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Le Tour du Disque #21 – Va-T-En-Guerre

Un tome du cycle du Guet, c’est toujours un plaisir. Le genre de plaisir dont on sait qu’on peut avoir besoin de temps en temps ; la raison précise pour laquelle je me suis dit que lire Va-T-En-Guerre correspondait précisément à mes besoins du moment. D’autant plus que ce volume était sans l’ombre d’un doute l’un de ceux dont je me souvenais le mieux, à tous les égards, entre l’intrigue, ses rebondissements, ses scènes-clés et ses thématiques assez évidentes.
Et du coup, je me suis retrouvé un peu déçu, finalement. Parce que là où beaucoup de mes relectures précédentes avaient pu me laisser voir de nouveaux aspects de leurs contenus respectifs, ici, je n’ai sans doute pas été assez surpris. Alors certes, certains éléments me sont apparus de façon un peu nouvelle, mais oui, pour l’essentiel, j’avais déjà toutes les clés de compréhension en main avant d’entamer ma lecture.
Demeure un volume d’une indéniable qualité, qui ne déteint absolument pas dans le standard Pratchettien, mais qui, contrairement à ses prédécesseurs, manque peut-être un peu de souffle ou d’intensité pour être aussi percutant qu’un Pieds d’Argile ou même qu’un Guet des Orfèvres. Et j’ai une petite idée de pourquoi c’est le cas, que je m’en vais vous exposer dans la chronique qui suit, parce qu’il s’avère que j’en ai un peu l’habitude, maintenant, quand même.

« On est en guerre avec personne. Hah ! Mais on est capable de partir en guerre pour garder une putain d’île qui pourrait nous servir au cas où on devrait partir en guerre, c’est ça ? »

Au milieu de la Mer Circulaire, entre la Cité d’Ankh-Morpork et le continent du Klatch sort un jour de l’eau l’île de Leshp. Ni une ni deux, les deux puissances se chamaillent pour savoir qui aura le droit de se l’accaparer, et les tensions se multiplient un peu partout. Evidemment, dans la Grande Youplà, les émigré·e·s originaires du Klatch ne sont pas dans une situation aisée, entre agressions verbales et physiques. Gérer la tension ambiante n’est déjà pas simple pour le commissaire divisionnaire Vimaire et ses équipes, mais cela n’est qu’empiré par l’arrivée du prince Khufurah, émissaire du Klatch chargé de négocier, très vite victime d’une tentative d’assassinat. C’est la guerre qui menace.

« Votre ville mérite des éloges, Commissaire. Quand on a assez d’argent, on trouve toujours un candidat pour faire n’importe quoi. »

Alors évidemment, le point d’attention principal d’attention de ce volume des Annales, c’est la guerre, et son cortège d’absurdités, de ce qui peut la faire advenir à toutes les façons qu’elle peut avoir de se dérouler. À cet égard, il est intéressant de noter que le roman s’ouvre sur des anonymes qui n’existeront que le temps du récit, lors de saynètes qui servent autant de respirations comiques que d’illustrations de concepts humains plus généraux, comme Terry Pratchett a pu désormais en prendre l’habitude à ce stade des Annales. Comme dans Au Guet !, l’idée est autant de montrer les micro-événements que la situation dans sa globalité politique, de voir ce qui se passe pour le peuple autant que pour ceux qui se targuent de le diriger ; de disséquer les événements, inspecter les étincelles plutôt que les résultats de l’explosion.
De fait, les tomes précédents du Cycle du Guet et leurs événements comme leurs thématiques auront préparé les lecteurices attentif·ve·s à bon nombre des idées qui sont développées dans ce volume, et notamment dans le traitement que l’auteur fait des puissances aristocratiques, ici synthétisées dans le Seigneur Rouille, dont le nom ne peut pas être un hasard. Encore une fois, on se retrouve avec des gens tellement riches et puissants qu’ils n’ont même pas besoin de réfléchir aux conséquences de leurs actes, puisqu’ils impliqueront d’autres personnes qu’eux pour en subir les conséquences directes, au nom de fantasmes et de concepts qui n’appartiennent qu’à eux. La guerre est horrible, mais elle ne l’est que pour les soldats ; les généraux n’ont à y voir qu’un profit discutable et surtout personnel. Un abruti se nourrissant de fantasmes éculés comme Rouille s’en fait une image héroïque, dénuée de toute réalité, la confondant littéralement avec les contes que lui racontaient sa nourrice et tançant l’aide de camp qui ose lui faire remarquer son erreur.
De l’autre côté du prisme, la réalité est toute autre pour les Klatchiens d’origine habitant Ankh-Morpork, symbolisés par Mr Goriff, dont le magasin est saccagé alors qu’il habite la ville depuis 10 ans, est parfaitement intégré, et que la guerre n’a même pas encore éclaté. C’est l’attaque dont sa famille est victime qui pousse son fils à commettre une erreur en se défendant d’une nouvelle agression, les poussant à devoir fuir leur nouveau foyer, poussant même l’enfant à joindre des forces armées dans un conflit qui le dépasse complètement, par pure rage et ressentiment.

