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Terre Champ de Bataille T1 – Les Derniers Hommes, L. Ron Hubbard

Regardez comme il est beau Jonnie.

Ah, Terre Champ de Bataille ! Quelle histoire commune nous avons tous les deux. Si spéciale, à vrai dire, qu’elle m’a poussé à créer une nouvelle catégorie de chronique sur ce blog, que je vais présentement inaugurer. Un retour en terrain connu, donc. Si connu, à vrai dire, qu’il mérite bien que j’en narre quelques détails, histoire de vous faire comprendre pourquoi j’avais tant envie de relire ce roman, si longtemps après, avec une telle curiosité, malgré quelques évidentes difficultés à surmonter.
Un petit bond dans le passé s’impose, d’environ une vingtaine d’années ; à l’époque, ma connaissance de la littérature en général, et de l’Imaginaire en particulier, était très limitée, et pour cause, j’étais à peine ado. Sans exagérer, mes contacts les plus précis avec cette dernière devaient, à l’époque, se résumer à Charlie et la Chocolaterie et Mon Prof est un extraterrestre. J’étais plutôt un gros lecteur pour mon âge, mais je crois me souvenir que je n’étais pas encore dans une démarche de lecture active ; plutôt bibliophage que bibliophile. À cet égard, il m’est difficile, voire impossible de déterminer précisément quels ouvrages ont bien pu opérer le basculement d’un statut à l’autre, ni déclencher ce qui est devenu un profond amour pour l’Imaginaire, ou encore moins la chronologie précise de leurs découvertes. Cependant, je sais que Terre Champ de Bataille est, sans aucun doute, du lot de ces romans que j’ai, pendant un temps, lus et relus, jusqu’à compter le nombre de relectures par fierté, à retenir des passages entiers, et autant de détails. Ce roman a été, sans aucun doute, un de mes premiers grands chocs de lecture, tout simplement parce qu’il a été un des premiers à me montrer ce qu’il était possible de faire avec la science-fiction.
Mais évidemment, je n’avais aucune idée de qui était L. Ron Hubbard, à cette époque ; d’abord parce que la scientologie n’avait pas vraiment pignon sur rue à cette époque, et surtout parce que je ne m’intéressais pas vraiment aux noms des auteurices à l’époque. Ce n’est que lorsque j’ai découvert le joyeux monde d’internet et wikipédia, des années plus tard, que je me renseignai innocemment, je crois pour trouver d’autres références de Hubbard à lire, toujours sous le charme de Terre Champ de Bataille. Quelle ne fut pas ma surprise alors, de découvrir l’étendue de « l’oeuvre » du bonhomme. Autant dire que je n’ai plus lu ce roman ni aucun de ses ouvrages par la suite, à la fois par dégoût, mais aussi, un peu, par peur d’être influencé par son travail.
Mais, sans doute par nostalgie ou à cause d’un fond insistant de tendresse, si je n’ai jamais relu ce roman, je l’ai conservé dans ma bibliothèque au gré de désherbages et déménagements, sans trop savoir pourquoi exactement. Jusqu’à aujourd’hui. Avec la lecture et la chronique d’Ajedhora, je me suis rendu compte que la curiosité malsaine avait ses adeptes. M’y étant bien amusé, je me suis dit que me livrer ponctuellement à l’exercice pouvait être profitable à mon lectorat comme à mon expérience personnelle ; une sorte de sacrifice pour permettre à tout·e un·e chacun·e de découvrir par procuration des ouvrages un peu… difficiles ; en m’y intéressant à fond, personnellement. En l’occurrence, il s’agissait avant tout pour moi de voir à quel point Terre Champ de Bataille avait résisté ou non à l’épreuve du temps ; et si mes yeux d’ado avaient été victimes de mon inexpérience ou au contraire, étaient déjà capables d’esprit critique.
C’est une expérience particulière que de parcourir à nouveau un roman que j’avais tant lu et relu, me remémorant et anticipant beaucoup de détails, et en en re-découvrant un grand nombre, à l’aune de l’évolution de mon regard de lecteur ; tout comme à la lumière du statut particulier de son auteur, dont je suis maintenant pleinement conscient. Me confrontant d’ailleurs pour la première fois à son introduction (je n’ai jamais été vraiment fan des préfaces ou exercices du genre), je fus surpris d’y lire un hommage poussé à des auteurs, à quelques autrices de ce que Hubbard qualifie d’Âge d’Or de la science-fiction, dans les années 30/40 ainsi qu’un petit mot à l’intention des illustrateurs (sic) ; le tout en préambule d’une réflexion sur la science-fiction elle-même, pas dénuée d’intérêt. Je fus surpris d’y lire que ce roman avait été écrit dans une optique de pur divertissement pour Hubbard, afin de combler un un manque d’activités. Passer d’un éloge des qualités et pouvoirs de la science-fiction à l’aveu d’une rédaction sans grande ambition, il faut bien admettre que ça crée un contraste étrange. Evidemment, je tiquai aussi à l’évocation de la conviction de Hubbard quant à l’existence d’un « autre domaine par-delà le matérialisme forcené et souvent borné ». C’était avant même que ma lecture commence ma principale préoccupation, voir si ce roman était rempli ou simplement emaillé d’allusions à la secte que l’auteur avait fondé dans les années 50, et qui aurait échappé à mes lectures innocentes de l’époque. L’idée était certes, avant tout, de m’amuser un peu en me confrontant à un auteur sulfureux ; mais voir si le roman, malgré tout, avait ses qualités, était potentiellement une expérience enrichissante.
Mais trêve d’introduction, rentrons dans le vif du sujet, et répondons à ces lancinantes questions que vous vous posez sans le moindre doute comme je me les posais avant d’entamer cette si singulière lecture.

