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Impossible Planète – Episode 23

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C’est arrivé à mi-hauteur de son saut. Il commençait tout juste à amorcer sa descente et PAF ! Un cylindre monstrueux, du même métal que la saloperie qui m’a tué la première fois, qui surgit du mur et qui vient l’éclater contre le mur d’en face. Même pas une seconde, ç’a duré.
FWOOP, SCHWING, SPROUCH. Comme ça.
Un magnifique saut, un pilier mobile, et une tarte à la viande métallique sur le mur ; je peux vous dire que les pièges des xénos sur cette putain de planète, ils font pas semblant. Mais je m’avance un peu, pardon, j’avoue que j’ai comme une soudaine envie de vous passer les détails d’une bonne partie de l’histoire à suivre. Pas qu’elle soit pas intéressante en elle-même, mais elle est très vite devenue répétitive. Alors ce que je vous propose, c’est de vous raconter le début, et d’accélérer un peu vers la fin. Vous en aurez envie aussi, je vous assure.
Et puis ouais, quand même, je fatigue méchamment là. Ça fait combien de temps que je parle tout seul ?
Bon, bref.
Alors là, nous, on est encore plus stupéfait qu’on l’était déjà. On s’attendait pas à ça du tout. Le premier piège que je m’étais mangé, il faisait pas tellement sens, de base, mais personne n’aurait pu se douter que cette pièce entière était un parcours du combattant modèle die & retry.
Avant même qu’on échange un mot, un flash lumineux dans notre dos, et une acouphène générale, dont on a compris bien plus tard qu’elle était causée par un signal sonore infra-sonore. Puis un cri d’horreur à retardement : Andro qui subissait avec un cruel délai la réalisation de ce qui venait de lui arriver, le temps que son cerveau comprenne simplement ce qui lui était arrivé, qu’il process la douleur et l’absurde d’une mort pour rien.
On s’est précipité pour le retrouver, essayer de lui fournir un soutien moral impossible. Il s’était recroquevillé sur lui même, sans prendre le temps de se remettre dans son scaphandre, il se tâtait tout le corps en pleurant, pour essayer de se rassurer, sans succès.
Il a très vite fallu que Cap’ gueule à Larsen et Tombal de la fermer, ils criaient, en panique totale dans nos oreilles, pour tenter de comprendre ce qui venait de se passer. De leur perspective, il n’y avait eu qu’un immonde bruit saturé de craquement humide et un hoquet collectif, une saute affreuse dans les constantes vitales d’Andro. Mais on n’avait pas vraiment le temps de leur dire ce qu’il s’était passé dans les détails, évidemment, la priorité n’était pas là. J’ai pris sur moi d’ouvrir un canal privé, de prendre un peu de distance avec le groupe, et de leur expliquer entre deux crises de larme ce qui était arrivé. Voir un ami mourir et revenir aussitôt, c’est pas la même chose que de semi-mourir soit même, c’est bien pire.
Je n’aurais jamais la prétention de pouvoir expliquer avec des mots ce qui nous est arrivé à ce moment là ; de toute façon, vous aurez sans doute accès un jour à toutes les vidéos enregistrées par nos scaphandres, je vois pas pourquoi je me ferais du mal à vous raconter tout ça dans le détail.
Ça nous a pris du temps, c’est tout ce que je peux vous dire en ayant toute confiance dans mes capacités narratives. Du temps pour nous en remettre, et surtout du temps pour réaliser ce que ça voulait dire pour nous.
Comprenez bien qu’on était complètement coincé, et qu’on ne le savait que trop bien. Notre seule potentielle issue pour tenter de sortir de ce souterrain infernal, c’était cette foutue salle dont on ne savait même pas ce qu’elle cachait, dont on savait maintenant qu’elle allait s’amuser à nous flinguer de sans doute bien des façons. Et je ne vous les listerai pas. Pas exhaustivement, déjà, parce qu’il y en a trop eues, mais même pas un peu. Parce que merde. J’suis sûr que vous comprenez.
Je sais pas qui est réellement responsable de l’architecture de ce putain d’endroit. Je ne sais même pas pourquoi ni comment il a été créé, et à vrai dire, à ce stade, je m’en branle complètement. On était venu pour explorer et se faire de la thune, on se retrouvait à devoir gérer un traumatisme de cette ampleur, bordel, c’est n’importe quoi… Cette histoire n’a aucun putain de sens.