« Quand on entend l’explosion, on n’a plus le temps de se demander depuis quand grésille le bout de mèche. »

Le thème sous-jacent de ce volume, de fait, c’est aussi et surtout celui de la xénophobie, pas tant au delà qu’en décalage avec celui de l’espécisme qu’on peut croiser habituellement dans les tomes se déroulant à Ankh Morpork, mis de côté pour l’occasion. On se retrouve plutôt à analyser, l’air de rien, les mécanismes lents et sournois des préjugés et de leurs effets sur la population, et donc sur les institutions qu’elle constitue indirectement. À cet égard, comme toujours lorsqu’il s’agit de lire comment le Peuple Morporkien pense, c’est au travers de Côlon et Chicard que Terry Pratchett concentre la majorité de ses efforts. Le duo, bien qu’avant tout comique, confinant souvent au ridicule, est un parfait exemple de l’idée que l’auteur se fait de la possibilité continuelle de devenir meilleur·e à coup de progrès incrémentiels et d’expériences nouvelles. Là où Vimaire, dès le début du conflit, pense à toutes ces blagues réputées innofensives qui circulent à mi-voix dans les communautés d’Ankh-Morpork et se rend compte du mal qu’elles peuvent faire, comme de leur drôlerie très relative ; il faut à Côlon et Chicard un littéral voyage en Klatch pour se rendre compte que leurs préjugés n’ont aucun sens et sont même terriblement dommageables.
Certes, ces deux zigotos sont des imbéciles aux qualités rares, trop souvent sûrs de leur fait malgré leur évidente erreur et nécessitant de réels coups de pieds au derrière de la part de la réalité pour se remettre en cause, mais ils finissent toujours par comprendre (à peu près) le message. Si on peut les voir se rendre au début du roman dans une taverne baptisée « La tête de Klatchien », arborant une réplique grandeur nature d’une tête découpée « pour l’exemple » et ne pas s’en offusquer au nom de la tradition ; la fin du roman nous les montre y renoncer ayant compris le stigmate qu’une telle chose peut susciter, même si l’admission de leur erreur ne se fait qu’à demi-mot. On peut facilement dresser un parallèle entre cette prise de conscience pour tous les deux et celle que fait Chicard seul : devant se déguiser en femme par la force des choses, il réalise soudain la difficulté d’être une femme dans un monde d’hommes et repense sa façon de se comporter à l’égard de la gente féminine en seulement quelques minutes. Alors certes, ça reste Chicard et cette prise de conscience demeure limitée à ses capacités, mais elle illustre très bien l’idée que les préjugés se nourrissent d’une sempiternelle ignorance, encore renforcée par la facilité de pensée que fournit le modèle simpliste dans lequel s’inscrivent ceux qui refusent d’évoluer.

« C’était tellement plus facile de tout leur mettre sur le dos à eux. C’était affreusement déprimant de penser qu’eux c’était nous. Si c’était eux, alors ce n’était plus la faute de personne.[…] » (P211)

