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Le Tour du Disque #24 – Carpe Jugulum

« Le péché, jeune homme, c’est de prendre les gens pour des objets. […] Les gens qu’on traite comme des objets, tout part de là. »

En une citation, vous avez sans doute ici la raison cardinale de ma hâte de relire Carpe Jugulum. Alors forcément, aussi longtemps après le dernier épisode du Tour du Disque, ça pourrait paraître peu crédible, mais ces chroniques me prennent pas mal la tête, entre la nécessité de ne pas me répéter, et l’envie de leur accorder toutes mes capacités intellectuelles pour en tirer la substantifique moëlle. Alors j’espace. J’ai d’autant plus espacé que je malgré mon amour renouvelé pour les Sorcières de Terry Pratchett depuis le début de cette aventure, je savais aussi que ce tome précis était la dernière occurrence que j’allais pouvoir leur consacrer avant le passage à venir chez Tiphaine Patraque. Et d’une certaine façon, je n’étais pas encore totalement prêt à leur dire au revoir, même si je savais que ce n’était pas complètement définitif.
Sans compter que je me doutais également que ce volume serait dans la continuité thématique du Dernier Héros, ce qui ajoutait à l’anticipation d’un certain nombre de sujets, d’une mélancolie similaire, et donc d’une appréhension un peu complexe de l’ensemble de ma part, à cause d’une volonté d’exhaustivité. Et si j’avais effectivement vu assez juste concernant cet enchaînement atmosphérique et les liens entre ce roman et ses prédécesseurs, j’avoue sans mal que pas mal de choses m’avaient échappées lors de mes premières lectures que j’ai pu capter ici avec plus de clarté.
En résulte un excellent volume, mais teinté d’une mélancolie assez pesante et de constats parfois un peu nébuleux à mes yeux dans leur construction par Terry Pratchett, me laissant à sa conclusion avec un léger arrière-goût amer. Ce que je vais tenter de vous expliquer en détails. Il y a du travail.

Dans son ambition de faire du Royaume de Lancre un carrefour important de la géo-politique du Disque-Monde, le Roi Vérence a fait l’erreur d’inviter au baptême de sa fille la famille Margopyr, vampires d’Uberwald. Ou plutôt vampyres, par souci de se démarquer et d’affirmer leur modernité. Des vampyres, donc, car insensibles aux symboles religieux, à l’ail ou à toutes les méthodes éprouvées pour les combattre. Il faudra au moins Mémé Ciredutemps pour parvenir à les vaincre. Sauf qu’elle n’est pas venue et qu’elle ne semble pas vouloir venir. Ce qui ne laisse qu’Agnès, encore débutante en crises majeures, Nounou Ogg qui n’a pas envie de prendre le mauvais rôle, et Magrat, désormais reine et mère à plein temps. Et cela ne semble pas suffisant pour contenir une catastrophe d’une telle ampleur.

« À vrai dire, tout le monde connaît beaucoup de trucs sur les vampires sans imaginer une seconde que, depuis le temps, les vampires risquent de les connaître aussi. »

Le cœur de l’ouvrage est évidemment son travail parodico-satirique, selon la tradition désormais solidement ancrée dans les romans des Annales du Disque-Monde, avec cette fois la figure du vampire comme point de gravité ; tout tourne autour d’eux ou presque dans Carpe Jugulum, narrativement comme thématiquement. Narrativement, évidemment puisqu’ils constituent les antagonistes principaux du roman, mais surtout thématiquement parce que c’est à travers de leurs comportements et des dynamiques qu’ils induisent dans le récit qu’on trouve comme souvent les idées et concepts que Terry Pratchett voulait explorer, ou continuer d’explorer. Dans la droite lignée d’un Eric ou de Nobliaux et Sorcières, il est question d’étudier la montée en puissance d’idéologies « modernistes » au service d’une distribution inégalitaire et malsaine du pouvoir. On trouve dans ces « vampyres » des échos des elfes et leur gueulamour, remplacé par un retournement des valeurs classiques et traditionnelles. Une manipulation permanente de la vérité et des éléments de communication au bénéfice permanent d’une partie bien précise de la population ; celle qui sait comment les choses fonctionnent et qui garde bien tous ces secrets pour elle. Je dois dire que le roman peut parfois verser dans l’écueil regrettable d’un « c’était mieux avant » manquant un peu subtilité pour le standard Pratchettien, notamment au travers du vieux comte Margopyr, aux vues traditionnalistes et plus apprécié de la population ayant dû souffrir de ses fringales nocturnes. Cependant, si j’ai un doute lancinant sur ce veulent précisément dire ces quelques blagues impliquant des villageois fiers de leurs ancêtres pour avoir combattu bravement l’ancienne version des vampires, je crois sincèrement que la démonstration de l’auteur va dans un autre sens, souffrant juste d’une certaine maladresse ponctuelle.