Oh j’ai mal, mais que j’ai mal. J’dois être pale comme un cul de crémier, faut vraiment que j’accélère. Au pire je ferai un complément de détails plus tard, quand je serai un peu remis…
Allez, on accélère vraiment, sinon je serais mort (vraiment mort) avant d’avoir fini.

Une fois à peu près remis de ce qui venait d’arriver à Andro, après un nouveau conciliabule où on s’est beaucoup énervé sur la situation, on est arrivé, de nouveau, à la conclusion qu’on devait avancer, et qu’on avait pas vraiment le choix de toute façon. L’énervement, c’était surtout cathartique, on va pas se mentir ; la tension était assez terrible, mais on avait décidé ensemble de se mettre dans cette galère sans pouvoir réellement se douter de ce qui allait nous arriver une fois sur place. À notre décharge, personne n’aurait pu s’en douter, franchement.
L’enjeu, à ce stade, c’était juste de s’en sortir ensemble.
Alors on s’est lancé dans ce jeu macabre auquel on était sommé de se plier, faute d’une meilleure solution. Ça nous a pris des jours. Des empilements d’heures et d’heures à ramper, sauter, rouler, hurler, suer, pleurer, rire nerveusement pour passer des obstacles plus cruels et sournois les uns que les autres, à devoir mourir et renaître chacun·e notre tour sans jamais pouvoir être certain·e·s de la finalité de nos souffrances.
Ceci étant dit, la première salle n’était pas la plus difficile, malgré sa brutalité. Elle nous a, en quelque sorte, permis de prendre nos marques, si j’ose dire. Parce qu’à force de devoir expérimenter, la prudence et l’expérience nous ont formées, et nous ont aidé à comprendre pas mal de chose, ne serait-ce que pour pouvoir éviter de mourir trop bêtement. On mourait quand même, évidemment, mais l’assurance de la résurrection n’était franchement pas suffisante pour éviter la peur primale et viscérale de la mort.

La première réalisation importante est venue de Larsen, le lendemain de la première mort d’Andro. On était encore coincé dans la première salle, sur un piège situé à la moitié de la pièce, l’objectif enfin en vue. C’était un putain d’interrupteur, évidemment, qui devait finalement nous ouvrir l’accès à deux autres pièces dans le hangar de départ. Je vous raconte pas la gueule qu’on a tiré quand on a compris ça… Mais bref. On était bloqué, parce qu’on avait beau tout essayer sur ce passage, on finissait tout le temps en morceaux, c’était rageant.
Pendant ce temps là, au dessus, notre ingénieur dans l’âme continuait de trifouiller ses techno-bidules en chantant des inepties pour tenter de comprendre ce qu’ils attendaient exactement de lui pour enfin réagir. À force de faire n’importe quoi, sans y faire vraiment gaffe, il a fini par provoquer un vrai larsen dans les écouteurs intégrés de son scaphandre. Ironique, oui, je sais. Or, ce lui-même a fait réagir ses techno-machins. Je sais pas comment, me demandez pas, j’ai pas vu les images. Mais d’un coup, nous, pendant qu’on en chiait, on l’a entendu s’exciter tout seul à mettre les éléments de son équation du non-sens dans un ordre qui lui semblait enfin logique. Il s’est insulté pendant quelques minutes, et puis après nous avoir dit d’attendre un peu avant de réessayer quoique ce soit, il s’est mis à trifouiller dans son sac.
Pour en sortir de quoi analyser des spectres auditifs auxquels nos oreilles, et donc nos appareils comme nos diagnostics, n’étaient pas habitué·e·s. Je sais, de là où vous êtes, ça doit paraître évident, dit comme ça. On est sur une planète impossible, dont aucun des standards ne semblent correspondre aux nôtres, on aurait dû vérifier s’il n’y avait rien à signaler sur d’autres spectres auditifs ou visuels, gna gna gna…
Je vous ai déjà dit, on est pas des scientifiques, nous ; on n’a juste pas ce genre de réflexes. Et Burrito ça compte pas, je vous l’ai déjà dit. Alors zut, voilà.
On avait perdu beaucoup de temps, c’est vrai. Mais on en a rattrapé pas mal, sur ce coup là, parce que ça expliquait énormément de choses. Il y en avait, du bruit, sur cette putain de planète : on ne pouvait juste pas l’entendre ni le déchiffrer, tout simplement. Et les commandes sur les pupitres de l’Amphi étaient tout bêtement à double activation ; il fallait adjoindre à chaque pression ou activation de levier une nuance sonore qui permettait donc toute une pléthore de combinaisons.
