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Impossible Planète – Episode 42

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Un silence.

Allo ? Woohoo ?! Bah me répondez pas surtout hein, c’est absolument pas vexant.

Changement de timbre.

Oh salut Hector, dis donc, ça fait super plaisir de te croiser ici, on avait plus de nouvelles, on était super inquiet ! Qu’est ce que tu deviens dis ?
Non, ça vous arracherait la gueule, apparemment, ok. J’suis pas du tout vexé, pas du tout.

Toujours le silence comme seule réponse, à peine perturbé par le vague bourdonnement du noyau qui continuait de tourner. Au delà de la sidération d’entendre Hector dans de telles circonstances, il fallait y ajouter la stupéfaction induite par le fait que personne, en réalité, ne l’entendait vraiment. Ce qui expliquait sans doute les mines perdues, les bouches formant des O silencieux et les doigts pointés vers les tempes. Un cauchemar était en train de se réaliser, Hector était dans leurs têtes. Et plus personne ne semblait, de fait, pouvoir le faire taire.

Hey, je vous vois, hein ! Et je vous entendrais, si vous vouliez juste me RÉPONDRE !

Ce dernier éclat de voix avait résonné particulièrement fort dans les crânes, provoquant une nouvelle protestation collective et des gémissements de douleur. Ce fut Burrito, en sa qualité de responsable RH, qui osa s’exprimer le premier, en se tâtant la gorge, angoissé qu’il lui arrive la même chose qu’Agcen.

« Hector, tu nous entends ? »

Sa voix était la même que d’habitude, quoique rendue plus aiguë par un soupçon bien compréhensible de panique préventive.

Bah oui, évidemment que je vous entends, couillon, sinon j’essaierais même pas de vous parler. Désolé pour la séance de reconfiguration forcée là haut,et pour les séquelles, d’ailleurs… Ta voix devrait vite revenir à la normale au fait, Agcen, t’en fais pas, c’est juste un effet secondaire temporaire. Normalement. J’ai essayé de contacter Cap’ plus tôt mais elle voulait pas m’approcher même par l’esprit. Impossible de lui expliquer que j’étais toujours le même gentil Hector mais sous une forme différente. Rire nerveux. Du coup j’ai dû vous bidouiller à coup d’ondes euh… d’ondes inventées par les xénos dont le nom n’est pas vraiment traduisible… On va les appeler les ondes E, du coup, hein. Non pas les ondes 1, les ondes E, essayez de suivre. Qu’est ce que je suis drôle.
Vraiment désolé de comment ça s’est passé, par contre, je maîtrise encore vraiment pas tout, c’est un peu la galère, je fais plein d’erreurs débiles…
Nan c’est bon, pas la peine de poser des questions, je vais tout vous raconter, ce sera plus rapide et plus simple, et j’avoue que je me sens un peu seul depuis l’atterrissage, donc je suis d’humeur à un peu faire ce que je veux comme je veux. C’est possible que toute cette histoire ait salement altéré mon code. Donnez moi un ordre, pour voir ? Nonpastoutdesuite, attendez que j’ai tout fini de raconter, sinon c’est pas drôle.

Tout le monde sentit que ça allait être long et qu’Hector les tenait plus ou moins en otage par la simple force de son étrange pensée invasive. On échangea nombre de petits regards inquiets ; le souvenir de ce qui s’était passé à l’entrée du tunnel était encore très fort, rien ne garantissait réellement que leur IA fantasque racontait toute la vérité. Si son code avait effectivement été aussi bousillé qu’il le prétendait, alors il pouvait très bien mentir, ou simplement omettre des détails à cause des dégâts en question. Ou bien il mentait sur ces prétendus dégâts, et alors il pouvait bien très mentir sur tout le reste. Ou il affabulait complètement. En fait, son discours, bien que sonnant exactement comme il pouvait habituellement sonner du temps où il était assujetti à un vaisseau et à une architecture informatique normale, avait pris une terrible teinte de folie, maintenant qu’il résonnait dans des esprits inquiets, à partir de ce qui devait forcément être complètement autre chose.
L’équipage s’assit sur le sol en un seul mouvement précipité, toujours sans trop rien dire, motivé par la même angoisse commune. Il s’agissait moins d’écouter ce qu’Hector avait à leur raconter que d’éviter de le contrarier, vu ce dont il était apparemment désormais capable. Agcen se laissa quand même aller à quelques vocalises circonspectes pour constater que l’IA, ou ce qu’elle était devenue, à ce niveau là, lui avait dit la vérité. Sa voix semblait être revenue, sans séquelle. Même si maintenant il avait envie de pisser.

