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Impossible Planète – Episode 22

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Curieusement, j’ai pas réagi hyper violemment. La sidération et l’incrédulité, je pense, associées au fait que ce n’était pas mon premier cadavre, ni le plus repoussant que j’ai jamais vu, peut-être. Il a fallu que quelqu’un, Andro, je crois, l’examine d’un peu plus près pour qu’on soit absolument sûr que c’étaient bien mes restes sur lesquels on avait pris le risque de trébucher. J’ai mis du temps à réaliser et à accepter la réalité de la situation.
La téléportation, encore c’était passé assez vite, parce que bon… on voyage en vitesse par-luminique, on a des vaisseaux bardés de moteurs gnagnato-gravifico-quantiques-mes-couilles ; au bout d’un moment, s’agirait juste d’accepter que la technologie n’a pas de réelles limites quand on a les bonnes connaissances et les ressources pour les nourrir. Mais je sais pas pourquoi, le clonage/réinitialisation, j’ai fait un blocage. Sans doute parce que c’était aussi salissant. Et puis pas intuitif, je saurais pas vraiment l’expliquer. On a mis un temps fou à comprendre pourquoi la téléportation nous transportait entièrement et pourquoi pas ces instances là.
Mais j’aurai l’occasion d’y revenir, normalement, vous inquiétez pas ; j’ai le temps, je pense.
Z’avez vu comment je construis le suspense et distille habilement les informations ? Moi j’trouve que je suis vachement bon dans cet exercice, je devrais vraiment songer à me reconvertir, à terme.
Mais pardon, pardon, je retombe dans mes travers.
Et alors, en parlant de retomber ! Non, je déconne, aucun rapport. Mais vous avez cru à la super transition, ah ah. Trop bon, je vous dis.
Bref.
On a vite écarté la question de mon cadavre à nos pieds pour s’intéresser à la cause de sa… ma mort. Prudence est parent de sûreté, n’est ce pas, ç’aurait été assez con d’empiler les cadavres sans être sûr que tout le monde dans le groupe avait la même assurance-vie que moi. La question suivante était donc l’arme du crime, puisque nous avions la victime et la pièce ; le mobile était encore bien trop complexe à appréhender pour qu’on ose simplement l’évoquer. Sans compter qu’on osait pas vraiment trop s’avancer ou toucher aux deux moitiés de moi pour ne pas prendre de risques supplémentaires.
Alors avant même de songer à bouger, on s’est d’abord résolu à utiliser nos yeux, histoire de voir à quoi ressemblait cette foutue pièce. Et on s’est très vite rendu compte que le choc de me voir en triple nous avait salement distrait·e·s ; il y avait beaucoup de choses à voir dans le coin, au delà de ce qui restait de moi.
La première, pas la plus évidente en soi, mais la plus voyante parce qu’on l’avait cherchée, d’une certaine façon, c’était le bras mécanique articulé avec plein de coudes, replié tout contre le mur de droite, qui supportait à son extrémité une gigantesque lame métallique. Couverte de mon sang, évidemment ; le genre de trucs qui ne laisse pas vraiment de doute. En me retournant, surtout en voulant sortir, j’avais de toute évidence déclenché un truc qu’il ne fallait pas déclencher, et j’avais été puni. Injure supplémentaire, pour la première fois, la bestiole n’était pas constituée de merdal, mais d’une sorte d’acier brossé mat, une beauté beaucoup plus sobre qui appuyait très fort sur l’exception. Sans la toucher ni l’examiner de près, on sentait que cette machinerie était légère et rapide, le contraire de tout ce qu’on avait croisé jusque là.

Pardon, je sens que je commence un peu à vraiment fatiguer, va falloir que j’accélère un peu, tant pis pour la qualité de la dramaturgie. Au pire, je verrai ça avec mes scénaristes et mon futur agent.
Donc. Sur notre droite, la hache articulée avec encore un peu de moi dessus. Sur notre gauche, rien d’autre qu’un mur : très décevant. Et tout devant nous, une grand pièce en long, type couloir. À vue de nez, soixantaine de mètres de longueur, minimum, difficile à dire, vraiment, on avait toujours des soucis d’échelle et de perspectives.
Avec des espèces de projecteurs bizarres sur les murs, qui projetaient comme des pyramides (?) de lumière devant eux ; ça créait des sortes de démarcations dans l’air, là où les zones lumineuses se croisaient. L’effet était assez déroutant, ça donnait comme une solidité à l’atmosphère, un aspect virtuel en construction permanente ; et plus profondément on regardait, moins on y voyait, comme si des calques se sur-imprimaient les uns sur les autres et perdaient en transparence.