Pour compléter l’expérience de cette chronique, je vous encourage à aller jeter un oeil au thread de live-tweet que j’ai commis en parallèle de ma lecture.

Nous sommes aux alentours de l’an 3000, et l’homme est une espèce en voie de disparition. La faute aux Psychlos, race extra-terrestre qui est apparue sur Terre il y a un millier d’années, éradiquant la moindre résistance en quelques jours pour faire de la planète bleue une simple colonie minière aux confins de son empire commercial galactique. Nous suivons Jonnie Goodboy Tyler, jeune homme aux rêves et ambitions trop grandes pour sa tribu perdue au fin fond des montagnes, qui décide de partir pour vérifier le bien-fondé des vieilles légendes sur les anciennes villes que les hommes auraient bâties dans les plaines. En parallèle, nous suivons Terl, chef de la sécurité planétaire Psychlo, qui travaille à la mise en place d’un plan audacieux qui lui permettra de quitter la Terre avec un sacré pactole, pour revenir sur la planète-mère avec l’assurance d’une vie tranquille.
C’est leur rencontre qui fera basculer le destin de la Terre et de l’Humanité toute entière.

Impossible de ne pas commencer par ce qui m’a crevé les yeux à la relecture, et que je n’avais jamais réalisé : Jonnie Goodboy Tyler est un des héros les plus insupportables qu’il m’ait été donné de lire. Gravure de mode, grand, musclé, blond, bronzé, les yeux d’un bleu d’acier qui n’est pas sans évoquer sa volonté, supérieurement intelligent, Jonnie est une complète et totale caricature du héros pulp décomplexé et sans la moindre imagination ni le moindre recul. Jonnie comprend tout à la vitesse de l’éclair, anticipe le moindre problème avec une acuité insolente, devise à peine moins vite des plans qu’il voit ensuite se dérouler sans accrocs, ou avec trop peu de conséquences pour qu’il n’ait jamais à simplement considérer de faire les choses autrement. Mais par dessus tout, Jonnie est la représentation la plus nette de l’archétype du mâle alpha viriliste et toxique que j’ai pu voir dans un roman ; n’ayant même pas l’excuse de la prescription, puisque je suis persuadé qu’en 1980 déjà, ce n’était plus possible. Et pourtant, nous avons droit à bon nombre de scènes où Jonnie nous laisse voir à quel point il est incapable de considérer les femmes autrement que d’une façon condescendante et terriblement machiste. Ce qui est à l’image de son auteur, d’ailleurs, qui ne leur laisse que quelques zones d’existence dans son roman ; à savoir lorsqu’il s’agit d’être jolies, bêtes, de faire la cuisine, le ménage, ou de servir d’otages. Et je n’exagère même pas. Toutes les séquences impliquant Jonnie sont prétextes à exposer sa perfection et son aura auprès des humains qu’il côtoie à l’occasion ; comme toutes les séquences impliquant Chrissie, sa parfaite petite amie, sont prétextes à démontrer à quel point elle dépend de lui en tous points en dehors de la cuisine et la préparation des peaux. Je n’ai aucune garantie que cette misogynie crasse fût ou non déjà insupportable aux lecteurices de l’époque, mais force est de constater qu’elle a terriblement mal vieilli, tirant l’ouvrage vers le bas, me faisant soupirer et grincer des dents plus souvent qu’à mon tour.