Encore une fois, Terry Pratchett place la capacité de recul et d’apprentissage au cœur du parcours héroïque de ses personnages, et l’obstination comme valeur cardinale de ses antagonistes, avec le Seigneur Rouille et ses obsessions anciennes en tête. Là où Vimaire, comme je l’ai déjà dit, réajuste au plus vite ses préjugés et ses mauvais réflexes, à la fois par injonction morale personnelle et nécessité professionnelle, Rouille, lui, se contente de faire comme il a toujours fait, et ignore frontalement ce que la réalité peut lui indiquer qui serait contraire à ses convictions, peut même traiter ceux qui devraient être ses ennemis avec plus de grâce que ceux dans son propre camp si leur naissance le justifie selon lui. Les seul·e·s personnages qui trouvent grâce aux yeux de leur auteur dans ses romans sont cielles capables de se remettre en question et de s’ouvrir aux autres avec honnêteté, même un tout petit peu, et ce en total dépit de leur position de départ.
À cet égard, on trouve donc deux types de personnages dans les romans du Disque-Monde : cielles qui fantasment la réalité et tentent de la tordre fin de la faire rentrer dans le moule de leurs perceptions perverties, et les autres, qui choisissent plutôt de s’adapter. Bien évidemment, Rouille est de la première catégorie, Vimaire est de la seconde, à l’instar d’un Vétérini, même si ce dernier à une façon toute personnelle de s’adapter à la réalité. Dans son cas, la connaissance de la réalité est telle qu’il y est déjà parfaitement adapté et peut se permettre de jouer pleinement avec ses codes pour pouvoir en jouir un maximum sans pour autant réellement contraindre qui que ce soit, du moins directement ou avec violence ; il ajuste les pièces à sa disposition pour que ses projets et les intervenants nécessaires suivent la ligne qu’il a tracé.
Il se trouve cependant une exception criante à cette règle, rendue encore plus évidente dans ce volume que dans les précédents, et c’est bien entendu Carotte. Ce dernier a complètement bouleversé la perception que j’avais de lui depuis que j’ai commencé à relire le cycle du Guet, tout simplement parce qu’il s’avère bien plus riche en aspérité que ce que je pensais me souvenir. Bien que foncièrement bon, il fait preuve de certains défauts, notamment dans son rapport à Angua, qui le rendent parfois extrêmement antipathique malgré ses évidentes bonnes intentions et ses efforts. Seulement, Carotte semble distordre la réalité autour de lui, faisant preuve de ce magnétisme « royal » qui lui est propre et fait que les gens le suivent sans poser de question, sans qu’il ait réellement à faire le moindre effort en ce sens. C’est un aspect assez passionnant de sa personnalité que j’avais complètement occulté et qui opère un rapprochement (qui m’a été signalé au cours d’une discussion sur Twitter, merci), avec Mémé Ciredutemps.
Carotte, comme elle, a un réel pouvoir, et il le sait ; dès lors, il se doit d’être une discipline de fer pour que ce pouvoir ne le dépasse pas, faisant en sorte d’être extrêmement cohérent dans sa démarche et ses paroles afin d’être un exemple inébranlable. Donc, ne devant pas « confondre ce qui est personnel et ce qui est important », une citation qu’on retrouve à l’identique dans la bouche de Mémé, il préfère prévenir Vimaire qu’Angua a été enlevée plutôt que de partir à sa poursuite, régler un conflit armé avec une partie de football, ou rester flic plutôt que réclamer sa couronne de Roi ; parce qu’il estime que c’est comme ça que les choses devraient être. Et je trouve absolument passionnante l’idée de suivre un héros aussi pur que lui du point de vue de cielles qui gravitent autour de lui plutôt que de l’intérieur, me faisant mentir à posteriori quand je disais que Vimaire l’avait phagocyté à l’échelle des Annales ; cette démarche est seulement la plus intéressante pour Terry Pratchett, puisqu’elle déconstruit encore un autre trope de la fantasy de façon indirecte.

« Ben, c’est ça la société, j’en ai peur […]. On déverse toutes nos cochonneries sur les gens d’en dessous jusqu’à ce qu’on trouve quelqu’un disposé à les manger. »

