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Impossible Planète – Episode 32

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Il se doutait bien qu’il n’avait pas été le seul à voir ce qu’il avait aperçu ; mais en y réfléchissant juste un tout petit peu, il s’était rendu compte qu’il devait probablement être le seul à pouvoir en tirer une interprétation utile. Parce que malgré toutes les infos contenues dans son rapport à Fodrego, tout n’y était pas chiffré avec précision ; certaines choses étaient restées au stade du ressenti, de l’impression. Et ces choses là, il était le seul dans le coin à les connaître aussi bien, forcément, il était le seul à les avoir vécues. Bon, avec Hector, certes, mais est-ce que ça comptait vraiment.
Et donc, il avait remarqué deux choses. La première, celle dont il était le moins convaincu mais dont il était tout de même persuadé, c’était le fait que le rallumage de l’étoile était pour le moins poussif. Là où elle s’était éteinte plutôt vite et de façon très ordonnée, elle semblait se remettre en route avec difficulté ; certaines zones crachotaient leurs flammes, s’éteignaient, même, par moments, avant de brûler de nouveau. Cela, à ses yeux, ne pouvait vouloir dire qu’une chose, à savoir que la manœuvre était gérée manuellement par une personne qui n’avait qu’une vague idée de qu’elle faisait.
La seconde, pour le coup, il n’en avait pas douté longtemps dès lors qu’il s’en était rendu compte. C’était la zone d’atterrissage qu’il avait aperçu à travers l’iris. Or, il n’y avait rien vu. Rien du tout. Pas rien de plus que ce qu’il s’attendait à y voir, non. Rien de rien. Le vaisseau avec lequel l’équipage et lui étaient arrivé·e·s avait redécollé, sans que personne ne semble l’avoir repéré. Puisque l’activité mécanique à l’intérieur de l’étoile n’avait jamais été détectée auparavant, il semblait cohérent de partir du principe que sa structure devait avoir un effet isolant sur les instruments de détection classiques. Ça ou une sorte de bouclier brouillant invisible qui en épousait la forme ; après tout les xénos stellaires semblaient avoir une longueur d’avance dans pas mal de domaines, alors pourquoi pas celui là.
Mais puisqu’il était peu probable que ce qui restait de l’équipage, piégé à la surface, soit capable de s’approprier une technologie aussi complexe que celle-là et de l’adapter à la leur si rapidement et sans heurts, et qu’aucun mouvement externe à l’étoile n’avait été détecté non plus, on pouvait sans doute estimer que le vaisseau était toujours quelque part à l’intérieur et avait préféré tenter de se protéger plutôt que s’enfuir en devant traverser un blocus lourdement armé.
Et voilà pourquoi Agcen souriait. Parce que peut importait l’angle sous lequel il envisageait ce retournement de situation, ce dernier ne pouvait être que défavorable au Consortium ; le contrôle lui échappait dès lors que l’étoile et sa planète ne lui obéissaient pas et qu’il devait courir après les événements plutôt que leur commander. Alors évidemment, en tant que prisonnier à l’utilité discutable, il allait sans doute se trouver pris entre deux feux, à un moment ou un autre, mais sa propre sauvegarde était loin d’être sa priorité, désormais.
Mais il était plus que temps de cesser de réfléchir à la situation. Il fallait agir, maintenant. Il s’allongea sur le dos, les bras en croix, les yeux fermés, et se livra à un petit exercice de respiration, histoire de s’assurer un calme maximum avant de deviser un plan pour précipiter un peu les événements.
Il s’y attendait un petit peu, mais il ne put s’empêcher de grimacer quand un chuchotement métallique interrompit son embryon de méditation.

« Hey… Pssst ! Tu dors ?
– C’est là qu’on voit les progrès de l’intelligence artificielle. Vous en devenez tellement proches de nous que vous êtes presque aussi cons dis. Que puis-je pour toi, mon cher emmerdeur virtuel ?
– T’es pas obligé d’être vexant non plus, hein. J’essaie juste d’être prévenant, pardon de pas avoir encore intégré toutes vos conventions ; même toi je me souviens, t’avais dit que t’étais devenu pirate en parti à cause de ça. Que c’était trop compliqué pour rien et que ça causait plus de problèmes qu’autre chose. J’suis sûr que j’ai enregistré la conversation quelque part, att…
– Pas le moment ! T’avais quelque chose à me dire, j’imagine ? Ou tu venais juste faire la conversation ? Note bien que dans les deux cas, je suis content hein. De toute façon, fallait qu’on parle ; je méditerai plus tard, c’est tout.
– Mouais… Admettons que je te crois. Et oui, j’avais des trucs à te dire, parce que figure toi que ça s’agite pas mal chez le Consortium, j’ai eu ma dernière mise à jour avec la navette qui venait récupérer Badj. De ce côté là, je peux déjà te rassurer sur un point, y avait aucune mise en scène ; Korey est réellement sur les dents pour savoir ce qui se passe au niveau de l’étoile. Ça faisait plusieurs jours qu’il inspectait l’extérieur et préparait son voyage en surface histoire de prendre le moins de risques possibles, je peux te dire qu’il est dé-goû-té de se faire avoir comme ça ; et il est persuadé que tu y es pour quelque chose. ‘Fin toi ou l’équipage, on se comprend. D’ailleurs, il te soupçonne d’avoir menti dans ton rapport, que tu n’as tué personne et que c’est juste un piège que vous auriez mis en place juste pour lui, avec un soutien de Fodrego qui jouerait les agentes doubles. »

