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Sénéchal, Grégory Da Rosa

Powerwolf – Incense & Iron (extrait de l’album The Sacrament of Sin)

Mes critères de sélection pour mes lectures sont aussi variés que ces dernières. Je peux être tout autant convaincu par une couverture séduisante, un bouche-à-oreille passionné, une réputation ou mes expériences passées. Dans le cas présent, c’est un autre phénomène qui m’a amené à m’attaquer à Sénéchal, au delà d’une bonne mais relativement discrète réputation ; ma théorie selon laquelle les auteurices avec qui je partage des convictions, des valeurs et de bons moments m’offrent toujours de bons moments de lecture. Je me suis décidé à passer le cap après un thread Twitter sur la puissance et l’importance de la lecture, notamment en Imaginaire, bien que de nombreuses sorties de Grégory Da Rosa m’aient déjà convaincu qu’il me fallait le faire un jour avant celle-ci en particulier. Je me suis donc fait offrir la trilogie, parce que je suis un garçon très chanceux parfois. Mais assez parlé de moi, il est déjà plus que temps d’entrer dans le vif du sujet ; ma théorie s’est-elle encore vérifiée ?
Oui, absolument, mais pas pour les raisons que j’avais anticipées. Et je m’en vais tenter de vous expliquer ça au mieux.

Dur réveil pour Phillipe Gardeval, Sénéchal du royaume de Méronne, tiré du lit alors que sa cité, Lysimaque, capitale du royaume, est assiégée par une armée ennemie. Et s’il n’y avait que ça, mais non, ses ennuis ne font que commencer. Entre les intrigues de cour, les multiples soupçons de félonie, le nouveau chancelier qui semble l’avoir en grippe sans réelle raison, les colères de son roi et ami, et la tentative à peine ratée d’assassinat sur ce dernier, ces prochains jours semblent ne rien augurer de bon pour lui et son entourage.

Commençons par énoncer d’abord mon sentiment principal à l’égard de ce roman, l’expliquer me permettra plus aisément d’exprimer tout ce que j’ai à en dire : le respect. Depuis que j’ai lancé ce blog et ces chroniques, je me plonge plus profondément dans mes ressentis et décortique ces derniers avec plus de précision que jamais. Ainsi, j’ai compris qu’au delà de l’analyse des enjeux et des thématiques des romans que je lis, mon plaisir se trouve aussi dans le fait de constater ou non à quel point les auteurices se donnent les moyens d’atteindre les ambitions qu’iels affichent. Autant dire que pour un premier roman, Grégory Da Rosa a fait preuve d’une sacrée ambition, et a su se donner les moyens de se hisser aux hauteurs annoncées. Respect donc.
Avec tout d’abord, ce que, faute d’un meilleur terme, j’appellerais le style. Ce dernier étant, la plupart du temps, à mes yeux, une arnaque conceptuelle, c’est à contrecœur que j’utilise le terme. Dans ces pages, nous lisons les mots du Sénéchal lui-même qui rend compte des événements dont il est témoin comme acteur ; auquel l’auteur s’est efforcé de donner autant de vie et de souffle que possible : c’est indubitablement la réussite principale du roman pour moi. Car si le style de Gardeval, précisément, est terriblement daté, parfois pompeux, à quelques malheureuses occasions confus et émaillé d’expressions ou de vocabulaire manquant de clarté, nécessitant des notes de bas de page ; il est justement, pour cela, criant de vérité. Grégory Da Rosa voulait, je crois, nous amener dans un autre lieu et dans un autre temps. Par la plume seule de son personnage principal, c’est déjà chose faite.

Parlons de cet autre lieu, justement, dont nous découvrons tant et peu de choses à la fois, jouant entre un certain sense of wonder et une assez terrible frustration. Beaucoup de spécificités de cet univers singulier sont seulement évoquées quand quelques unes sont creusées lorsque les besoins de l’intrigue le justifient. L’équilibre est à mon goût très bien maintenu entre la satisfaction de la curiosité, la progression des éléments importants pour le récit qui nous concerne et la planification de ce qui viendra bien plus tard enrichir un panorama général qu’on devine déjà extrêmement riche. Et pour autant, s’il y a énormément de choses à digérer au fil de ces pages, le roman demeure parfaitement digest ; à l’exception peut-être de descriptions rompant parfois le rythme général, mais pour lesquelles je ne saurais jurer s’il s’agit là d’un réel défaut ou d’un grief très personnel, sachant pertinemment de mon côté que ces dernières ne sont jamais ou presque à mon goût.
Ce qui amène au temps. Au delà d’une époque qu’on devine très rapidement similaire à notre « Moyen-Âge » (les spécialistes me pardonneront le raccourci), il y dans ce roman une unité de temps et une constance dans le découpage qui aident également à rester accroché à ses pages tout le long de la lecture. Le rythme est excellent, puisque tous les événements relatés dépendent directement du Sénéchal et de sa vision particulière des choses ; tout ce qu’il raconte est important, voire indispensable, je ne doute pas que certains éléments glissés ça et là joueront dans les suites à venir un rôle singulier. Tout comme je ne doute pas que d’autres ne revêtent finalement d’importance que pour le narrateur, ce qui ajoute encore une fois à la cohérence globale sans rien enlever au pouvoir captivant de cet univers si rempli d’idées et de promesses.