Je crois aussi que si ce volume m’a moins initialement séduit à la relecture que certains des précédents, c’est qu’il marque un certain coup d’arrêt dans la progression de Vimaire. Pas que j’aurais aimé le voir toujours triomphant, d’autant plus que je sais où tout ça va le mener et que j’aime l’idée de héros faillibles, mais le constat du roman, en filigrane, demeure assez amer à mon goût. Car s’il finit effectivement par avoir une nouvelle promotion, au moins symbolique, dans les fait, ce roman tout entier est une leçon d’humilité pour lui, puisqu’il ne cesse de se faire balader et manipuler. Il a tout de même un poids sur le déroulement des événements, mais ce qui se passe avec le Désorganiseur et la confusion entre les jambes du Pantalon du Temps lui prouve à quel point tout son travail tient parfois à un fil dérisoire, dont la solidité n’est pas toujours liée à la qualité de son travail ni à son abnégation.
Sans le travail et la rouerie de Vétérini, tout le travail de Vimaire aurait été réduit à néant, sans la moindre chance d’une issue favorable, tant la puissance stupide d’un prince Cadram en Klatch ou celle d’un Rouille à Ankh-Morpork ont un côté implacable dans un monde proto-capitaliste comme celui du Disque, même avec le soutien d’un alter ego Klatchien. Alors certes, cela permet à Vimaire de faire le point sur sa fonction et ses motivations, de garder la foi en son métier de policier, comme cela permet à Terry Pratchett de penser la guerre comme étant ontologiquement hors-la-loi de façon assez ironique, et de déplacer assez malicieusement les enjeux d’une guerre moderne en opposition à ceux des guerres anciennes, translatant les notions d’empire des territoires à l’influence géopolitique, mais je crois que le cœur de son propos est tout de même ailleurs.
Et pour cela je citerais l’histoire de Mr Hong, qui revient à plusieurs reprises dans ce volume, en écho je crois à d’autres instances précédentes dans les Annales, comme un exemple prégnant d’un événement tragique que tout le monde regrette et cite en cas de résurgence d’une mauvaise idée collective ; mais dont pourtant, il semble que personne n’ait réellement appris la leçon. Je pense y voir un constat, là encore amer, sur la nature cyclique de l’histoire, et sur l’incapacité de l’humanité à apprendre de ses erreurs pour éviter de les reproduire encore et encore malgré les expériences censément accumulées. On a beau savoir, on ne sait pas vraiment ; peut-être parce qu’on laisse toujours la responsabilité de faire ou ne pas faire ce qu’il faut à d’autres que nous, justement.

« Après tout, nos pays sont peut-être en guerre, mais ce n’est pas une raison pour ne plus nous respecter comme des amis. »

Et cet abandon des responsabilités par ceux qui veulent exercer le pouvoir et jouir de ses bénéfices mais ne pas avoir à en subir les inconvénients, évidemment symbolisé par Rouille, on le retrouve tout le long du roman dans l’hypocrisie ambiante que génère les jeux politiques ; qui ne sont, en écho à Pieds d’Argile, que des jeux pour ceux qui les pilotent. On remarque très vite que cette « politique » est un jeu de dupes où les dirigeants, à coup de mensonges et de tests, ne font que jouer entre eux pour créer des enjeux là où il n’y en a pas vraiment. À tel point que le mot politique devenu dénué de sens, est utilisé à tort et à travers par des personnes d’extraction populaire – typiquement Côlon ou Chicard – pour expliquer des phénomènes d’ordre social qu’iels ne comprennent pas complètement.
Vimaire revêt là encore un aspect quasi héroïque dans un univers aussi tordu et sournois, tout simplement parce qu’il valorise profondément la franchise et l’honnêteté, tant d’un point de vue moral qu’efficace ; il supprime des intermédiaires dans le discours et va au but. Et en s’affranchissant de ces jeux, il prouve leur inutilité autant que leur malfaisance, ce qui renforce encore son statut d’ennemi du système en place ayant favorisé l’émergence de ces jeux. Cela justifie d’autant son statut de cible perpétuelle, comme le fait qu’on essaie sans cesse de le mettre en porte-a-faux vis-à-vis de ce système et de ses acteurs pour en justifier son éventuelle éviction, un cercle vicieux dont il arrive toujours à s’échapper.
Et de ce système nait donc la guerre, une hypocrisie suprême qui se décide autour d’une table éloignée du théâtre des opérations, entre des gens qui n’ont vraiment rien d’essentiel à perdre en cas de défaite de leur camp, contrairement aux gens qu’ils envoient au champ d’honneur. Toute l’ironie de Terry Pratchett est alors concentrée dans le personnage du général défunt Tacticus, une sorte de mélange Disquien entre Jules César, Sun Tzu et Churchill, combinant leur morgue, leur sens de la répartie et un sens tout particulier de la stratégie dont se réclament beaucoup sans vraiment comprendre le sens profond de ses enseignements. Là où Rouille vise la gloriole et un héroïsme suranné voire suicidaire, Tacticus est d’une simplicité mordante, conseillant la fuite sans la moindre honte, puisqu’elle permet la survie, et donc une éventuelle victoire éloignée dans le temps. Lui sait que le meilleur moyen de ne pas perdre reste encore de ne pas jouer. À l’échelle de l’histoire, la guerre est vaine et dénote dans le présent presque d’une absurdité administrative, une virgule dans les livres de comptes des puissants.