« Vous voulez dire que le vampirisme, c’est comme… la vente pyramidale ? »

Je pense que l’ambition du roman est simplement de démontrer, à partir notamment de cette citation brillantissime et ô combien Pratchettienne, de dénoncer la nature vorace des ayants face aux servants. Si les villageois ou Igor, exceptionnel personnage secondaire, tiennent en grande partie à leurs traditions et leurs habitudes, même si elles ne sont pas toujours à leur bénéfice, c’est parce qu’il y a un réel confort dans l’habitude. Encore une fois, Terry Pratchett reprend ses thématiques selon un angle nouveau pour mieux les étudier sans pour autant réellement se répéter ; on retrouve par exemple ici des éléments cités dans Pieds d’Argile. Et donc on en revient à la citation que j’ai utilisée en ouverture de cette chronique. La différence cardinale entre les Margopyr et le vieux comte, qui fait que ce dernier était somme toute toléré, était que ce dernier, lui, jouait le jeu selon les règles établies, même tacitement. Lui savait être un monstre selon les conventions et ne prenait pas de rendez-vous, et acceptait de perdre régulièrement pour maintenir un certain équilibre. Il ne consommait pas son pouvoir et n’en voulait pas plus que ce qui lui avait été alloué, contrairement à sa descendance, qui essaie elle d’aller au delà des limites convenues et oublie que les personnes qui les opposent ont de bonnes raisons de le faire.
Même si je me méfie de moi-même et des potentiels transferts actuels pouvant se glisser dans mon raisonnement, y’y vois personnellement une analogie politique reflétant les évolutions du rapport entre les gouvernants et les gouverné·e·s depuis des siècles ou plus. Il y a là à mes yeux des parallèles assez criants. La mithridatisation utilisée par les vampyres pour ne pas souffrir de l’ail, des citrons ou des symboles religieux est à ramener à l’érosion progressive des contre-pouvoirs, et à la puissance du conditionnement culturel, contre lequel il faut être prémuni et éduqué pour pouvoir le combattre. Dans l’idée de ces vieilles traditions qui n’étaient pas si mal, on retrouve donc plus l’idée qu’elles avaient une nature cyclique et donc une impermanence permettant de régulièrement s’en détacher. En empêchant les gens de les combattre à la loyale, les Margopyr truquent le jeu et tentent d’asseoir une domination permanente et intenable. Personne n’aime les vampires, surtout pas eux mêmes, mais ils ont une certaine place à tenir, dès lors qu’ils n’en sortent pas ou n’en abusent pas ; à la manière des gens de pouvoir en général. Et dès qu’un abus se manifeste, on doit alors y mettre un terme et recommencer le cycle différemment , pour assurer un équilibre convenant à la majorité.

