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Érèbe, Rozenn Illiano

Damn.
On a beau croire qu’on est habitué, on l’est jamais vraiment.

Lost Chapter & Last Stand – Pentakill (extrait de l’album III : Lost Chapter)

Ça devient compliqué, avec Rozenn Illiano, pour être tout à fait honnête. Que ce soient les introductions aux chroniques que je consacre à son travail, ou les chroniques elles-mêmes. Vient un moment où il est quand même sacrément difficile de verbaliser ce qui tient plus de la connexion que de la simple appréciation. J’aime son travail à un point où je sais pouvoir prendre n’importe lequel de ses livres et avoir le sentiment de rentrer à la maison après une trop longue journée de travail, dès les premières pages. Autant vous dire qu’en ces temps (trop) troublés, l’analogie prend un sens tout particulier pour moi. J’avais autant envie que besoin de lire un excellent roman qui me touche – sans volonté d’offense à d’autres lectures récentes – et le timing avec sa prochaine ressortie en numérique me paraissait lier le très agréable à l’utile. Le fait est que j’aime tellement le travail de cette autrice si atypique, si singulière dans mon paysage littéraire, que j’ai envie de l’aider au maximum de mes moyens.
Je vais donc m’efforcer d’aller, une fois encore, au delà de mes compliments les plus évidents et récurrents pour vous parler d’Érèbe, et vous expliquer en détails pourquoi c’est, comme toujours, trop bien (au delà du simple fait que je l’ai dévoré en 2 jours, en étant raisonnable).

1888, à Paris. Lisbeth, jeune fille de bonne famille anglaise partie de Londres, se retrouve piégée dans une vie qu’elle ne veut pas et dont elle ne semble pas pouvoir se défaire. Mais surviennent alors d’étranges rêves lucides dans un lieu étrange, où elle rencontre un certain Eliott, qui semble pouvoir partager le lieu et ses nuits avec elle. Ensemble ils explorent Érèbe, ce royaume onirique qui leur appartient ; mais ce qui était leur rêve semble assez vite devenir leur cauchemar. Iels devront en apprendre plus pour échapper à ce qui se révèle finalement une malédiction.

Qu’est ce que je pourrais bien dire que je n’ai déjà dit à propos du travail de Rozenn Illiano. Toutes les qualités habituelles sont de nouveau là. L’intrigue est solide, auto-contenue mais opérant des rappels ponctuels au Grand Projet, permettant au lectorat affirmé de noter les clins d’œil, et au moins averti d’être curieux des autres volumes, sans jamais empiéter négativement sur le roman. Les personnages sont bien évidemment organiques et attachants, complexes et nuancés dans leurs qualités comme dans leurs défauts, prenant des décisions logiques et motivées ; contribution merveilleuse à la suspension de l’incrédulité dans un univers répondant à ses propres règles avec une constance imparable. On retrouve encore, maniée d’une façon différente, la figure de la dualité chère à l’autrice, offrant au roman sa structure et son flux narratif unique au sein du Grand Projet, garantissant un certain dépaysement en même temps que le confort thématique.
Très honnêtement, je pourrais vous rediriger vers les chroniques d’Elisabeta, Oracles ou Midnight City, vous y retrouveriez précisément les compliments que j’ai envie de formuler ici avec d’infimes variations dues au simple fait que je parle d’autres ouvrages. Mais l’essentiel demeure : la constance qualitative de Rozenn Illiano me paraît littéralement exceptionnelle.