Alors tel quel, juste cette réalisation ne suffisait pas à nous sortir de la merde, bien sûr. Mais à force d’essais, avec l’aide notamment d’Achille, qui pouvait très facilement émettre tous les sons, ultra ou infra, nécessaire, et inventorier précisément leurs effets, Larsen a très vite (en trois jours, quand même soyez pas bêtes) capté comment se servir efficacement de l’ensemble des fonctions évidentes de la console.
Ce qui lui a permis, notamment, en toute fin de processus, de prendre un contrôle limité des Drogos, quoique foutrement utile, et de communiquer avec.
La seconde étape, essentielle, a été de bricoler les logiciels de nos scaphandres à distance, ce qui n’a pas été de tout repos, pour qu’on puisse enfin filtrer les visuels de nos caméras, et donc voir dans l’infrarouge et l’ultra violet, en quelque sorte. J’ai pas tout compris aux explications, parce qu’apparemment, techniquement, c’est pas vraiment possible de voir dans ces spectres pour nous, mais c’était possible, pour nos caméras, de faire une transcription correcte qui nous permette de mieux discerner ce qu’il y avait vraiment à voir autour de nous.
Ce qui a, bien sûr, tout changé.
Quel BORDEL !
Une orgie visuelle, un festival de n’importe quoi. Alors certes, d’un point de vue ethnologique ou culturel, c’était sans doute formidable à voir, mais alors pour nos yeux à nous, quelle angoisse, sans déconner. Des couleurs flashy de partout, des suites inintelligibles de signes et d’images qui ne cessaient, partout, de nous agresser la rétine et le cortex tout à la fois. Dans le souterrain comme à la surface, que Tombal et ses drones, après quelques bidouillages, se sont empressés de cartographier à nouveau pour la postérité et la gloire scientifique. (Le potentiel pognon, donc.)
Achille s’est immédiatement mis sur le coup pour essayer de faire sens de tout ça, mais forcément, sans base commune ou de pierre de Rosette qui lui aurait permis de créer des correspondances, il a très vite mis la tâche de traduction en arrière-plan. T’auras beau avoir une puissance de calcul dingue, sans les bons outils ni les bonnes ressources, t’es rien de plus qu’une console de jeux.
Alors après, je me plains, mais je vous disais que ça nous a quand même permis d’avancer. Parce qu’Achille, malgré ces limitations, reste un petit malin qui fait des connexions qu’on ne peut pas faire. Bien à l’écoute de tout ce qu’on pouvait lui dire et des sons autour de nous à partir du moment où on a compris que chacune de nos morts déclenchait un signal sonore ; il a fini par comprendre qu’il y avait là une sorte de code.
Une nuance indétectable pour nous mais absolument limpide à ses capteurs. Chaque essai nous éloignait ou nous approchait de la tentative gagnante. Il devait y avoir des indices cachés dans les projections partout sur les murs – ce qui expliquait sans doute la texture particulière de la lumière, tiens – qu’on aurait pu voir mais pas vraiment déchiffrer. C’était rageant, de notre perspective, mais ça nous a permis de nous débloquer. De son côté, Achille s’éclatait sans vergogne. Il s’est vite rendu compte que les nuances sonores dans les alertes de mort faisaient surbriller des parties particulières des fresques surréalistes tout autour de nous, parfois à des endroits complètement absurdes, mais on faisait avec, parce qu’on avait évidemment pas le choix, encore une fois.
De là, je pense que vous voyez mieux comment ça s’est passé, pendant quoi… une grosse semaine ?
On a enchaîné les salles d’obstacles, qui changeaient d’ambiance et de types de pièges, apprenant bizarrement à vivre avec notre mortalité alternative, Achille a patiemment accumulé les données et commencé à doucement comprendre qu’il pouvait peut-être en faire sens, à force, et Larsen a appris à se servir des commandes de l’Amphi pour préparer notre retour à la surface. Son espoir, c’était de réussir à trouver un point d’entrée à notre souterrain et y envoyer les Drogos pour nous téléporter à ses côtés, pour qu’on se barre au plus vite ; puisque à ce stade, on avait déjà accumulé un sacré paquet d’infos à revendre et nous faire un pactole du tonnerre.
Ce n’est, bien évidemment, pas-du-tout, ce qui s’est passé.
Nous entrons donc dans la toute dernière ligne droite de ce récit, et c’est le moment où je pense qu’il est opportun, à des fins dramaturgiques, que je vous avoue quelques menus détails.
Déjà, il faut que vous sachiez que je vous ai beaucoup menti.
Par omission, certes, mais quand même.
Oh que j’ai mal.

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