Mais si je suis très attentif à ces questions, j’estime qu’un roman est constitué d’une multitude d’aspects ; et si certains de ces aspects me révulsent, il ne peuvent pas occulter le reste du travail accompli, en tout cas au sein d’une démarche qui vise plus à l’analyse qu’au pur divertissement. On s’amuse comme on peut, j’imagine. Car en effet, à l’inverse de Jonnie, qu’on pourrait qualifier de monolithique ou de mono-dimensionnel, il y a un personnage qui tire son épingle du jeu, et c’est Terl. Il est, à lui seul, le moteur de l’intégralité de l’intrigue, faisant très vite dépendre Jonnie de lui, dans la diégèse comme dans la narration. C’est son plan, dépendant de Jonnie et d’humains qu’il compte mettre à son service, qui crée les conditions propices à une rébellion humaine sur une Terre où ils n’auraient plus dû avoir la moindre chance de survie ; tout comme c’est sa personnalité, complexe, qui offre au roman ses scènes les plus fascinantes, explorant tout à la fois sa psychologie et le monde des Psychlos, qui, par petites touches, est assez bien écrit par l’auteur. Cet univers étranger contient d’ailleurs en germes bon nombres d’idées, de concepts et réflexions qui, encore plus poussées, auraient pu faire l’objet d’un ouvrage à part ou reconstruire Terre Champ de Bataille selon un angle tout autre, non moins passionnant, au contraire. Sans Terl, pas de roman, littéralement, ce qui est à mettre à la fois au crédit de Hubbard pour avoir créé un personnage aussi fascinant, et à sa charge, pour n’avoir pas su créer un personnage principal plus intéressant que Jonnie qui ne sait se créer des opportunités et avoir des idées aux dépens de la cupidité et de l’arrogance de Terl. Car si Terl est, comme le dit un de ses collègues, « pas intelligent, mais malin », et que la plupart de ses plans dépendent de sa capacité d’analyse et d’adaptation, il crée tout à la fois les conditions de son succès et de sa déchéance, dans une spirale infernale qui nous le montre tour à tour génial et terriblement instable.

Le contraste entre ces deux personnages est assez représentatif, finalement, de la cohérence globale du roman. Jonnie représente les poncifs et les clichés, utilisés surtout lorsqu’on sent que Hubbard n’a pas envie de se casser la tête à créer ou exploiter des situations complexes, retombant à l’envi sur des solutions de facilité qui sentent le réchauffé et l’ennui. À l’inverse, Terl représente plutôt l’audace et l’envie de Hubbard de créer des choses originales, ou tout du moins de prendre des risques, ce qui se ressent toujours dans les efforts fournis afin de justifier certains éléments de l’intrigue. Lorsqu’on touche aux Psychlos, on a le droit à bien plus de détails, d’idées, et d’éléments que dans le reste du roman. Et à cause de cela, les Psychlos, Terl en tête, pour bonne partie, ironiquement, avec leur modèle néo-libéral ultra-marchand, sont plus humains que les humains, tout simplement parce qu’ils ont de réelles personnalités ; à quelques fulgurances près qui tiennent plus d’astuces ponctuelles que de véritables caractères, comme Robert le Renard, allié de Jonnie qui nous gratifie de deux ou trois aphorismes de bon ton.
Dans la même optique, là où Hubbard se donne beaucoup de mal à créer des éléments de science-fiction relativement solides et cohérents au sein de sa diégèse, il fait trop souvent preuve d’une légèreté affligeante à cet égard. On pourra donc noter qu’en mille ans d’occupation de la Terre, les Psychlos y considèrent l’ancienne existence d’une civilisation humaine comme une légende, que des bibliothèques et les ouvrages qui y étaient stockés ont survécu au passage du temps, tout comme des armes ou des munitions dont les humains feront usage. Sans parler du fait qu’on nous expose la révolution fomentée par une soixantaine d’humains à peine formés aux technologies de pointe, s’attaquant à plus d’un millier de Psychlos établis aux quatre coins du globe. Il est frustrant de constater, in fine, à quel point Hubbard aurait pu, avec quelques simples ajustements, raconter la même histoire de façon autrement plus satisfaisante, faisant trop régulièrement souffrir son récit d’une regrettable inconséquence.