« On a besoin de vampires. Ils permettent de se rappeler à quoi servent les pieux et l’ail. »

Vérence et sa royauté progressiste en sont d’ailleurs l’amusant exemple inverse, voulant trop donner de place à son peuple qui le tolère tant qu’il ne change pas trop leurs habitudes ; ce que Terry Pratchett qualifie dans la narration comme un « […] contrat social. Eux gardaient leurs habitudes, et lui leur fichait la paix ». À l’instar de beaucoup d’auteurices de qualité, il n’oublie pas que le quotidien tient une place importante dans la vie de ses personnages, et l’intègre aux logiques de sa narration, des rouages de son univers, en l’occurrence celui de Lancre, qui m’évoque un peu la Suisse et son positionnement géo-politique ; surtout quand son monarque souhaite en gérer l’image et les rapports de façon à ne se fâcher avec personne et demeurer aussi tranquille que possible.
Ce qui aurait pu n’être qu’une façon d’introduire les Margopyr à l’intrigue au travers de leur invitation, mais qui participe très nettement au définitif et important changement de paradigme amorcé dans Le Dernier Héros par un auteur qui définitivement ne laisse rien au hasard. Puisqu’après le caméo par anticipation du Dieu Nuggan dans le volume précédent, on retrouve encore des échos par anticipation des événements à venir dans Le Régiment Monstrueux avec l’évocation du conflit potentiel entre le Muntab et la Borogravie. Désormais, il n’y pas qu’Ankh-Morpork qui doit composer avec le reste du monde, le Disque-Monde se globalise, et on doit intégrer de nouvelles logiques et potentialités dans ses composantes, entre la mécanisation et les changements de mœurs. Un écho à la mondialisation et la surmécanisation du Globe-Monde, sans doute, à laquelle Terry Pratchett se prépare pour pouvoir en parler au mieux.
Et comme l’auteur ne laisse vraiment rien au hasard, on peut constater ce changement de paradigme jusque dans sa tomaison, puisque ce volume est le dernier réellement consacré aux Sorcières et à Mémé Ciredutemps jusqu’à ses apparitions dans la série de Tiphaine Patraque, dans laquelle elle pourra exprimer de nouvelles choses dans une logique différente. Dans cette période du Disque-Monde, Carpe Jugulum représente comme son prédécesseur une fin autant qu’un nouveau départ, seulement séparé du reste par des enjeux différents et des personnages qu’il était impossible de réunir sans trop en faire. Et dans un évident souci de cohérence, c’est avant tout au travers de ses personnages et de leurs dynamiques communes que Terry Pratchett va chercher à montrer ce basculement définitif du fonctionnement du Disque-Monde.

« On fait peut-être le bon choix, peut-être le mauvais, mais il faut décider en sachant que bon et mauvais choix risquent de ne jamais être distincts, voire qu’on décide entre deux mauvais choix différents, qu’il n’en existe pas de bon. »

Le cœur du basculement, c’est évidemment, comme à chaque fois qu’il s’agit des Sorcières, de Mémé Ciredutemps. Nounou, Agnès et Magrat ont bien entendu droit à leurs moments et à la continuation de leurs évolutions propres au sein de leurs arcs respectifs, mais c’est comme toujours le traitement de Mémé qui guide l’essentiel du roman. Et comme dernier tome d’un cycle singulier au sein des Annales, Carpe Jugulum se devait d’être définitif dans son approche. Et donc, pour la première fois, un symbole important, on voit Mémé lutter, faiblir, faillir. Et ses premières failles sont induites par les vampyres, encore un symbole d’un vieux monde qui souffre à l’avènement du nouveau et de ses aspects les plus négatifs. Si la relève est assurée avec Agnès (et Perdita), et que Magrat comme Nounou sont toujours capables de venir filer un coup de main indispensable, c’est toujours à Mémé que revient la charge de trouver l’astuce, de porter l’estoc finale, le coup de grâce. Malgré toute l’aide qu’elle peut tacitement solliciter ou obtenir, elle reste toujours seule face à l’adversité quand vient la nuit.
Et c’est bien la première fois qu’on la voit si vulnérable, souffrir d’un manque de foi en elle-même, obligée de se reposer sur les autres à ce point, y compris sur un inconnu en la personne de Rudement Lavoine, tout à fait révérend de Om. Car s’il y a bien quelque chose à retirer de ce volume, c’est bien la puissance de l’orgueil de Mémé Ciredutemps, constituant premier de la foi qu’on les gens en elle, et donc de ce qu’ils sont capables d’accomplir avec la conviction finale qu’elle aura toujours la solution au bout du compte. Même lorsqu’elle semble échouer avec pertes et fracas contre le comte de Margopyr, personne ne perd la foi en elle et tout le monde continue de se battre en gardant en tête que la victoire viendra d’elle à un moment ou à un autre.
Et sachant que cette foi nait de l’extrême vigilance que Mémé s’applique encore et toujours à elle même, à cause de sa peur de glisser du mauvais côté, on tient là la conclusion logique et formidable de tous les volumes précédents, le pinacle de l’évolution discrète mais inexorable de Mémé. À l’instar d’un Cohen dans le Dernier Héros, elle accepte d’apprendre. Ce que je trouve merveilleux avec ce personnage, c’est que malgré tous ses succès, malgré son intransigeance et sa psycho-rigidité, elle demeure après tout ce temps encore capable de se remettre en question et d’accepter ses failles et emmène dès lors les gens dans son sillage, élève son entourage par sa seule exigence d’être à la hauteur. De la même manière qu’Agnès a intériorisé et donne de la substance à Perdita, trouvant ce qui semble être un juste milieu entre ses doutes et ses certitudes depuis Masquarade, Mémé intériorise le fait qu’elle n’est plus vraiment ce dont le monde a besoin, et qu’elle doit changer pour l’être à nouveau, et donc le demeurer, tout en préservant son image, mais aussi en acceptant d’en sacrifier une partie.

