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Les Oiseaux du Temps, Amal El-Mohtar & Max Gladstone

Out of Town – Blind Channel (extrait de l’album Blood Brothers)
Piany PianinoThylacine (extrait de l’album Transsiberian)

Je vous ai déjà dit ce que je pensais de la hype ; d’autant plus quand elle est liée à des prix littéraires, internationaux ou non. À cet égard, j’ai déjà Vita Nostra comme témoin : j’ai appris à me méfier quand l’enthousiasme général est trop élevé, parce que s’il y a bien un sentiment que je déteste, c’est de me sentir seul à apprécier ou non un ouvrage. Et le fait est que dans le cas des Oiseaux du Temps qui nous intéressent aujourd’hui, on était dans un cas similaire au cas suscité. Même si ma connaissance du catalogue de Mu est limitée (une erreur dont je suis le seul coupable), rien que la présence d’un chef d’œuvre comme Le Livre Jaune a tendance à me donner une confiance proche de celle que je peux avoir pour l’Atalante. De la même manière, beaucoup de prix et autant d’éloges en amont ont fait que j’étais très curieux, et assez enthousiaste, malgré ce reste de méfiance dont je ne pouvais pas me débarrasser. Sans compter que pour le coup, je me suis un peu fait spoiler malgré moi, impossible de passer outre quelques détails de l’intrigue qui, génériquement parlant, ne me rendaient pas non plus extrêmement confiant, parce que je sentais que j’allais être hors de ma zone de confort une fois de plus.
Mais, comme je le dis – sans doute un peu trop souvent – il s’agit d’être cohérent et de faire confiance à toutes les personnes formidables que je suis un peu partout dans la blogosphère francophone qui ne tarissaient pas d’éloges à propos de cette novella. Alors me voilà pour vous donner mon verdict.
Bah oui, hein. Je suis dans la majorité, pour le coup : ça défonce.

Une guerre sans pitié a lieu à travers le temps et les réalités potentielles, entre Jardin et l’Agence. Au hasard de ces affrontements discrets qui ont pour but de changer les événements du passé pour assurer un futur favorable à l’un de ces deux camps, deux agentes de chacun de ces deux camps vont finir par se confronter directement. Mais ce qui commence comme un aspect purement psychologique de leur guerre personnelle va vite évoluer sur des terrains inattendus et faire évoluer Rouge et Bleu également.

Résumons pour commencer ce qui aurait, en toute logique et selon mon expérience, me rebuter dans ce roman : nous sommes en présence d’une romance partiellement écrite dans un format épistolaire. Pour ce qui est de ce dernier, j’ai déjà pu en parler un peu dans ma chronique sur Le Goût de l’Immortalité, je ne goûte que très peu les ouvrages littéraires sous forme de lettres, parce que j’ai trop souvent le sentiment d’y perdre en cohérence littéraire. Pour ce qui est de la romance, c’est un peu différent ; je n’ai rien contre, d’autant plus quand elle opère un travail de représentation qui me paraît vital dans la Littérature contemporaine comme ici, mais j’ai toujours du mal à la considérer comme un enjeu central suffisamment fort en soi pour prendre du plaisir à la lire sans un support ou un contexte supplémentaire. Peut-être une lassitude générale à voir cet aspect toujours surgir dans de trop nombreux travaux de fictions, surtout hétéronormés, quitte à trop souvent paraître artificiel, comme une case grisée dans le cahier des charges de la narration générique.
Et donc, ces deux éléments liés, leur fusion, en quelque sorte, était ce qui me faisait le plus peur en ouvrant mon exemplaire. Parce qu’il suffisait de si peu de choses pour que je décroche, entre un potentiel manque de souffle de nos deux protagonistes, un style un peu trop ampoulé qui m’aurait fait me dire que « mais bordel, personne n’écrit ses lettres comme ça, ça n’a aucun sens ! », une romance mal articulée qui m’aurait empêché de m’attacher à celles qui la vivaient sous mes yeux et donc d’apprécier leur voyage, ou encore un contexte narratif trop nébuleux pour que je me sente concerné par tout ce qui entourait ladite romance. En bref, c’était vraiment une prise de risque pour moi, parce que même si je n’en donne pas toujours l’impression, je suis assez difficile, sur certaines de mes lectures ; il y avait beaucoup plus de choses qui pouvaient mal passer que l’inverse.

Sauf que. Sauf que Max Gladstone et Amal El-Mohtar sont, je dirais, des petit·e·s malin·e·s ; bien aidé·e·s par l’habile traduction de Julien Bétan, qu’il faut aussi saluer bien bas. Déjà parce que les séquences épistolaires sont entrecoupées de séquences narratives classiques, alternant entre les points de vues de nos deux héroïnes, leur permettant de faire passer l’essentiel de l’exposition par là, et non par des ajouts qui auraient cruellement manqué d’organisme dans les lettres qu’elles s’envoient toutes les deux. Et de fait, ces lettres gagnent d’autant plus en souffle qu’elles évitent un bon nombre d’écueils liés à l’explication de choses qu’elles n’auraient eu aucune raison de s’expliquer l’une à l’autre, mais seulement à nous, indirectement. Et si on ajoute à cela des enjeux science-fictifs que j’ai trouvés aussi clairs qu’inventifs et presque poétiques d’inventivité, l’ensemble est diablement convaincant.
Alors certes, il faut sans doute signaler quelques passages qui touchent un peu trop au lyrisme à mon goût, quand bien même ces derniers s’inscrivent dans une logique interne absolument cohérente ; d’autres instances un peu nébuleuses, quand même, parce que je suis comme ça. Mais ce n’est que pour mieux, à mon goût, saluer l’exploit général de cette novella. Car elle parvient à concentrer beaucoup, beaucoup de choses, avec une réelle puissance évocatrice, sans jamais perdre son chemin ni paraître prétentieuse, alors que la corde était, à mes yeux, très raide . Je me suis attaché à Rouge et Bleu, parce que j’ai été captivé par l’univers dans lequel elles évoluent et que je me suis en partie retrouvé dans les enjeux qui m’étaient présentés, malgré, ou grâce à la distance de la fiction.

Les Oiseaux du Temps est de ces ouvrages dont je ne peux pas trop parler. D’abord parce que je n’ai pas trop envie d’en gâcher la découverte, comme toujours, puis parce que l’ouvrage reste relativement court ; mais surtout parce qu’il a, comme les excellents ouvrages de son genre, la force singulière de l’évidence. Tout simplement. Alors certes, il y a là un parti pris, un fonctionnement qui pourra laisser quelques personnes au bord du chemin, ce dont je ne peux que m’attrister, parce que je souhaite à tout le monde de pouvoir ressentir la chaleur de cette évidence. Cette novella est, par dessus tout, une vraie belle histoire, le genre qui devrait pouvoir rassembler toutes les personnes de bonne volonté.
Hype méritée. Amplement.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Les Oiseaux du Temps, Amal El-Mohtar & Max Gladstone

  1. Yuyine dit :

    Difficile d’en parler clairement de cette novella assez exceptionnelle il faut le dire. Le côté nébuleux a sans doute été mon plus grand obstacle personnellement mais j’ai trouvé l’ensemble assez grandiose.

    Aimé par 1 personne

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