dans ce monde, c’est pour ainsi dire comme se trouver dans une caverne. Qu’est ce qu’on sait de la réalité ? Car tout ce qu’on voit de la vraie nature de l’existence, c’est rien d’autre, mettons que des ombres fantaisistes et déroutantes projetées sur la paroi intérieure de la caverne par la lumière invisible et aveuglante de la vérité absolue dont elles nous donnent ou non une petite idée, et nous, chercheurs troglodytes de la sagesse, bé, on peut seulement élever nos voix vers l’invisible et demander humblement : « Allez, vaï, fais-nous le lapin difforme… c’est celui que je préfère. » »

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

10 comments on “Le Tour du Disque #13 – Les Petits Dieux

  1. Symphonie dit :

    L’un de mes Pratchett préférés 🙂 Et très belle chronique au passage 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Lullaby dit :

    Comme toujours, je suis épatée par tes analyses, profondes, précises et passionnantes ! En lisant celle-ci, je me suis même dit que tu pourrais tout à fait prétendre à rédiger un ouvrage analytique de l’oeuvre de Terry Pratchett.
    Les Petits Dieux, j’en garde un souvenir troublé par les circonstances de ma lecture. J’étais en plein dedans quand il y a eu les attentats à Charlie Hebdo. J’avais alors eu une sensation désagréable de réalité qui rejoint la fiction, d’une certaine manière…
    Mais malgré tout, il fait partie des volumes des Annales que j’ai beaucoup aimé !

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup, ça me touche énormément. ❤

      Aimé par 1 personne

  3. Noob dit :

    Je finis une pause d’Internet juste à temps pour le retour du Tour, rien de meilleur ! =)

    Les Petits Dieux est sans doute un des ouvrages du Disque les plus recommandés, et franchement je le comprends. Standalone, avec des thématiques très fortes, des personnages hauts en couleur, un humour incisif et un regard passionnant sur la foi et le dogme. J’adore ton analyse, je trouve que tu montres bien ce qui fait la force du roman.

    Concernant la place des femmes, on connaîtra Pratchett plus incisif quand il s’agissait d’avoir des personnages féminins se tailler une place dans un monde masculino-centré (la série du Guet, notamment). C’est honnêtement le seul reproche que j’aurais à faire au roman. Je ne pense pas que ça diminue sa puissance évocatrice ou ses qualités, mais ça peut être un dealbreaker.

    Dernier point personnel : en tant qu’aspirant-chercheur, j’ai beaucoup aimé la raison pour laquelle Éphèbe garde ses philosophes : certes, ils produisent des trucs inutiles la plupart du temps, mais de temps en temps ils font (parfois involontairement) un truc utile/appliqué. :p

    Bref ! Merci pour cette chronique. =D J’en ai aussi profité pour lire des chroniques précédentes, et tu m’as bien vendu certains titres haha.
    Bonne continuation !

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Je commençais à craindre que tu m’aies oublié, ravi de te retrouver ! 😀
      Complètement d’accord avec ton point personnel, mais je l’ai trouvé très en retrait dans les thématiques du roman, j’ai préféré faire l’impasse sur un point que j’aurais eu du mal à développer. Merci de la précision. 😉
      Par curiosité, quel titre t’ai-je si bien vendu ? 😀

      J'aime

      1. Noob dit :

        La vie est bizarre, mais oublier une chronique intéressante ? Jamais. 😉

        Tu m’as très bien vendu La Lyre et le Glaive, les Poisons de Katharz, et remotivé à me lancer dans Guy Gavriel Kay. Pour des raisons de ~travail~ je ne sais pas trop quand je pourrais les lire (je suis en postdoc au Mexique :p), mais ils sont notés dans ma liste, donc ultimement je m’en porterai acquéreur. =D (il y a deux-trois autres titres qui me font un peu moins envie mais quand même, j’essayerai plutôt de les trouver en bibli ou d’occase)

        Aimé par 1 personne

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