« Affreux, tout d’même, de brûler toutes ces belles paroles.
– Les plus importantes ne brûlent pas. »

C’est un aspect que j’avais complètement oublié de ce roman, mais la religion y prend une part importante, sans doute dans l’optique de continuer à parler du rapport humain au pouvoir, mais aussi donner de la continuité aux Petits Dieux, là encore sans doute pour clore une partie des « vieux » enjeux des Annales du Disque-Monde, se laisser de la place pour la suite, sans pour autant renoncer à une quelconque potentielle idée future. Comme souvent, en plus d’être une aventure relativement auto-contenue, ce volume des Annales fait office de pont narratif et thématique. On y découvre un peu plus en détails ce qu’est devenu la religion d’Om depuis que le prophète Frangin a pris la tête de l’Eglise ; et si l’auteur s’amuse clairement des tendances religieuses aux schismes, disputes et chicaneries habituelles, on peut considérer avec un petit sourire que Frangin a réussi. Car Rudement Lavoine, à l’image de Mémé, dans un registre différent, malgré ses doutes, ses craintes et le regard qu’il se porte constamment par dessus son épaule, s’efforce d’être quelqu’un de bien. Si sa foi souffre de ses questionnements et de ses errements permanents, il ne fait jamais reposer ce poids sur d’autres épaules que les siennes et intériorise ses peurs sans les reprocher à qui que ce soit d’autre que lui. Et la rencontre avec Mémé est à cet égard sans doute ce que je préfère du roman, car c’est en s’ouvrant à lui qu’elle progresse et lui donne indirectement les clés d’une meilleure compréhension de la nature de sa foi, une qui lui correspond mieux et le laisse sans dissonance cognitive permanente, car lui aussi a su s’ouvrir à elle.
Et de fait, c’est aussi pour cela que Carpe Jugulum est aussi pétri d’une jolie mélancolie, au travers de scènes clés qui en disent bien plus long que ce qu’elles expriment directement au travers de symbolismes simples mais pas creux. Comme toujours, on retrouve une façon assez singulière de faire avancer l’action par les dialogues plus que par l’action elle-même, résumant beaucoup de choses, voire l’essentiel, par des répliques ciselées qui essentialisent le propos global. Beaucoup d’éléments essentiels sont ainsi cachés, intriqués dans l’humour et les échanges entre les personnages, à l’attention du lectorat le plus attentif, comme toujours, entre redondances reformulées et prolepses discrètes. On peut par exemple citer la séquence dans l’étable avec Mémé Ciredutemps et La Mort, écho clair d’une scène similaire dans un volume précédent, qui illustre tout à la fois les limites de la Sorcière et une forme de renoncement ou de conscience de sa potentielle faiblesse à venir. Alors qu’elle n’a pas encore pris conscience que sa force est de pouvoir toujours apprendre, là où les vampires, eux, sont coincés dans des logiciels de pensée périmés et sont incapables d’apprendre réellement en dehors de moyens de conquérir et conserver leur pouvoir. Elle est en mouvement permanent, ils sont inertes.
Mais si ce tome est le dernier du Cycle des Sorcières, c’est tout simplement, comme pour d’autres personnages, Terry Pratchett s’est rendu compte que ses Sorcières n’avaient plus rien à raconter de vraiment neuf dans les circonstances qui étaient les leurs. Ce qui explique sans doute la future série consacrée à Tiphaine Patraque et le rôle complètement différent qu’y assumera Mémé Ciredutemps ; puisque le cadre y sera complètement différent et permettra de changer un peu plus drastiquement de thèmes et d’idées à explorer. Après avoir appris tout ce qu’elle pouvait, Mémé va vraiment devenir une transmettrice de ses connaissances. Dans cette optique, on peut de fait noter l’essentielle apparition des Nac Mac Feegle que l’auteur expérimente ici sans leur donner une importance majeure, mais les inscrivant de façon pérenne au petit univers de Lancre. Ce tome, avant toute chose, fait office de transition, un adieu en bonne et due forme à des dynamiques de récit qu’on ne pourra plus croiser en l’état parce que le Disque-Monde ne le permet tout simplement plus. Il fallait une dernière aventure aux Sorcières pour pouvoir réellement passer à la suite sans brutalité et avec cohérence.

