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Quand les dieux buvaient T1 – Blanche-Neige et les lance-missiles

Abandon à la page 183/598 (Édition Livre de Poche)

Je pense que je n’ai plus besoin de prouver mon affection et mon respect pour Catherine Dufour, et encore moins pour son travail. D’autant plus quand, au fil de mon travail de rattrapage dudit travail sur ce blog, j’ai croisé certaines des œuvres les plus impressionnantes de ces dernières années dans mon parcours de lecteur ; je ne citerais à cet égard qu’Outrage et Rébellion ou L’Arithmétique Terrible de la Misère, dont j’ai dit beaucoup de bien aux occasions de leurs fiévreuses découvertes. Je l’ai déjà dit et je ne cesserais jamais de le dire : Catherine Dufour est exceptionnelle, et nous devrions collectivement lui rendre hommage plus souvent et avec plus d’énergie. Vraiment.
Ce qui m’a amené, dans une période un peu compliqué pour moi et mon travail de lecteur critique, à me pencher de nouveau sur Blanche-Neige et les lance-missiles, un bouquin que j’avais lu il y a fort longtemps, alors que je n’avais pas le quart de l’expérience et du regard que j’ai aujourd’hui. Je crois même que ce dyptique est un de mes premiers romans d’apprentissage de l’Imaginaire, du genre à me montrer qu’on peut vraiment tout faire, en matière littéraire, dès lors qu’on a l’audace et le talent. Je l’avais acheté après mes premières Utopiales, il y a genre 15 ans, où j’avais été séduit par l’autrice et ses prises de paroles autour du jeu de rôle et de Terry Pratchett. Et j’avais adoré, à défaut de forcément tout comprendre, je crois que j’en avais déjà conscience. J’étais aussi sans doute dans une période où je me formais tant intellectuellement que j’adorais facilement la dernière personne à avoir parlé, surtout si j’avais décidé de l’écouter (Voir aussi ma chronique sur La Horde du Contrevent, à ce propos, il y a un lien à mes yeux).
Mais revenons à nos moutons. Mon souvenir du livre était, à vrai dire, très flou, avant de le reprendre. Un vague bordel conceptuel, le souvenir uniquement clair de quelques vannes, quelques scènes et concepts perdus dans un océan de vide mémoriel. Je me suis dit que ce n’était dû qu’à mon manque de maturité de l’époque : après tout, Catherine Dufour, ce n’est pas vraiment pour les enfants. Je pensais assez naïvement que si mon esprit faisait l’impasse sur la globalité du roman, c’était uniquement parce que j’étais trop couillon pour comprendre ce qu’il avait à dire entre les blagues et la l’explosivité littéraire coutumière de son autrice. Et j’avais envie de voir ce que mon esprit d’aujourd’hui, plus accoutumé à ce discours si singulier, et surtout plus attentif au sous-texte, allait pouvoir capter, cette fois.
Voilà pour la mise en contexte. Maintenant, pourquoi j’ai abandonné cette relecture, alors qu’elle partait quand même gagnante, a priori ? Parce que vous savez lire, normalement, et que vous avez vu la petite précision après l’image de la couverture, hein.
Eh bah on va voir ça tout de suite.

Parce que je n’ai pas trouvé ça bon, tout simplement. On peut, et on doit sans doute compenser une partie de cet amer sentiment par le terrible poids de l’excellence des œuvres futures de Catherine Dufour : le contraste est violent. Sachant ce que l’autrice est devenue depuis ce jeune roman, et comment elle est, depuis, partie très loin d’un plagiat assumé et revendiqué de Terry Pratchett, je ne peux en fait voir dans Blanche-Neige et les lance-missiles qu’un premier essai, une exploration fiévreuse des possibles. Comme si d’un coup elle s’était dit que tout était vraiment possible en littérature, s’empressant de tester sa découverte sans vraiment prendre le temps de savoir ce qu’elle comptait réellement faire. En fait, j’ai relu dans ces 180 pages ce qui me semblait être la parodie mal comprise de ce qui était déjà une parodie, commettant au passage l’erreur de ne se concentrer que sur l’aspect ricanant de Terry Pratchett en oubliant au passage son immense tendresse et le soin qu’il apportait à ses personnages principaux.
En résulte un roman absolument foutraque, frénétique et halluciné, ou tout se déroule trop vite, sans jamais prendre de pause, une course frénétique épuisante, sans queue ni tête, où il me semble que le seul objectif était d’éclater tous les mythes possibles, tous les clichés existants dans toutes les histoires consacrées de l’imaginaire collectif, sans distinction ni précision. Et si je ne nierais pas le côté ponctuellement jouissif de la démarche, retrouvant fugacement le ricanement Dufourien que j’aime tant, celui qui révèle quelque chose de profond et d’humain derrière la blague vulgaire ; l’essentiel n’est que nihilisme baveux à mes yeux. À vrai dire, si je n’avais pas depuis tranché clairement la question, avec ce seul roman, j’aurais pu croire que Catherine Dufour n’était qu’une cynique de plus, jouant à casser les jouets des autres, frustrée parce qu’elle n’était pas capable de s’amuser avec comme tout le monde.