Et malgré tout, ressort de cette relecture un sentiment de globale satisfaction, que je ne saurais réellement expliquer autrement que par la cohérence de la démarche avec les intentions affichées ; et un peu de sournoise nostalgie, pour être parfaitement honnête. Mais en sachant à quel point Hubbard semble assumer la dimension de pure distraction de ce roman, je l’ai aussi un peu relu comme je l’imaginais dans ma tête depuis toutes ces années ; une série B. Qu’il n’y ait pas de méprise : en dehors de Terl et du monde Psychlo, rien ou presque ne va en terme de cohérence globale dès qu’on gratte un peu le vernis du spectaculaire, l’auteur confiant à la chance une partie des découvertes des humains. Mais dès lors qu’on accepte de suspendre un peu son incrédulité, ou qu’on se figure comment il aurait suffi de peu pour que Hubbard parvienne à solidifier l’ensemble, il est facile de prendre du plaisir à suivre ce roman, dans une limite restreinte qui ferait fi de considérations politiques, bien entendu.
Car il ne faut pas se leurrer. Si je n’ai pas décelé, pour le moment, ou par défaut de connaissances, de traces évidentes de la scientologie dans ce roman, je n’y ai pas non plus trouvé beaucoup de diversité. Au delà de Jonnie et de son image d’aryen patenté, tous les personnages humains sont blancs : issus des restes des Etats-Unis, du nord ou de l’est de l’Europe, avec une étrange obsession pour le peuple écossais, sans la moindre mention d’une peau plus sombre que bronzée. Ce qui dénote soit d’un manque de recherches de la part de Hubbard, soit d’un choix délibéré de blanchiment de son univers ; quoique la flemme, encore une fois, soit potentiellement à blâmer. En ajoutant à cela son traitement très péjoratif de son seul personnage handicapé, souffrant d’un pied bot et présenté comme le seul antagoniste humain de Jonnie et son traitement des femmes, la publication en 1982 n’est clairement pas suffisante pour justifier d’un tel manque de progressisme, en tout cas selon nos critères actuels ; et pourtant, j’ai lu des textes plus vieux qui avaient autrement mieux vieilli. Sans doute Hubbard était de cielles qui estimaient la science-fiction plus à même de répondre à des questionnements plus techniques qu’humains, c’est un choix, mais auquel, en tant que lecteur, je ne peux pas vraiment souscrire.

Une relecture assez captivante, il faut bien l’admettre, car elle m’a confronté à tout le chemin que j’ai parcouru en tant que lecteur, mais surtout en tant qu’être humain ; en toute sobriété, bien entendu. Si mes multiples relectures de l’époque expliquent sans doute mon attachement instinctif à l’Écosse – en plus du reste – duquel je ne compte pas me débarrasser, je suis plutôt content d’avoir été capable de remarquer à quel point ce roman, sur bien des points, n’aurait certainement pas pu me happer aujourd’hui comme il a pu le faire durant mon adolescence ; tout simplement parce que je n’ai plus les mêmes yeux pour le lire. Beaucoup de points assez séduisants dans une optique de pur divertissement, je lui accorderais ça, mais beaucoup trop de légèreté, de raccourcis et de facilités d’écriture pour réellement me captiver comme il avait su le faire, sans compter ses aspects les plus rétrogrades. Reste que je n’ai aucun regret, au contraire, de m’y être de nouveau confronté, ne serait-ce que pour mieux comprendre pourquoi le nom de Terl me revenait bien plus aisément que celui de Jonnie lorsqu’il s’agissait de me remémorer l’ouvrage. Ne serait-ce que parce que Terl est un réel personnage, construit par rapport à une société, une civilisation qui, mine de rien, a du souffle à revendre au fil de cet ouvrage. Aussi victime que bourreau, c’est un personnage captivant qu’on adore détester, qu’on en viendrait presque à soutenir par moments pour que le récit aille dans son sens afin d’être plus intéressant. Le roman est presque plus intéressant comme objet d’études que comme pure lecture plaisir, une chance pour moi. Une bonne moitié pour une autre moitié plutôt faible qui confèrent, tout de même, finalement, un équilibre curieux à l’ouvrage.
C’est donc tout logiquement que je me lancerai bientôt dans un exercice similaire pour le second tome, en espérant avoir de nouvelles choses à y puiser. Rendez-vous est fixé.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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