Mais le plus surprenant, ça restait ce que cette lumière concrète éclairait, à savoir un littéral parcours du combattant. Je jure que je n’exagère pas le moins du monde. Des fosses, des piques, des lames qui se balançaient du plafond comme des balanciers d’horloges, une myriades de trucs qui n’auraient pas fait tâche dans un quelconque temple maudit dédié à un dieu de la destruction et de la colère sans imagination mais beaucoup de choses à compenser.
On est resté con pendant une bonne dizaine de secondes, juste le temps de réaliser qu’on hallucinait pas, qu’on comprenait bien à quoi on avait affaire ; c’était irréel. On avait du mal à comprendre, tout simplement, quelle était la nécessité d’une telle débauche technologique sur l’ensemble de cette foutue planète, pour en arriver à des trucs aussi bêtes et basiques que des gros rouleaux métalliques en acier brossé au dessus de trous trop sombres et/ou profonds pour qu’on puisse déterminer ce qu’il y avait dedans.
Pour une fois, c’est Andro qui nous a aidé à trancher notre indécision, plutôt que Cap’. Pendant qu’elle réfléchissait, lui s’est approché de ce qui m’avait tué une première fois ; je vous ai déjà dit qu’il avait un petit déficit en terme d’instinct de conservation, très loin d’être tempéré par un certain surplus de curiosité.
S’est rien passé.
L’a passé son doigt le long de la lame pour en faire éprouver le tranchant aux capteurs de son scaphandre, nous rapportant évidemment qu’elle était effilée comme un rasoir. Et en juste un coup d’œil au mécanisme qui la supportait, il a pu nous dire que ce dernier était de toute évidence aussi solide que puissant, ce qui expliquait comment j’avais pu être tranché en deux avec une telle rapidité, sans réel bruit ni souffrance.
À partir de là, je dois dire que j’ai vécu une très grosse partie de ce que je vais vous raconter en spectateur, comme extérieur à moi-même. Du moins, c’est comme ça que je m’en rappelle, pour l’immense majorité. Je saurais pas dire si c’était ou c’est un mécanisme de défense de mon pauvre cerveau pour tenter d’appréhender tout ça au mieux sans péter un des derniers plombs de mon tableau, où si c’est juste l’accumulation de fatigue, une connerie de ce genre…
Pour être tout à fait honnête, j’ai pas spécialement envie de trop rentrer dans le détail de touuuuuuut ce qui s’est passé à partir de là. D’une, parce que c’est pas un bon souvenir, globalement, en tout cas pour l’instant, et de deux, parce que c’était quand même terriblement redondant. Je vous rappelle que je vise l’adaptation à succès ; il faut que je soigne mon récit de base pour faciliter la transcription.
Mais bon bref, pardon. Andro, content de lui, il fait quelques pas en direction des obstacles qu’on avait apparemment à franchir pour accéder au reste de la pièce qu’on n’arrivait pas à voir, il jette un œil distrait à l’ensemble, et puis il nous dit que mon cadavre le met pas super à l’aise, quand même, alors il demande ce qu’on fait avec. Parce qu’on est quand même coincé là dessous un certain temps, à priori, et que des morceaux d’humain, ça se conserve moyen quand on a pas de frigo à disposition. Une bonne observation, au demeurant, mais qui jette tout de même un froid.
C’est évidemment Cap’ qui tranche la question, si j’ose dire, et qui, sans doute par égard pour moi, décide à ma place de ce qu’on fait de moi ; une entorse acceptable à l’importance que j’accorde à l’idée d’auto-détermination. De ses bras musclés, aidés tout de même un peu par les exomoteurs de son scaphandre, elle me choppe par le col et le pied et me balance vers la fosse la plus proche, sous mon regard horrifié. Si vous vous faites une hernie mentale en entendant ce genre de phrases, c’est normal, et je suis désolé.
Sans doute par peur de trop s’avancer vers une limite invisible, Cap’ n’a pas pris beaucoup d’élan ni mis beaucoup de force dans son lancer ; et par deux fois, je me suis éclaté au sol avant de rebondir mollement et de glisser vers la première fosse, en laissant derrière moi deux longues et poisseuses traces de sang marronnasse. Sans doute un des premiers signes de l’extra-corporalité à venir dont je vous ai parlé : en voyant ça, j’ai gloussé. Vous savez, le genre de gloussement débile qu’on peut avoir face à l’absurde qu’on refuse d’enregistrer complètement. Le genre de gloussement qu’on subit à un enterrement en se détestant de l’avoir laissé échapper, mais qui est plus fort que nous, parce qu’il faut bien, malgré tout, avoir une réaction.
Et puis là dessus, sans doute un peu emporté par l’élan général de rejet de ce qu’était devenu notre réalité, Andro s’est dit qu’il avait un petit creux et s’est dirigé vers notre semblant de campement pour aller chercher un sachet de nutriments.
Oui oui. Il a fait demi-tour, exactement comme moi j’avais pu le faire quelques heures plus tôt.
