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Impossible Planète – Episode 35

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Pas habitué à dormir sur une banquette si étroite, il s’écroula au sol comme une masse à la suite de son sursaut, manquant de s’ouvrir le crâne sur un coin de la petite table en verre, juste à côté de lui. Il se releva prestement, avec un petit sourire au coin des lèvres, espérant que personne n’avait eu l’occasion de le voir dans ce numéro pathétique, imaginant la tronche de Korey s’il était tombé sur une scène de crime en navette close.
Mais très vite, son côté professionnel, celui dont la fonction était de s’inquiéter de tout, prit le dessus pour lui faire se demander pourquoi une alarme pouvait bien sonner à ce moment-là ; à savoir – après un rapide coup d’œil à l’horloge la plus proche – seulement 30 minutes après le début de sa sieste impromptue. Il avait l’esprit un peu embrumé, sans doute à cause de la chute ou du réveil précipité, mais il savait qu’une alarme, sur un vaisseau de ce type, ne pouvait avoir été enclenchée que pour quelques raisons seulement, toutes très… alarmantes.
Par acquit de conscience, il fit un rapide tour de la navette pour n’y trouver absolument personne, et l’unique sortie verrouillée par un code qu’il ne possédait évidemment pas. Et aucun signe de mini-Hector, même en l’interpellant sans la moindre discrétion, sa voix étant de toute manière couverte par le volume infernal de la sirène qui continuait à hululer sans interruption, tout comme sa bouche devait être illisible par les caméras à cause de la lumière rouge intermittente qui envahissait l’espace. Le Consortium avait tendance à toujours en faire trop, même quand personne d’autre que lui n’était là pour le voir, c’était presque pire que son manque d’imagination.
Heureusement, avant que la situation ne devienne trop frustrante pour Agcen, qui se voyait déjà condamné à devoir attendre éternellement dans son petit purgatoire personnel, les événements se précipitèrent.
Alors qu’Agcen, en désespoir de cause, était en train d’essayer de bidouiller la console de la porte du sas, celle-ci s’ouvrit brusquement, sans les longs et sonores protocoles qui avaient été nécessaires la première fois. C’était sans doute du à l’état d’urgence dans lequel était plongé le vaisseau, mais ça restait surprenant. L’explication surgit précipitamment de l’ouverture dans un nuage de vapeur, sous la forme du duo Korey/Badj, qui n’adressèrent pas un mot à leur prisonnier, et à peine un regard.
Ils étaient tous les deux armés, mais surtout salement amochés. Leurs uniformes étaient déchirés, tachés de sang, leurs yeux pochés, leurs lèvres fendues avec des bosses au front et même des cheveux arrachés pour le jeune aspirant. Ils faisaient peine à voir, vraiment, les mains du jeune homme tremblaient sur la crosse de son fusil, qui paraissait trop grand pour lui.
Korey, qui soufflait comme un bœuf, poussa Agcen de la console sans le moindre ménagement, le laissant prostré, la bouche grande ouverte, à essayer de comprendre ce qui avait bien pu se passer. Mais en entendant le fier Commodore péniblement souffler une quarantaine martiale sur la navette de transit à coup de codes vocaux et ordonner son décollage immédiat, il eut une idée plus précise de ce qui avait bien pu se passer.
Et sans la moindre pitié, il éclata de rire, ravi du changement de direction opéré par ses péripéties.
Korey tourna lentement la tête vers lui, qui peinait à contrôler son hilarité, plié en deux, les mains sur les genoux pour garder l’équilibre et réussir à respirer. Quelques dizaines de secondes s’écoulèrent, alors que la navette commençait à trembler et initier son départ ; Badj, le regard perdu, au bord des larmes, Korey, à la dernière limite de l’implosion de rage, et Agcen, mort de rire, face à eux.
Il finit par se calmer un peu, essuyant une larme au coin de son œil gauche, tout en tendant sa main droite vers ses camarades de voyage dans ce qui se voulait un geste d’apaisement.

« Ohohoh les gars, j’suis désolé, c’est nerveux… Mais avouez… De mon point de vue, c’est quand même très rigoloooohohhooh !
– T’es qu’un sale con, Agcen.
– Si tu veux, Korey, si tu veux. Mais avoue quand même que ça la fout mal niveau crédibilité. »

Il renifla bruyamment pour appuyer son propos et en rajouter dans le côté insupportable en sentant sa crise de rire doucement refluer. Il n’avait peut-être pas de fusil entre les mains, mais il avait toutes les armes pour déjà se défaire de son statut de prisonnier, même s’il doutait fortement encore en être un dans les faits; il aurait sans doute pu feinter et se lancer sur le pathétique duo en face de lui sans vraiment risquer la moindre conséquence fâcheuse. Ils étaient tous les deux blessés, épuisés et en grave déficit de lucidité. Et de sale humeur aussi, mais à leur décharge, être victime d’une mutinerie de toute évidence très violente était une sacrément bonne raison.
Korey prit une grande inspiration et compta silencieusement jusqu’à 5. Il n’avait pas le temps pour 10.