« L’histoire était jonchée des os des braves types qui avaient obéi à de mauvais ordres dans l’espoir d’amortir le choc. »

Je me rends compte au fil de cette rédaction que ce tome était bien plus complexe que mon sentiment pouvait me laisser croire à la fin de ma relecture. Ce qui représente bien, finalement, à quel point Terry Pratchett savait écrire des choses profondes et complexes sous le couvert de son humour singulier. Alors, certes, à mes yeux demeure l’idée que ce tome essaie peut-être de réaliser un peu trop de choses en même temps et se disperse entre ses intrigues croisées, ce qui dilue la force évocatrice de certains des concepts qu’il voulait centraux. Mais pour autant, force est de reconnaître que même si j’ai eu le sentiment de passer un peu à côté niveau contenu, il y avait là plus de choses à analyser que ce que je pensais. Je dirais donc qu’on se trouve dans un entre-deux un peu inhabituel, entre une intrigue policière audacieuse et conceptuellement intéressante mais parfois en trop en retrait par rapport aux aventures plus légères de Côlon et Chicard et la multiplication des saynètes humoristiques sans réelles conséquences sur le récit ; ce dernier étant en plus résolu par une pirouette scénaristique plutôt qu’autre chose, préservant largement le statu quo.
Mais à l’instar de volumes comme Éric, je crois qu’on est encore une fois dans un volume qui opère des transitions et prépare de nouveaux terrains. Bien au delà de laisser filtrer des éléments qui donneront des idées à Terry Pratchett pour ses suites comme il le fait toujours, on voit là vraiment des dynamiques toutes entières commencer à se dessiner, préparant les événements du Cinquième Éléphant ou Ronde de Nuit dans des proportions bien plus importantes qu’à l’accoutumée. On prend par exemple beaucoup de temps à présenter les tensions entre Angua et Carotte ou les doutes de Vimaire quant à sa position à Ankh-Morpork, et donc celle du Guet, questionnant jusqu’à leur légitimité et leur utilité, appuyant sans encore trop l’illustrer la différence importante entre une police/le Guet et l’armée. Sans compter qu’avec cette incursion en Klatch, Vimaire touche du doigt sa future condition d’homme d’état à l’international comme il approfondit ses rapports complexes de frère ennemi avec Vétérini, ce qui amènera aux événements futurs des autres tomes le concernant.

« Oh, mon cher Vimaire, l’histoire change sans cesse. On la réexamine et on la réévalue en permanence, sinon à quoi occuperait-on les historiens ? »

Il est sacrément fort, Terry Pratchett. Si fort que je ne peux me résoudre à parler de lui au passé ; un côté intemporel, quelque chose de transcendant, encore et toujours. Je me suis dit que je n’aurais pas grand chose à raconter dans cette chronique, que j’allais passer plus de temps à expliquer pourquoi je trouvais que ce volume marchait un peu moins bien que la plupart de ses prédécesseurs ; et puis voilà. Il aura suffit que je commence un peu à y réfléchir pour me rendre compte que je n’avais pas fini d’y penser, loin de là. Alors certes, je persiste à penser que ce volume se disperse un peu trop, qu’il manque peut-être de constance et de liant, mais il ne manque certainement pas d’âme ni d’intelligence ; son auteur en avait trop pour ça. Malgré ce côté un peu trop fourni, trop généreux en comédie, débordant d’un certain enthousiasme au demeurant communicatif, qui peut à mes yeux occulter les efforts conceptuels et réflexifs, il y a quand même énormément de choses à retirer de ce tome comme des autres. Sans doute que sur un sujet tel que la guerre et ses absurdités, portées par des êtres absconds de stupidité et d’obtusité, il y a un côté évident qui rend l’ensemble un peu trop facile pour mon goût de l’analyse en profondeur, c’est possible. Mais demeurent toujours les mêmes qualités d’humanité et de bienveillance qui surnagent au dessus de la fange, portées par la plume et les personnages d’exceptions de Terry Pratchett, et l’essentiel est encore et toujours préservé.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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