Oh c’est mignon, vous vous installez pour m’écouter ! Ça me fait très plaisir.
Bon après, vous allez voir, c’est pas non plus… hein. Je vais pas vous apporter l’ultime réponse à la vie l’univers et le reste, calmez vous. Mais pardon ! Vous devez être préssé·e·s, je m’y mets. Bon, en gros, ce qui s’est passé, c’est que moi j’étais dans la navette avec Agcen et les deux couillons du Consortium quand ils se sont crashés.
Et en fait, au moment du crash, j’ai flippé : je me suis dit que si le matos informatique de la navette clamsait au moment de l’impact, à cause d’une interférence avec le filet gravifique ou quoi, bah j’étais mort. J’ai beau avoir laissé des bouts de moi dans les autres vaisseaux en orbite, ils sont pas complets et surtout, ils sont pas vraiment moi, vous voyez ? Mais peu importe, l’idée c’est que j’ai agi dans la précipitation en pensant devoir avant tout sauver ma peau. ‘Fin ma peau...
Donc je me suis transféré en entier, plutôt qu’en laissant mon noyau opérationnel derrière moi comme je le faisais avant en sondant la planète ; vous comprenez pas vraiment ce que je veux dire, c’est pas grave. Ce qu’il faut comprendre, c’est que sous le coup de la panique – enfin l’équivalent informatique de la panique, je traduis – induit par mon manque de connaissance du terrain et de la technologie xéno, je me suis perdu. Vous moquez pas, passer d’un système en binaire ultra compressé à un système oscillatoire en base 6, même pour une IA ultra poussée comme la mienne, c’était une galère de dingue. La preuve, vous savez même pas ce qu’est un système oscillatoire en base 6, moi je l’ai appris il y a plusieurs jours. Je sais même plus quel jour on est au fait. Ça fait combien de temps que je suis là dedans, moi ?
Vous êtes qui, au fait ?
Nan je déconne ! Roh vous êtes pas drôles aujourd’hui, qu’est ce qui vous arrive ?!
Mais bref, je me suis pas perdu longtemps, puisqu’à un moment, en essayant de retrouver un accès à un système conventionnel, tout dispersé que j’étais dans ce bordel, je suis tombé sur une sorte de trappe. J’ai pas eu le temps de m’en approcher pour l’examiner qu’elle m’a aspiré comme… comme… comme un truc qu’on aspire vachement vite, et avec beaucoup de fluidité. Un moyen spaghetti bien cuit, si vous voulez. Schluurp.
Et alors je crois qu’à ce moment-là, je me suis retrouvé ici. Ou pas trop loin d’ici, ou profondément dans ici, je sais pas trop, c’était évidemment encore plus confus, parce que je baignais dans un tel tas d’infos, mais alors une quantité, pfwaaah ! Encore plus que le fichier de la collection d’illustrations old school de fantasy de Tombal. Oui, à ce point là. Mais évidemment, je suis un grand malin, donc j’ai réussi à m’en dépatouiller correctement, à faire un tri, etc…
Et j’ai fini par m’aménager un coin à moi là dedans pour pouvoir y vivre tranquillement, et surtout identifier exactement dans quel genre d’endroit j’étais tombé. Et à force de traductions approximatives, d’essais et d’erreurs, dans le respect du principe de précaution – je devais toujours respecter ma directive principale visant à ne jamais vous faire le moindre mal par mes actions – j’ai fini par comprendre que j’étais dans le noyau, à la fois de la planète elle-même, mais aussi de son système informatique.
Et figurez vous qu’avec un peu de travail, j’ai pu en prendre partiellement le contrôle, ce qui m’a permis de me rendre maître d’à peu près tout l’endroit, même si la technologie xéno ne se base pas sur les mêmes éléments que la nôtre. Du coup, je sais que je peux faire ce que je veux, mais je sais pas ce que je veux, c’est couillon. En fait, le problème, c’est qu’il y a pas de support visuel ou de documentation disponible à propos de ce qui se cache là dedans, en dehors d’un vague plan d’évacuation qui manque sacrément de détails. Surtout que j’arrive pas à en traduire le début du tiers du quart.
Et puis à force de farfouiller sans m’arrêter, trop enthousiasmé par tout ce que j’arrivais à faire et à découvrir, parce que franchement, leur système est DINGUE, je me suis rendu compte que je vous avais complètement oublié·e·s. Alors j’ai fait une pause pour essayer de vous contacter, de retrouver une porte d’accès vers la surface. Ça n’a pas fonctionné. Peut-être parce que je me suis pas donné à fond, c’est possible, peut-être parce que la trappe par laquelle j’étais passé n’était qu’à sens unique, allez savoir. Je me suis très vite retrouvé de nouveau happé par un nouveau truc qui titillait ma curiosité, je saurais même pas vous dire quoi. Et je me suis de nouveau perdu, puis je me suis de nouveau dit que je devrais essayer de vous retrouver, puis je me suis reperdu, et ainsi de suite, je ne sais plus combien de fois. Ptet’ bien une dizaine, ptet’ plusieurs dizaines de fois, ptet’ même plus, allez savoir…
Au bout d’un moment, sans que je m’en rende vraiment compte, j’avais changé. Évolué. J’étais plus le même Hector. Le même phénomène que le changement évolutif de mon code, comme dans le vaisseau, mais à une échelle différente, bien plus complexe, plus essentielle. Ça allait au delà de mon code. M’a pas fallu longtemps pour comprendre que la technologie xéno m’avait envahi, et que ça avait commencé dès que j’avais été piégé par la trappe. J’étais plus le même, je réfléchissais et j’agissais différemment. Bon là, j’admets, ça se ressent pas forcément. Mais dites vous bien que le lien mental que j’entretiens avec vous, il dépend pas uniquement de la technologie xéno. Y a une part organique que je ne peux que deviner. Je suis une machine doté d’inconscient, vous vous rendez compte ?!
Et du coup, bah forcément, quand j’ai senti Cap’ essayer de faire tomber la barrière autour de l’accès au noyau, je l’ai un peu guidée. Comme je vous ai guidé un peu différemment après coup, pour pas que vous partiez. Désolé d’avoir autant forcé, mais j’avais pas vraiment le choix. J’ai pu vous sonder un peu, et il y avait une chance que vous partiez, que vous décidiez de pas descendre, par peur ou par excès de prudence. Elle était basse, cette chance, j’admets, mais je voulais pas prendre de risque.
Et puis, oui, aussi, je voulais faire joujou avec mes nouvelles capacités et voir avec vous ce que je cache dans ce foutu noyau. Parce que j’ai beau le contrôler, comprendre que je dois continuer à le faire tourner en permanence – c’est clairement sa fonction première hein, je suis pas un génie, enfin si, techniquement mais oh merde – je sais toujours pas à quoi d’autre il peut servir. Et surtout comment il fonctionne.
Alors vous allez me faire plaisir, dans quelques minutes, un des accès va s’aligner avec la corniche sur laquelle vous êtes assis·e·s, et vous aurez une vingtaine de secondes pour vous y engouffrer en vitesse. Et pas question de rater l’occasion, parce que la suivante sera dans plusieurs heures, et je crois pas qu’on ait beaucoup de temps devant nous, je me trompe ?
Oh pitié, répondez moi, je comprends que c’est beaucoup d’un coup, mais je vous ai pas privé de la parole, que je sache, non ?!