« Bon allez, on se bouffera le nez plus tard. T’es un sale con, mais pas un abruti. L’étoile s’est éteinte il y a 10 minutes, notre seule chance de survie est d’aller au rendez-vous de ta connasse de Capitaine, j’suis sûre qu’elle sera ravie de te revoir. Je prends le pilotage, tu prends les armements. Badj, tu te mets aux moniteurs ; je compte sur toi. »

Il avait dit ça calmement, avec le ton d’un vrai leader, avec une urgence vibrante dans la voix. À son corps défendant, Agcen était impressionné, et convaincu. Il hocha la tête et fonça vers le poste de combat, ce n’était de toute évidence pas le moment de papoter. Derrière lui, Korey et Badj laissèrent tomber leurs armes et prirent leurs positions également ; leur formation reprenait le dessus.
Et au premier regard dans son interface AR, Agcen vit qu’effectivement, ils n’étaient pas dans une situation favorable.
Alors que la navette prenait doucement ses distances avec le vaisseau principal, l’activité dans l’espace proche était devenue électrique et assez inquiétante. Ce n’était pas un combat qui s’annonçait, c’était une fuite, à un demi contre 4, dans une fenêtre temporelle beaucoup trop resserrée. Tombal aurait adoré.
Une vibration significative s’empara de la navette, suivie d’un soupir essoufflé dans son casque de communication, Korey était aux commandes.

« Pas besoin de te faire un dessin. Inutile d’essayer de les abattre, t’as que deux canons 180 de faible puissance, nos… leurs boucliers sont trop puissants pour que tu les entames. Concentre toi sur les projectiles que tu peux descendre, laisse passer le reste, on devrait pouvoir encaisser sans trop de dégâts avant d’atterrir. »

Agcen serra les mâchoires pour éviter de répliquer ; il essayait de se mettre dans le bain avant tout, de s’assurer que tout le monde était sur la même longueur d’ondes, il ne le prenait pas de haut volontairement. De toute façon, il n’eut pas le temps de réfléchir, un premier missile avait déjà été tiré du vaisseau principal juste derrière eux ; Korey n’aurait pas le temps de même essayer de l’esquiver. Par chance, les missiles du Consortium étaient des ogives balistiques, elles devaient prendre quelques secondes après largage pour se mettre en vitesse optimale, il aurait largement le temps de l’abattre.
Mais il n’avait pas l’habitude de manier les commandes de la navette, et ses deux premiers tirs passèrent largement à côté, s’écrasant sur les boucliers derrière le missile qui s’alluma et commença à foncer vers eux. Il tiqua et ajusta sa mire, l’abattant au dernier moment, leur faisant subir l’onde de choc de l’explosion.

« Concentre toi, putain ! On aura pas toujours le temps que tu essuies la sueur sur tes paumes de primate !
– Ta gueule, Korey.
– La tienne, engeance de flong.
– Ah, j’aime quand tu te fais poète. »

Bordel, son sang battait à ses tempes jusqu’à ses doigts, il sentait son cœur exploser dans sa cage thoracique, il avait les paumes crispées ; il sentait doucement la dissociation de son esprit se mettre en place, entre la pure rigolade de ce genre de moment de pure adrénaline et la concentration martiale de sa formation qui prenait le dessus sur son corps entier. C’était le pied absolu.
Un deuxième vaisseau était en ligne et faisait chauffer ses armements pour les aligner comme des lapins dans un terrier, les choses sérieuses commençaient. Korey enclencha pour de bon les moteurs et commença à foncer vers l’iris de l’étoile, à moitié ouverte, mais Agcen sentait à sa respiration saccadée que ce n’était qu’une tentative désespérée ; leur objectif était trop évident, et même si leurs ennemis étaient lents à la détente, ils savaient pertinemment qu’ils n’avaient pas d’autre objectif, et que la fuite pure et simple n’était pas envisageable.
Et en effet, leur trajectoire fut instantanément coupée par une salve de plasma lancée juste devant eux, qui força Korey à balancer les contre-réacteurs pour éviter de perdre la moitié de la navette avant même le début de l’engagement. Par chance, les mutins manquaient de synchronisation et n’avaient pas attaqué aussi par l’arrière, lui permettant d’effectuer un demi tour rapide très élégant. Cette navette de transit en avait clairement bien plus sous le capot qu’elle voulait bien le laisser croire.