« Les livres qui traitaient du monde étaient le plus souvent écrits par des gens qui s’y connaissaient beaucoup mieux en livre qu’en monde. »

Ces chroniques sont de plus en plus dures à rédiger, je le confesse, perclus que je suis par la peur de ne pas rendre justice à la diversité des idées et concepts développé·e·s par Terry Pratchett. Car si lui savait attaquer ces thèmes sous un incroyable nombre d’angles sans se répéter, je crains de ne pas être capable de la même chose à l’échelle de mes modestes travaux d’analyse. Et s’il faut constater à l’échelle de ce tome une fin de cycle en plus d’une fin de cycle, c’est peut-être quand même que lui-même avait compris que son Disque-Monde ne pouvait pas rester éternellement le même, ce qui explique sans doute ces deux volumes mélancoliques et marqués par de derniers assauts sur des thèmes déjà évoqués auparavant avec une sorte de rage résignée, et donc mon impression de ne pas avoir beaucoup de choses à dire qui ne soient pas évidentes. Il fallait soigner la sortie de Mémé, Nounou, Magrat au mieux, rendre compte de leurs évolutions et de leurs influences sur le petit monde de Lancre ; de ce point de vue, je crois que c’est une réussite. Mais il fallait aussi rendre compte des bouleversements à l’échelle du Disque, et de leurs conséquences sur ce dernier et toutes ses régions, comme sur les Annales elles-mêmes et les cycles qui les composaient. Lancre et ses Sorcières, malgré leur puissance évocatrice, étaient devenues trop petites, et donc pas à même de pouvoir accueillir les nouvelles problématiques du Disque et leurs cohortes de thématiques nouvelles, tout simplement.
Pas mon tome favori, de fait, peut-être un peu trop proche de Nobliaux et Sorcières, ou tout simplement trop amer, ou pas lu au meilleur moment à cause de ressemblances trop frappantes avec l’actualité (c’est possible aussi). Mais toujours un excellent tome rempli de citations formidables que je n’ai pas pu exhaustivement vous rapporter, à mon grand regret ; et une démonstration, encore une, des talents désormais éblouissants de parodiste de Terry Pratchett, maintenant un parfait équilibre entre la manipulation des éléments consacrés de la pop-culture et leur intrication avec une satire sans pitié ni compromissions ou illusions hypocrites. Sans parler de ces personnages qu’on aimerait avoir à ses côtés, mais rien de nouveau là non plus.
Ne me reste plus qu’à vous donner rendez-vous pour Le Cinquième Éléphant, qui, je l’espère confirmera mon approche de ces derniers tomes.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