Agcen, à ces mots, laissa échapper un rire incrédule quoique un peu blasé. Korey était le genre de type à sur-complexifier les situations dans lesquelles il était impliqué par pure mégalomanie ; quitte à ignorer les explications – et donc les solutions – les plus simples et se mettre dans la merde au passage. Mais s’il était persuadé que l’équipage était en fait entièrement en vie, alors il y avait une carte de plus à jouer pour lui dans son jeu, qui jusque là était quand même terriblement maigre. Il allait se mettre à recalculer ses débuts de plan mais se rendit compte que son interlocuteur s’était tu. Inhabituel.

« Tout va bien, Hector ?
– Ouais ouais, t’inquiètes. T’as fait ce truc chiant où ton regard devient à moitié vitreux, tu pars dans le vide et t’écoutes plus rien de ce qu’on te dit pendant que tu réfléchis ; et moi j’aime pas trop parler dans le vide pour avoir à me répéter derrière, alors je me suis dit que j’allais attendre que t’aies fini.
– Je… Euh… Je… Désolé ? »

Le rire était nerveux, cette fois, tentant maladroitement de cacher un profond malaise. Pas parce qu’Hector aurait été désobligeant ou quoi que ce soit, non. Enfin, si, mais non. Seulement, se faire mettre à l’amende par une IA, exactement de la même manière que l’avait fait Cap’ un sacré nombre de fois au fil des ans, ça faisait doublement bizarre, voire triplement, au vu des circonstances. Il se sentait très bête, subitement.

« Mais bordel, si je te le dis, c’est pas pour que tu recommences tout de suite après, wow ! Allez, on se concentre, mec, t’as du boulot ! Et je t’ai même pas dit le plus important, alors tu m’écoutes, maintenant.
– Hm. Hmhm. Oui, pardon, vas-y. Ô, grand informateur binaire à la science infinie, aux gigantesques mégabits, je suis toute ouïe.
– Oui, bah fais le malin si tu veux, on sait tous les deux que c’est rien d’autre qu’un mécanisme de défense un peu minable pour éviter de trop t’ouvrir aux gens parce que t’as peur que ta formation et le cynisme capitalistique qu’on t’y a inculqué prenne le dessus sur ta morale. Celle-là même que tu as enfin l’impression d’avoir retrouvée parce que t’as commis une trahison d’envergure dont tu te croyais pas capable avant de précisément la commettre, surtout avec une telle décontraction. Et je te parle même pas de la culpabilité qui en résulte, que tu enfonces probablement au plus profond de toi au moindre risque qu’elle remonte un peu trop à la surface, parce que t’as peur qu’elle te détruise lorsque elle deviendra trop grosse pour être ignorée. »

Un nouveau silence dans la collection d’Agcen. Clairement pas son favori, il fallait bien être honnête. Il était sonné. Et vaguement nauséeux, tout d’un coup.

«  Tu vois, j’ai beau d’être qu’une IA, j’apprends vite et je comprends des trucs que vous même vous comprenez pas. Et j’ai même pas toutes mes ressources à disposition, alors imagine jusqu’où je pourrais aller dans l’analyse. Oui, c’est une menace, j’ai appris à faire ça aussi ; c’est juste pour te filer un petit coup de motivation, parce que figure toi que je vous aime bien et que j’ai bien envie qu’on s’en sorte ensemble, de cette histoire à la con. Tu vas m’écouter maintenant ? Parce que la prochaine partie est un peu technique, j’aimerais éviter de te perdre et de me perdre moi-même dans les explications. »

Agcen se redressa pour se mettre à genoux, les mains sur les cuisses et hocha la tête, dans une position d’humilité dont il était peu coutumier, mais qui semblait diablement appropriée, sur le moment. Il se sentait honteux d’être si transparent pour quelqu’un – il ne voyait pas de terme plus approprié – qui n’était censé avoir de l’humanité qu’une vision purement logicielle alors que la dissimulation était censé être son domaine d’expertise…
Il secoua la tête et la leva vers le plafond avec un air de contrition sur le visage au moment où il se rendait compte qu’il allait encore faire ce que son copain venait juste de lui reprocher. Il articula un pardon silencieux.

