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U-H-L #66 – Les Expiateurs, Tade Thompson

Ribcage – Andy Black (extrait de l’album The Shadow Side)

Si j’ai évidemment demandé un SP de l’UHL nouveau pour sa sortie parce qu’on ne se refait pas, je vais être honnête, je le craignais un peu, celui-là. Aucun reproche à formuler envers le Bélial’ ou sa collection, bien entendu, non, le problème, si on peut parler de problème, vient plutôt de l’auteur du jour ; plus précisément de ma relation littéraire avec ce dernier. Parce que si je n’ai strictement aucun doute quant au talent de Tade Thompson, le fait est que mes dernières lectures signées de son nom ont été plus frustrantes et/ou décevantes qu’autre chose. Après l’avoir découvert et adoré avec le début de sa trilogie Molly Southbourne, top 10 extrêmement solide de la collection Une-Heure-Lumière, malheureusement, j’ai eu droit à une de mes plus grandes déceptions avec la conclusion de cette même trilogie. Et puis à côté de ça, il y a eu Loin de la Lumière des Cieux, qui n’était pas mauvais, juste… bleh.
Bref, c’est devenu compliqué avec cet auteur. D’autant plus que ç’avait extrêmement bien commencé entre nous, ce qui rend nos échanges récents les moins convaincants encore plus complexes à appréhender ; est-ce que c’est lui qui a pris des chemins qui me convainquent moins, ou est-ce que c’est moi qui suis devenu moins réceptif à ses choix ? Equation insoluble en l’état, alors je pose ça là, mais je ne vais pas prétendre pouvoir y répondre dans l’immédiat.
D’autant que, vous l’aurez deviné, ce n’est pas Les Expiateurs qui va régler la situation. Alors attention, c’est pas mauvais. C’est même plutôt bien foutu, et je le rangerais sans trop de scrupules dans les réussites indéniables de la collection UHL. Juste, je le mettrais dans la catégorie ventre-mou supérieur plutôt que dans le peloton de tête.
Bref, c’est compliqué : je vous explique.

Les Expiateurs est une novella à chute. Tade Thompson nous y balance sans préambule dans le grand bain, et à notre charge de faire preuve de suffisamment d’attention pour comprendre qu’à partir de sa situation initiale de double meurtre en chambre close, y a pas mal de détails qui clochent. J’ai toujours trouvé que ce genre de démarche littéraire avait du panache, au moins à égale mesure du fait qu’elle était terriblement casse-gueule. Parce que pour tout ce que les anomalies affichées par le texte le sont de manière transparente, presque ludique, c’est pour le moins déstabilisant ; et de fait, ça crée un terrible déséquilibre dans la lecture. Personnellement, ça provoque une sorte d’effet de fuite en avant, où je passe autant de temps à essayer de comprendre ce qui se passe qu’à bêtement m’interroger sur la cohérence de l’ensemble ; tout à mon travail d’imagination d’une conclusion qui rendrait l’introduction satisfaisante, j’en oublie presque d’apprécier ladite introduction. En tout cas, j’ai du mal, ça c’est sûr, parce que j’ai un espace mental limité ; en multipliant les dialogues étranges et les points de friction narratifs, dans ce texte, l’auteur me rend moins curieux qu’il m’agace. Je me retrouve en fait à exprimer ici basiquement le même reproche que lors de ma lecture d’Une espèce en voie de disparition, d’un point de vue purement structurel : une fois qu’on a compris que la chute était le seul point focal solide de l’ouvrage, le reste donne l’impression de n’exister qu’à son service, d’être superficiel. La différence rédemptrice me rendant plus magnanime à l’égard de Tade Thompson, c’est qu’au moins, sa chute fonctionne complètement. D’abord parce qu’elle reboucle très proprement sur le reste du texte, avec toutes ses bizarreries, ce qui pouvait ressembler à des errements ou des incohérences, devenant de fait autant d’indices à rebours installés d’une manière linéaire, bien propre et satisfaisante.

Mais une fois que j’ai dit ça, je trouve quand même que j’ai pas dit grand chose. Les Expiateurs est effectivement un texte bien fichu et fonctionnel, jouant sur certains codes du fantastique et de la SF avec habileté, créant tour à tour du malaise et de la surprise jusqu’à sa solide explication finale. Et c’est là que ça se complique, parce qu’en fait, c’est avec elle que j’ai personnellement un problème. Comprenez par là que si je ne pense pas avoir de reproches « objectifs » à formuler à son sujet, je n’en suis vraiment pas fan pour autant ; qu’on est dans un cas chimiquement pur de « c’est bien mais c’est pas pour moi ».
D’abord structurellement, donc : je me rends compte que les textes dépassant le volume d’une nouvelle essentiellement basés sur leur chute, j’aime pas ça. J’ai l’impression que c’est un aveu d’échec, d’une certaine manière, qu’on m’a fait perdre mon temps avec des faux-semblants qu’il a fallu faire durer dans le temps de manière artificielle, en ajoutant des scènes et des digressions ne pouvant, rétrospectivement, que paraître un peu malhonnêtes.
Et puis surtout, ici, c’est conceptuellement que ça coince. Même si cette chute fonctionne vraiment, je ne peux pas m’empêcher de la trouver un peu pauvre. Pas honteuse ou quoi, juste… insuffisante. Parce qu’en dépit de tout ce qu’elle explique correctement à l’échelle du récit qu’elle conclut, je ne peux pas m’empêcher de me poser bon nombre de questions satellites au récit ; et insidieusement, ces questions me font finalement presque douter des réponses qui m’ont été précedemment apportées.

Ce qui m’amène à un sentiment final à propos des Expiateurs extrêmement mitigé et, pour tout dire, un brin bordélique. Même en ayant verbalisé mes impressions, dans un sens ou dans l’autre, je n’arrive pas à me décider. Mes compliments me donnent l’impression d’être plats et forcés, et mes reproches me semblent exagérés, au point que je ne les ai pas tous formulés, par peur d’être injuste. J’ai l’impression d’être passé à côté du texte, voilà. De l’avoir lu de manière mécanique, sans réellement savoir si c’est de mon fait ou du sien ; et je crois que si je suis contrarié de ce conflit interne quant à l’expression de mon jugement, c’est parce que ce serait sans doute bien plus simple que ce soit de ma faute. Je préfèrerais vous dire que je n’étais juste pas dans de bonnes dispositions et que j’ai lu ce bouquin par obligation semi-professionnelle, sans y prêter toute l’attention nécessaire à la rédaction d’une chronique satisfaisante.
Mais même ayant dit ça, je ne peux pas pour autant me débarrasser de l’impression inverse, à savoir celle d’un livre écrit sans grande inspiration par un auteur suffisamment talentueux pour tout de même produire quelque chose de fonctionnel et satisfaisant. Le problème, c’est que Tade Thompson, je sais qu’il est capable de bien plus que ça ; j’attends du bon, du très bon, de l’excellent, quelque chose qui me fait tourner les sangs dans le meilleur sens du terme, pas une novella « ok » dessinant en creux la silhouette d’un roman autrement plus ample et ambitieux qui répondrait à toutes les questions et problématiques philosophiques seulement esquissées par le présent texte, qui, au final, ne m’a donné l’impression que d’être une longue péripétie.
Voilà, j’ai finalement trouvé. Ça m’a épuisé. Merci de m’avoir lu jusqu’au bout.
Bref, TL ; DR : bien mais pas top, manque d’ampleur et de complexité à mes yeux. Tout ça pour ça.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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