D’autant plus que ce roman n’a au départ absolument rien pour me plaire, ou du moins m’attirer. S’il ne s’était pas agi d’elle, de ma confiance aveugle en son travail, je n’aurais sans doute pas aussi aisément ouvert une histoire dont je placerais les inspirations les plus évidentes quelque part entre Edgar Allan Poe et Shakespeare. Enfin, si vraiment je devais jouer au jeu des comparaisons ; parce que bien sûr, Rozenn Illiano est Rozenn Illiano, personne d’autre, et c’est bien pour ça que j’aime autant son travail. Car malgré ses aspects fantastiques prononcés, Érèbe est sans doute ce que l’autrice a fait de plus proche à mes yeux d’une étude de caractères ; les portraits croisés de Lisbeth et Eliott, le carambolage de leurs destins respectifs. Et ça, normalement, en dépit de mon amour profond pour les personnages organiques, dotés d’un réel souffle, c’est vraiment pas ma tasse de thé.
Et pourtant. J’ai été embarqué, happé, si vite, si irrémédiablement. Forcément, la sensibilité unique de Rozenn Illiano est à citer, rendant les peines et les joies de ces deux jeunes personnes aussi réelles que possible, dépeignant des scènes pourtant fugaces avec une précision démoniaque, jouant avec nos attentes et nos certitudes avec sa malicieuse pudeur habituelle. Je me suis encore fait avoir. Et pourtant, je devrais savoir, depuis le temps, je sais ce dont elle est capable. Je sais que ses personnages prennent toujours les bonnes décisions à l’aune de leur histoires respectives, qu’elle parvient à concilier un spectaculaire onirique et lyrique avec une simplicité désarmante, déjouant les attentes ou répondant aux questions et doutes qu’on entend résonner dans un coin de sa tête avant qu’iels deviennent pénibles. C’est prodigieux, magique, oserais-je : trois fois au moins, elle m’a fait le coup pendant ce roman : provoquer une interrogation dans ma tête pour y faire répondre un personnage ou la narration dans le paragraphe qui suit. Et ça file doux, droit, sans effort ni artificialité, comme toujours.
Comme toujours, Rozenn Illiano a du travailler très dur pour que ça semble si fluide et facile. Et je ne m’en lasse pas.

Comme je ne me lasse pas de trouver à chaque roman, en plus de la variation générique, une variation thématique. Érèbe traite avec la douloureuse question de la rancune transgénérationnelle, de la spirale de la haine et des difficultés que l’on éprouve à sortir des schémas traditionnels, aussi toxiques soient-ils. Forcément, ça me parle, d’autant plus au travers du prisme sensible et intelligent propre à Rozenn Illiano. Et là où je pourrais deviner des esprits chagrins venir charger une certaine naïveté dans le déroulé des événements ou dans les explications de ces derniers, je préfère y trouver une certaine justesse d’analyse, exposant les racines de ces maux et toutes leurs potentialités subséquentes, avec un certain équilibre de traitement. Parce que malgré la relative douceur éthérée qui à mes yeux délicats découle toujours du travail de Rozenn Illiano et fait pour moi office de signature stylistique majeure, je ressens toujours une certaine rugosité sous la surface. Ce n’est pas parce qu’elle raconte les choses avec délicatesse qu’elle ignore la dureté des faits et des événements, au contraire, sa capacité à lisser sa narration fait ressortir avec encore plus d’acuité la cruauté des moments les plus difficiles au travers des yeux de ses personnages.

Bref, comme à chaque fois, c’est un indéniable succès, qui me permet encore de me réjouir d’avoir pu faire cette singulière découverte littéraire, et de me plaindre (pas trop fort) de devoir me creuser les méninges à chaque nouvelle lecture pour trouver de nouveaux compliments à formuler, ou du moins d’une façon un peu inédite. C’est quand même balaise.
Alors je conclurais de façon encore plus abrupte que d’habitude, parce que quand même, à un moment, il s’agirait de dire les choses telles qu’elles sont à mes yeux : que Rozenn Illiano soit capable d’assurer une telle continuité qualitative, une telle variété thématique et générique entre tous les éléments de son Grand Projet, avec à chaque volume une intertextualité qui ne parasite pas le propos immédiat tout en récompensant læ lecteurice attentif·ve, et des symboliques aussi variées qu’efficaces, tout cela fait d’elle une écrivaine exceptionnelle.
Et tant que j’aurais ce sentiment avec la même intensité en refermant chacun de ses livres, je continuerais de le répéter. Avec plaisir, enthousiasme et fièvre. Parce qu’un tel travail le mérite, c’est tout.
Lisez du Rozenn Illiano, bon sang de bois, s’il vous plait. Si vous le faites pas pour elle, faites le pour moi. Ou l’inverse, qu’importe, tant que vous la lisez.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

8 comments on “Érèbe, Rozenn Illiano

  1. Lullaby dit :

    Il est dans ma PAL et fera partie de mes lectures hivernales ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      J’espère que ça te plaira autant qu’à moi ! =)

      Aimé par 1 personne

      1. Lullaby dit :

        Vu comment j’avais bien aimé Midnight City, y a de bonnes chances ! 🙂

        Aimé par 1 personne

  2. Lullaby dit :

    Voilà, je l’ai lu et j’ai beaucoup aimé ! 🙂 J’ai savouré ma lecture soir après soir, la faisant durer. Une très chouette lecture de saison, où j’ai pris plaisir à me plonger – même si le thème n’était pas forcément léger.

    Aimé par 1 personne

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