« C’est bien. Bon, accroche toi. J’ai pu fouiller dans les dossiers préparatoires du Consortium grâce à mon mini-moi espion, qui a trouvé plein de trucs. Genre, plein, plein de trucs. Parce que ces abrutis adorent bosser leurs interventions en amont, j’imagine que ça fait pro, mais alors pour nettoyer une fois que c’est terminé, y a plus personne ; c’est un de ces bordels là-dedans… Je te passe tous les codes de sécurités et les protocoles que j’ai gardé en stock pour plus tard, je te dis juste que c’est une mine d’or. Non, le plus important pour aujourd’hui, c’est que dans les dossiers qui concernent l’étoiles artificielle, il y a les ajouts que Fodrego a fourni avec sa défection de Def-Tech et la promesse d’être engagée par le Consortium. Au passage, là aussi, des infos croustillantes, mais plus tard. Et ouais, non, , à la réflexion, en fait, je te passe les détails techniques, ça va être chiant et je vais sûrement pas être clair. Mais en gros, Korey, pour se faire mousser, sans doute, a fait rajouter sur son vaisseau une sorte de radar spécial pour détecter les ondes psionniques, ou du moins des ondes similaires à celles utilisées pour activer la télécommande qui avait été récupérée aux abords de l’étoile. Il semblerait que nos copains xénos stellaires utilisaient – ou utilisent, soyons optimistes – beaucoup cette technologie en plus de toutes celles que vous avez découvertes, et qu’évidemment, personne ne maîtrise. Sans parler de seulement toutes les appréhender. Et forcément, c’est de la rétro-ingénierie expérimentale menée par les équipes scientifiques du Consortium, sous payées et sous qualifiées, donc nulles et pas motivées ; ce radar est merdique, tu le vendrais même pas sur le pire marché noir sans te faire arracher les yeux. Cet abruti de Korey l’a fait installer trop tôt, alors que les tests n’étaient même pas terminés, juste au cas où, parce qu’il avait un budget pharaonique. Je suis pas allé très loin dans la fouille, mais je suis prêt à parier qu’il en a profité pour détourner de l’argent à son profit, ce con. Mais bref, pardon, je m’égare. Tu déteins, c’est terrible, va vraiment falloir que je passe du temps avec d’autres personnes que toi, à un moment, ne pas avoir un équipage complet à mon contact c’est malsain, je le sens. Bref, j’ai dit, bref ! Si ce radar est si nul, c’est que selon le modèle son fonctionnement normal – et là je fais des guillemets dans les airs avec les doigts que je n’ai pas, rien que pour ça je suis jaloux des humains – celui prévu par ses concepteurs nuls et sous payés, tu suis ; et bien il ne semble détecter les ondes psionniques qu’il est censé repérer qu’une fois sur trois, et pendant quelques secondes seulement. Il galère à mort quoi. Donc Korey est très énervé, évidemment, et il le laisse éteint la majorité du temps parce que ça le frustre et que ça gâche de l’énergie pour rien. Sauf qu’avant de venir vous voir, Badj l’a activé, à un moment. Parce qu’il se faisait chier, je crois, avant de se faire engueuler par tonton deux minutes plus tard. Et là encore je te passe les détails techniques mais je te demande de me croire sur parole ; je me suis rendu compte qu’un des ingénieurs devait pas être si nul que ça, parce que le radar a une fonction cachée, ou du moins accessoire, un truc en développement, mais qui marche pas trop mal. Il enregistre les signatures psionniques détectées, un peu comme des empreintes digitales mais dans la tête quoi. Oui, apparemment ça existe, me demande pas, je m’y connais encore moins bien que toi en tête. Toujours est-il que pendant les deux minutes d’activation, pas longtemps avant que l’étoile se rallume, sans que personne d’autre que moi le remarque, la machine a accroché un signal faible. Un signal qu’elle avait déjà accroché auparavant, celui-là même qui a amené le Consortium et Fodrego jusqu’à vous. Un signal dont la signature était enregistrée dans la machine, parce que c’était précisément celle qui avait servi à calibrer le radar au départ. Et je vois dans tes p’tits yeux de p’tit malin que t’as déjà une p’tite idée d’où je vais avec cette info, pas vrai ? »

Et effectivement, ses yeux brillaient. Parce que son intuition s’était confirmée.
Il allait avoir une vraie chance de réparer ses conneries. Les choses sérieuses commençaient.

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