« I…Ils tentent un tir croisé, tonton.
– Je vois bien qu’ils tentent un tir croisé ! Indique moi des trajectoires sûres ou préviens-nous de trucs qu’on ne voit pas, ne nous donne pas des infos évidentes ! Je gère l’esquive, aide plutôt Agcen ! Et m’appelle pas tonton, bordel, ça fait pas sérieux.
– Com..Compris. Pardon »

Un grognement agacé lui répondit. Le pauvre Badj avait des trémolos dans la voix, il était terrorisé, c’était pitoyable. De toute évidence, il ne servirait à rien, on devinait ses yeux papillonner sur ses écrans sans réussir à en tirer quoi que ce soit juste à son ton paniqué.
Agcen secoua la tête pour ne pas se perdre dans ses pensées et évacuer la sueur qui lui empoissait les sourcils ; il devait assurer un quota d’environ 3 tirs au but aux dix secondes pour s’assurer que les boucliers de la navette tiennent le coup le temps de leur danse stellaire, avec seulement 6 tirs aux dix secondes à disposition, et les armes n’avaient jamais été sa spécialité. Comme disait son instructeur de l’époque, c’était tendu du cul. Que des poètes, ces instructeurs, ça devait être une tradition.
D’autant plus tendu que petit à petit, les attaques des 4 vaisseaux autour d’eux commençaient à faire montre d’une réelle concertation tactique. Korey galérait de plus en plus à esquiver, et Agcen peinait à suivre, surchargeant les boucliers d’un pourcentage critique à chaque vague qu’il n’arrivait pas à annihiler. La différence de puissance de feu, la tension et la fatigue accumulées auraient fatalement raison d’eux. Il fallait se faire une raison ; à moins d’un miracle ou d’une idée de génie, ils étaient foutus. Le Commodore avait vraiment du se comporter comme un connard pour que son ancien équipage soit ainsi résolu à bêtement le détruire sans autre forme de procès.

« On va pas y arriver, Korey, il faut tenter un truc. T’as une idée brillante ?
– Évidemment que non, couillon, sinon je… nous aurais dé…jà ! Sorti de cette merd-AH !
– Ok. J’en ai une, moi. Tu te souviens du coup qu’on vous avait fait sur Manadol ?
– Hein ? La fois avec le laxatif dans les tacos ?
– Ahahah, non, ça c’était sur le Hub 113. Non, Manadol, c’est la fois où…
– Ah putain oui. T’as raison, c’est une bonne idée. Ferme-la maintenant, faut que je me concentre. »

Ouais, il était tendu, le père Korey, pour juste être d’accord sans discuter. Et à son crédit, il exécuta la manœuvre à la perfection. Après une énième esquive d’une décharge de plasma, il fonça droit vers le vaisseau Consort le plus proche de l’iris pour simuler une attaque suicide pendant qu’Agcen abattait une dernière vague de projectiles. Comme sur Manadol, les vaisseaux du Consortium stoppèrent le feu pour éviter de toucher leur allié, juste assez longtemps.
Et au dernier moment, Korey enclencha les moteurs auxiliaires pour envoyer la navette dans une toupie folle qui les fit passer juste en dessous du vaisseau ciblé par leur charge. Bon, il n’était pas un pilote de la trempe d’un Tombal, donc il se rata de quelques mètres, faisant douloureusement frotter les deux carlingues l’une contre l’autre, dans un concert sons lumières et vibrations absolument insupportables pendant de trop longues secondes.
Mais malgré les dégâts irréparables, la manœuvre avait réussi, avec un cessez-le-feu juste assez durable pour ce qu’il restait de la navette se dirige droit vers l’iris maintenant complètement ouverte. Le Consortium réagit trop tard, et reprit le feu trop maladroitement ; ils étaient passés.
Le trio ne vit rien de ce qui se passa par la suite, puisque la navette subit une explosion violente à l’endroit de la collision, un système majeur ayant sans doute été touché, rependant une fugace mais éblouissante traînée de flammes dans leur sillage. Ce devait être le compensateur gravifique ; ils furent bringuebalés partout dans le poste de combat, tombant bien vite dans une inconscience qu’Agcen espérait salvatrice alors qu’il partait encore une fois à la rencontre des abysses.

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