5 comments on “Le Tour du Disque #24 – Carpe Jugulum

  1. Lullaby dit :

    Ah, Carpe Jugulum ! J’adore le cycle des Sorcières, et donc ce tome fait partie de ceux que j’ai beaucoup aimé (même si mon chouchou restera Mécomptes de fées pour d’évidentes raisons ^^). Je comprends tout à fait ce que tu veux dire quand tu dis que tu crains ne pas rendre justice à Terry Pratchett dans tes chroniques, je viens de programmer celle de l’Hiverrier, mon premier Tiphaine (oui, je lis Tiphaine Patraque dans le désordre, mais je préférais une lecture de saison), et j’en reste frustrée car à mon avis je ne fais qu’effleurer toute la richesse de l’oeuvre. En tout cas, lire Pratchett comme lire tes chroniques est toujours un régal, Pratchett parce que eh bien c’est un génie, tes chroniques parce qu’elles me pointent du doigt des strates de sous-textes qui m’avaient échappé. Bravo pour ces retours de lecture analytiques passionnants !

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup pour ton enthousiasme. =)

      Aimé par 1 personne

  2. Noob dit :

    Je me rends compte que mon commentaire sur ta review du Dernier Continent a bien préfiguré ta propre analyse : les quelques tomes que nous avons vu (et allons voir, avec Procrastination) marquent la fin d’une certaine période du Disque, et lui permettent d’enchainer sur sa Révolution Industrielle. Carpe Jugulum est un roman parfois difficile à lire, parce que très sombre. Les protagonistes échouent, se comprennent mal, et passent une grande partie du livre en difficulté. Même leurs petites victoires sont suivies de défaites, et ce n’est qu’à la toute fin, après la traversée de la nuit noire (éclairée par les flammes alimentées par le Livre d’Om, beau symbolisme !), que l’espoir renaît.
    La thématique centrale est celle du pouvoir, de sa nature, et de son usage. Les vampires sont des aristocrates-nés (une des raisons pour lesquelles Vimaire les déteste ^^), et ils sont ici opposés au peuple, mais aussi à des dirigeants non-conventionnels, eux-mêmes issus du peuple. Si Vérence est l’héritier réel de la lignée de Lancre, il n’est pas aristocrate de formation, et Magrat est une travailleuse. Derrière l’apparent appel aux traditions se cache plutôt un appel à la modestie des dirigeants. Le vieux comte de Margopyr n’est pas forcément « mieux » que les vampyres, mais les villageois l’acceptaient comme une sorte de phénomène naturel, qu’ils pouvaient supporter un temps ou repousser en cas de danger, comme une autorité lointaine et un peu encombrante mais qui n’essaye pas nécessairement de venir s’imposer. Une sorte d’ode à l’autogestion, et un refus de l’autorité bureaucratique et technocratique (avec Vérence qui essaye d’améliorer les choses sans forcément apprendre les tenants et aboutissants). Le vieux comte taxait de temps en temps le labeur des villageois, mais les vampyres le taxent régulièrement, et en exigeant une soumission « volontaire » et avec le sourire. Encore une fois, la rage de Pratchett contre les injustices se fait ressentir.
    Un autre message que je lis : un livre n’est utile que pour ce qu’il apporte, y compris si c’est de la subsistance matérielle (ici, du feu, car c’est radical). Mais les bons livres… les livres marquants… leurs idées restent et s’impriment dans nos esprits.
    D’ailleurs, je lis Lancre comme une sorte de Comté, avec plus de rugueur car Pratchett écrit une fantasy beaucoup plus terre-à-terre que Tolkien.
    Bref, un adieu aux Sorcières dans cette incarnation, avant de les revoir dans un autre rôle dans les romans de Tiphaine Patraque. Merci à elles, et à toi pour la chronique. =)

    Aimé par 1 personne

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