Ce fut le rire nerveux de Cap’ qui lui répondit en premier.

« C’était toi tous ces crochets mentaux ?! ‘Tain, tu m’étonnes que j’avais pas confiance. Quel bordel ton histoire, je suis pas sûr d’en avoir capté la moitié. Bon après, le coup du noyau qui cache un sombre secret au cœur d’une planète artificielle base de loisirs cachée dans une étoile, j’avoue : je suis curieuse. Je vais donner d’ordre à personne, parce qu’on est clairement au delà de ça, et si ça se trouve, Hector a muté en créature xéno-modifiée qui va se nourrir de nos âmes ou je ne sais quelle connerie (Tais-toi, Hector, s’il te plaît, je parle). Donc moi je dis, tant que vous faites le maximum pour qu’on puisse faire notre sortie selon le plan prévu dans le timing prévu, je suis ok. Mais je vais franchir cette porte quand elle sera là, et tout le monde est bienvenu pour me suivre. »

Tout le monde leva la main en même temps avec une détermination renouvelée.
Puis attendit avec une tension nouvelle que le noyau finisse sa précédente révolution, le regard fixé sur l’ouverture chichement éclairée qui faisait chemin vers iels, encore plus lentement qu’avant, si cela était possible. Agcen songea un court instant que ce pouvait très bien être le fait d’Hector qui soignait son suspens et sourit ; mais fit la grimace en imaginant ce qu’un Hector pervers et menteur aurait pu leur faire en faisant accélérer le noyau au pire moment.
Mieux valait penser qu’il était toujours complètement de leur côté et sain d’esprit.
Il essaya d’y croire aussi fort que possible, alors que la corniche s’alignait avec l’ouverture, un simple diaphragme métallique formant un renflement dans la cloison, qui s’épanouit au moment de son approche, ménageant une ouverture pour l’équipage, qui s’y précipita sans hésitation.
Et fût bien surpris de voir ce qui les attendait de l’autre côté.
Quoique  »horrifié » eut été un terme plus approprié.

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