Car plus on en apprend, et plus les questions se posent, ce qui amène à un joyeux jeu de poursuite entre le lecteur et le roman, changeant les questions lorsqu’on pense avoir saisi une réponse, faisant en permanence danser les enjeux sous nos yeux sans que l’on puisse réellement en saisir un seul pour l’examiner assez longuement. Les certitudes du Sénéchal nous donnent des pistes de compréhension qu’il s’empresse lui-même de brouiller, souvent malgré lui, car son monde est en train de s’écrouler autour de lui. Obligé de jongler avec d’innombrables informations et obligations, personnelles comme professionnelles, lui comme nous n’avons pas le temps de nous ennuyer. Et là où il en sait trop pour réussir à s’y retrouver, il nous distille les informations qui nous permette de doucement arriver à son niveau pour pleinement appréhender la complexité des situations auxquelles il doit faire face. En parallèle de la maîtrise du rythme il faut donc aussi ajouter cette maîtrise de l’intrigue et du récit, qui donne encore plus envie d’y avancer alors qu’on y avance. Deux bonnes raisons de consacrer Sénéchal comme un sacré page turner.

Mais, par souci d’honnêteté, il me faut bien nuancer quelque peu l’éloge. Comme je l’ai dit, le style du Sénéchal, s’il s’explique et se justifie à la perfection, apportant un sentiment de cohérence et d’immersion assez unique ; est parfois un peu compliqué à suivre, voire poussif, car un peu trop éloigné de mes standards. Des effets rhétoriques à des moments pas toujours bienvenus, pas mal d’utilisations discutables d’un vocabulaire excessivement précis qui aurait pu se faire parfois discret dans l’intérêt d’un récit plus fluide, des séquences descriptives un peu longuettes à quelques occasions ; tout n’est pas parfait. Et si j’ai beaucoup apprécié la narration par un personnage très humain, loin d’être parfait, bien conscient de cet état de fait, se poussant tout de même à être une meilleure version de lui-même malgré ses errements ; il faut aussi noter que tout voir par son truchement dans un temps et un espace si restreints crée une certaine frustration. J’ai beaucoup aimé me balader et me faire balader par Philippe Gardeval, mais je me suis assez vite rendu compte que je n’en apprendrais jamais plus que lui sur la situation en cours dans Lysimaque et le royaume de Méronne. Et si j’ai un grand plaisir à découvrir tout ce que ce monde a à m’offrir comme à anticiper ce dont je n’ai pas idée, je me suis aussi très vite rendu compte que je n’aurais pas le tiers des réponses que j’aurais voulu avoir à l’issue de ce volume, et qu’il me faudrait en lire les suites pour aller au bout de tous ses enjeux. Ce n’est pas un défaut en soi, d’autant que j’ai les autres tomes sous la main, mais je ne suis pas un fan des romans se terminant sur un massif cliffhanger sans un semblant de conclusion à l’aune du présent récit. C’est avant tout une question de sensibilité toute personnelle qui n’entache pas réellement le roman, mais qui, de fait, le contraint en partie à dépendre des résolutions de ses enjeux, à venir dans ses suites.

Du respect donc. Parce qu’au delà d’effectivement se donner les moyens de se hisser au niveau de réelles et singulières ambitions, Grégory Da Rosa, avec ce premier roman, a fait preuve d’une audace peu commune à mes yeux. En allant à fond dans ses choix, il a su m’emporter là où des romans faisant preuve d’une certaine circonspection m’auraient sans doute perdu bien plus tôt dans ma lecture. J’ai beaucoup de mal avec un style aussi ampoulé et exigeant que celui du Sénéchal en règle générale, mais j’ai bien vite compris que cela était avant tout un choix de cohérence et d’immersion de la part de son auteur, ce qui a su faire tomber mes défenses. À partir de là, je n’ai eu quasiment que du plaisir à parcourir ces pages, tant d’un point de vue de lecteur sachant s’abandonner à son exercice, que d’un point de vue plus analytique et extérieur, admirant la maîtrise d’un écrivain sachant pertinemment ce qu’il faisait, sans pédanterie ni fausse modestie dans ses efforts stylistiques, mettant toute son énergie et son savoir-faire au service de son récit. un récit très solide, une grande cohérence, beaucoup d’inventions conceptuelles fascinantes et de nombreuses promesses, aucune raison ou presque de bouder son plaisir.
Seule réelle ombre au tableau donc, un manque de conclusion à l’aune du roman lui-même, condamnant ses lecteurices à enchaîner avec la lecture du second tome pour avoir au moins une partie du fin mot de l’histoire. Un bien maigre sacrifice, ceci étant dit, auquel je consentirai avec grand plaisir dans les temps à venir, sans manquer de vous tenir au courant au passage.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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