Le plus frustrant, sans doute, c’est que je comprends le fonds de la démarche, je pense ; puisque c’est finalement celle que Catherine Dufour déroulera dans la suite de son excellente carrière, la démonstration sardonique de l’absurdité de notre monde et des histoires qu’on s’y raconte. Mais Blanche-Neige et les lance-missiles manque tout simplement de la subtilité et de la retenue des futurs ouvrages de l’autrice. Tout y est en trop. Trop bavard, trop long, trop vulgaire, trop cynique, trop bordélique, trop frénétique, trop répétitif sur certains aspects rédhibitoires, trop, trop, trop. Ça n’arrête jamais, à un tel point que certaines informations passent à la trappe au milieu de blagues ou de précisions moqueuses qui ruinent la moindre chance d’immersion dans un monde qui semble faire de moins en moins de sens au fil de l’avancée du récit. On se tape des chapitres entiers qui semblent n’avoir qu’un rapport très lointain avec ce qu’on racontait dans celui d’avant, voire pas de rapport du tout, on fait des allers et retours spatio-temporels constants, on explique des points d’intrigue qui semblent vitaux à la compréhension de l’ensemble comme si c’étaient les chutes de blagues dont on a pas eu la mise en place ou alors deux chapitres en arrière ; tout ça force à une gymnastique mentale permanente, c’est absolument épuisant, en plus de gâcher les efforts humoristiques de l’autrice.

À vrai dire, je sens que si je devais développer encore mon propos, je deviendrais trop aigre à mes propres yeux pour accepter mes propres mots. Si ce roman et sa relecture avortée m’ont tant agacé, je crois, c’est parce que je n’y ai pas retrouvé la Catherine Dufour que j’aime et que je respecte tant ; plutôt une version antérieure, manquant du raffinement et de l’expérience nécessaire au maniement de son style si particulier, celui dont j’avais envie et besoin aujourd’hui. C’est logique, d’une certaine manière, mais le contraste entre ce roman et ce que je sais d’elle et de son travail d’aujourd’hui était presque urticant. Catherine Dufour, à mes yeux, est toujours sur une incroyable ligne de crête, avec son travail, c’est ce qui la rend d’ailleurs si foudroyante. Tous ses ouvrages, écrits par quelqu’un·e d’autre, ne pourraient pas avoir leur force de frappe, leur empreinte unique, leur brillance. Quelque part, je pense presque pouvoir me réjouir au nom de tou·te·s les auteurices aspirant à devenir aussi balaises qu’elle un jour : on tient là une preuve qu’il faut bien commencer quelque part, que Rome ne se construit pas en un jour… Ce genre de billevesées joyeuses que Catherine Dufour s’échine justement à déconstruire avec son ironie mordante bien à elle.
Peut-être que le témoin du temps passé que ce roman représente, la réalisation que mon moi d’antan n’était vraiment pas celui que je suis aujourd’hui, que mes goûts et mes exigences ont tant évolués, vous savez, tous ces trucs humains pénibles et tristes auxquels on est tou·te·s confronté·e·s à un moment ou un autre, m’ont négativement influencé. Peut-être même que le moment était simplement particulièrement mal choisi. Tout ça est possible. Ou alors, vraiment, ce roman était une première ébauche désorganisée tentant de compenser ses hésitations et sa foisonnance par un enthousiasme débordant. Ce qui, pour mon regard actuel, n’était pas du tout suffisant ou simplement satisfaisant.
Allez savoir. Est-ce que c’est vraiment important, je ne crois pas.
Le mieux, c’est encore de se concentrer sur le positif et d’oublier cette malheureuse mésaventure avant de revenir à quelque chose d’autre. En espérant que ça se passe mieux.
L’important, c’est d’y croire.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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