Vous vous attendiez à ce qu’Andro meurt dans d’atroces souffrances à son tour, hein, avouez, vous vouliez savoir !
Eh bah non, voilà. C’est décevant hein. Alors qu’il a fait le con à faire attention à rien, à oublier sa propre sécurité juste pour satisfaire à sa gourmandise, il lui arrive rien, alors que moi j’ai eu une réaction normale, naturelle et réfléchie, et je dois contempler mon propre cadavre être traité comme un vulgaire sac de légumes. Pour ensuite voir ce joyeux imbécile traverser la porte et se figer au moment où il se souvient qu’il est con, se retourner vers nous et nous balancer un : « Ébé, faut croire que j’ai le cul bordé de nouilles hein ? J’ai eu chaud moi, héhé. »
Connard.
Je déconne, je l’adore, j’ai pas eu de chance, vous non plus, lui, oui, c’est comme ça. Et puis sur le moment j’avais pas le même recul que maintenant, c’est à peine si je me suis rendu compte ce qui venait de se passer. Je devais avoir le regard d’un bovin anesthésié, vaguement perdu en direction de la fosse, à réfléchir au sens de ma vie, sans la moindre conviction.
Et c’est là qu’on voit qu’elle est injuste, la vie. Pour vous comme pour moi. Parce que moi, là, savamment, je fais monter le suspense, je prends mon temps pour diluer les événements, faire oublier certains détails aux plus distrait·e·s ou donner des indices aux plus attentif·ve·s ; je fais mon malin à coup de digressions – des fois elles m’échappent, j’admets – je vous fais miroiter des événements, du sang des larmes et de la sueur !
Et au final, la moitié du temps je vous mens à moitié ou je vous fais comprendre par une pirouette à peine acceptable que je ne vous ai pas vraiment menti, ça doit être insupportable. Promis, je vais faire des efforts et essayer d’être plus factuel, à partir de maintenant. Je peux pas jurer mes grands morts que je serais parfait de bout en bout et que je me laisserais pas aller à un peu de spectaculaire espiègle par moments, mais promis, vraiment, je vais faire mieux. Si je m’évanouis pas avant la fin… Mais c’est une autre sujet, pardon.
On se concentre ! Bordel.

Revenons donc à nos événements, puisque nous sommes désormais dans le vif du sujet, le vrai de vrai. La porte était ouverte et ne semblait pas vouloir se refermer, la lumière ne semblait pas vouloir s’éteindre, et de toute évidence, j’avais simplement souffert d’un très mauvais timing en me décidant à entrer dans cette pièce tout seul. En vrai, on ne pouvait pas vraiment savoir ce qui avait causé ma mort, ni pourquoi cette mort n’était pas définitive. On pouvait facilement se dire que le scan des Drogos avait quelque chose à voir avec nos téléportations ou ma résurrection, mais impossible de déterminer exactement pourquoi la Planète avait décidé de nous faire subir tout ça, encore une fois ; on tournait en rond. Alors par dépit, on a discuté, tout·e·s ensemble, en essayant d’ouvrir les autres portes qu’on voyait dans le hangar. Sans succès, je vous le dis tout de suite, on n’avait accès qu’à une seule pièce. Entre poignées creuses qui ne répondaient pas et murs invisibles (oui oui, on en était là), on était coincé.
De son côté, Tombal, gros radin qu’il est, s’est finalement décidé à lâcher quelques drones de son stock personnel pour tenter de cartographier un peu la planète sous la pression de Cap’ qui voulait être sûre de pouvoir se repérer une fois le groupe sorti de notre souterrain mystère, peu importe le point de sortie. Et puis Larsen, bah il faisait joujou, lui. Il trifouillait tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une commande dans l’Amphi, en désespoir de cause, puisqu’il ne se passait plus rien, même quand il criait ou hurlait dans toutes les tonalités disponibles. On a fini par lui demander de mute son micro, à un moment, parce que c’était pénible, et qu’on avait pas besoin de ses ajouts d’injures dans nos vocabulaires.
Non, clairement, de tout ce bordel, il n’y avait qu’une seule chose à déduire si on voulait réellement avancer : il fallait traverser le parcours du combattant qui avait été ouvert devant nous, ce qui appuyait l’hypothèse de la planète intelligente et passablement sournoise. Pas glop.
Mais bon, fallait bien tenter pour savoir. Alors Andro s’est porté volontaire.
Le premier obstacle était facile à passer pour lui, en tant qu’augmenté et athlète, évidemment, puisqu’il suffisait de sauter par dessus la première fosse, à peine quelques mètres de largeur. Juste une prise d’élan, et sous nos yeux admiratifs, c’était dans la poche.
Vous m’avez vu venir hein, j’ai trop forcé ?
Bah oui, évidemment qu’il est mort. C’était pas beau à voir, en plus.

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